Concentrés sur nos problèmes de motards franco-français, nous n’avons pas toujours une vue plus large, à l’échelle européenne, voire mondiale, de la défense de la moto. Pourtant, comme l’a encore souligné la première Conférence Internationale de moto, qui s’est tenue à Bruxelles fin juin 2010 (organisée par la Fédération Européenne des Associations Motocyclistes, dont la FFMC est membre fondateur), d’un pays à l’autre les problématiques varient mais une chose reste constante : la méconnaissance et la méfiance des autorités envers les motards.

Avec plus ou moins de bonne foi et de bonne volonté, les divers gouvernements au sein de l’Union Européenne, mais aussi en Australie ou au Canada (deux pays extracommunautaires invités à Bruxelles), cherchent légitimement à réduire l’accidentologie des deux-roues. Or tous ou presque choisissent d’ignorer le fait que partout, avec la densification des centres urbains, le nombre de motards et de scootards augmente, parfois dans des proportions énormes. Les accidents de deux-roues motorisés, eux, stagnent ou baissent légèrement, certes moins que ceux impliquant les voitures – en nombre absolu. Pourtant, quand on regarde les statistiques réelles et significatives, celles qui prennent en compte cette augmentation des pratiquants et des kilomètres parcourus, on voit que les deux-roues font au contraire d’excellents progrès, meilleurs que toutes les autres catégories de véhicules ! En France par exemple, les chiffres de la Mutuelle des Motards sont explicites : en dix ans, le risque d’accident mortel en deux-roues a été divisé par deux.

Cela ne signifie pas qu’il faille baisser la garde ni se contenter de la situation actuelle, mais prouve que nous ne sommes PAS de si mauvais élèves, ni les moutons noirs irresponsables que la plupart des campagnes politiques et médiatiques montrent trop souvent. Nous avons même d’autant plus de mérite que ce résultat se fait dans des conditions défavorables, malgré un début d’amélioration : beaucoup de nouveaux utilisateurs sans formation ont été lâchés sur les routes, la plupart des infrastructures continuent de nous ignorer, les autres usagers commencent seulement à intégrer notre présence. Presque aucune des mesures de sécurité routière n’a été réellement conçue pour nous pour le moment – ou alors pour de la répression inutile, voire dangereuse, car cherchant à dissuader des comportements plus sûrs (comme la circulation interfiles dans les bouchons ou l’utilisation des voies de bus). Si la sécurité et la lutte contre les accidents de la route sont bien sûr une priorité, de trop nombreux pays (à commencer par la France), considèrent les conducteurs comme des « vaches à lait » au quotidien. Sous couvert de protection et d’environnement, on assiste par exemple à une verbalisation systématisée et abusive du stationnement ou encore à des velléités de contrôle technique coûteux et inutile. En ces domaines comme en d’autres, la FFMC est régulièrement citée en exemple par les associations d’autres pays.

Cohérence du message, équilibre entre négociations et coups de colère appelant un nombre impressionnant de motards dans les rues, exhaustivité unique d’un Mouvement réunissant éditions, assurance, formation, juridique, sensibilisation… mais aussi engagement solidaire sur des sujets dépassant nos frontières ou les questions motardo-motardesques, tout cela force l’admiration de nos collègues à l’étranger. Et vous savez quoi ? Ça fait bien plaisir à entendre ou à lire. Relayées en anglais sur des sites ou blogs (notamment http://www.ukfrancebikers.com), nos actions et grandes manifs sont lues et reprises dans de nombreux pays. Les combats que l’on a gagnés servent de base à des revendications, et parfois d’autres victoires. Certes, la France a une réputation et une certaine expérience quand il s’agit de râler et de manifester, mais on montre à tous les motards qu’il est possible de s’organiser et de se défendre, au-delà de nos questions locales. Sans fausse modestie, il y a de quoi être fiers ! Savez-vous quel est l’un des surnoms de la FFMC chez nos amis anglophones ? « The Big Daddy » des associations motardes, qu’on traduirait plus par « le grand frère qui montre la voie ». Ça en jette, non ?

Frédéric J. – Fier d’être un motard en colère