L'enduro du Touquet, désormais appelé Enduropale : voilà notre nouveau challenge pour vous faire découvrir les différentes formes de compétition moto. Comme toujours, on ne se contente pas de regarder faire ceux qui savent, on s'y colle nous mêmes… ou plutôt Cyril s'y colle pour voir l'effet que ça fait a un motard lambda.

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En matière de surface de roulage, Cyril a déjà testé toutes les sortes de bitume possible, le billard du Paul Ricard, les bosses de l'île de Man ou encore les routes défoncées du fin fond de la France, ça ne lui a pas suffi et il a aussi tâté de la terre du Pike's Peak, des cailloux de la Rand'Auvergne et même du sel sur Lac salé de Bonneville.
Pourtant, il reste encore le sable, et on n'avait jamais testé le sable... Ça a l'air bien mou et bien piégeux, ça devrait être intéressant comme expérience ! Comme le Paris-Dakar n'est pas vraiment compatible avec nos emplois du temps professionnels (il faut bien travailler de temps en temps), et aussi avec nos comptes en banque, on s'est rabattu sur l'enduro du Touquet.

À peine rentré du MotoTour, Cyril ne pensait plus qu'à faire le poireau dans le sable. D'ailleurs, c'est peut-être parce qu'on l'a un peu vexé au Moto Tour, en lui faisant remarquer qu'il n'était peut-être plus vraiment un poireau vu ces antécédents sur piste ou au Tourist Trophy (est-on encore un poireau quand on a fait le Tourist Trophy ?)…
touquet-cyril-14.jpg Au moins, le sable, c'est sûr qu'il n'y a jamais mis les pneus. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a fallu commencer par trouver une moto. Dans sa grande bonté, Yamaha France a bien voulu nous prêter une 450 WRF pour la course.
Mais pour les entrainements, ils n' en avaient pas encore de dispo et on doit se contenter d'une Yamaha YZ 250 : une machine de cross 2-temps au lieu d'une enduro 4-temps, et en plus sans démarreur électrique. C'est pas vraiment la même limonade. Mais bon, on ne va pas râler non plus!

Ensuite il faut trouver un terrain pour s'entraîner : la plupart des terrains de cross ne proposent que de la terre et de toute façon, à cette période de l'année ils sont fermés. En se renseignant un peu, on entend parler de Loon Plage, un terrain situé près de Dunkerque, au bord de la mer du Nord. Apparemment c'est LE site d'entrainement pour faire Le Touquet : ce n'est que du sable et c'est ouvert tout l'hiver.
Sauf que cet hiver, vous avez remarqué qu'il fait vraiment froid et le terrain est resté gelé plusieurs semaines, donc impraticable. Finalement ce n'est que le 17 Janvier que nous prenons la route vers Dunkerque pour un premier contact avec le sable.

Plus on remonte vers le Nord, plus il fait froid, il y a du vent, du brouillard et de la pluie. Pas de doute on est bien dans l'ambiance «chti». Quant à Loon Plage, c'est une portion de sable coincée entre le port de Dunkerque, une centrale nucléaire et une raffinerie de pétrole. Au moins, les écolos de tous poils ne viendront pas nous casser les pieds !
L'entrée est marquée par un vague préfabriqué où on nous demande 10 euros pour la journée complète. Au moins ça change des tarifs des circuits de vitesse !
Dans ce décor plutôt lugubre et avec ce temps glacial, nous avons la surprise de découvrir un parking bondé : plus d'une centaine de voitures et de camionnettes immatriculées en France mais aussi en Belgique, en Hollande ou en Angleterre. Bienvenue chez les fous, on est bien a La Mecque du pilotage sur le sable !

Devant cette passion et cet enthousiasme, on oublie le froid et la pluie et on se rappelle qu'on est venu pour rouler. Je laisse la parole a Cyril :

01Entrainement-loon-plage-2010_09.jpg«Je suis venu avec un ami, Patrick, qui a une très petite expérience du sable suite à une participation au Touquet avortée au bout d’un tour pour cause de serrage moteur. C'est peu mais c'est plus que moi qui découvre cette surface... et on me prédit l’enfer sur le plan physique. Je m’équipe en lorgnant d’un œil le circuit pour voir comment passent les autres gars. Ça n’a pas l’air tout simple

Il y en a bien quelques-uns qui maîtrisent le sujet, qui contrôlent leur moto et volent de bosses en bosses dans de grandes gerbes de sable. Pour les autres, la moto part dans tous les sens et leur trajectoire est moins précise pour ne pas dire aléatoire. On voit qu’ils subissent le terrain et c’est bizarre, je sens que je vais faire partie de cette deuxième catégorie …

Après le traditionnel ¼ d’heure à kicker comme un malheureux (je hais les kicks !), le 2-temps craque enfin. En attendant que le moteur monte en température, je sens l’appréhension monter dans le creux de l’estomac. La piste est libre, je m’engage sur le circuit et c’est parti ! touquet-cyril-9.jpg Instantanément l’avant semble aspiré par le sable, comme si un géant s’amusait à tirer la roue vers le bas tout en lui balançant de grands coups de pied à droite et à gauche. En fait, le sable mou freine énormément la moto et la roue avant tombe en permanence dans les traces qui s’entrecroisent. Je sens la moto m’échapper en permanence vers la droite ou la gauche, quoi que je fasse. Il est temps d’appliquer les conseils : tout en arrière, les fesses au dessus du garde-boue arrière, je mets du gaz. Et ça va beaucoup mieux : l’avant s’allège et suit enfin le cap donné par le guidon… mais ça ne dure pas longtemps !

Car quand on tourne la poignée sur une 250 YZ, ça va vite, ça va même très vite et vu le profil du terrain, ça tourne rapidement au rodéo ! Les épaules et les jambes ne peuvent vite plus encaisser et le cheval devient fou, rue dans tous les sens: Je coupe les gaz avant de perdre totalement le contrôle. Mais c’est encore pire, l’avant plonge sous le sable et je me retrouve à l’équerre par rapport à la piste. Je parviens à contrôler la situation mais je comprends que la journée va être longue !

touquet-cyril-13.jpgJe zigzague péniblement alternant coups de gaz et pertes de contrôle de l’avant. La moto continue à faire un peu ce qu’elle veut quand, soudain, au milieu d'un virage, elle décide de tirer droit au lieu de tourner. Je penche vers l’intérieur pour tenter de la faire tourner, mais j’en fait trop et elle commence à tomber. Je me souviens alors de l’autre conseil : dans les virages il faut garder de la vitesse et mettre du gaz pour tourner. Au dernier recours, je remets un coup de gaz et, comme par magie, la moto tourne et se redresse ! Je sors du virage sur mes roues dans une grande gerbe de sable.
Enfin un petit moment de fierté … y’a plus qu’à faire pareil à tous les virages !

Au virage suivant, un gars est par terre en train de redresser sa moto, j’arrive non seulement à l’éviter mais aussi à tourner correctement, la classe ! Le gars s'est relevé et me repasse à toute allure… pour s’en remettre une aussi sec, juste devant moi, dans le virage suivant. Chaud, le gars ! Je parviens à nouveau à l'éviter mais cette fois je me retrouve moteur calé avec la moto en travers du virage. Situation plutôt inconfortable… surtout que la moto, coincée dans le sable, est difficile à remettre en ligne. Il me faut 3 bonnes minutes pour réussir à repartir.

Je passe trois autres virages sans encombre et je commence à prendre un peu d’assurance. Mais maintenant mes mains sont gelées par le froid et ça devient pénible. Et ça ne loupe pas, au virage suivant je prends ma première pelle (à sable !). En me relevant, je constate qu’un pilote a réussi à coincer sa roue avant entre ma roue arrière et mon garde-boue. Je l’aide à se dégager et il se barre sans même un regard. Drôle d’ambiance sur le terrain, ils sont chauds les gars ! Pas de quoi se prendre la tête mais ça donne une idée de ce que ça sera en course. Je repars mais rapidement je ne sens plus mes doigts et je n’arrive plus à tenir le guidon.

Il est temps de sortir et d'aller se réchauffer a l'inévitable baraque à frites. C'est surement pas diététique pour ma préparation physique, mais on s'en fout, ça réchauffe!touquet-cyril-3.jpg

Le reste de la journée va se dérouler sur le même modèle : zig-zag, roue avant qui se dérobe et chute tous les deux tours en moyenne (plutôt raisonnable finalement !). Avec le passage incessant des motos, le circuit se dégrade de plus en plus. Les trous se creusent mais j’arrive à maintenir un petit rythme sans trop me fatiguer... je réussis même à doubler un pilote à la régulière ! Visiblement, ce n'était pas un cador, mais ça reste une petite victoire pour un poireau.

Une chose est claire : le sable ce n’est pas pour les timides et les freluquets ! Il faut du physique ET de la technique pour pouvoir mettre du gaz. Le plus dur, c’est de conserver une concentration de tous les instants. Sur circuit, on peut se détendre dans les lignes droites mais ici, impossible de se relâcher une seule seconde.

00ntrainement-loon-plage-2010_13.jpgVers 15h, la pluie s’intensifie et tout devient plus dur, l’avant s’échappe encore plus dans les ornières et glisse comme sur de la boue. Mon masque s’embue, et avec mes lunettes je ne vois plus rien. Ça suffit pour aujourd’hui, le sable, j’en ai plein les bottes, au propre comme au figuré. Patrick est à peu près dans le même état. Au retour, on a beau être motard, on apprécie le confort et la chaleur de la voiture. Les motos auront besoin d’un bon coup de Kärcher et nous d’une douche chaude.

Premier bilan : le pilotage dans le sable est bien l’enfer annoncé. Il faut en garder sous le pied pour gérer physiquement, mais c’est nerveusement épuisant. Au Touquet, chaque tour fait environ 17 km, il faudra que je m’arrête à chacun d'entre eux pour reposer les muscles et relâcher la tension nerveuse. Pour ce que j'ai pu en faire, la Yamaha YZ 250 m'a agréablement surpris : elle est légère et «motrice bien». Une fois chaude, le démarrage au kick n'est pas trop pénible. Le sable absorbe tellement la puissance que le moteur 2-temps ne m'a pas paru trop brutal.»touquet-cyril-10.jpg

Benoît Lacoste