Deuxième partie du récit de l'entraînement de Cyril, qui pose pour la première fois ses roues dans le sable : après le Tourist Trophy, le Moto Tour ou encore les 21 km et 72 virages du Nürburgring, il teste le Touquet... mais c'est pas gagné !
La terre et la boue avec une bécane de cross ou d'enduro, il connaît, mais le sable « c'est une autre limonade », comme il dit ! La technique est particulière, il ne l'a pas. Mais dimanche dernier, il a pu profiter d'une petite leçon particulière du gérant de la piste de Loon Plage, lieu de l'entraînement. Et aussi des conseils du fils de ce dernier, Marc. Pas un un novice : il espère terminer dans les 100 premiers cette année. De précieux conseils, donc. Il a encore pu profiter de la gentillesse d'autres engagés. Et ça commence à rentrer un peu. Cyril nous raconte. cyril-touquet-1.jpg

Deux séances d’entrainement annulées à cause du gel et la troisième fortement perturbée par la pluie, ce n'est pas la préparation dont je rêvais à tel point que je me demande même si j'arriverai a boucler le premier tour de course. A force de gamberger, on se décide pour un ultime roulage à Loon Plage dimanche dernier... le dernier week-end avant la course. Comme on dit, mieux vaut tard que jamais !

Rendez-vous est pris avec Pascal, le gérant de la piste, et son fils qui accepte de nous consacrer une après-midi de cours de pilotage et de réglage de la moto. Car cette fois, je dispose de la Yamaha 450 WRF que j'utiliserai en course.

Mais tout se mérite et il faut commencer par se réveiller à 5h00 le dimanche matin. Dur.. mais, en route vers Dunkerque, nous découvrons un ciel dégagé. Cette fois la chance est avec nous et nous arrivons dans un paddock noir de monde, tout le monde fourbit ses armes pour dimanche prochain. touquet-cyril-15.jpg

J'entre en piste vers 10h30 et la piste est déjà bien dégradée. Premiers tours tranquilles pour prendre la mesure de cette « grosse » 450 WR-F. Le moteur 4-coups est bien plus docile et facile à emmener pour le poireau que le cylindre à trous de la 250 YZ. On adopte la bonne position de gaz et le moteur avale tout sans sourciller. Avec le deux-temps c’est constamment soit à fond, soit à l’arrêt. Je me surprends à trouver cette 450 limite sous-motorisée alors que c'est un vrai monstre a maîtriser dans les chemins creux et les pierriers ! C'est dire ce que le sable « bouffe » comme puissance …

touquet-cyril-6.jpgDonc côté moteur c’est tout bon, surtout avec le bouton magique du démarreur qui m'évite bien des suées après chaque chute. Mais côté partie cycle le tableau est moins rose : bien sûr la 450 WR-F n'est pas un tréteau, mais comparé à la 250 YZ elle semble être une enclume !

Nous sommes garés dans le paddock à côté de la famille Deparis dont le fils Simon, 15 ans, m'a mis un coup de vieux. C'est qu' il possède un sacré coup de guidon, le môme ! Enfin, j'apprends qu'il vise le podium du Touquet Jeune, ça rassure.
Le père réalise vite que nous sommes un peu « à la rue » et nous conseille quelques réglages de base. Il nous propose même de se retrouver sur le bord de la piste pour travailler les rudiments du pilotage dans le sable. Sympa, l'esprit motard n'est pas mort !

Première leçon : faire un virage à 180° dans une grande étendue de sable profond pour sentir la connexion entre gaz, position sur la moto et feeling de la roue AV. La technique, c'est de mettre un gros filet de gaz avant de tourner, pencher la moto, et ouvrir en grand pour sortir en force. Plus facile a dire qu'à faire : j’ai enterré plusieurs fois ma roue avant dans le sable mais, petit à petit le feeling s’installe et c'est plutôt sympa. Simon, mon moniteur du moment, passe beaucoup plus fort, la jambe sortie, la moto pratiquement à l’horizontale. Ça bouge mais il contrôle avec une grande fluidité. C’est beau, mais je suis encore très loin de tout ça, même si j’ai fait de gros progrès en 20 minutes. touquet-cyril-7.jpg

On travaille ensuite un virage court avec un appui vertical à l'extérieur. Je n’ai jamais fait ça … mais finalement c’est plus simple que ça en a l’air. Il faut arriver avec de la vitesse, attendre que l’avant se cale contre l’appui et accélérer un bon coup. On sent alors la roue arrière se caler contre l’appui et c’est elle qui guide la moto et plus l’avant. La difficulté est alors de garder l’avant à peu près en ligne avec la trajectoire imposée par l’arrière.

''C’est très différent de ce que j'ai pu connaître sur une moto de vitesse : on ne ressent pas du tout les appuis de la même manière et il faut prendre confiance pour oser passer aussi fort sur un terrain aussi meuble que du sable. Cela procure de grosses sensations quand on y arrive. Au bout d’une heure de ce traitement, il est temps de s’arrêter pour la pause déjeuner à la célèbre « baraque à frites » de Loon.''

L'après midi, on retrouve comme convenu Marc, le fils du gérant de la piste. Cette année, il participe à son premier Touquet en catégorie senior sur le circuit complet et il espère une place autour des 100 premiers. On commence par travailler une ligne droite. Après une dizaine de passage je commence à comprendre le mode d’emploi : '' Premièrement, le regard porté au loin.''
Deuxièmement, le choix de la trajectoire pour éviter les plus grosses vagues (d’où l’importance du regard).
Troisièmement bien serrer la moto au niveau des chevilles et la laisser libre à hauteur des genoux pour la laisser vivre.
''Quatrièmement... mettre du gaz ! Et il en faut beaucoup pour que la roue avant soit toujours allégée au maximum, mais sans pour autant partir dans des wheeling incontrôlables.
Cinquièmement, être à 100 % de concentration pour maîtriser les ruades !''

Bref, largement de quoi s'occuper les bras, les jambes et le cerveau. Mais fort de ces conseils, je fais rapidement des progrès dans le contrôle de la moto. Mais je bute sur un problème de motricité : la puissance reste dans la roue arrière et ne passe pas au sol. Du coup, je ne soulage pas l’avant dans les descentes derrière les bosses. Si je mets plus de gaz, l’avant ne s’allège pas plus et en prime l’arrière part en sucette aux sommets des bosses !

touquet-cyril-2.jpgMarc confirme l’analyse. Un de ses amis m’a vu passer en désordre et propose de s’occuper de mes suspensions : 1 tour de tournevis et je découvre une autre moto ! Elle tape beaucoup moins et gagne en motricité. Je peut gagner un cran en vitesse de passage mais ensuite, le même problème de motricité réapparait. D'après mes conseillers d'un jour, il faudrait un pneu sable pour pouvoir passer le couple généreux d'un mono 450. Mais, problème, il semble que ça ne se trouve pas en 18, la taille de roue standard en enduro qui équipe ma 450 WRF. Ça ne se fait qu'en 19 pour le motocross. Enquête en cours …

On choisit ensuite un virage sur le circuit pour essayer plusieurs trajectoires, et bien sentir les différentes manières de l’aborder. Autant sur un circuit de vitesse, on peaufine sa trajectoire pratiquement au centimètre, autant sur le sable il y a une infinité de trajectoires possibles et il faut une sacrée expérience pour choisir la meilleure.

Enfin, je réussis un beau passage qui restera mon meilleur souvenir de la journée. C'est passé et touquet-cyril-4.jpgc'était beau. En un instant, tout s’ordonne dans le bon sens : la trajectoire, la poignée de gaz, le déclenchement du virage... et ça passe vite, propre et sans effort. Le genre de moment qui fait oublier tous les désagréments de la journée et qui me permet de comprendre le plaisir du pilotage sur ce type de terrain. Au lieu d'éviter ou subir les bosses et les ornières, on joue avec elles pour trouver des appuis et des trajectoire. Il faut beaucoup plus de lecture du terrain et d’instinct que sur un circuit de vitesse où on optimise petit à petit en changeant un paramètre à chaque tour.

Mais le pilotage dans le sable est aussi exigeant physiquement. Je ne suis pas vraiment un athlète et la fatigue commence à réclamer son dû … il est bientot temps d’arrêter. Je conclus la journée avec une série de 3 tours d’affilée. Selon mon estimation cela correspond à peu près à un tour du circuit du Touquet sans compter la ligne droite de la plage. '' Voilà une journée qui s'est avérée bien plus riche d'enseignements qu'espéré. Les progrès sont évidents : je suis plus rapide, plus détendu et je fatigue beaucoup moins. Dans un coin de mon cerveau, l’espoir renaît d’atteindre cet objectif un peu fou, presque le Graal pour un poireau comme moi : finir les trois tours complets pour mon premier Touquet !''

Dimanche prochain, vous pourrez suivre ma course sur place ou même par Internet, je serai le dossard 938 et mon copain Patrick sera le 998. touquet-cyril-5.jpg