Au petit jour

Il existe dans chaque pays des routes célèbres par leurs paysages, leurs difficultés ou l’histoire qu’elles véhiculent. La « Ring Road » qui effectue une boucle dans le nord-ouest du Cameroun est reconnue pour la beauté de ses points de vue mais cette piste longue de 370 km est aussi réputée pour être extrêmement difficile. Je n’y aurais pas mis une roue si j’avais été seul, à deux, on décide de tenter l’impossible ! Autant dire de suite qu’il nous faudra trois jours pour en venir à bout !

La route est traitre et les difficultés vont crescendo tout au long du parcours. Je commence par m’enliser dans un bourbier puis c’est au tour de Franck, avec ou sans pneus à crampons, une conclusion s’impose, il faut passer plein gaz !

Même pas planté !

Ce soir là nous reprendrons des forces en dormant près d’un lac qui se loge au creux d’un volcan. Lac tristement célèbre pour avoir causé la mort de prês de 1700 personnes aux alantours. Les rejets de gaz s’étant accumulés sous l’eau, la bulle ainsi formée a fini par éclater asphyxiant et tuant tout être vivant.

Le lendemain nous émergeons à 6h, nous profitons du lever de soleil, des nuages qui s’accrochent aux collines : c’est magnifique ! Le début de journée est marqué par le franchissement d’innombrables trous d’eau. Dans un premier temps nous testons tour à tour leurs profondeurs puis très vite nous nous lançons et advienne que pourra..

A fond 2

A fond 1

Arrivent ensuite les pierriers, ces grandes montées dans les éboulis, l’enfer. Difficile de trouver l’adhérence, je prends de l’élan pour les vaincre mais dans l’un d’entre eux je perds l’équilibre : je chute. Je suis tellement épuisé que je ne réalise pas..Franck à son tour est au tapis. A chaque fois il faut relever les machines, les pousser pour repartir. Les trous d’eau m’avaient fatigué, ces montées m’ont exténué. Heureusement une gamelle de riz et un morceau de viande me remettront d’aplomb pour l’après midi ! Et celle-ci restera gravée dans ma mémoire, je me suis régalé ! Des ravines énormes entaillent la piste et je prends un plaisir fou à faire bondir la moto d’un côté à l’autre de ces cicatrices. Vers 15h nous arrivons dans un village, l’armée nous demande d’où nous sortons ? C’est le jour des élections présidentielles personne n’est autorisé à circuler de 6h du matin à 6h du soir..Nous restons bloqués avec eux, l’ambiance est très détendue et l’un d’entre eux joue la comédie et fait rire tout le monde. La bière est un peu la boisson nationale et participe à l’euphorie qui règne ce soir là. Trouver de la nourriture solide relève par contre du défi. Tout le monde nous assure ce soir là que le plus dur est fait, nous savourons notre victoire..Nous sommes à 2000 mètres d’altitude, la jungle et la chaleur humide ont laissé place à des forêts de pins et à un petit 23°C.

Le troisième jour s’annonce donc sous les meilleurs hospices, la piste est plutôt bonne et nous avançons avec un bon rythme..Malheureusement la pluie vient jouer les troubles fête. La piste en latérite devient une véritable patinoire. Nous roulons les pieds au sol. Même les pneus dégonflés, ma moto se dérobe à une vitesse qui ne me laisse pas le temps de tenter de la rattraper. Franck à plus de chance, ses crampons lui permettent une meilleure accroche. Nous finiront par retrouver le goudron et avec lui la ville de Bamenda, fin de la Ring Road, nos corps et nos motos meurtris mais des superbes paysages plein la tête. Avant de rentrer à l’hôtel, j’amène la moto au lavage et panse ses plaies : en l’occurrence je change la poignée d’embrayage cassée lors de ma lourde chute dans la ravine.

Dur dur..