Avec quelle moto larguer les amarres, partir autour du monde Un mono, un Bi ou tri Middle-size, un gros twin J’ai pesé le pour et le contre, les capacités de chacune à encaisser les mauvaises routes, le confort de conduite, la puissance, l’entretien..Mes quatre neurones ont chauffé et puis j’ai jeté mon dévolu sur un couteau suisse tout bleu : une XT1200Z.

Certains choix échappent à toute logique, c’est ce qu’on appelle la passion ! En Colombie j’ai croisé Del, Canadien de son état et fou dingue de son cheval de fer : une Harley Davidson 1340 Dyna qui affiche 380 000km (et son troisième moteur!!). Pas de tatouage, ni de T-shirt à l’effigie de la firme : tout ça c’est du marketing ! Lui c’est un mecano, un vrai ; les doigts tout noir, les yeux qui brillent quand il me raconte la manière dont il a changé la transmission de côté. Un gars comme je les aime, un Joe Bar Team à lui tout seul !!

Le bonhomme, je vais passer une bonne dizaine de jours avec lui. En effet la Panamericaine ne va pas de l’Alaska en terre de feu d’un trait, elle est coupée entre le Panama et la Colombie par le Darien, une zone tropicale occupée en partie par les FARC. Deux options s’offrent à nous : l’avion pour rallier Panama City ou le bateau. Mais attention, pas n’importe quel bateau : un voilier de trente mètres sur lequel il va nous falloir hisser nos jouets, le programme s’annonce corsé !

Chargement Carthagène

Le rendez-vous est donné sur une plage non loin de Carthagène, le capitaine de « L’independence » débarque avec un dinghy en plastique qui ne m’inspire pas confiance, nous ne sommes pas les premiers et Del se jette à l’eau (façon de parler) ! La Harley semble être un monstre coulé dans le métal, heureusement que le centre de gravité est hyper bas pour la charger. La transpiration perle sur mon fronts alors que je regarde partir le petit dinghy, la moto s’élève alors à la force du treuil, les vagues ne facilitent pas la tache, la moto est à près de 3 mètres au dessus des flots : son déflecteur d’air en gardera des cicatrices à vie. C’est au tour de la T, des passants viennent me donner un coup de main, ce n’est pas de refus ! Le soir nous sanglons les bêtes, du gros temps est annoncé dans les caraïbes, il ne faudrait pas que nos belles ne passent à l’eau..

Treuil Del

Le lendemain à la première heure nous mettons le cap sur les iles San Blas : de l’eau turquoise, du sable blanc et des palmiers, le programme s’annonce idyllique. Mais les premières 36h de bateaux vont être un enfer, à la première vague tout ce qui est sur le pont file à l’eau ! Je sauve mon pc in-extremis mais nombreux sont les téléphones intelligents à prendre le large : on est prévenu ! Les vagues ne cessent de se former pour atteindre 7m, le bateau gite de manière effrayante à près de 40°. Nous ne sommes plus 4 sur 12 à attaquer le repas soir !

Avec Del nous avons établi nos quartiers sur le pont, on regarde les vagues déferler, nous nous racontons nos aventures passées sur la route. Del me parle avec une telle passion de son jouet que je suis impatient de rouler avec lui ! Il faut dire que ce gros moteur, cette musique et la fabrication très camion de l’engin a de quoi séduire ! Alors que nous commençons notre nuit sur le pont à regarder les étoiles, un grand badaboum vient troubler notre quiétude : effrayés nous jetons un regard à l’arrières, les motos sont là !! « That’s all right little boy » me gratifie Del..Alors qu’il replonge dans sa méditation alcoolisée, c’est Megan sa femme arrivée par avion la veille du départ que je vois émerger de derrière la barre ! Endormie sur une banquette, une vague l’a faite basculer et rouler sur tout le pont..on l’avait oublié, pauvre Megan !!

Le Paradis

Le lendemain tout ça n’est qu’un lointain souvenir, nous profitons des coraux et des dauphins dans la zone : ouf !!C’est alors qu’arrive le moment inéluctable ou nous allons devoir décharger les motos. Ça tombe bien, nous commencions à tourner en rond ! Si charger avait était un moment désagréable, le déchargement aura été pire. La Mafia locale nous interdit de décharger avec notre Dinghy, il faut mettre nos motos sur un bateau à passager. Biensûr, seul l’argent intéresse notre piroguier et il faudra redoubler d’effort pour que tout se passe sans casse ! Bref, c’est parti pour une petite semaine avec mes acolytes !

Groupe déchargement

Del est génial aux commandes de sa bécane ! Littéralement écartelé, il roule en gilet en cuir et porte des gants de chaudronnier. Nous traversons les grands espaces dans une vacarme assourdissant, jusqu’au moment ou un contrôle de police nous arrête. « Hein Quoi  » « Del j’entends rien à ce qu’il dit, recule ou éteint ton moulin !! » Vous l’aurez compris, ce qui est plutôt sympathique devient vite anti-social, impossible d’entendre quoique ce soit avec lui à mes côtés et encore moins de surprendre des singes dans les arbres ! Bon au jeu de l’interfile que Del découvre ( car interdit au Canada !!)cette débauche de décibels nous ouvre une voix royale : tout le monde nous laisse passer.. Bien que les routes au Panama soient dans excellent état, il nous faut emprunter quelques pistes pour atteindre des sites touristiques. Del se bat comme un dingue mais avec toute la bonne volonté du monde, il racle à chaque ornière et finit par jeter l’éponge, de toute façon, visiter un fort datant de la colonisation, il n’est pas vraiment venu pour ça !

Douanes

Nous mettons ensuite le cap sur Panama City, visite des écluses et retour en ville..La circulation est horrible, la chaleur terrible, mon ventilateur régule la température du moteur sans souci. Nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour que dame Harley refroidisse. La Dyna jette finalement l’éponge en plein milieu d’une deux fois trois voix. Séance de poussette musclée pour nous sortir de ce mauvais pas. L’homme est fabuleux, il connait sa machine sur le bout des doigts, il sort une bougie de la poche de son veston et teste l’allumage : pas d’étincelle. Pas de souci, il en a toujours un de secours. Alors qu’il souffle un peu sur le bord de la route, je lui change la pièce, nous repartons ! 2km plus loin, la Dyna nous refait le coup mais nous sommes dans une petite rue, nous pouvons bricoler à notre aise. Après le plein d’essence le matin même, ma T avait eu un ralenti saccadé mais rien de plus. J’avais cherché en vain un nettoyant pour les injecteurs. Les Carbu de la Dyna n’ont pas du tout appréciés ! « Tu vois, avec une pompe à injection, la pression est telle que ça finit par passer,les carbus, ce n’est pas la même chanson ! » Qu’à cela ne tienne, sa frontale toujours autour du cou, Del me démonte le filtre à air et se met à nettoyer les carburateurs. Après une journée sur la route, nous sommes épuisés, Il est 21h comme il pourrait être 5h du matin, le temps n’a plus d’importance. Nous repartons 1h après, la Dyna semble fonctionner difficilement..

Le Duo

Je vous avoue qu’après quelques jours à ce rythme je n’ai plus eu l’impression de voyager mais d’être au chevet d’une vieille dame à l’agonie..

J’ai adoré cette semaine passée avec Del et Megan. La Dyna est une fantastique machine qu’il faut aimer d’amour fou pour décider de partir avec. Bruyante,capricieuse et pas vraiment tout terrain elle reste super attachante mais pour rien au monde je n’échangerai ma Super T. Ma bécane n’est QUE plaisir !! Elle démarre au quart de tour, se fait oublier dans les moments difficiles : bouchons et pistes. Me permet de papoter et d’entendre les singes hurleur..Et quand l’humeur me prend, elle se fait rageuse !