Le processus préliminaire, il faut bien le reconnaître est lui aussi un éternel passage en boucle du même film. Mécanique et paperasse, paperasse et mécanique. Pourquoi faut-il que chaque année l’obtention des visas soient toujours un peu plus complexe ? Jadis, du temps de nos grands pères, une traversée d’Afrique se faisait de bout en bout sans routes goudronnées, ni passage de frontière, aucun fonctionnaire corrompu ne se tenait à l’affût derrière les baobabs pour bondir sifflet hurlant et bras tendu, dans le but inavoué de taxer quelques dollars à l’arrache au premier étranger venu. Il faut bien reconnaître qu’à cette époque, la moitié du continent était département français et l’autre province britannique. Les autochtones n’avaient eu le privilège de visiter l’Europe sans visa que pour aller, deux ou trois fois de suite, se faire éventrer dans les tranchées au nom de la patrie Française dont ils ne connaissaient que quelques esclavagistes à chapeau colonial et ces ancêtres gaulois dont les bons prêtres en soutane blanche leur avaient parlé à l’école de la mission.paperasses Depuis presque un demi siècle le continent sans frontière s’est cloisonné en nations aux indépendances incertaines puisque les anciens envahisseurs ont toujours tenus à garder une main solide sur tout ce que le sol africain pouvait offrir d’utile à leurs industries florissantes . Quant aux Africains nostalgiques du mythe encensé de la mère patrie lointaine, ils se sont mis en masse à rêver de Paris ou Bruxelles comme nos arrières grands parents ont rêvé d’Amérique. Mais la vieille Europe n’avait pas autant d’urgence de se repeupler que les Amériques du dix-neuvième siècle, et une fois qu’elle n’a plus eu besoin de sacrifiés volontaires pour ses tranchées et sa reconstruction, elle a commencé à ériger d’infranchissables barrages de grillages électrifiés et de paperasses inextricables …Il n’y avait donc aucune raison pour que dans l’autre sens, on ne nous rende pas la pareille ! Maintenant donc, plus aucun visa ne s’obtient sans dossiers préliminaires débordants d’invitations officielles, de garanties bancaires ou de dossiers familiaux couvrant plusieurs générations. Mais si certains se chopent l’envie fielleuse de vitupérer contre ces Africains aux exigences bureaucratiques insensées, qu’ils n’oublient jamais que celui qui a commencé, c’est le petit agité à talonnettes qui préside la France et ses sbires auvergnats rougeauds ou traîtres de passage …