just mariedC’est bizarre de prendre son départ un lendemain de noce ! Eh oui, il se fait que cette année, la principale raison de mon départ tardif c’est que je devais marier ma fille, alors que ce gros rougeaud de père Noël, lui, dès le vingt-cinq au matin, il pouvait rentrer chez lui …Bien entendu ce genre d’événement nuptial n’a pas grand chose à voir avec l’univers aventureux des voyages à moto. Pourquoi, subitement, la génération qui me suit semble replonger dans ces choses qui me semblaient appartenir à des temps révolus, sacrée question j’dois dire…Mais le plus insolite encore, c’est de se retrouver à devoir conjuguer les préparatifs d’une virée africaine avec ceux d’une authentique union matrimoniale…Certes, les deux sont en quelque sorte des déclinaisons différentes du voyage, il faut bien le reconnaître et donc il fallait fêter dignement la chose à grands renforts d’euphorisants divers et se coucher avec les poules eut été, bien sûr, d’un incorrection totale.Tête dans l'cul au départ... C’est donc la tête bien dans le cul que je me suis fait amener par un pote tout aussi vaseux que moi. Bien entendu, quelques minutes à peine après le départ, je me suis aperçu que j’avais oublié une partie de mes papiers, ça commençait bien cette histoire. Heureusement, un lendemain de bringue, on peut toujours trouver vautré dans les canapés quelques rescapés qui finalement pourront avoir un peu de disponibilité pour une petite mission de secours…une deuxième bagnole a donc pris la route de l’aéroport . Quand elle nous y a rejoint, nous étions en train d’affronter, comme presque à chaque départ, la rude négociation pour faire admettre que ma boîte de vitesses n’est pas une bombe atomique, mais cette fois-ci, rien n’y a fait , aucun argument, aucune larme ; c’est que les consignes ne cessent de se durcir et ce qui était négociable un temps l’est beaucoup moins quelques mois plus tard. L’extrême rigueur de la fliquette en service et son mépris évident pour les motards en perdition m’ont acculé à la capitulation. Et quand j’ai vu mon pote repartir avec la moitié de mon paquetage, un légère vague de dépit a commencé à me submerger et puis la nostalgie, déjà, de cette époque où quarante kilos de pièces convoyée par tout un groupe ami m’avait précédés en Angola ou celle encore plus inouïe où j’avais ramené en soute du Mozambique jusqu’à l’aéroport de Montpellier, ma bécane complète avec sa batterie et un peu d’essence dans le réservoir pour carrément pouvoir redémarrer dès la sortie de caisse ! Tout ça c’est très très loin , trois ans ou sept,une éternité, le temps de voir basculer toute une façon de voyager, le temps de se dire que, un jour, je finirai par rester au lit…pas parce que les routes sont pourries et les militaires un peu barges aux fins fonds de l’Afrique, mais peut être surtout parce que les fliquettes en costume d’hôtesses de l’air, juste à côté de chez moi, elles présagent des temps obscurs où tout ce qui s’écartera un peu de la norme sera irrémédiablement puni !vade retro On peut toujours se dire que, si j’avais pu négocier avec succès, j’aurais peut être été coincé au changement d’aéroport, sûrement même , j’aime bien me rassurer sur tout ce qui aurait pu être pire…et puis finalement dans cet avion presque vide, avec plein de place pour pouvoir m’étaler, en direction de la moiteur Centrafricaine, je ne suis pas le plus à plaindre …