Pendant que mon associé se prépare psychologiquement à sa prochaine expédition en buvant des coups avec ses anciens collègues, je reconstruis petit bout par petit bout mon destrier et quand il me manque un truc je suis obligé de descendre et remonter à pied parce que je ne vais pas emmerder Jean Parfait toutes les heures, puis il est bon, avant de redevenir un Rider, de se mesurer à la locomotion de la plupart des gens d’ici…pas à pas en plein cagnard… ça permet de comprendre combien la vie n’est pas si simple au soleil et que le vieil adage selon lequel la misère y serait mieux qu’ à la fraîche a dû être balancé par un Breton aigri ou un de ces Vikings de nord qui ne se déplace qu’à dos de renne pour aller acheter ses clopes au bistrot du coin et n’ a jamais foutu ses pieds au sud de Poitiers où il croit encore qu’on ne rencontre que des Sarazins hostiles…balade sous le cagnard La moto a fini par redémarrer le soir…j’ai enfumé la petite pièce où elle sommeillait depuis huit mois et en plus ça pisse l’essence ; mais là, il faut bien reconnaître que j’arrive au bout de l’épreuve habituelle de la remise en route. Il y aura quand même un léger handicap au démarrage , il va falloir rejoindre le Tchad sans frein arrière. Le mécanisme de frein qui était fixé à la transmission d’occase que j’ai ramenée n’est pas le même que celui que j’avais avant. Bon, ça va s’arranger, je récupèrerai tout ça, avec un pneu arrière, à N’Djamena. Parce que, bien sûr, ici, pour les pneus, à Bangui, faut pas trop rêver…C’est un gros village Bangui, ce n’est pas comme Kinshasa ou Luanda, où on arrive toujours par des itinéraires complexes à trouver ce qu’on cherche. Ici, c’est pas pareil, mais en même temps, c’est tranquille…On peut pas tout avoir !