Il fallait bien qu’on y arrive un jour à Agadez, et même, de préférence le jour où je devais retrouver le dernier membre de la bande qui devait nous rejoindre le quinze pour nous accompagner dans le Sahara. C’est toujours compliqué de faire, en Afrique, un parcours avec des dates de rendez-vous par ci par là. En général, j’ y arrive plutôt bien, mais cette année avec toutes ces embrouilles mécaniques à répétition, la rigueur horaire semblait être un pari de plus en plus insensé, et pourtant nous sommes bien arrivés à la date prévue mais évidemment, pas du tout comme prévu. Au démarrage du petit matin, malgré le grincement inquiétant, le moteur a vrombi, mais d’innombrables petites fuites aux tuyaux d’essence m’ont forcé à couper le jus. Évidemment, comme pour faire perdurer la malédiction, plus rien n’a redémarré ensuite. On est allé pousser dans la rue légèrement en pente et puis on a fini par prendre la route. On s’était dit qu’en s’arrêtant juste une fois à mi-parcours, on avait toutes les chances d’arriver à bon port en ayant à pousser le moins souvent possible sachant qu’à Agadez, on allait récupérer un démarreur tout neuf pour enfin pouvoir continuer sans embrouilles. C’était sans compter sur une petite panne électrique sur la moto de Benoît, une petite panne d’essence sur celle à Yannick et quelques contrôles routiers…Au cinquième démarrage à la poussette la boîte a rendu l’âme. Je ne sais pas vraiment ce qui peut à ce point fragiliser les boîtes quand on démarre en poussant et j’aurais bien du mal à définir précisément ce mélange d’ironie fataliste et de consternation absolue qui m’a submergé à ce moment-là. Mais une fois de plus, il me fallait reconnaître que cette année, le voyage Africain se ferait surtout dans des pickups délabrés loués en catastrophe à des prix prohibitifs et arrivé à l’étape dans la nuit, on s’est échoué dans un hôtel Saharien tout en terre et en cours intérieurs, en se disant que le lendemain serait un autre jour, mais qu’il commençait à être vraiment difficile d’imaginer la suite...coup de mou à AgadezLe lendemain, donc, je suis parti à tout hasard à la recherche d’une boîte de vitesses.Agadez est une ville touristique qui a connu quelques années noires et tente de s’y remettre avec la réouverture toute récente de lignes aériennes. Quand on débarque, surtout en bagnole avec une bécane en panne dans la benne, les propositions pleuvent de partout et on croule sous les offres de mécanos miracle à pas cher qui savent tous où trouver la pièce détachée introuvable. Le premier qui s’est pointé après que j’eusse passé une putain de chiée de nuit de doute intense m’a emmené sur son scooter chinois visiter les différentes brigades de keufs locaux qui risquaient d’avoir des pièces détachées datant de l’époque où les flats Béhème équipaient toutes les polices du monde. La pêche ne fut pas miraculeuse, quelques vagues pistes vers Niamey, à la brigade centrale, mais c’est presque à mille bornes au sud. On avait donc commencé à démonter la bécane dans la cour de l’hôtel quand s’est pointé un des mécanos visité le matin ; il était même accompagné de son professeur de mécanique, petit monsieur jovial et très compétent qui s’est lancé dans une époustouflante séance de mécanique générale qui de ma bécane, où il fallait remonter démarreur et volant moteur, est passé à la transmission de la moto de Benoît et au filtre de celle à Yannick…En fin d’aprème a rappliqué un couple de touristes allemands en provenance du festival Touareg de l’Aïr . Notre docteur en moteur, toujours dans son costume gris sans la moindre tache de cambouis, s’est attaqué avec fougue à leurs bécanes jusqu’à tard dans la nuit…Quand je me suis couché, j’ai recommencé à penser que peut-être on allait prendre bientôt la route... stage mécanique à AgadezLe jour d’après, la moto a redémarré en fin de matinée…la panne de boîte c’ était l’écrou de sortie sur le croisillon qui était desserré… C’est vrai que ça pisse un peu l’huile et que les nouveaux câbles que je comptais remettre pour arrêter que les gaz se coincent sont trop courts, il va encore falloir bidouiller un peu mais on pourra dès demain, commencer à remonter vers le Ténéré et c’est ça le plus important…