crevaison yannickLe tour du lac Quatrième jour… Je me suis éveillé à quatre heures du mat. C’est vrai qu’on a décidé de partir tôt, mais peut être pas à ce point. C’est que je flippe un peu avec ma bécane. J’ai trouvé que dans les paquets de sable qu’on s’est farci pour arriver à Mao, elle avait vachement souffert, alors, comme on a de toute façon un pick-up qui nous accompagne, pourquoi pas la jouer petit bras prudent et charger la bécane directement. Mais l’idée semble aussi aberrante à Yannick qu’au chauffeur. Il faut dire que ce petit malin a déjà chargé des passagers et l’idée de rajouter ma vieille Béhème contrarie un peu son plan d’amortissement…Alors je me résigne et c’est au moment de prendre la route que le démarreur me lâche à nouveau. Cette putain de malédiction continue. Mais tout le monde tient vraiment à ce que ça démarre alors que moi je me sens prêt à jeter l’éponge ; commence alors une redoutable et bien improbable épreuve de poussage dans le sable qui contre toute attente, à la troisième tentative, fait vrombir le moteur grâce juste à une toute petite plaque de terre dure au milieu d’une ornière. Je n’ai plus trop le choix, pour s’extirper de Mao sans se vautrer, il n’y a qu’une solution foutre les gaz et s’accrocher. Finalement je dois avouer avec un poil de honte, qu’on y prend goût, à ce pilotage plus vigoureux que mes habituelles flâneries de rider cool. Après quatre-vingt dix bornes, on se fait une pause sur une colline de sable dur qui va permettre un démarrage poussette sans risque. Il y a deux cent kilomètres jusqu’à la frontière; vu comment qu’on file de bosse en bosse entre les buissons, on y sera tranquille avant la nuit. Mais voilà qu’un carburateur se décroche ; elle fait ça des fois cette bécane à la con, mais généralement je ne suis pas dans le sable sans démarreur. Tout ça finira évidemment dans la benne. Dans ce voyage, tout se fait à l’envers. C’est généralement à la fin que j’ai la grosse panne et la virée dans la benne. Là, j’ai démarré avec la panne et à mi parcours me voilà dans la benne. Pendant que je m’accrochais aux montants pour pas trop sauter dans les bosses, Yannick a stoïquement continué jusqu’au poste frontière, tout petit bled en plein Sahel sableux, où nous sommes arrivés à la tombée de la nuit. Sa petite Yamaha est toujours aussi moche mais de moins en moins ridicule. Il faut dire que je suis sans doute excessivement mal placé pour critiquer avec ma vieille monture que j’aurais peut-être mieux fait de troquer contre un chameau quand on a cassé la croûte avec des boyaux de mouton au marché de RigRig.roule pas pareil Dernier jour du contournement du lac.chameaux Depuis RigRig, la piste en était réduite à sa plus simple expression. Deux grosses ornières dans des plaines de sable gris ; vent latéral, végétation buissonneuse , air saturé de poussière. Yannick continue imperturbable à traverser ces paysages désolés accroché à son petit guidon tordu. On croise des squelettes de mouton, un chameau crevé et quelques ânes avec des tronches de condamnés à mort…je me dis que ma bécane, elle est comme eux, en sursis dans le désert gris. De la benne du Toyota, je surveille, ce diable de Yan Devil pour pas qu’on se perde dans les nuages de poussière et je le jalouse un peu parce que je préfèrerais slalomer dans le sable gris que d’être secoué avec la dizaine de passagers qu’a embarqué la bagnole le long de la piste.sac a pataes Il y a là quelques vieux et quelques gonzesses tellement branchantes et tellement enveloppées de tissus qu’à un moment donné où il fallait bouger tous les paquetages pour retrouver de quoi réparer le pneu de la Yam qui s’offrait sa première crevaison, j’ai balancé un sac sur l’une d’elle qui pouvait parfaitement passer pour un paquetage parmi les autres. Je me suis fait un peu engueuler mais pas trop. Après la sorte de douane réduite à sa plus simple expression appelée Daboua et puis quelques contrôles d’entrée au Niger, nous sommes arrivés à Ngimi. Il ya trente ans Ngimi était au bord du lac, il paraît même qu’on pouvait passer au Tchad en bateau ; ce n’est plus vraiment le cas. paquet femelleLa plage est toujours là, dunes, sables et touffes d’herbes, mieux qu’à l’Espiguette ou à Knokke le Zoute, une plage gigantesque, sans aucun touriste…Mais bon, c’est vrai que pour mettre son pied dans l’eau, il faut trois jours dans une benne ; c’est sans doute pour ça qu’y pas de Club Med dans le coin et pas vraiment de minettes dans les rues. C’est ici qu’on retrouve le goudron et que donc on va pouvoir reprendre la poussette. Mais à part le goudron, on ne retrouve pas grand chose …pas de logement, pas de station d’essence ni bien sûr de connexion Internet… on se finit chez un mec qui nous est tombé dessus dès qu’on a posé le pied au sol en nous disant que le poste de contrôle l’avait prévenu de notre arrivée et qu’il était le seul habilité à héberger les étrangers de passage. Drôle de système, mais bon, on a suivi, c’était tellement plus simple et on était tellement crevé. Nous voilà donc dans un réduit sans fenêtre, vautré sur des paillasses entre quatre murs de torchis que nous quitterons demain sans le moindre regret…