On est donc partis au petit matin ou presque, les deux bécanes et puis le pickup d’Abdel avec tous nos bagages dedans. Sur le chemin de la sortie de la ville, Abdel avait des choses à faire, ils nous a donc laissés chez Abatcha, un autre ex collègue de Yannick, qui nous a présenté toute sa famille, ses femmes, ses enfants, sa maison avec mosquée incorporée, enfin tout ça n’est pas encore vraiment construit mais on imagine très bien quand ça sera fini. Abatcha a trois femmes, mais la seconde est partie. La troisième est très mignonne et il en très fier, surtout qu’il l’a choisie sur photo encore gamine et souvent on se plante quand on commande avec juste le catalogue. Son frangin, qui passait avant lui, droit d’aînesse oblige, avait choisi la sœur mais après, quand les marchandises ont été livrées, il s’est dit qu’il aurait dû prendre l’autre modèle du catalogue ; mais c’était trop tard, Abatcha en jubile encore ! Avec tout ça, et d’autres visites rapides dans des quartiers de périphérie, on a fini par vraiment décoller en fin de matinée. Abdel n’avait pas l’air de s’inquiéter ; nous si, et on essayait de le lui faire comprendre; rouler la nuit sur le sable, si on peut éviter, c’est mieux. Là, on a pas pu ! Après une centaine de bornes goudronnées, il y en avait autant avec de la piste sableuse, de la route en chantier et même un peu de la toute neuve, toute lisse, comme si on l’avait déroulée juste pour nous ; mais pas longtemps. Venait ensuite encore une troisième centaine de bornes de piste de savane sableuse, très jolie et puis trop bien pour la bécane en pleine reprise de ses moyens. De la vraie glisse entre les arbres de brousse ; c’est rigolo, mais ça fatigue vite les bras, surtout quand la nuit arrive et que Abdel ne cesse d’être très approximatif sur la longueur du trajet restant. Les vingt derniers kilomètres en nocturnes, on s’en serait bien passés, même si certains passages ne manquait pas d’intérêt ni d’un certain héroïsme. Arrivés à Moussoro, sympathique et apathique bourgade sablonneuse, on s’est tous effondrés sur les tapis pour une pause vraiment très très méritée.contour du lacDeuxième jour de contournement…........Abdel nous a trouvé un autre pickup qu’on a loué pour la deuxième étape de contournement. On a passé notre temps à se perdre les uns les autres. La bagnole restait dans les grosses ornières de sable et les motos gambadaient comme elle pouvaient des deux côtés de la piste creusée en essayant de garder assez de vitesse pour ne pas s’ensabler en slalomant entre les buissons épineux. Quand il faut rester vigilant pour ne pas se vautrer dans le sable ni s’encastrer dans les épines tout en essayant de repérer la bagnole ou l’autre moto, ça fait beaucoup de choses à faire en même temps et souvent, y’avait un des trucs qui foirait en beauté. Le Chauffeur râlait un peu qu’on ne le surveille pas assez mais bon, faut pas déconner non plus, c’est un peu à lui de nous surveiller, on l’a embauché pour ça, surtout qu’il avait embarqué un assistant. Sur ce genre de terrain, l’ épreuve ultime c’est la traversée des villages. Toutes les pistes convergent subitement sur l’unique rue principale très ensablée, et ce n’est pas simple de traverser sans se vautrer en restant poli et discret ! L’arrivée à Mao, c’est encore plus dense et pour en rajouter une couche, c’est sur une colline. Elles ont souffert nos motos dans ces montagnes de sable pour rentrer dans la bourgade. Il fallait trouver les locaux de l’ONG Action Contre la Faim où Yannick a des contacts pour faire étape et gérer la suite qui s’annonce très sableuse. A peine arrivé à bon port, y’a des espèces de flics pas l’air flics du tout et pas cool non plus que commençaient à s’exciter comme quoi on s’était pas enregistrés en arrivant, que peut être on était des espèces de mercenaires ou je ne sais quoi. Ils nous ont emmenés au poste dans la benne de leur Toyota et, à la lampe de poche, il a fallu remplir des paperasses et expliquer mille fois ce qu’on foutait là. Un providentiel coup de fil d’Abdel qui voulait des nouvelles, a subitement simplifié les choses mais avec ordre quand même de revenir le lendemain matin pour récupérer nos passeports et finaliser les formalités.MaoLe tour du lac, troisième jour...........pause à Mao...Ce matin, les policiers de la sécurité intérieure étaient plus détendus, mais ceux de l’immigration n’étaient pas content que les autres nous aient chopé en premier. Mais le commissaire était très courtois, presque philosophe, nous avons parlé santé et conception du voyage. Toutes ces rivalités de brigades ce n’est, en fait, que querelles de prestige puisque personne ne nous a demandé de pognon. En même temps, ça tombe bien parce qu’on en a bien besoin pour louer notre escorte quotidienne. Faire équipe avec un commerçant local nous avait d’abord semblé être la solution idéale ; mais il faut se plier à son horaire…partir après le marché du matin, et rouler pendant la nuit. On a donc joué raisonnable ; fortuné mais raisonnable ; ici on appelle ça le blanc…et le blanc ne discute pas le prix, la concurrence est réduite et si ça lui va pas, il a qu’à partir à pied. Il fut un temps où…et oui mais ma bécane est vieille et m’inquiète beaucoup, et moi je ne suis plus de première fraîcheur, d’ailleurs depuis que j’ai eu la bonne idée de ne pas me raser en partant, on m’appelle l’ancien ou le doyen…putain, ça fait réfléchir…je crois que je vais aller faire une sieste et peut être me raser !