Tongue rider (2009-2010)

Et si on essayait de revenir par le désert...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

En direction du Cameroun…

le saint des crottesCe matin, au lever, j’ai fait une crotte parfaitement conforme à la norme du colombin occidental. Je me suis dit que ça allait me porter chance, il faut dire que mes quatre jours de brochettes en face du stade de BongaBonga avaient eu sur mon système digestif un effet un peu trop prématuré.Je sais que Tibet aurait été fier de moi parce qu’il a toujours accordé une attention soutenue à son activité fécale . Hier soir, Yannick, qui m’accompagne donc avec sa Yamaha AG100, m’avait proposé de prendre un itinéraire de pistes toutes neuves qui longeait le nord de la grande forêt équatoriale du bassin du Congo et allait nous permettre d’éviter tout le tas de tracasseries policières qui se sont installées pour une permanence hyperactive le long de l’unique route goudronnée qui part vers le Cameroun. Avec ma boîte approximative, j’aurais peut-être préféré rôder tout ça par le goudron jusqu’au Tchad, mais l’itinéraire bis ne manquait pas d’intérêt. Le premier tronçon, d’un centaine de bornes, nous permet d’accorder nos conduites pour ne pas trop se distancer et puis ensuite commence la piste beaucoup moins nouvellement restaurée que prévu : et au kilomètre cent vingt six, après quelques grincements sournois, je n’ai plus de première vitesse. Jusqu’ici, j’avais toujours réussi à ce que les pannes problématiques se produisent en fin de trajet plutôt que le premier jour, surtout avec une boîte que je viens de péniblement ramener et dont le diagnostic de panne et le remontage avait été supervisé par trois vrais mécanos super pro, genre pas moi, pour être certain de ne pas faire de conneries . route foret1Comme fin 2001 j’étais descendu jusqu’au Kenya sans première , je me disais qu’il y avait juste à continuer jusqu’au Tchad où je trouverais bien une solution, mais il faut toujours qu’il y ait des complications. Bon, c’est bien de rajouter des éléments inattendus dans un récit de voyage, mais trouver de la piste de sable, là, maintenant, à part la boue qui cette fois , dans cette hémisphère, n’est pas du tout de saison, je ne pouvais pas espérer pire pour mon moteur fragile. De son côté Yannick progresse remarquablement mais pour lui aussi se retrouver dans les ornières sableuses après cinq jours de conduite, c’est sans doute un peu brutal comme entrée en pratique. À peine enquillé dans la toute molle première ligne droite, me voilà coincé avec impossibilité de bouger devant un gros bahut plein de soldats pas contents…gamelle devant camionOn s’est fait hurler dessus pendant qu’on essayait d’écarter mon chameau malade de leur trajectoire mais comme ils étaient pressés, ils n’ont pas insisté. C’est qu’ils sont incroyablement chiants, les uniformes de toutes sortes dans ce pays ; ils s’appliquent avec une perversité simpliste à trouver un truc où verbaliser. Mais on s’en sort presque toujours en discutant un peu, ce qui, paraît-il, n’aurait pas été le cas sur la route goudronnée. On aura peut-être pas tout perdu en venant s’égarer par ici. En fin de journée, on s’est arrêté dans un village où monsieur Pascal, le chef, a accepté de nous accueillir après nous avoir présenté à monsieur Maurice, son assistant chargé d’enregistrer notre arrivée, puis monsieur Augustin, le jeune instit congolais qui nous a amené à la rivière pour qu’on se décrasse un peu avant de rejoindre les autres monsieurs dont j’ai oublié les prénoms et les fonctions pour manger la boulette de manioc à la sauce coco. On a fini avec un verre de « liqueur forte », son parfum indéfini mais super costaud était finalement le meilleur truc qui pouvait nous arriver avant d’aller s’effondrer dans notre case en attendant le lendemain et ce qu’il allait nous réserver comme surprises débiles…creuser un passageAu matin du deuxième jour, il a fallu faire les adieux d’usage à tout le conseil municipal et puis une visite de l’école financée par une association française dont on est très fier ici. Les enfants de chaque classe nous chantent une chanson d’accueil et une d’au revoir et moi, entre les deux, je fais un dessin au tableau, c’est beaucoup plus rapide qu’une présentation en règle et ça fait rire les mômes qui sont quand même plus de deux cents réparti sur cinq classes et nous on a de la route aléatoire à faire. C’est toujours la même chanson, mais à chaque classe on grimpe d’un ton dans les basses parce qu’en CM2, ils ont déjà l’age d’aller bosser au champ ou aux diamants…ici on cherche du diamant au tamis dans la jolie rivière où on s’est douché hier soir ; si ça se trouve le courrant m’a planté un diams entre les fesses et je vais me faire choper à la frontière ! Nous sommes donc le second jour de route…c’est incroyable comment certains voyages se passe bercé pour un enfilement de kilomètres où il ne se passe rien et comment cette année j’accumule un tel nombre de galères en un temps ridiculement restreint que je ne peux qu’être victime d’un puissant maléfice jeté par quelqu’un qui ne me veut sans doute aucun mal mais doit trouver que mes blogs sont un peu trop pépères et qu’il est temps d’insuffler là dedans quelques shoots d’adrénaline pure…parce que faut pas déconner, je commence à démarrer sans frein arrière, après quelques kilomètres de piste défoncée je me retrouve avec une boîte de vitesse sans première et juste un peu plus loin, après avoir calé dans un bancs de sable où je m’étais vautré parce qu’on ne freine pas de l’avant dans le sable et que tenter de s’en extirper en seconde, ça peut ne faire que caller, juste à ce moment-là,donc, voilà le démarreur électrique qui meurt. Un démarreur tout neuf, monté l’année dernière, c’est pas un mauvais sort, ça peut être ? Je ne sais pas combien d’heures on a mis pour s’extirper de ce piège, tirer la moto dans un endroit où il y avait moyen de la pousser pour redémarrer, puis y amener tous les bagages…on a même embauché une équipe de porteurs, comme du temps des explorateurs, et Yannick au milieu avait fière allure avec une valoche de bécane sur la tête. Après, pour pimenter le tout, il ne manquait qu’une crevaison, bien sûr , mais cool, pour le redémarrage assisté, on a eu ça juste en traversant un village où il ne manquait pas de main d’oeuvre! route foret2Quand on a fini par reprendre la route, il fallait surtout ne plus se vautrer dans le sable, sinon, on était bon pour attendre de l’aide de passage et il y a très peu de circulation sur ces pistes forestières. Quelques rares camions qui n’aiment pas trop, comme celui de la veille, qu’une moto couchée les freine dans leur élan…Sauf que cette fois-ci les camionneurs avaient l’air super jouasse, ils ont bondi du camion tout sourire, prêts à nous aider…c’était l’équipe qui l’année dernière m’avait ramené la moto en panne de l’évêché de Bambari, de l’autre côté du pays, jusqu’à Bangui ; ils leur arrive parfois de passer par ces pistes du Sud et il a fallu que ce soit le même jour que moi!caban'hotelLe soir, bien nazes, on s’est trouvé un hôtel en planche genre cabane Far West avec un matelas mousse moisi, un seau pour se laver et un trou dans le sol pour si Tibet passe dans le coin ; c’est déjà mieux que la case de la veille où il n’y avait qu’ une planche par terre pour chercher le sommeil… Le troisième jour, il restait encore presque deux cent kilomètres pour atteindre la frontière, la piste était toujours toute en latérite trouée et bancs de sable quant aux contrôles de gendarmes, militaires, douaniers, agents sanitaires ou des eaux et forêts, ils se multiplient plus on approche de la frontière et redoublent de mauvaises foi pour essayer de gratter l’argent de poche de la dernière chance. Avec la moto qui ne démarre qu’en poussant, tous ça devient très vite épuisant surtout pour le nouveau partenaire devenu préposé à la poussette de démarrage. À la sortie du pays, le zèle redouble c’est maintenant ou jamais qu’il y a encore moyen de gratter.Bon, c’est vrai que j’avais été un peu trop tenté à esquiver les derniers mais griller les contrôles c’est un truc de voyageur en solo et quand la mob du collègue ne suit pas, on est bien obligé de rebrousser chemin avec tout le risque que ça comporte. Cent cinquante mille francs, ça paraît monstrueux mais ce n’est jamais que vingt euros et en plus, sur ce coup-là, je l’avais un peu mérité. Le premier douanier Camerounais nous a accueilli avec un T shirt magnifiquement décoré d’une feuille de cannabis ; ça rassure ; sa douane est juste à l’entrée d’un petit bled informe dont les deux auberges qui se font face se tirent la bourre à coup de décibels et de match de foot. C’est la coupe d’Afrique et le Cameroun est en train de prendre une branlée…si je veux survivre cette nuit, c’est boules Quies obligatoire !

Entrée poussiéreuse au Cameroun…

livreur de painOn y croyait, on nous l’avait dit là-bas qu’après la frontière, ce serait du velours.L’ambassadeur de France l’avait dit à Yannick,en lui confiant avec émotion sa vieille carte Michelin 153 de soixante-quinze et Muriel me l’avait confirmé ; ils ont dû prendre une autre route, c’est pas possible : je n’avais jamais pris autant de trous dans les reins et de feshfesh dans la gueule depuis bien longtemps. Le Feshfesh, c’est cette poussière rouge, lourde et farineuse que les innombrables camions de forestiers t’envoient dans la tronche quand tu les croises ou tente de les doubler par le bas côté.minibus dans le fesh La piste n’est pas large, vallonnée et bien fréquentée, elle n’est composée que de pierres cassantes recouvertes de fesh et de tôle ondulée à l’amplitude redoutable…Avec ma boîte de vitesses de plus en plus bruyante et dégoulinante, le ralenti qui s’emballe dès que je veux m’arrêter et ce démarreur en carafe qui oblige Yannick à me pousser à chaque contrôle ou chaque gamelle, ça fait beaucoup d’épreuves en bien peu de temps ! D’un autre côté, ce genre de panne n’a pas que des inconvénients ; comme je n’ai pas le droit de m’arrêter, quand Yannick se vautre, je suis exempté de l’assistance à personne en carafe,c’est peinard comme plan gros flemmard… dépassement limitePar contre quand c’est mon tour, il accourt le plus vite qu’il peut parce que si je calle quand je m’étale dans une zone bien pourrave, ce sera impossible de pousser pour repartir. C’est généralement à l’occasion de ces interventions d’urgence qu’il se vautre et moi je redémarre en le voyant dans mon rétro, s’exténuer à redresser sa petite Yam dans la poussière. En quittant le village frontière, il a encore fallu réparer le pneu avant. Le retour de la malédiction perpétuelle ; on aurait dû se méfier d’une journée qui commence comme ça. Le pire c’est quand , sous la selle et les bagages, le cadre a pété. Là c’était l’apothéose avec tout l’arrière de la bécane en décrochage, complètement livré à lui même avec sa surcharge sur cette piste qui n’en pouvait plus de vouloir nous secouer dans tous les sens . tronche repaltréeOn a fini par sortir péniblement de ce piège et rejoindre Bertoua, une petite ville avec une route en bitume tout lisse, on allait pouvoir se reposer et puis trouver un soudeur avant de repartir, parce qu’il y en a un paquet des trucs qui ont lâché sur ma foutue bécane et la route est encore longue…

Encore un peu de poussière…

On se serait presque pris à rêver que la belle route allait nous mener jusqu’au Tchad, mais non, pas du tout, dès la sortie de garouBoulaï c’est de nouveau une piste poussiéreuse et défoncée avec plein de gros camions qui tanguent dans leur nuage de poussière et dont la réussite du dépassement tient sans doute beaucoup au bon plaisir d’ Allah qui, heureusement, a l’air de nous avoir à la bonne. Au milieu des deux cent soixante dix bornes de piste on s’est arrêtés dans un hôtel sans fenêtres à Meïganga parce qu’à un moment donné, la poussière, quand t’en a partout, que ça coule de tes oreilles et tes narines, il vaut mieux s’arrêter prendre une douche! En plus, moi,j’ai un peu mal au bide : c’est normal la nuit dernière le Saint Patron de la défécation, ne m’ a pas lâché une seule seconde…tibet againOn commençait à peine à s’habituer à nos geôles que le patron est arrivé pour nous dire qu’il était désolé mais que tout son rade avait été réservé depuis quatre jours…en fait il n’avait pas l’air franchement désolé mais bon, on a migré un kilomètre plus loin dans un établissement du même calibre mais avec un patron plus sympa et des fenêtres dans les piaules…la taule onduléePour l’étape suivante, il fallait rejoindre Ngaoundéré par une route beaucoup plus praticable… enfin, c’est ce qu’on nous avait dit . Dans ces pays où jamais il ne pleut sauf à la saison prévue pour, on ne parle pas de la météo, on parle de la route.Chacun en a sa version, son anecdote, et finalement il n’y a que quand on se retrouve dessus qu’on peut se faire son idée à soi. Dans ce cas-ci, on ne va pas tortiller ; c’est aussi pourri que la veille. Camions, poussière, bosses et trous. En quelques heures, on se retrouve transformés en hommes de terre avec nos tronches replâtrées à la latérite. La forêt s’est encore clairsemée un peu plus, autour de nous ce n’est plus que des collines de savane grise. Le vent dépose les nuages de poussière sur la végétation et plus loin tout semble noyé dans une brume laiteuse. J’en arriverais presque à regretter la saison des pluies , ses ciels tourmentés et ses verts éclatants.La moto semble tenir le coup…la momieIl y a un peu d’huile dessous à chaque fois que je m’arrête, peut être que la fin de ce tour d’Afrique, c’est son ultime baroud d’honneur. À cent soixante sept mille kilomètres, elle a peut-être accumulé tous ses points retraite…

Adoptez un Z’umanitaire.

porteur YannickVoyager avec un Z’umanitaire, c’est un truc pas mal, il faut bien avouer. Les z’umanitaires connaissent bien le terrain africain, ils sont prompts à réagir en cas de difficulté et aucune galère ne semble entamer leur moral d’acier. Depuis quatre jours, Yannick pousse ma bécane à chaque démarrage avec une vigueur peu commune, quand on s’est vautré dans le sable il a participé avec entrain à la chaîne de porteurs qu’il avait montée en quelques minutes à peine et quand le patron de l’hôtel nous a fait un plan foireux, il est parti aussi sec trouver une autre auberge avec un guide mototaxi… Je trouve ça assez relax, mais je me demande à quel moment il va trouver que j’abuse un peu ? On se sent vachement plus d’attaque après une nuit dans un hôtel chic et kitsh , bien q’un peu délabré ; ce genre d’établissement comme on en trouve qu’en Afrique… Il paraît qu’aujourd’hui on va avoir une route goudronnée…mais bon, vous savez, moi, la météo…

Un coup de la panne de plus!?

Parfois, les prévisions sont exactes et la route est bien goudronnée. Il y a, évidemment, quelques trous et des virages un peu inattendus pour une route Africaine, mais ça roule, ça ne fait même que rouler. Les puissantes odeurs de freins qui chauffent quand on croise en côte et les nombreuses carcasses dans les fossés pentus nous rappellent qu’ il faut toujours se méfier de ces camions surchargés qui parfois se prennent des coups de folie dévastateurs.zipo IL n’y a pas grand-chose d’autre à faire que tracer sa route au milieu de ces collines de savanes poussiéreuses et très vite on pourrait presque se dire qu’on risque bien de se faire chier. Rouler pour rouler, à travers ces paysages que le vent d’Harmattan rend tout opaques de poussière, n’y a t’il pas là-dedans quelque chose de complètement vain ? Arrivés à Garoua, grosse bourgade un peu désolée dans la poussière, on a très vite trouvé une piaule et après avoir posé les bagages nous sommes partis au bord du fleuve voir crapoter des hippopotames bien souriants avec les voyageurs de passage. La journée semblait se terminer peinarde, mais en voulant redémarrer, à la poussette sur la berge sableuse, la boîte a définitivement lâché prise. Pour retrouver notre piaule, on avait plus d’autre choix que pousser pendant trois kilomètres à travers l’obscurité tombée sur la ville.depassement de pipe line Demain, ça va être super ; plutôt que de stupidement rouler vers le Nord, on va devoir trouver des solutions pour continuer par d’autres moyens…ça sent le plan camion cette histoire, et s’il y en a qui trouve qu’on ne fait pas d’efforts pour densifier ce récit encore un peu plus chaque jour, alors vraiment, c’est à n’y plus rien comprendre !

Roule toujours...comme il peut...

poussepousse-nocturneDe chaos rocheux et de baobabs noyés dans la brume grise à une immense plaine vide ; en trois cent kilomètres, on se sent de plus en plus proches du désert. Yannick continue, stoïquement accroché au guidon de sa grosse mobylette. Moi je suis dans le pick up Nissan avec la moto dans la benne. L’avantage quand on tombe en panne dans une ville, c’est qu’on a pas à attendre plusieurs jours qu’un camion poussif nous charge pour quelques centaines de dollars. Cette fois, le partenaire est allé directement frapper à la porte du HCR, pour savoir où on louait des bagnoles fiables à un prix normal. Il est tombé sur quelqu’un qu’il connaissait, c’est une grande famille l’Humanitaire et une demi-heure plus tard, le matos était devant la porte. Moi qui m’apprêtais déjà à m’installer un jour ou deux, je dois dire que la fougue des Zumanitaires n’en finit pas de m’épater…je dirais même que, presque, elle me fout le vertige. Le soir, on a fait étape à la réserve de Wasa ; puisqu’on a un quatquat loué, autant en profiter pour aller voir quelques bestioles avant de passer au Tchad…paysage du nord

Où qui sont les animaux?

Pour ceux qui rêvent de voir des plaines africaines couvertes de troupeaux immenses, l’Afrique de l’Ouest n’a jamais été le coin idéal. Je ne sais pas pourquoi du côté des anciennes colonies britanniques on a eu très tôt l’envie de créer des réserves ; peut être que c’est parce que les Anglais n’aiment que la chasse à courre. Les chevaux affectionnent assez peu de galoper derrière des lions ; ça sent mauvais les lions.girafe camerounaise Les Français, eux, ils aimaient chasser le sanglier à pied avec le clébard, alors passer à l’éléphant, ça sentait trop la belle promo ; et voilà le résultat. Dans la réserve de Wasa, avec un peu de chance, on peut croiser quelques antilopes et un petit troupeau de girafes et puis si on veut aller se reposer dans l’unique hôtel de la réserve, il ne faut s’imaginer y trouver le confort feutré des lodges Kenyans, alors bon, on roupille dans sa case en béton et le lendemain on file vers la frontière…

Une frontière de plus pour ma collec...

frontièreLa frontière entre le Cameroun et le Tchad, c’est ce qu’on peut appeler de la très belle frontière pour qui affectionne certaines ambiances bien bordéliques. On commence par quelques kilomètres de route étroite saturée de camions en attente, à travers une bourgade informe et poussiéreuse comme seule l’Afrique peut en offrir au voyageur. Les formalités de sortie du Cameroun se font assez rapidement. On a donc le droit de traverser le pont à voie unique qui passe de l’autre côté. Il faut attendre calmement son tour, il y a du monde dans les deux sens et la gestion de la circulation n’est pas très au mieux de sa forme. De l’autre côté, il y a la même bourgade informe mais, cette fois, c’est la périphérie de la capitale. On pénètre au Tchad par des cahutes où il faut se taper les formalités d’entrée. Dans chaque cahute, le passeport est recopié avec cette minutie remarquable du fonctionnaire qui vient péniblement d’obtenir son diplôme de CE2 mais adore rajouter des tampons colorés dans les passeports.motos de frontière Ensuite vient le passage aux douanes. Dans un grand espace ceinturé de murs lépreux, on trouve quelques petites baraques au milieu de vieux camions surchargés. Qu’est ce qu’ils foutent là tous ces camions ? Sont-ils en attente d’un tampon de plus, d’une fouille en règles ou de quelques biftons de laisser passer ? Les fonctionnaires sont plutôt aimables mais pas très habitués aux importations temporaires ; si c’est sur eux que comptent tous les chauffeurs de camions pour arriver à reprendre la route, ils ne sont pas sortis du no man’s land…Mais nous on a fini par y arriver, même si le fait que la moto soit sur un pickup alors que je suis sensé me déplacer avec aurait pu les troubler. Heureusement qu’il faisait trop chaud pour faire du zèle. On a pu sortir sans trop de complications de notre enclave et reprendre le chemin qui nous amènera au centre de la capitale…rien à déclarer

Histoire de BD...

erwann1Du temps où j’étais un jeune auteur avec un nez pointu qui déstructurait les dédicaces de livre devant un public déconcerté voire pas content, il y avait régulièrement, dans la file d’attente, un jeune soldat qui avait découvert dans les dépotoirs de mes bouquins une alternative insolite aux Buck Danny , Michel Tanguy et autres Dan Cooper galonnés de la bulle. Depuis, bien que je déstructure toujours les livres, mon nez s’est vigoureusement aplati et j’ai fait quelques kilomètres de plus. erwaqnn2Pendant ce temps, le soldat a pris du galon et des kilos…il a changé de taille de pantalon et de bédéthèque…Et je le retrouve à l’ambassade de France au Tchad, avec une grande maison où il m’accueille bien volontiers en attendant de retaper une fois de plus ma vieille monture. Je vais peut-être avoir le temps de lui dédicacer tous ses albums de la patrouille des Castors !

N’Djamena…

Encore une ville poussière de plus, l’Harmattan est tombé, la lumière intense est revenue, mais ça plombe et puis moi, encore une fois, j’attends des pièces…Je ne sais pas pourquoi, dans cette étape, si vite, la malédiction s’est abattue sur ma bécane et mes intestins. Peut-être a t’on démarré vraiment trop vite et trop fort, mais c’est comme ça et il faut faire avec…Je ne suis pas à plaindre dans la grande maison d’Erwann. Je suis allé, dès mon arrivée, au Centre Culturel Français pour retrouver Jean-Marie que j’avais déjà croisé à Kinshasa en descendant il y a trois ans. Jean-Marie a toujours du boulot pour moi , une petite animation de stage, un grand dessin sur le mur de la bibliothèque, j’ai de quoi m’occuper. C’est toujours assez surprenant l’accueil dans les Centres Culturels. Certains me reçoivent comme un héros, me logent comme une star du show bizz , convoquent les médias et en échange me proposent juste de leur faire une animation d’une heure dans la salle de conférence et avec d’autres c’est parfois plutôt le plan opposé. Je leur organise un stage de BD de plusieurs jours, super organisé bien comme y faut et ils en ont rien à foutre. Avec un peu de chance, le dernier jour, il t’offre un Fanta orange tiède, juste pour savoir comment tu t’appelles… tout ça, ça fait aussi partie des surprises d’étape.radeau piéton Jean Marie est un peu contrarié… Le Centre Culturel et quelques sponsors du coin ont soutenu une opération fluviale un peu farfelue. Si j’ai bien compris, il y a presque un siècle, André Gide serait arrivé ici en radeau et une joyeuse équipe a décidé de commémorer l’évènement en faisant une réédition de la croisière. Ils ont donc construit un rafiot plus ou moins du même calibre et se sont embarqués quelques kilomètres en amont spour arriver triomphalement ce dimanche. Dessus, on peut y croiser des écrivains, des photographes, un auteur de BD et je ne sais qui encore…Le problème c’est qu’à force de s’échouer, dès le début, sur des bancs de sables, ils ont, je crois, perdu en cinq jours environ quatre jours sur le planning. Belle performance. Les organisateurs ne sont pas contents du tout mais peut être aussi qu’André Gide avait embarqué moins de monde sur sa barquasse et qu’il avait eu la bonne idée de naviguer à une époque où il y avait plus d’eau. La région du Lac Tchad est quand même bien connue pour être une de celles qui s’assèchent le plus vite en ces temps de réchauffement ; ils auraient peut-être mieux fait d’y aller à pied ! C’est assez rigolo tous ces plans culturels ; il y a deux ou trois ans une équipe de rigolos financés par le ministère de la culture a voulu refaire, en Traction Avant, la partie centre africaine de la croisière Citroën en traversant quelques pays dont une partie du Congo jusqu’au Rwanda et après je ne sais pas. Ils en ont bien chié sur des routes Congolaises disparues, puis arrivés au Rwanda on leur a refusé l’entrée…ils étaient super bien organisés les touristes subventionnés pour arriver à une frontière où les Français n’avaient pas trop la cote sans avoir pris leurs visas à l’avance…et pendant ce temps-là, un tas de petit théatreux en galère se font sucrer leur intermittence ! Il faudrait peut-être vérifier, mais il est sans doute fort possible que le Paris Dakar soit financé par le ministère en hommage à Daniel Balavoine ou parce que ça passe par le même chemin que Che Guevara quand il écrivait ses carnets de route.croisière citroën Comme j’ai un peu de temps ces prochains jours, je vais essayer de monter un dossier. Il paraît que Montaigne aurait contourné le lac Tchad à Mobylette en 1554, quant à Albert Camus, très célébré ces derniers temps pour les cinquante de sa mort , le bruit court qu’après avoir écrit la Peste, il aurait traversé le Ténéré en Jet Ski pour se changer les idées…Dès que j’ai vérifié tout ça, je demande une subvention au ministère de la culture. En tant que dessinateur de rats, ça devrait le faire ; on organisera peut-être un cocktail à l’Arbre du Ténéré : je vous tiens au courant pour les invit’s !

Plein d'explications pratiques

Il ne se passe pas grand chose en attendant les pièces...Je peux en profiter pour faire juste les rappels habituels...Pour ceux qui voudraient que les messages soient affichés avec les plus récents ouverts en priorité, je répète que moi j'aime que ça s'affiche comme un livre qui se lit du début à la fin et que si on veut les messages des derniers jours, il suffit de cliquer dans le calendrier juste à droite à l'ouverture du blog, c'est tout simple! Et puis quand on veut voir les dessins ou les photos en plein écran, il suffit juste de cliquer dessus, et enfin ;les commentaires sont à nouveaux réservés à moi tout seul; ch'uis comme ça moi, j'aime bien me garder un petit bout d'intimité avec mes lecteurs!lumière d'harmattanJe signale aussi qu'on peut me suivre sur Google Hearth en suivant toutes les expications qui suivent...

1.	Se rendre sur le site : http://thuraya.geonixlocate.com/Login/Login.aspx

2. Entrer le login : ydeville 3. Entrer le password : banguialger 4. Se rendre dans la rubrique « maps » / « view history » 5. Dans le bandeau en haut de la page, il est possible que le message suivant s’affiche : « Une fenêtre publicitaire a été bloquée. Pour afficher cette fenêtre publicitaire ou des options supplémentaires, cliquez ici… ». Dans ce cas, cliquez sur le bandeau et sur « Autorisez temporairement les fenêtres publicitaires » 6. Une nouvelle fenêtre s’ouvre et affiche le planisphère de GoogleEarth. 7. Les petites gouttes vertes représentent nos positions respectives. En cliquant une fois dessus, vous obtenez les coordonnées GPS exactes, l’horaire de l’envoi ainsi qu’un court message.

N'Djamena , par les dessinateurs tchadiens...

La vie se traîne un peu à N’Djamena, j’attends mes pièces, rongé par un doute qui s’immisce lentement en moi ; ma monture n’est elle pas en train de me dire qu’elle voudrait prendre sa retraite. Je me retrouve comme un vieux cow boy qui n’aurait plus confiance dans son cheval.Peut on imaginer Lucky Luke sautant par la fenêtre en se demandant si son cheval est bien posté au bon endroit comme à chaque fois ? Non, ça paraît impossible, et pourtant même Jolly Jumper finira en veille carne…le mobilier du blancÀ N’Djamena donc, le temps s’étire…Ici, comme il y a régulièrement des tentatives de coup d’état, on a toujours l’impression que ça va revenir, que c’est cyclique ; une fois par an, un coup d’état. Le dernier date d’il y a dix huit mois ; on commence à attendre le suivant. En prévision de ça, le président a fait creuser des fossés tout autour de la ville. abattageIl a aussi abattu tous les vieux arbres du centre ville parce que c’est derrière leurs troncs vénérables que s’embusquent les tireurs. Les dessinateurs humoristiques du coin s’en donnent à cœur joie.les fossés tchadien Virer les derniers vieux arbres de la ville et puis lancer des opérations de reboisement en périphérie pour enrayer l’avancée du désert, ça me rappelle tous ces maires de France qui rasent les arbres centenaires pour construire des parkings ou des supermarchés et replantent ensuite quelques acacias rachitiques qui, accrochés à leurs tuteurs, essayent de pousser en espérant au mieux faire un peu d’ombre quand les bagnoles auront disparu depuis longtemps…

Un jour après...

bécane en pauseMa bécane attend ses pièces…Elle n’a pas une allure très glorieuse sous son appentis, on aurait presque envie de l’abandonner là, de la foutre à la poubelle. En cherchant un pneu avant dans N'Djamena, j’ai découvert qu’il y avait, un peu partout dans la ville, des gros trails des années quatre vingt abandonnés dans les arrières cours bordéliques de garages comme on en trouve que sous ces latitudes. Mais il n'y a pas grand chose à récupérer dessus. Chez Motomag, on me soutient à donf et si tout va bien, il y a des pièces qui arrivent demain matin…on va donc la remonter une fois de plus en espérant qu’il n’y ait pas autre chose qui lâche un peu plus loin. porcepic2 Et puis il y a Yannick et son AG 100 qui commencent à trépigner, et même un troisième larron qui va peut être nous rejoindre au Niger dans deux semaines, s’il n’oublie pas de se souvenir qu’il ya quelques formalités à faire avant de passer en Afrique…Tout ça paraît bien loin…mais il va falloir un peu se ressaisir sinon ça va pas du tout. Si je me laisse happer par une attente sans fin, peut être que Erwan va me jeter en pâture à son porc épic apprivoisé !porc épic

La lente avancée des choses…

Ce matin je suis allé au fret de l’aéroport. Cette année, je vais souvent aux frets d’aéroport, je pourrai bientôt faire une étude comparative des différents frets africains; celui de N’Djamena ne manque pas d’intérêt. Si les fonctionnaires d’ici sont assez peu portés sur la taxe surprise, ils aiment beaucoup la paperasse et le tampons. Je sais, c’est une constante Africaine, mais ici, on aime VRAIMENT la paperasse et le tampon.tampons de fret J’ai donc appris assez vite que le pneu qu’on m’envoyait de chez moi et la boîte de vitesse de Motomag était bien quelque part dans l’entrepôt…quelque part dans les montagnes de cartons . On a fouillé sous le cagnard pesant des hangars en ferraille ; moi et un de ces mecs qui te collent aux basques dès ton arrivée quand tu as la tronche du blanc qui, même s’il fait l’habitué pour pas qu’on l’emmerde, se demande quand même ce qu’il fout là et ça se voit. Celui-là, je me suis vite dit qu’il était le bienvenu parce qu’il y en avait un paquet de fonctionnaires dispersés dans des baraques et des cabanes, qui brûlaient d’envie de tamponner ma feuille, comme ça, gratuitement, pour le fun. Je me suis donc baladé pendant deux bonnes heures paperassières, mais c’était de bonne guerre ; ce parcours-là ne pouvait quand même pas durer plusieurs jours et à la fin, je savais que j’allais rentrer avec mes pièces sous le bras…et c’est ce qui s’est passé ! l'arche perdueAprès a commencé le remontage. Dès que j’ai mis le nouveau démarreur en place, j’ai compris qu’il y a un truc qui ne collait pas. Je vous explique, ça va énormément plaire à ceux qui n’aime pas la mécanique, mais je vais essayer de faire simple. Entre le moteur et la boîte de vitesse qui sont deux parties autonomes, il y a le système d’embrayage qui permet de relier les deux parties autonomes quand on roule et de les séparer quand on débraye ; passionnant, non ? L’embrayage est fixé à un grand disque dentelé en métal lourd qui sert à équilibrer le moteur quand il tourne et sur les dents duquel vient s’amarrer le démarreur. Quand on démarre, le démarreur fait tourner le volant moteur et ça lance la machine. J’ai donc découvert qu’il manquait des dents sur le contour du volant et que c’est, bien sûr, pour ça que mon démarreur avait mourru grave sur la piste forestière. Heureusement, après un moment de flottement qui n’était flottement que parce que sous quarante degrés on reste toujours calme; après ce flottement, donc, le chauffeur de l’ambassade m’a trouvé un bon soudeur qui m’a refabriqué des dents de volant qui, j’espère, tiendront bien quelques semaines. Bon, c’est vrai qu’à la tombée de la nuit, la moto était encore plus désossée que le matin…mais bon, demain est un autre jour et on commencera le remontage !

Tibétises et boulonneries...

Finalement pendant cette semaine de mécanique mes intestins se sont petits à petits remis en place. C’est qu’on me bichonne chez Erwann et puis Roseline, le docteur, s’inquiète de la santé de son petit monde. Mais la remise en état de mon tube digestif doit bien contrarier Tibet qui depuis qu’il a changé de secteur avait l’air de tout faire pour chambouler mes défécations matinales. J’ai l’impression que c’est la faute à Jacques Martin, le dessinateur d’Alix, le héros en jupette. Celui-là, depuis qu’il est arrivé au paradis des dessinateurs belges, il doit vouloir que tout soit sérieux pour faire de la lèche à Hergé et le pauvre Tibet, il ne doit plus avoir le droit de faire ses blagues de chiotte. De toute façon, s’il s’y remet, je serai le premier averti…Tibétises Aujourd’hui, j’ai beaucoup ramé avec ma bécane…Il a fallu redémonter l’embrayage et ses vis de blocage toutes foirées avaient décidé de ne plus bouger… La flemme du boulon ; à cause de la chaleur sans doute. J’ai voulu les réveiller au burin, mais on a fini par aller chercher un champion du marteau dans une petite rue poussiéreuse. C’est cet artiste-là qui a fini par décoincer tout ce petit monde en ferraille. Quand à la fin de la journée, j’ai enfin pu faire rouler ma vieille bête dans les avenues déboisées de la ville, sur le goudron tout neuf que le président a fait couler partout avec l’argent du pétrole, à ce moment-là seulement, j’ai commencé à y croire qu’on allait reprendre la route bientôt…

Le dernier jour à N'Djamena...

Pendant que je faisais le mécano chez Erwan et que je peinturlurais la bibliothèque du centre culturel, Yannick a vécu sa vie chez Acted , l’ONG où il vient de bosser quelques années bien remplies…remplies notamment de supers contacts comme son pote Abdel Karim. C’est lui qui était un peu celui qui démêlent tous les problèmes quand Yannick était en poste au Tchad. Il y en toujours des comme ça dans les ONGs ou les ambassades ; ils connaissent les gens qu'y faut là où il faut, ils ont toujours des solutions à tous les problèmes, c’est ceux sans qui rien ne peut fonctionner dans les pays complexes. Depuis, Abel Karim a repris le bizness de son père mais il n’a pas oublié son pote de débrouille et il a carrément proposé de nous escorter pendant une partie du contournement nord du lac Tchad. Ce tronçon sera assez décisif pour nos bécanes respectives. Demain, on va pouvoir vérifier si mes réparations sont fiables et si la petite moto de notre z’umanitaire est capable de rouler dans le sable. Le contournement du lac, c’est l’introduction au désert, les premières dunes de vrai sable et si nos motos se plantent à l’exam, il faudra peut-être réviser la copie pour la suite…Mais bon, on pourra toujours les charger dans la bagnole et réfléchir pour la suite…je commence à avoir l’habitude…salut d'erwan

Quand on commence le tour du lac...

On est donc partis au petit matin ou presque, les deux bécanes et puis le pickup d’Abdel avec tous nos bagages dedans. Sur le chemin de la sortie de la ville, Abdel avait des choses à faire, ils nous a donc laissés chez Abatcha, un autre ex collègue de Yannick, qui nous a présenté toute sa famille, ses femmes, ses enfants, sa maison avec mosquée incorporée, enfin tout ça n’est pas encore vraiment construit mais on imagine très bien quand ça sera fini. Abatcha a trois femmes, mais la seconde est partie. La troisième est très mignonne et il en très fier, surtout qu’il l’a choisie sur photo encore gamine et souvent on se plante quand on commande avec juste le catalogue. Son frangin, qui passait avant lui, droit d’aînesse oblige, avait choisi la sœur mais après, quand les marchandises ont été livrées, il s’est dit qu’il aurait dû prendre l’autre modèle du catalogue ; mais c’était trop tard, Abatcha en jubile encore ! Avec tout ça, et d’autres visites rapides dans des quartiers de périphérie, on a fini par vraiment décoller en fin de matinée. Abdel n’avait pas l’air de s’inquiéter ; nous si, et on essayait de le lui faire comprendre; rouler la nuit sur le sable, si on peut éviter, c’est mieux. Là, on a pas pu ! Après une centaine de bornes goudronnées, il y en avait autant avec de la piste sableuse, de la route en chantier et même un peu de la toute neuve, toute lisse, comme si on l’avait déroulée juste pour nous ; mais pas longtemps. Venait ensuite encore une troisième centaine de bornes de piste de savane sableuse, très jolie et puis trop bien pour la bécane en pleine reprise de ses moyens. De la vraie glisse entre les arbres de brousse ; c’est rigolo, mais ça fatigue vite les bras, surtout quand la nuit arrive et que Abdel ne cesse d’être très approximatif sur la longueur du trajet restant. Les vingt derniers kilomètres en nocturnes, on s’en serait bien passés, même si certains passages ne manquait pas d’intérêt ni d’un certain héroïsme. Arrivés à Moussoro, sympathique et apathique bourgade sablonneuse, on s’est tous effondrés sur les tapis pour une pause vraiment très très méritée.contour du lacDeuxième jour de contournement…........Abdel nous a trouvé un autre pickup qu’on a loué pour la deuxième étape de contournement. On a passé notre temps à se perdre les uns les autres. La bagnole restait dans les grosses ornières de sable et les motos gambadaient comme elle pouvaient des deux côtés de la piste creusée en essayant de garder assez de vitesse pour ne pas s’ensabler en slalomant entre les buissons épineux. Quand il faut rester vigilant pour ne pas se vautrer dans le sable ni s’encastrer dans les épines tout en essayant de repérer la bagnole ou l’autre moto, ça fait beaucoup de choses à faire en même temps et souvent, y’avait un des trucs qui foirait en beauté. Le Chauffeur râlait un peu qu’on ne le surveille pas assez mais bon, faut pas déconner non plus, c’est un peu à lui de nous surveiller, on l’a embauché pour ça, surtout qu’il avait embarqué un assistant. Sur ce genre de terrain, l’ épreuve ultime c’est la traversée des villages. Toutes les pistes convergent subitement sur l’unique rue principale très ensablée, et ce n’est pas simple de traverser sans se vautrer en restant poli et discret ! L’arrivée à Mao, c’est encore plus dense et pour en rajouter une couche, c’est sur une colline. Elles ont souffert nos motos dans ces montagnes de sable pour rentrer dans la bourgade. Il fallait trouver les locaux de l’ONG Action Contre la Faim où Yannick a des contacts pour faire étape et gérer la suite qui s’annonce très sableuse. A peine arrivé à bon port, y’a des espèces de flics pas l’air flics du tout et pas cool non plus que commençaient à s’exciter comme quoi on s’était pas enregistrés en arrivant, que peut être on était des espèces de mercenaires ou je ne sais quoi. Ils nous ont emmenés au poste dans la benne de leur Toyota et, à la lampe de poche, il a fallu remplir des paperasses et expliquer mille fois ce qu’on foutait là. Un providentiel coup de fil d’Abdel qui voulait des nouvelles, a subitement simplifié les choses mais avec ordre quand même de revenir le lendemain matin pour récupérer nos passeports et finaliser les formalités.MaoLe tour du lac, troisième jour...........pause à Mao...Ce matin, les policiers de la sécurité intérieure étaient plus détendus, mais ceux de l’immigration n’étaient pas content que les autres nous aient chopé en premier. Mais le commissaire était très courtois, presque philosophe, nous avons parlé santé et conception du voyage. Toutes ces rivalités de brigades ce n’est, en fait, que querelles de prestige puisque personne ne nous a demandé de pognon. En même temps, ça tombe bien parce qu’on en a bien besoin pour louer notre escorte quotidienne. Faire équipe avec un commerçant local nous avait d’abord semblé être la solution idéale ; mais il faut se plier à son horaire…partir après le marché du matin, et rouler pendant la nuit. On a donc joué raisonnable ; fortuné mais raisonnable ; ici on appelle ça le blanc…et le blanc ne discute pas le prix, la concurrence est réduite et si ça lui va pas, il a qu’à partir à pied. Il fut un temps où…et oui mais ma bécane est vieille et m’inquiète beaucoup, et moi je ne suis plus de première fraîcheur, d’ailleurs depuis que j’ai eu la bonne idée de ne pas me raser en partant, on m’appelle l’ancien ou le doyen…putain, ça fait réfléchir…je crois que je vais aller faire une sieste et peut être me raser !

A la recherche d'une petite pente

Et voila c'est fait le lac Tchad est contourné, on en a bien chié mais vous en saurez plus quand je trouverai une vrai connexion ; parce que la où nous sommes arrivés on espère juste trouver de l'essence et une petite pente goudronnée pour pouvoir pousser la moto. Si vous suivez sur google earth vous pourrez deviner dans quelle mégapole nous avons encore réussi à nous échouer.

Quand on a fini le tour du lac...

crevaison yannickLe tour du lac Quatrième jour… Je me suis éveillé à quatre heures du mat. C’est vrai qu’on a décidé de partir tôt, mais peut être pas à ce point. C’est que je flippe un peu avec ma bécane. J’ai trouvé que dans les paquets de sable qu’on s’est farci pour arriver à Mao, elle avait vachement souffert, alors, comme on a de toute façon un pick-up qui nous accompagne, pourquoi pas la jouer petit bras prudent et charger la bécane directement. Mais l’idée semble aussi aberrante à Yannick qu’au chauffeur. Il faut dire que ce petit malin a déjà chargé des passagers et l’idée de rajouter ma vieille Béhème contrarie un peu son plan d’amortissement…Alors je me résigne et c’est au moment de prendre la route que le démarreur me lâche à nouveau. Cette putain de malédiction continue. Mais tout le monde tient vraiment à ce que ça démarre alors que moi je me sens prêt à jeter l’éponge ; commence alors une redoutable et bien improbable épreuve de poussage dans le sable qui contre toute attente, à la troisième tentative, fait vrombir le moteur grâce juste à une toute petite plaque de terre dure au milieu d’une ornière. Je n’ai plus trop le choix, pour s’extirper de Mao sans se vautrer, il n’y a qu’une solution foutre les gaz et s’accrocher. Finalement je dois avouer avec un poil de honte, qu’on y prend goût, à ce pilotage plus vigoureux que mes habituelles flâneries de rider cool. Après quatre-vingt dix bornes, on se fait une pause sur une colline de sable dur qui va permettre un démarrage poussette sans risque. Il y a deux cent kilomètres jusqu’à la frontière; vu comment qu’on file de bosse en bosse entre les buissons, on y sera tranquille avant la nuit. Mais voilà qu’un carburateur se décroche ; elle fait ça des fois cette bécane à la con, mais généralement je ne suis pas dans le sable sans démarreur. Tout ça finira évidemment dans la benne. Dans ce voyage, tout se fait à l’envers. C’est généralement à la fin que j’ai la grosse panne et la virée dans la benne. Là, j’ai démarré avec la panne et à mi parcours me voilà dans la benne. Pendant que je m’accrochais aux montants pour pas trop sauter dans les bosses, Yannick a stoïquement continué jusqu’au poste frontière, tout petit bled en plein Sahel sableux, où nous sommes arrivés à la tombée de la nuit. Sa petite Yamaha est toujours aussi moche mais de moins en moins ridicule. Il faut dire que je suis sans doute excessivement mal placé pour critiquer avec ma vieille monture que j’aurais peut-être mieux fait de troquer contre un chameau quand on a cassé la croûte avec des boyaux de mouton au marché de RigRig.roule pas pareil Dernier jour du contournement du lac.chameaux Depuis RigRig, la piste en était réduite à sa plus simple expression. Deux grosses ornières dans des plaines de sable gris ; vent latéral, végétation buissonneuse , air saturé de poussière. Yannick continue imperturbable à traverser ces paysages désolés accroché à son petit guidon tordu. On croise des squelettes de mouton, un chameau crevé et quelques ânes avec des tronches de condamnés à mort…je me dis que ma bécane, elle est comme eux, en sursis dans le désert gris. De la benne du Toyota, je surveille, ce diable de Yan Devil pour pas qu’on se perde dans les nuages de poussière et je le jalouse un peu parce que je préfèrerais slalomer dans le sable gris que d’être secoué avec la dizaine de passagers qu’a embarqué la bagnole le long de la piste.sac a pataes Il y a là quelques vieux et quelques gonzesses tellement branchantes et tellement enveloppées de tissus qu’à un moment donné où il fallait bouger tous les paquetages pour retrouver de quoi réparer le pneu de la Yam qui s’offrait sa première crevaison, j’ai balancé un sac sur l’une d’elle qui pouvait parfaitement passer pour un paquetage parmi les autres. Je me suis fait un peu engueuler mais pas trop. Après la sorte de douane réduite à sa plus simple expression appelée Daboua et puis quelques contrôles d’entrée au Niger, nous sommes arrivés à Ngimi. Il ya trente ans Ngimi était au bord du lac, il paraît même qu’on pouvait passer au Tchad en bateau ; ce n’est plus vraiment le cas. paquet femelleLa plage est toujours là, dunes, sables et touffes d’herbes, mieux qu’à l’Espiguette ou à Knokke le Zoute, une plage gigantesque, sans aucun touriste…Mais bon, c’est vrai que pour mettre son pied dans l’eau, il faut trois jours dans une benne ; c’est sans doute pour ça qu’y pas de Club Med dans le coin et pas vraiment de minettes dans les rues. C’est ici qu’on retrouve le goudron et que donc on va pouvoir reprendre la poussette. Mais à part le goudron, on ne retrouve pas grand chose …pas de logement, pas de station d’essence ni bien sûr de connexion Internet… on se finit chez un mec qui nous est tombé dessus dès qu’on a posé le pied au sol en nous disant que le poste de contrôle l’avait prévenu de notre arrivée et qu’il était le seul habilité à héberger les étrangers de passage. Drôle de système, mais bon, on a suivi, c’était tellement plus simple et on était tellement crevé. Nous voilà donc dans un réduit sans fenêtre, vautré sur des paillasses entre quatre murs de torchis que nous quitterons demain sans le moindre regret…

Mais où donc tout ça s’arrêtera t’il ?

dans la benne Tout semblait simple, on était sorti du sable, il n’y avait plus qu’à pousser pour redémarrer et filer vers Zinder faire une pause de quelques jours. Pourquoi la moto n’a t’elle jamais voulu démarrer, même tractée par une bagnole ? Quel est donc ce glougloutement bizarre qu’elle fait plutôt que simplement vrombir, comme d’habitude, comme on lui demande ? Quand elle a callé dans les dunes en perdant son carburateur, rien n’avait l’air plus anormal que les multiples fois où un carbu a décroché ; alors qu’est ce qu’y se passe encore, là !?paré au décollage Impossible de diagnostiquer quoi que ce soit ; sans démarreur ni kick, impossible même de vérifier s’il y a une étincelle aux bougies, la vérification élémentaire avant toute investigation mécanique. On a donc cherché une fois de plus un moyen de locomotion et trouvé un qui voulait bien m’emmener cent cinquante bornes plus loin, là où il était plus simple de trouver des transports qui font la ligne régulière et donc sont moins portés sur les prix prohibitifs que ceux qu’on croise entre les dunes. Je me suis donc retrouvé avec deux jeunes nigériens assez rigolos qui écoutaient la zique à donf en slalomant, tout aussi à donf entre les innombrables trous sablonneux. Le goudron lépreux de la longue ligne droite qui traverse l’interminable plaine Sahélienne a dû être coulé avant l’indépendance et l’imperturbable Yan Devil en a parfois chié sur sa petite moto. Il m’ a retrouvé à la gare des bus de Diffa en train de surveiller désabusé un tas de mecs excités en train d’ écrabouiller ma pauvre poubelle en essayant de l’encastrer dans le coffre d’un gros « bus express » sensé démarrer à l’aube…mais l’aube africaine est bien souvent un concept d’une souplesse infinie…demain sera un autre jour et ce voyage semble s’obstiner à changer de formule.......... petit paysage Zinder est la deuxième ville du Niger m’a t’on dit, mais c’est bien qu’on me l’ait dit sinon j’aurais pas fait gaffe. Le bus qui m’y a amené a décollé à six heures du mat. À cette heure-là ça caille vraiment, ça permet de discuter météo avec les passagers. Il n’y a pas grand chose à faire quand on voyage en bus ; je me laisse emporter par la torpeur, un certain ennui, une vague lassitude ; la route est toujours une interminable ligne droite au revêtement parfois emporté par le temps qui file à travers un désert parsemé de petits arbres racornis... On arrive à la gare routière de Zinder vers treize heures ;la moto dans le bus je me réactive un peu pour surveiller le décoffrage de ma bécane et puis rassembler les bagages éparpillés dans les différents coffres latéraux et le casque et les gourdes et les sangles.. putain qu’est ce que c’est dur de se rappeler tous ce trucs qu’on a rangé un peu au hasard dans les soutes…et puis faire l’inventaire de tout ce qui a pété pendant le transport ; des sangles, un cligno, un rétroviseur…Il a fallu aussi appeler Jean François qui a débarqué assez vite avec le pickup du centre culturel…un pickup gratos ; incroyable, j’avais oublié que ça pouvait exister ce genre de truc !

- page 2 de 3 -