Tongue rider (2009-2010)

Et si on essayait de revenir par le désert...

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Inspiration...

Les voyages sans cesse recommencés ne seraient-ils que la répétition des précédents plutôt que leur prolongement ? Ne recherche-t’on pas dans chaque échappée juste le souvenir de routes déjà parcourues, un peu comme dans chaque histoire amoureuse où l’on s’obstine à croire retrouver celle qu’on a perdue, un peu comme le vieux camé qui à chaque shoot tente de reproduire la surprise extatique de son premier trip aux frontières de sa conscience. Pourquoi voyages et frontières font-ils partie du vocabulaire de la route et de la défonce ? Pourquoi les histoires d’amour finissent-elles toujours un jour par nous pousser vers l’un de ces deux extrêmes ? Quel est donc réellement le sens de ces fuites incertaines au bout des mondes réels ou imaginaires ? Encore une fois, je vais aller tenter de trouver la réponse aux Questions sur la piste…on appelle ça, dans mon métier, chercher l’Inspiration… inspiration...

Les paperasses...

Le processus préliminaire, il faut bien le reconnaître est lui aussi un éternel passage en boucle du même film. Mécanique et paperasse, paperasse et mécanique. Pourquoi faut-il que chaque année l’obtention des visas soient toujours un peu plus complexe ? Jadis, du temps de nos grands pères, une traversée d’Afrique se faisait de bout en bout sans routes goudronnées, ni passage de frontière, aucun fonctionnaire corrompu ne se tenait à l’affût derrière les baobabs pour bondir sifflet hurlant et bras tendu, dans le but inavoué de taxer quelques dollars à l’arrache au premier étranger venu. Il faut bien reconnaître qu’à cette époque, la moitié du continent était département français et l’autre province britannique. Les autochtones n’avaient eu le privilège de visiter l’Europe sans visa que pour aller, deux ou trois fois de suite, se faire éventrer dans les tranchées au nom de la patrie Française dont ils ne connaissaient que quelques esclavagistes à chapeau colonial et ces ancêtres gaulois dont les bons prêtres en soutane blanche leur avaient parlé à l’école de la mission.paperasses Depuis presque un demi siècle le continent sans frontière s’est cloisonné en nations aux indépendances incertaines puisque les anciens envahisseurs ont toujours tenus à garder une main solide sur tout ce que le sol africain pouvait offrir d’utile à leurs industries florissantes . Quant aux Africains nostalgiques du mythe encensé de la mère patrie lointaine, ils se sont mis en masse à rêver de Paris ou Bruxelles comme nos arrières grands parents ont rêvé d’Amérique. Mais la vieille Europe n’avait pas autant d’urgence de se repeupler que les Amériques du dix-neuvième siècle, et une fois qu’elle n’a plus eu besoin de sacrifiés volontaires pour ses tranchées et sa reconstruction, elle a commencé à ériger d’infranchissables barrages de grillages électrifiés et de paperasses inextricables …Il n’y avait donc aucune raison pour que dans l’autre sens, on ne nous rende pas la pareille ! Maintenant donc, plus aucun visa ne s’obtient sans dossiers préliminaires débordants d’invitations officielles, de garanties bancaires ou de dossiers familiaux couvrant plusieurs générations. Mais si certains se chopent l’envie fielleuse de vitupérer contre ces Africains aux exigences bureaucratiques insensées, qu’ils n’oublient jamais que celui qui a commencé, c’est le petit agité à talonnettes qui préside la France et ses sbires auvergnats rougeauds ou traîtres de passage …

Le secret dans la boîte...

Et si je vous parlais de mécanique ; sujet passionnant s’il en est, surtout pour ceux ou celles, innombrables rêveurs d’horizons lointains mais qui croient au mieux qu’on met de l’huile Tournesol dans des moteurs qui s’enflamment à la bougie de cire. La mécanique est une science exacte aux soubresauts paranormaux, elle est la fatalité du voyageur motorisé et une leçon de maîtrise de soi tant il est tentant de dégommer sa bécane à coups de masse quand un petit court-circuit pervers vous fout en carafe au bord de la piste, à la tombée de la nuit, pour la trentième fois, en bordure d’une zone tribale. Le talon d’Achille de la Béhème ancienne génération, c’est sa boîte de vitesses. Bien qu’irréprochable sur les rubans de bitume, elle a tendance à souffrir beaucoup quand on la sollicite intempestivement sur les pistes défoncées de l’Afrique profonde. le secret dans la boîtePresque une année sur deux, je dois ramener ses onze kilos sur mon établi pour chercher à comprendre pourquoi cette putain de première saute et la seconde un peu aussi…Assisté du regard acéré de spécialistes, je finis par découvrir un galet en plastique ovalisé, une bague en bronze fondue sous le pignon et une fourchette de sélection légèrement voilée…Ces broutilles-là, sous d’autres cieux, ça peut te faire finir en squelette séché dans les dunes. Avec un couple conique refait et un cardan tout neuf, je devrais cette fois encore arriver à me faufiler entre les zones obscures de guérillas incertaines qui, m’a ton dit, devrait encore m’accompagner une partie du voyage…Décidément, c’est pas le sommet de Copenhague qui va améliorer le sort des Africains avant longtemps !

Le Compte à Rebours...

père Noël

Aux tréfonds de l'attente...

Ai-je toujours rêvé d’être ce que je ne suis pas et ce que je ne suis pas est-il devenu moi ? Terrible question que j’ai hâte de méditer sur la piste ; insondable énigme psychanalytique avec laquelle je devrai sans doute éviter de bassiner mes lecteurs qui n’attendent de moi que des ensablements, des embourbements et des pannes complexes…Mais ne suis-je pas déjà en train de basculer dans la psychanalyse, là !? Attente encoree...Bon, je vais vous laisser avec le père Noël, pendant que je refais le tchéking de mes pièces détachées. C’est plus simple le père Noël, ça vous fait pas d’embrouille, sauf le jour où on vous apprend qu’il n’existe pas. Mais après tout, rien ne vous empêche de continuer à y croire ; y’en a bien qui croient à des choses encore plus insensées, comme un messie qui sauvera le monde ou un Humain sublime qui ne laissera pas tout s’effondrer…surtout les derniers ponts Centrafricains qui m’attendent déjà…

Jiminy Cricket...

Et si c’était l’enfance plutôt que l’hystérie mercantile que je fuyais chaque année en m’appliquant à m’envoler avant Noël ? En tout cas cette année, je pars juste après… Quelque chose de mystérieux m’aurait-il piégé ? ratatouille

Qui c'est qui va oublier quoi???

pere noël4L’année dernière j’avais, comme j’essaye de le faire à chaque fois, noté très consciencieusement la liste de ce que je laissais à Bangui et de ce qu’il ne fallait surtout pas oublier de ramener au retour. Au mois de septembre, je me suis fait piquer , pendant une séance de dédicaces, la petite mallette molle où il y avait juste quelques feutres, une paire de tongues de secours (indispensable) et mon petit agenda noir (presque aussi indispensable que les tongues !)…Depuis je ne cesse de visualiser ma bécane démontée dans ma tête, je tente de retranscrire en pensée ce que devait être cette liste pour ne pas me retrouver comme un con devant ma machine démontée…Bien entendu, il manquera quelque chose…c’est déjà toujours le cas quand on ne se fait pas braquer son petit carnet, alors cette fois-ci, je n’y couperai pas ! Quand je saurai ce qui manque, je vous le signalerai et peut-être aurai-je l’air encore plus con que la fois où j’ai emmené des pneus en me plantant de dimension !

Les histoires de bagages...

le départ du père Noël...Les bagages sont bouclés…le sac étanche en plastique mou avec son lot de tout venant et la valoche Béhème avec son stock de pièces détachées…J’ai subtilement équilibré l’ensemble pour que chaque paquetage fasse le bon vingt kilos obligatoire ; ça évitera de se taper le rab à payer. Pour éviter tout ça, je n’emmène pas de pneus ; on m’a promis juré que je trouverais à Bangui ce dont j’avais besoin…du made in China bien sûr, mais il y a deux ans, il faut bien reconnaître que celui acheté à Kinshasa avait fait son boulot de pneu tout à fait correctement. Je n’emmène pas non plus de batterie…J’ai la solution de secours miracle du providentiel quidam qui arrive à Bangui cinq jours après moi et pourra m’amener les trucs d’urgence. J’espère juste que les services de sécurité du fret ne sombreront pas une fois de plus dans ce zèle abruti qu’ils affectionnent tant. Pour éviter ça, j’ai réussi à me faire envoyer la page du règlement interne qui stipule bien qu’une batterie vide a le droit de séjourner peinarde en soute…mais les zélés de la sécurité savent-ils vraiment lire ? Cette année, je vais tenter une sorte de truc nouveau avec ce quidam-là ; je ne sais pas trop dans quoi je m’embarque, mais je crois que ça fera une sacrée variante pour le cinquième chapitre ; on en recause plus tard…

Envol à la con...

just mariedC’est bizarre de prendre son départ un lendemain de noce ! Eh oui, il se fait que cette année, la principale raison de mon départ tardif c’est que je devais marier ma fille, alors que ce gros rougeaud de père Noël, lui, dès le vingt-cinq au matin, il pouvait rentrer chez lui …Bien entendu ce genre d’événement nuptial n’a pas grand chose à voir avec l’univers aventureux des voyages à moto. Pourquoi, subitement, la génération qui me suit semble replonger dans ces choses qui me semblaient appartenir à des temps révolus, sacrée question j’dois dire…Mais le plus insolite encore, c’est de se retrouver à devoir conjuguer les préparatifs d’une virée africaine avec ceux d’une authentique union matrimoniale…Certes, les deux sont en quelque sorte des déclinaisons différentes du voyage, il faut bien le reconnaître et donc il fallait fêter dignement la chose à grands renforts d’euphorisants divers et se coucher avec les poules eut été, bien sûr, d’un incorrection totale.Tête dans l'cul au départ... C’est donc la tête bien dans le cul que je me suis fait amener par un pote tout aussi vaseux que moi. Bien entendu, quelques minutes à peine après le départ, je me suis aperçu que j’avais oublié une partie de mes papiers, ça commençait bien cette histoire. Heureusement, un lendemain de bringue, on peut toujours trouver vautré dans les canapés quelques rescapés qui finalement pourront avoir un peu de disponibilité pour une petite mission de secours…une deuxième bagnole a donc pris la route de l’aéroport . Quand elle nous y a rejoint, nous étions en train d’affronter, comme presque à chaque départ, la rude négociation pour faire admettre que ma boîte de vitesses n’est pas une bombe atomique, mais cette fois-ci, rien n’y a fait , aucun argument, aucune larme ; c’est que les consignes ne cessent de se durcir et ce qui était négociable un temps l’est beaucoup moins quelques mois plus tard. L’extrême rigueur de la fliquette en service et son mépris évident pour les motards en perdition m’ont acculé à la capitulation. Et quand j’ai vu mon pote repartir avec la moitié de mon paquetage, un légère vague de dépit a commencé à me submerger et puis la nostalgie, déjà, de cette époque où quarante kilos de pièces convoyée par tout un groupe ami m’avait précédés en Angola ou celle encore plus inouïe où j’avais ramené en soute du Mozambique jusqu’à l’aéroport de Montpellier, ma bécane complète avec sa batterie et un peu d’essence dans le réservoir pour carrément pouvoir redémarrer dès la sortie de caisse ! Tout ça c’est très très loin , trois ans ou sept,une éternité, le temps de voir basculer toute une façon de voyager, le temps de se dire que, un jour, je finirai par rester au lit…pas parce que les routes sont pourries et les militaires un peu barges aux fins fonds de l’Afrique, mais peut être surtout parce que les fliquettes en costume d’hôtesses de l’air, juste à côté de chez moi, elles présagent des temps obscurs où tout ce qui s’écartera un peu de la norme sera irrémédiablement puni !vade retro On peut toujours se dire que, si j’avais pu négocier avec succès, j’aurais peut être été coincé au changement d’aéroport, sûrement même , j’aime bien me rassurer sur tout ce qui aurait pu être pire…et puis finalement dans cet avion presque vide, avec plein de place pour pouvoir m’étaler, en direction de la moiteur Centrafricaine, je ne suis pas le plus à plaindre …

On attend quoi au juste??

À l’embarquement, toujours morfondu par l’amputation brutale de la moitié de mon poids autorisé je m’étais permis ce qui fait sans doute le plus blêmir les fliquettes habillées en hôtesses de l’air ; j’avais pris dans mon quota libéré une des valises bodybuldées d’une famille Centrafricaine qui n’avait sans doute pas compris que la soute n’ était pas rien que pour elle. J’avais comme ça l’impression que la journée n’était pas trop pourrie pour tout le monde . Mauricette, la plantureuse Banguienne qui ramenait de quoi habiller toute la famille m’a promis qu’elle m’appellerait pour me présenter tout le monde, mais comme je n’ai pas de téléphone, je devrais pouvoir échapper à cette immersion peut être un peu trop rapide …Depuis j’attends sous la moiteur… clic,envoiComme le simple envoi d’un petit message depuis un cyber peut prendre quelques heures, j’ai le temps de voir s’écouler le temps…c’est surtout ça la vie tropicale, quand on a rien d’autre à faire que savourer l’attente…

Le réveillon.

Les Médecins sans Frontières du coin m’ont proposé de venir passer le réveillon avec eux. Comme ils ont un groupe électrogène de compète, ils ont récupéré leurs collègues des autres ONG’s moins bien équipées en matos. Il y avait une bonne sono et un peu les mêmes disques qu’à la noce, chez moi, trois jours plus tôt…il y a un bout de temps que je me dis qu’il faudrait que je jette les vieilles compils à la poubelle mais ici, elles m’avaient carrément précédées. Tout le monde était un peu bourré au whisky-bière. J'ai pas fait trop tard, je me sentais vaguement en rade. J’avais comme l’impression d’être trois jours plus tôt et d'avoir chopé l’Alzheimer parce que je ne reconnaissais plus personne…j’en ai assez vite déduit qu’il était temps d’aller roupiller. À la récup de bagages de l’aéroport, j’avais croisé un fan de BD de la Croix Rouge qui m’avait expliqué qu’il y avait la création de nouveaux camps de réfugiés vers la frontière avec le Cameroun et les deux Congo…le soir du réveillon, j’ai pu en apprendre un peu plus. En fait, dans les zones abandonnées du Nord Ouest de l’ancien Congo des belges , les gens du coin se sont dit qu’y avait pas de raison qu’ils n’aillent pas au baston comme ceux du Nord Est qui n’arrêtent jamais. Mais eux, ils n’ont pas de minerais rares à plus savoir qu’en foutre d’autre qu’acheter des Kalachnikovs alors ils ont prétexté une histoire à la con de zone de pêche camps au Congosur l’Oubangui, le petit fleuve qui passe juste en bas de la maison et voilà, c’est parti…On se demande quel est cette malédiction qui s’abat si souvent sur l’Afrique Centrale, comme si on faisait semblant d’oublier qu’abandonné à lui-même l’humain redevient toujours et toujours juste une sale bête…

La kermesse...

LakermesseJe me suis un peu occupé de ma moto ; je lui ai remis des plaquettes de frein toutes neuves et changé quelques câbles électrique, comme ça j’ai l’impression d’avancer un peu … Depuis deux soirs de suite, je vais toujours manger des brochettes bien fermes et des bananes cuites dans la rue pas loin du cyber-café ; on attrape vite ses petites habitudes. C’est pas loin, juste une petite balade sous la lune et c’est pas cher puis ça me fait une bonne petite immersion nocturne dans la ville. J’ai calculé que pour le prix d’une bouteille de Champagne on pouvait manger des bananes-brochettes pile cent jours d’affilée, c’est sans doute pour ça que dans le quartier on boit surtout de la bière. En face, il y a le stade BongaBonga et pour le premier janvier, c’est bien agité, il y’a une queue d’enfer devant l’entrée où c’est bien stipulé,sur un grand panneau au dessus du portail, qu’il ne faut pas amener d’armes mêmes des armes blanches. C’est la grande kermesse de la fête pour l’Unité et la Réconciliation…Ils devraient sans doute faire pareil les pêcheurs de l’autre côté du fleuve, mais chez eux, on a pas encore mis le panneau…

Distorsion temporelle…

chien devant maisonC’est quand même incroyable, je ne sais même plus quel jour on est ! Entre les réveillons qui précèdent juste les weekends et la languissante moiteur tropicale, je me retrouve incapable de savoir si on est samedi ou dimanche dans la maison de Muriel, sur le flanc de colline au bout de Bangui. Muriel est donc responsable de ECHO pour le pays…ECHO c’est l’organisme créé par la commission Européenne pour filer des subs aux ONG. Ce truc-là a été inventé pendant la guerre de Bosnie pour donner bonne conscience à l’Europe qui, ne voulant pas intervenir militairement, a décidé d’investir massivement dans l’aide aux populations. On se souvient des paradoxes et des quiproquos qui naquirent de cette présence active mais non interventionniste pendant quelques épurations spectaculaires, de Srebrenisca à Kigali, au Rwanda…Ou on ne souvient pas, parce qu’on a la mémoire courte et que c’est bien pratique de pouvoir dire « plus jamais ça » tous les vingt ans avec autant de portée historique que quand on pète dans son bain. Muriel m’a laissé la clé parce qu’elle est partie en voyage. Elle a donc une grande maison avec des pièces exprès pour recevoir les motos cassées et aussi un petit chat noir qui adore se suspendre aux moustiquaires et une chienne Rodhésienne qui elle affectionne plutôt mes godasses que j'ai eu la chance de retrouver à peu près intactes derrière la maison ce matin…chien à pompeschat&moustiquaire

Les anges farceurs...

Il y’a quelques jours encore je croyais avoir mis sur pied la parade absolue au risque de panne préliminaire…Je rappliquais comme d’hab avec les pièces, je remontais ma bécane et en cas de pépin de dernière minute, l’aventurier de la petit cylindrée qui doit me rejoindre demain pouvait m’amener ce qui manquait. Oui mais la dérive sécuritaire des transports aériens en en décidé autrement et j’en suis toujours à attendre mes pièces qui ne sont même pas arrivées en fret à la date prévue…Mais, à part pour les lecteurs assoiffés de récits de baroud sur la piste, tout ça est-il vraiment grave ? J’ai commencé à animer un stage quotidien à l’Alliance Française; ça j’ai l’habitude ! Dans la maison de Muriel il y’a plein de bouquins supers et je peux toujours faire de la bande dessinée, ce fabuleux métier qui ne demande que du papier et quelques crayons.tbet au paradis D’ailleurs mon vieux pote Tibet, c’était ça son plus grand pied ; dessiner frénétiquement sur sa petite table dans le midi en cherchant un calembour à la con à glisser dans une bulle. Et finalement, il en a réussi un dernier pas mal du tout. Le même jour que celui qu’il a choisi pour tranquillement s’endormir et ne pas se réveiller, et bien la chanteuse Lhassa a fait la même chose…Lhassa qui s’éteint avec le Tibet, c’est une sacrée belle sortie, politique et littéraire, la grande classe !

La Coquette...

Bangui la Coquette ; c’est ça qu’il y a d’écrit sur la colline boisée derrière la cathédrale, façon lettres d’Hollywood…et finalement, à cette petite ville au bord de la rivière, ça lui va mieux que Bangui Capitale d’Empire, comme elle le fut pendant les quelques temps de délire d’un ancien petit capitaine de l’armée française. Devant la cathédrale, il y’a le siège d’une ONG qui a l’air de t’envoyer direct au paradis, c’est du garanti, c’est écrit sur le panneau. J’ai regardé si je n’y croisais pas Tibet, mais il a dû passer avant hier…et aller voir ailleurs parce qu’au paradis de la BD,on doit s’emmerder grave, assis comme un con entre Dieu et Hergé ! Yannick, est arrivé avec la batterie qui me manquait pour démarrer…Enfin, il me manque aussi toujours ma boîte de vitesse et la transmission, mais ça c’est une autre histoire !ONGparadis

Un raid en brouette...

brouette d'actedYannick est donc ce garçon qui a travaillé deux ans en Centrafrique pour l’ONG Acted, dont le principal travail est de remettre en état les pistes et les ponts et qui ont d’ailleurs des tas de véhicules de service, à quatre, deux ou même une roue ! L’année dernière il s’était proposé de m’accompagner un bout de route avec une de ses motos de service. En quelques mois, son idée a démesurément grandi dans sa tête au point d’avoir envie de me suivre jusqu’au port d’Alger. En attendant mes pièces, on s’occupe des siennes. En gros, tout ce qu’il avait commandé depuis la France n’est pas arrivé mais comme sa moto est neuve, on devrait quand même arriver à aller un tout petit peu plus loin que la sortie de la ville. On a commencé a faire un peu rouler la Yamaha AG 100 et je dois dire que ce n’est pas vraiment un avion de chasse; à deux dessus c’est du délire, je crois qu’avec une des brouettes d’Acted on avancerait plus vite, mais ce sont de très bonnes brouettes. En solo, on pourrait presque y croire, on va donc faire comme si…ça peut être une expérience intéressante…

Déboîtage d'aéroport...

scenettes-verticales.jpgCe matin après mon animation de stage, Jean Parfait, le chauffeur d’ECHO qui porte très bien son nom parce qu’il est d’une hallucinante ponctualité et toujours bien habillé, quoiqu’un peu bègue, m’a amené une nouvelle fois à l’aéroport mais ce coup-ci j’avais bien un colis à retirer. Les douaniers furent étrangement plutôt cool même s’il y eut divers taxes indéfinies mais tellement dans les limites du raisonnable que je serais presque prêt à parier que c’était bien des vraies taxes super légales. Après, je suis retourné à la maison pour commencer la reconstruction. Il y a évidemment toujours un petit truc ou l’autre qui pète au remontage mais avec un peu d’Aralditescenettes-verticales2.jpg et de fil de fer ça devrait bien tenir cinq mille bornes. A la fin de la journée, évidemment la moto ne tourne pas encore, loin de là, mais je suis sur la bonne voie. Yannick, pendant ce temps-là, fait des tours de pâté de maison pour devenir pilote de rallye et parfois il a la bonne idée de changer de sens pour ne pas devenir pro du virage à gauche et se planter au premier virage à droite…On progresse grave!

Balade sous le cagnard...

Pendant que mon associé se prépare psychologiquement à sa prochaine expédition en buvant des coups avec ses anciens collègues, je reconstruis petit bout par petit bout mon destrier et quand il me manque un truc je suis obligé de descendre et remonter à pied parce que je ne vais pas emmerder Jean Parfait toutes les heures, puis il est bon, avant de redevenir un Rider, de se mesurer à la locomotion de la plupart des gens d’ici…pas à pas en plein cagnard… ça permet de comprendre combien la vie n’est pas si simple au soleil et que le vieil adage selon lequel la misère y serait mieux qu’ à la fraîche a dû être balancé par un Breton aigri ou un de ces Vikings de nord qui ne se déplace qu’à dos de renne pour aller acheter ses clopes au bistrot du coin et n’ a jamais foutu ses pieds au sud de Poitiers où il croit encore qu’on ne rencontre que des Sarazins hostiles…balade sous le cagnard La moto a fini par redémarrer le soir…j’ai enfumé la petite pièce où elle sommeillait depuis huit mois et en plus ça pisse l’essence ; mais là, il faut bien reconnaître que j’arrive au bout de l’épreuve habituelle de la remise en route. Il y aura quand même un léger handicap au démarrage , il va falloir rejoindre le Tchad sans frein arrière. Le mécanisme de frein qui était fixé à la transmission d’occase que j’ai ramenée n’est pas le même que celui que j’avais avant. Bon, ça va s’arranger, je récupèrerai tout ça, avec un pneu arrière, à N’Djamena. Parce que, bien sûr, ici, pour les pneus, à Bangui, faut pas trop rêver…C’est un gros village Bangui, ce n’est pas comme Kinshasa ou Luanda, où on arrive toujours par des itinéraires complexes à trouver ce qu’on cherche. Ici, c’est pas pareil, mais en même temps, c’est tranquille…On peut pas tout avoir !

dernier jour à Bangui...

La moto a donc fini par redémarrer et je me suis baladé dans la ville…Après quelques photos du joli petit centre ville et de ses arcs de Triomphe un peu grotesque, il a fallu négocier l’amende avec une bande de policiers en cent vingt cinq qui voulait vraiment qu’on discute, là, parce qu’on ne fait pas de photos comme ça sans autorisation signée de l’organisme compétent. Après on s’est entendu et ils ont insisté pour m’escorter jusqu’à l’évêché où je tenais à saluer l’abbé Antoine, mon passager curé de l’année dernière avec qui on s’était fait tirer dessus avant de péter le cardan. Comme on s’est planté trois fois d’évêché avant de trouver le bon, ma bande de keuf m’a demandé des sous aussi pour le carburant ! J’ai fini par arriver à me débarrasser d’eux mais finalement, il faut avouer qu’ il y avait quelque chose d’assez jubilatoire à traverser la ville avec mon escorte et ses clignotants bleus ! Donc, le moteur tourne à peu près rond et la boîte approximativement aussi ; ça craque, c’est dur sur le sélecteur mais avec un peu de chance, ça se rôdera sur la route...Demain matin, avant que ne monte la chaleur, nous prendrons la route qui va vers le Cameroun…Bangui

C'est dense la grande forêt...

Après trois jours, il s'est passé plus de choses que parfois en deux mois dans ce genre de voyage. Je vous en raconterai plus quand je trouverai une connexion correcte mais petit à petit la route forestière m'emmène à la frontière du Cameroun très lentement et pas sûrement du tout!

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