On pourrait penser de la mécanique qu’il s’agit d’une science parfaitement exacte : tout doit s’imbriquer, coulisser, pivoter au quart de milipoil près. Il y a pourtant toujours une sorte de facteur d’imprévu qui peut la faire d’un seul coup basculer dans l’occulte. Un simple vissage d’écrou qui devrait prendre entre dix et quinze secondes peut friser subitement le paradoxe spatio-temporel. Loin de moi l’idée d’encore vous gonfler avec un minutieux descriptif de remontage moteur, mais je vais juste vous exposer un petit problème. Prenons une pièce P ramenée de France après un léger détour par les douanes aéroportuaires que nous appellerons le coefficient de détour circonstanciel douanier (CDCD) ; entendu que la pièce enfin récupérée doit prendre place sur le cylindre G et y être refixée à l’aide des deux boulons déjà en place B1 et B2, combien de temps prendra l’opération quand on découvre que B2 a abandonné son filetage F dans la pièce périmée que nous appellerons PP1 ? Le boulon en question, bien que tout petit, a évidemment un profil introuvable dans le pays et si je n’avais pas appris que quelqu’un pouvait me le ramener de Paris cette semaine, je crois que j’aurais bouffé mon moteur tout entier. En attendant, je peux prendre le temps d’aller assister à des vernissages pour faire mon artiste mondain. Dans ce cas-ci, l’expo a lieu dans la forteresse. Construite au seizième siècle pour protéger le tout nouveau comptoir portugais de l’époque, elle a bien triste mine maintenant, entourée d’immeubles gris de l’époque communiste. Avec ses petits canons nains, on a du mal à imaginer ce château Playmobil défendre la ville contre une attaque barbaresque. cocktail à la forteresse Au milieu de la cour intérieure, on écoute des discours, on mange des samoussas et on boit un peu de vin rouge. J’essaye tant bien que mal d’attirer l’attention de sublimes hôtesses callipyges en dessinant quelques conneries décalées dans le livre d’or, mais la seule prise qui vient mordre à mon hameçon n’est pas du tout celle espérée, mais alors pas du tout. Un cardiologue Suisse, collant comme un fond de fondue bien pégueux, commence à me raconter sa vie aussi passionnante que celle du croûton qu’on vient de laisser tomber dans le fromage flasque. Un providentiel architecte franco-mozambicain va m’extirper de ce piège mortel et je sais que je compte désormais un ami de plus dans ce pays. Et me voilà cordialement invité dans le Nord d’ici quelques semaines…