Second départ moto sur la baieQuand on quitte Maputo par la route du nord, on se tape une cinquantaine de bornes de ces périphéries approximatives comme autour de tant de villes africaines. Et en plus il pleut. La pluie c’est pas tout le temps, c’est juste pour moi, mais l’approximatif de l’architecture tout autour, ça, ça ne change jamais. Un peu de béton, de parpaing friable et de taule rouillée. Des vestiges lointains d’une campagne absorbée, des bouts d’arbres, des parcelles de maraîchage. C’est pas du vrai bidonville, mais pas loin. La route encombrée est humide et graisseuse, il y a un peu de contrôle de flic, mais ça passe. Après cinquante bornes, le temps se dégage, la circulation se fluidifie et l’habitat aussi. De Maputo à Xaïxaï ,qu’on appelle Chaïchaï, c’est tout plat, un sorte de plaine agricole inondable qu’on aurait oublié de cultiver puis après c’est plus joli et la route se défonce un peu. Elle est comme ça la route, elle se lâche. J’ai croisé deux motards allemands sur des trails presque plus vieux que ma moto, mais je me suis fait tout petit, j’ai assez parlé mécanique ces derniers temps, même avec un colonel de passage à l’ambassade. Mon tank à deux roues plaît toujours aux militaires de quelque pays qu’ils soient. J’enfile les bornes tranquillement, je me repasse toutes les conversations de mon séjour à la capitale, je revisionne tous ces visages. Ce qui peut rendre si fascinant le voyage, se transforme parfois en angoisse sourde. Partout, perdus au milieu de la multitude, il y a toujours ceux à qui on aurait tant de choses à dire, avec qui on pourrait à chaque fois vivre des bouts de vie, nos alter ego, mais on ne sait jamais où et à chaque fois on repart tout seul. Mais peut être que je les recroiserai tous, quelque part, au bout de la route. Longue ligne droite, manguiers, palmiers…radars. cajoux Évidemment, sur la seule route nord-sud, même s’il n’y a qu’un seul radar pour tout le pays, on a toutes les chances de le croiser. En fait, je crois qu’ils en ont deux parce qu’il y en a toujours un sur la route de l’aéroport. Je reprends mon vieux réflexe ; là c’est jouable, il n’est pas planté le bras tendu au milieu du bitume. Vitesse constante, regard perdu dans le lointain, je passe devant, puis, plus loin, je me cale entre deux gros camions de convoi exceptionnel, chargés de citernes géantes. Je reste comme ça, le temps de changer de district et puis je reprends mon rythme. Quand je suis rentré en février dernier, j’avais tellement chopé ce truc de voyage , que j’ai fait pareil en bas de chez moi . En une seconde, j’ai compris que c’était pas jouable avec ma plaque et les keufs à Sarko. Alors, j’ai mis au point un plan de secours éclair, j’ai fait demi-tour comme ssi je cherchais quelque-chose et je suis allé me garer à côté d’eux comme si je ne les avais toujours pas vu. Je l’ai joué serré mon baratin à la cool, mais c’est passé en douceur et je suis rentré chez moi avec juste le PV parce que je n’avais pas mes papiers…ils m’ont laissé tomber le sens interdit, la voie des bus et le presque délit de fuite ; on en apprend des attitudes qui sauvent en Afrique ! baie de tofo Je suis arrivé à Praya de Tofo, cinq cent bornes au nord de Maputo, en fin d’après midi. Je retrouve tout le monde, parce que oui, parfois on peut aussi revenir et retrouver tout le monde…