maisonmaputoOn n’arrive jamais à comprendre vraiment ce qui provoque ces rencontres étranges qui finissent toujours par cette même considération toute faite sur la petitesse du monde. Je vous avais déjà expliqué, deux récits en arrière, pourquoi j’avais une sorte de famille en Angola. Le même scénario peut aussi s’appliquer au Mozambique. Tout ça passe toujours par la case de l’Algérie des années soixante, soixante dix, cette époque foisonnante où se retrouvaient là-bas des révolutionnaires de tous pays, venus de maquis guerriers divers pour se reposer chez des pieds noirs anarcho-gauchistes qui théorisaient fougueusement sur le monde meilleur.Je simplifie un peu mais pas trop. Une Portugaise qui croyait à la révolution y a rencontré un maquisard Mozambicain, ils ont eu un enfant , c’est tellement facile d’avoir un enfant. Elle est retournée désabusée à Lisbonne avec sa petite fille parce que, où qu’elles aient eu lieu, les révolutions n’acceptent jamais ceux qui se sont battus pour elles alors qu’ils venaient de l’autre bord. Les révolutions aiment que les choses soient claires et les camps bien définis, c’est plus facile après pour faire des statues qu’on comprend depuis l’autre bout de l’avenue Lénine . Le maquisard a fini sa guerre puis il a suivi le parcours classique du héros ; ministères , carrière internationale et tout le bazar. Bien des années plus tard, l’enfant devenue grande a retrouvé son père et est revenue au pays. Moi je l’avais croisée, il y a une vingtaine d’année et je l’ai retrouvée par Pablo, le carnet mondain du centre culturel, lui aussi, un petit fils de la révolution. flamboyant Vous en voulez une autre, d’histoire comme ça ? Il y a une quinzaine d’année, j’avais rencontré au mariage de la cousine d’une copine l’amoureux d’alors d’une autre cousine de la même copine…c’était des belges, ça se passait dans le midi ; il y’ avait déjà là comme une rupture spatiale…je ne l’ai jamais revu, et puis avant de venir, ici, on m’a parlé d’un mec qui m’avait croisé jadis, mais les histoires racontées plusieurs fois en deviennent toujours d’autres, c’est la vieille théorie de l’inexistence de la vérité. On me disait qu’il était un lointain cousin à moi ou un truc comme ça. Je l’ai retrouvé ici, à Maputo, et on a très vite resitué, recentré et recalé nos croisements de parcours.terrain vague Je ne vous sens pas convaincu, là, vous n’arrivez pas à trouver ça hallucinant ; c’est pas grave, je vous en fais une autre.Hier après avoir mangé un morceau avec la fille du révolutionnaire devenu ancien ministre , j’en buvais un petit dernier avec le belge de la cousine de la copine avant son départ pour le Mexique où il est prévu que je le retrouve par hasard dans vingt ans. Nous évoquions encore ces hasards étonnants, quand un Espagnol est venu m’aborder. Qui c’était celui-là encore ? Un lecteur de BD en voyage ? Pas du tout, ce mec m’avait croisé l’année dernière en Angola, à Balombo, cette sinistre bourgade de brousse où les flics avaient été si chiants. Je l’avais croisé en arrivant dans ce bled poussiéreux, il était avec deux bonnes sœurs, on avait juste échangés quelques propos sur mon voyage et puis ils étaient repartis…et voilà qu’un an et dix mille bornes plus loin, il me reconnaît et me tombe dessus dans un bistrot du centre de Maputo… Incroyable, non ? J’y crois pas de comment qu’il est petit le monde, tellement petit qu’à force de tourner en rond dans la grande maison de Gilles je vais finir par faire un faux pas et me retrouver au nord du pays, sans passeport et sans avoir fait gaffe.