Y paraît que Ewan Mac Gregor est dans le coin. Depuis quelques années, notre Obiwan Kenobi sillonne le globe en Béhème et à mi-temps. Un peu comme moi en fait. Sauf que sa bécane est plus moderne que la mienne et que quand il part avec un pote, il ne l’embarque pas sur la place arrière…là dessus, il n’a peut être pas tort ; j’eusse aimé que mon collègue et sa collection d’enclumes flinguent un autre amortisseur que le mien, mais les choses sont ce qu’elles sont et ce qui arrive est toujours la meilleure chose qui devait arriver. C’est beaucoup plus simple de penser comme ça et en plus, c’est sûrement vrai…je n’aurais jamais connu les bas fonds mécaniques de Kampala si je n’avais pas attendu mon amortisseur aussi longtemps. Mais si d’aventure un passager me rejoint à nouveau, je me demande si je ne me livrerai à une impitoyable fouille de ses bagages avant de prendre la route et toute surcharge superflue sera immédiatement jetée aux crocodiles. Il paraît que Obiwan Kenobi a été reçu par Kagamé…je suis un peu jaloux ; ça m’aurait plu d’approcher ce personnage ambigu qui redresse son pays d’une main de fer après une accession au pouvoir truffée de zones d’ombre. Bon, ch’ais pas si je lui en aurais parlé ; seul Dark Vador aurait osé, même pas Obiwan… entre Obscurs on doit se comprendre. Ewan Mac Gregor, il fait plein de films sur ses virées qui sont vendus chez les accessoiristes moto ; je suppose que pour ça, il doit voyager avec une équipe de tournage qui le suis partout…Ouah, l’aut’éh, je suis mort de rire, il est où le héros, là, avec son équipe technique ? En fait je ris jaune, parce que c’est lui l’ambassadeur de Béhème et c’est pas moi, mais j’en ai rien à foutre, parce que les ponts de Centre Afrique, il y viendra pas lui, avec son escouade et qu’il y reste chez Kagamé, moi je vais chez Éric à Bujumbura, et c’est vachement mieux, on peut y dire ce qu’on veut sans risquer de finir en taule comme un con! mon cardan et moi Muriel est la collègue de Éric qui m’avait reçu, mieux qu’un Jedi en visite officielle, dans sa belle maison de Bujumbura. Elle aussi travaille pour ECHO, et elle aussi a une grande maison avec une jolie vue sur le fleuve et le Congo derrière… mais bon, pas de piscine, je serais elle je ferais la gueule ! C’est ici que j’ai démonté ma moto pour constater, avec finalement une sorte de satisfaction, que ce n’était pas ma boîte de vitesse qui avait explosé mais juste le cardan, ce qui, après presque cent mille bornes de bons et loyaux services et une rupture d’amortisseur, reste une panne tout a fait prévisible. Pour les puristes de la Béhème, je signalerai que c’est l’arrière qui a pété, ce qu’on appelle le paralever, alors que la première fois, vers soixante-dix mille kilomètres c’est à la sortie de boîte que ça avait lâché prise. La boîte et le pont arrière ont l’air en bon état, mais je vais quand même profiter des quarante-six kilos autorisés sur mon vol retour, pour ramener tout ça et faire de la vraie révision de puriste pour pas avoir l’air con, l’hiver prochain, en plein milieu du Ténéré.