camions1Oui c’est étrange, mais il faut bien reconnaître aussi que le coup de la panne reste toujours un moyen idéal pour se propulser instantanément dans un autre voyage, c’est son rôle essentiel, et c’est pour ça que mon destin motard m’offrira sans doute encore souvent ce genre de facétie mécanique… Cette fois-ci, donc, je me suis levé à l’aube pour courir à la gare routière de Bambari, chercher s’il n’y avait pas de camion en partance pour la capitale. Il y en avait un, on a donc négocié promptement et puis il est monté charger la bécane au garage de la mission où on l’avait laissée la veille et on a pris la route. Mais faut pas rêver, ce n’est pas parce qu’on démarre à l’aube que le camion va tracer comme une fusée ; ici c’est le système taxi-brousse et ce bon vieux Mercedes un peu branlant va s’arrêter dans chaque village pour charger des gens, des sacs de manioc, des poules et des chèvres.camion2 Il ne prendra vraiment sa vitesse de croisière qu’une fois que le volume de fret dépassera largement les flancs rehaussés de la benne. Je suis dans la cabine avec Ali, le chauffeur Peul, qui me raconte la vie des camions. Toute la famille bosse sur le Merco, il y a celui qui entretient le véhicule, celui qui négocie les prix et celui qui surveille le chargement. Il en faut le maximum parce que sinon le prix du gasoil ne sera pas amorti ni les innombrables prélèvements tout le long de la route.cash only Ali en a un peu marre de tous ces contrôles à rackets qui ralentissent la bonne marche du camion et du petit commerce. Il m’explique qu’il est interdit d’emmener des passagers dans les bennes mais qu’avec l’état des routes Centre Africaines, il n’y a plus de bus depuis des années et le seul moyen de bouger c’est le camion. Il paye donc une amende à chaque contrôle, mais je suppose que c’est un peu compris dans le prix des transports et puis c’est aussi le principal revenu des militaires, c’est pour ça qu’ils s’énervent sur leur gâchette quand on passe son chemin ; les pauvres, c’est qu’ on aurait presque pitié d’eux…mais que presque : la compassion avec les décérébrés teigneux, je laisse ça à mes potes missionnaires. poussi§re Arrivé à Sibut, on rejoint pour cent quatre vingt bornes l’unique route goudronnée du pays. La benne est chargée à bloc, la nuit est tombée, on peu donc tracer vers la ville. Mais la nuit les contrôles ne relâchent pas la pression, ils vérifient même si les passagers ont bien tous la carte d’identité obligatoire depuis peu mais disponible seulement à la capitale. Évidemment, avec l’état du réseau routier de ce pays, aucun villageois n’a de papiers en règle et les multiples keufs s’ arrondissent bien les fins de mois aux passages des camions. D’ailleurs moi non plus je ne suis pas en règle, je ne sais pas vraiment sur quoi, mais bon, en camion, la nuit, on a pas vraiment la force de demander des explications alors on paye et on retourne se vautrer tant bien que mal. À quatre heures du mat, nous arrivons au PK 30 ; la barrière qui ne se franchit pas la nuit. C’est là que tout le monde va se reposer un peu… sur, à côté et sous le camion. Tout ça n’est pas des plus confortable, mais c’est comme ça qu’on se déplace ici.tombé du camion Pendant la nuit, il y a même un petit môme qui est tombé du haut des sacs, pile sur un mec qui dormait en dessous. Il a été un peu surpris le mioche, mais comme il n’était pas cassé, on l’a rebalancé comme un paquet sur les sacs de maniocs et il s’est rendormi direct ; celui-là, quand il sera enfant-soldat, ça sera le roi de la voltige. Ali me raconte qu’il est déjà venu en France visiter un de ses frères qui faisait à Montpellier des études de médecine, d’agronomie et aussi de légion étrangère. Je ne savais pas qu’on pouvait cumuler des diplômes aussi performants et variés mais Ali m’a garanti que si et aussi que y’a que les Peuls Musulmans qui bossent sans ce pays, que les autres c’est rien que des feignants mais bon, aussi, les autres ils n’ont pas de travail parce qu’ils m’ont eux-mêmes dit que les Musulmans leur piquaient tout le boulot. Je sens que le marché de la Kalach a encore de beaux jours devant lui et avec l’entraînement que les mômes subissent sur les sacs de manioc depuis leur plus jeune age, c’est sûr que ça nous fera de la troupe d’élite.frais annexes Quand le dernier contrôle a fini par nous laisser passer, nous sommes rentrés dans Bangui au petit matin mais le voyage était loin d’être terminé ; c’est là qu’ont commencé les étapes de déchargement du camion. Il faut livrer le manioc et les chèvres dans différents endroits de la ville mais toujours dans des marchés suffocants, où ça sent la pisse et la viande boucanée. J’irais bien roupiller n’importe où mais pour pas qu’on me décharge bécane et bagages en pleine rue, je reste stoïquement planté là avec ma sueur et ma crasse…la douche viendra bien assez tôt…je suis arrivé à Bangui, dernière étape de cette quatrième étape Africaine.