On ze road encore (2008-2009)

Et c'est reparti...

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Tropicale road...

enfqnt sur l eauIl a bien dû falloir quitter Tofo, c’est toujours pareil les départs, ça rend un peu triste, mais on reprend toujours la route, sinon on change de vie et c’est pas prévu comme ça dans mon planning de nomade saisonnier.panneau tropique On s’est filé plein de rancards pour les mois et les années à venir et puis Inch’Allah, comme on dit plus haut…Quand on continue la route vers le nord, on quitte petit à petit le pays des cocotiers pour se retrouver dans un paysage plus sec et plus austère. Des petits palmiers, des baobabs, de l’herbe sèche et du soleil qui cogne. Pendant soixante bornes, la route fait un peu dans le trou mal rebouché au sable, alors il faut être un peu plus attentif et rouler un peu plus lentement. Après trois cents bornes, on tourne à droite et un quart d’heure plus tard, la route plonge sur Vilanculos, petite bourgade sans trop de charmes qui s’étire le long d’une baie émeraude. Ici, je dois aussi faire le journaliste plongée, mais je ne débarque pas en pays de connaissance comme à Tofo, alors je prends un petit bungalow orange fluo dans une zombicucumberbackpakker multicolore en me disant qu’on verra bien demain…

Encore sous la mer.

Encore une journée sous la mer…J’en connais qui vont se demander quand c’est que je vais enfin rouler vraiment. Mais on n’est pas aux pièces, je divague, moi et si y’en a des speedés, ils n’ont qu’à suivre le Paris Dakar, c’est dans pas longtemps. Il paraît que, tout en gardant le même nom, il va s’exporter en Amérique du Sud. Il serait peut-être temps de ranger ce Barnum débile au musée des Eighties avec les films de Beinex, les disques des Talking Heads et les vestes de fille à épaulettes.strip tortue Sous les vagues, il y avait encore beaucoup de plancton pour voiler les vols de raies et les bancs de couleurs où l’on s’assiérait volontiers, accoudé au corail, pour attendre le passage d’une grosse tortue et faire un bout de chemin palmé avec elle. Demain, je reprends la route à l’aube, c’est promis…scorpion dans palme

Scorpion ascendant palme.

À Vilanculos, quand on est descendu pour la deuxième plongée, Sabrina a eu l’air de se choper une contrariété à peine à quelques mètres sous l’eau…elle a viré précipitamment sa palme, dedans il y avait un petit scorpion qui a dérivé vers moi visiblement perturbé de se retrouver crustacé alors qu’il comptait mener une solide petite carrière d’arachnoïde bien aiguillé. Connaissant la réputation d’incroyable résistance de ces petites bestioles-là, je suis persuadé qu’il a dû rentrer à la nage pour aller se replanquer dans une palme en vue d’une facétie future, les scorpions sont bien connu pour le piquant de leur humour!

Leçon de peinture.

hôtel vilanculoAu Mozambique il y a deux compagnies de téléphonie mobile qui se partagent le marché à grands coups de pubs peintes sur les maisons. Quand on veut repeindre sa maison, on appelle M TEL ou Vodacom et au plus offrant, on laisse les quatre murs à disposition. Depuis, le long de la N1, qui traverse le pays du Sud au Nord, tous les villages sont repeints en jaune M TEL ou bleu Vodacom. Rien ne les arrête : l’ancien hôtel portugais de Vilanculos, qui était si joli en ruines avec son crépis rose défraîchi, va être livré à l’équipe des bleus…quant aux jaunes, ils ont bien failli badigeonner toute la citadelle d’Ilha de Moçambique, mais comme elle est classée patrimoine de l’humanité, ils ont foiré leur coup, ils devraient tenter avec le palais présidentiel !inchope tout jaune

à Beira...

welcome in BeiraPour arriver à Beira, il y a cinq cent cinquante bornes très moyennement passionnantes, il faut bien le reconnaître. Le même paysage pendant quatre cent kilomètres et surtout un soleil qui cogne vraiment super dur. Un peu avant Inchope, on aperçoit sur la gauche les collines du Zimbabwe. Inchope, c’est juste un carrefour tout pourri au milieu d’un marché de brousse assez bordélique mais c’est le croisement principal du pays. Tout droit c’est par où je suis arrivé l’hiver dernier, c’est la route du Nord, du parc naturel de Gorongosa , dans les collines duquel, paraît-il, quelques animaux sont revenus. C’est ce qui, m’a t’on dit, a servi de prétexte aux petits bungalow bétonnés du coin pour se transformer en « lodge » et décupler leur prix alors qu’il ne sont vraiment restés que des petites baraques grises pas terribles du tout. À gauche c’est par où je suis sorti il y a quatre ans, c’est la route du Zimbabwe et de Chimoio où même l’année dernière j’ai fait le détour. C’est qu’il y a trois cyber-cafés à Chimoio et quand on essaye de tenir un journal avec régularité rien ne vaut plus le détour qu’un nid de cyber-cafés. Enfin sur la gauche, c’est la route de Beira, le deuxième port du pays qui sombre lentement dans le sommeil, comme le Zimbabwe voisin dont il était devenu le seul accès à la mer du temps de la splendeur économique de l’ancienne Rhodésie. Beira est une jolie ville qui étend sa déglingue et son charme oublié le long d’un océan brunâtre et agité charriant tout un tas de déchets, de la classique canette de bière à la proue de cargo rouillée.épave Pendant l’interminable guerre qui a marqué le Mozambique durant plus de vingt ans, Beira était le siège de la Renamo, le parti des perdants. Maintenant, on dit que la guerre est oubliée, c’était il y a longtemps et la Renamo est devenue un parti politique comme un autre…Mais bizarrement c’est toujours le Frelimo qui gagne les élections et les aides économiques ne profitent qu’à Maputo. villa en ruineJe crois qu’aux dernières élections, le Frelimo l’a emporté ici aussi, qu’est ce qu’on ne ferait pas pour avoir un beau supermarché Suddaf Shoprite à l’entrée de sa ville. Beira, ça pourrait être Nice après dix ans d’effondrement économique, une ville où se devine une grandeur passée. Des marinas en ruines, des villas effondrées sur front de mer et puis par ci par là, des bâtiments restaurés appartenant sans doute à un Frelimiste nouvellement élu. vieille maisonQuand à Maputo, j ’ai croisé Vincent, le Belge que j’avais connu dix sept ans plus tôt et qui voulait m’accueillir ici, il m’a filé l’adresse de Fred chez qui j’ai débarqué tout poisseux après mon troisième saut vers le Nord. Sa jeune femme est Zimbabwéenne et elle me raconte l’irréversible naufrage de son pays qui, contrairement à l’avis d’un autre Fred, l’année dernière, ne pourra se terminer que dans la violence. Même son Papa n’est pas d’accord; on a toujours envie de croire à quelque chose qui sauverait la nature humaine de son penchant vers l’animalité. C’est sans doute parce qu’on sait très bien que l’Humanité a déjà perdu mais qu’on arrive pas à l’admettre.cathédralemotoDDE

De Beira a Nampula:

Quelques kilomètres après Beira, quand on reprend la route de Inchope, on traverse Dondo et juste à la sortie, à droite, il y a une piste qui rejoint, deux cent kilomètres plus au nord, la N1 un peu avant qu’elle ne fasse une pause sur la rive du Zambèze. C’est très bien quelques heures de piste pour se chauffer un peu, pour se mettre dans l’ambiance. la piste apres beiraCelle-ci est parfaite, un peu sableuse parfois, mais pas suffisamment pour dégonfler les pneus même si un louvoiement impromptu peut faire hésiter. La piste se balade dans une forêt, le genre tropicale sans en avoir l’air. Pas de palmiers, ni de baobabs, juste une forêt tout en arbres anonymes ; ce pourrait être des hêtres ,ou des ormes, ou des peupliers, mais c’est des trucs d’ici dont je ne connais pas le nom. Il y a aussi des amarulas, c’est les seuls que je peux identifier avec leurs fruits qui pendent à un long cordon. L’amarula est très prisé des grosses bêtes, les éléphants l’adorent et aussi les Afrikaners qui le consomment en apéritif sous la forme d’un genre de Bailley’s encore plus dégueu que le vrai. Sur la piste, il faut retravailler ses réflexes, repérer à l’avance les secteurs sableux plus blancs, les ornières et les trous. Il faut bien tout anticiper ; quand au loin on voit tanguer un gros camion, il faut évaluer à quel moment on va le croiser, et si c’est juste dans les deux ornières sableuses où viennent de s’enquiller trois cyclistes avec chacun quarante kilos de charbon de bois sur la selle, alors si c’est comme ça, il vaut mieux attendre un peu…c’est ça l’anticipation. Parfois on en a marre d’anticiper, alors on y va franchement ; c’est un peu comme on le sent et il vaut mieux avoir du flair. Mais les chauffeurs ne sont pas tous des brutes et ils le devinent si j’ai le nez bouché, alors ils s’écartent un peu pour pas que je vienne salir leurs pneus.motel jaune Un peu avant le bac,motel caia je me suis pris une piaule dans un motel tout jaune M CEL. Il y a une clim moribonde et le vent qui rentre par la fenêtre, devant on peut s’acheter des brochettes de trucs croustillants au goût sublime de gras à la suie…je commence à revivre les sensations d’ un voyage de motard en Afrique.pont zambezeLe bac franchit le Zambèze au petit matin, il y a déjà pleins de camions qui attendent mais les bus sont prioritaires et aussi les militaires, ensuite il y a les bagnoles particulières et enfin les piétons viennent boucher les trous et la moto n’a qu’à se glisser au milieu. Les camions n’ont plus qu’à attendre le suivant, ou peut être l’inauguration du viaduc. devant le pont Je suis allé m’acheter des fruits à l’embarcadère de la rive nord. Dans quelques mois, toutes ces petites échoppes en bambous auront disparu pour sans doute renaître aux abords du pont.cabane devant pont zambesi Mais les pilotes des bacs tout rouillés, je ne sais pas trop dans quoi ils se reconvertiront, l’éternelle grande marche du progrès en laisse toujours quelques-uns au bord du chemin mais ce n’est plus l’occident qui va venir donner des leçons, maintenant, parce que lui, il a fait fort ces derniers temps. du monde sur le pontLa route continue toujours vers le nord, il fait monstrueusement chaud ; je sais c’est peut être un peu déplacé de se plaindre de ça à des lecteurs essentiellement coincés dans l’hiver, mais parfois, au delà d’un certain seuil, on a vraiment l’impression de fondre sous le casque. À Mocuba, je me suis arrêté dans le troquet d’Abel avec qui j’avais bien du mal à faire la conversation avec la musique à donf et l’unique neurone en activité qui avait pu échapper à la fusion. Il m’aurait bien gardé dans une de ses petites piaules, mais c’était peut-être un peu tôt pour faire étape. À la sortie de la ville, le pont sur le fleuve était fermé deux heures pour cause de travaux, je suis donc retourné m’en jeter un chez Abel et puis vers quatre heures, je suis revenu voir où en était l’ouverture du pont. On était super nombreux à poireauter devant alors quand ils ont ouvert la barrière, toutes les motos se sont ruées. Ce qui est un peu con, c’est qu’en fait, ils avaient ouvert la barrière pour tous ceux qui attendaient de l’autre côté , surtout des gros camions… et ça n’a pas été facile comme passage sur un pont à voie unique avec un revêtement en terre tout défoncé, mais bon, c’est passé. Arrivé de l’autre côté, il me restait à peine deux heures pour arriver avant la nuit à la ville suivante, mais vu que la route était nickel, c’était jouable, fingers in the nose… sauf que la route elle était pas nickel du tout. En construction qu’elle est la route, et à côté c’est de la piste et derrière, y a tous les énervés qui ont attendu des plombes l’ouverture du pont et qui ne veulent pas flinguer la moyenne. Ils veulent tous me doubler et quand on se fait doubler sur une piste, ça signifie nuage de poussière et « visi nulle » comme on dit chez les plongeurs. Alors, je me suis accroché à mon guidon et j’ai demandé à mon dernier neurone de foutre le paquet. Il était cool comme neurone, il ne m’a pas lâché. Même si parfois on y retrouvait des vestiges de bitumes, voire des bouts tout neufs, la route ne se prêtait quand même pas aux moyennes de folies et je commençais à craindre de me faire piéger par la nuit. Avec des bananes, des gâteaux secs et de la flotte pour la survie, je pouvais toujours envisager de planter la tente, mais il y avait un méchant orage qui avait l’air de rappliquer. rocherJ’ai fini par trouver l’hospitalité dans un campement de bungalow ; ça n’avait pas l’air d’un camp militaire, je me suis dit que ce devait être une ONG mais c’était la base de l’entreprise portugaise qui, justement, refait la route. Salon, douche chaude, grand plumard, le tout climatisé et dehors ça flotte velu ; je ne m’en suis pas trop mal tiré ce soir… ça aurait vraiment, mais alors vraiment, pu être pire.

Nampula,Hôtel Tropical…

Il est bien, moche l’hôtel Tropical avec ses airs d’établissement moderne d’il y a trente ans, ses clims qui rament et ses douches qui fuient. À Nampula, de toute façon, je crois que le choix de logements est bien limité. C’est une ville chaude et poussiéreuse, une de plus, qui se développe n’importe comment. rocherLa petite étape de ce matin m’a permis, avant la grosse chaleur, de découvrir le début de la zone montagneuse du nord. Des collines légèrement boisées entrecoupées de ces gros rochers noirs auxquels arrivent à s’agripper quelques arbres comme on en trouve aussi au Zimbabwe et au Malawi. Je me suis arrêté ici parce qu’ à deux pas, il y a l’aéroport qui désert toute la région et je dois y récupérer un passager qui m’accompagnera pour une partie du voyage.

Sur la route de Ilha.

panoramique rocherMon passager a eu plein de galères d’avions à Maputo ; c’est classique avec les compagnies intérieures Africaines, mais quand j’ai réussi à le joindre, je crois qu’il commençait à friser la crise de nerfs. Heureusement que je connais du monde là-bas; pendant que je me demandais si j’allais rester plus longtemps à Nampula je savais au moins que je ne l’avais pas totalement abandonné dans un hall d’aéroport, deux mille bornes plus au sud. Nampula me paraît déjà plus fréquentable, dès qu’on s’écarte de l’avenue principale. En face de l’hôtel, il y a un bistrot où viennent essentiellement des filles qui se réunissent pour s’asseoir toutes à la même table, baisser la tête et balancer des SMS. Elle en a pris un coup la volubilité communicative Africaine avec la technologie moderne ! Je commence à bien connaître les gens autour de l’hôtel , ceux qui vendent des unités de téléphone et ceux qui veulent nettoyer ma bécane pourrie; comme si je pouvais avoir envie de virer quinze ans de poussières de pistes, ramenée de tous les coins du continent : on ne touche pas à ça, c’est du sacré ! hotel tropical Devant le Tropical, il y avait des arbres gigantesques qui faisaient de l’ombre à toute la rue et que ces crétins d’hôteliers ont abattus pour qu’on voit leur bloc de béton miteux de loin…c’est peut-être ça qui m’a vraiment donné envie de laisser un message à mon passager pour lui dire que je lui filait rendez-vous deux cent kilomètres plus loin, à Ilha de Mozambique, là où le seul connard qui se permettrait d’abattre des arbres, ce serait un cyclone de passage, et heureusement, il ne vient pas trop souvent. À mi chemin, je me suis arrêté pour me rafraîchir. Il y avait deux forestiers qui voulaient me payer des coups à boire, un Anglais et un Suddaf. Mister Brown et Meneer DeClerck…Je leur ai expliqué que si je me tapais des bières avec eux, je n’arriverais jamais vivant à Ilha. Alors, j’ai virilement trinqué à la boisson gazeuse synthétique avec mes deux bûcherons. On a causé des arbres, de leur avenir incertain, sauf si c’est eux qui les coupent et surtout pas ce foutu péril jaune Chinois qui rase tout quand il passe. Je pensais à René Dumont, le père de l’écologie Française, qui, il y a trente ans, venait souvent, avec son pull à col roulé en lycra rouge, expliquer à la télévision que la seule manière de donner une chance de survie à notre planète, c’était de suivre l’exemple chinois. À l’époque, René Dumont était toujours vivant et sept cents millions de chinois ne se déplaçaient qu’à vélo… au bistrot ILHA DE MOZAMBIQUE À Ilha, il y a sur une île reliée au continent par quatre kilomètres de pont à voie unique, une ville fondée par Vasco de Gamma au début du quinzième siècle. C’est un peu délabré, mais c’est surprenant de trouver ça en Afrique. Quelques étrangers se sont installés là, mais Yorick, l’architecte que j’avais rencontré à Maputo, a préféré se poser juste en face, sur le continent, au milieu du village Africain ; non, ce n’est pas exactement ça, c’est le village Africain qui pendant quinze ans, s’est construit petit à petit à côté de chez lui. Il était là en prem’s et d’ailleurs ça se sent ; quand on se balade avec Yorick dans le village pour aller au marché acheter des oursins et des huîtres, tout le monde l’interpelle. On l’appelle Maniholihô, ça veut dire celui qui donne des cadeaux. Dans les rues, il y a déjà plein d’enfants qui s’appellent Yorick, et ici ça se prononce Héroïco : si c’est pas un nom de chef de village, ça !manhiolio par dumontheuil ETAPE GASTRIQUE maison_francois.jpg Mon nouveau passager s’est remis pendant deux jours de ses galères d’aéroport, pendant ce temps-là je me suis occupé un peu de la bécane, vidanger la fourche, changer les pneus puis quelques vérifications d’usage. Je me retrouve avec deux pneus de cross tout neufs avant de retrouver dans quelques centaines de bornes les pistes de Tanzanie. Le pneu chinois d’il y a deux ans m’avaient amené jusqu’à Maputo mais il était peut-être temps de lui laisser prendre une retraite bien méritée à la poubelle. A l’avant, j’ai usé celui que j’avais monté au Gabon jusqu’à la corde ; finalement on peut en faire des bornes avec un pneu lisse ! Sinon bon, là comme ça, par écrit ça ne se voit pas trop mais depuis hier c’est chiassa et gerbouch à volonté ; c’est comme ça avec les fruits de mer à l’Africaine et me voilà comme un crétin, au régime pain sec et flotte dans la jolie maison qu’on nous a prêtée au bord de la saline.

Repartir d’Ilha.

yorik au balconMême avec des amibes plein le bide qui me transforment en bâton de pluie, de gargouillis crépitants de haut en bas dès que je me lève, même comme ça, je ne veux pas passer ma vie à Ilha. J’ai l’impression que les fruits de mer pourris vont me poursuivre partout et on se lasse vite de regarder de la terrasse les filles du village arpenter le sentier qui passe en bas de la maison, pour rejoindre la plage. Quand elles sont en bande et voilées, elles partent faire une cérémonie au bord de l’eau, quand elles sont seules avec une petite houe sur l’épaule, elles vont faire leur crotte derrière un buisson et quand elles regardent fixement la terrasse de Yorick c’est qu’elles feraient bien un brin de causette avec lui, alors elles le lui signalent d’une manière infiniment subtile. On a donc décidé de combattre les amibes par la route, enfin surtout les miennes ; Nicolas n’a jusqu’ici gerbé que son médoc anti-palu.Me voilà reparti avec un équipier, comme il y a quelques années, l’amortisseur va en chier, ça se sent déjà. Même si j’ai foutu un Olhins, la Rolls de l’amorto, ma bécane se tortille comme une vieille deuche et ça ne me plait pas trop, ça secoue les amibes !La route est belle, elle continue de traverser ces collines noires et vertes jusqu’à sa progressive descente vers la mer. Je devais ici aussi continuer à faire le reporter de plongée, mais rien n’est simple dans le Nord. Tout est en projet, presque fini mais bloqué ou à peine commencé. Je rencontre ici aussi quelques jeunes Français qui feraient bien, près de l’île de Ibo, ce que les autres ont réalisé à Tofo, mais tout est tellement compliqué dans cette région que les choses se feront quand elles se feront… On est arrivés de nuit dans leur petite maison perdue au bout d’une piste broussailleuse pour s’écrouler sur la terrasse jusqu’au lendemain. Un peu mieux reposés, au petit déj, on a pu discuter de leur projet et de l’état des routes pour la suite du trajet. Le passage en Tanzanie entre le bac qui a coulé et le pont qui n’est pas construit semble être une zone floue dans tout le pays, dès qu’on en parle ! Je vais aller faire un tour à Pemba, dernier endroit avant longtemps où je trouverai peut-être une connexion digne de ce nom pour que ce foutu récit de voyage ne se dilue pas dans les moiteurs de l’oubli tropical.

Mocimbao Da Praya, dernière escale mozambicaine.

Ils nous auraient bien gardé un peu plus, Georges et Manu, dans leur petite maison dans la prairie, mais la route est longue et les pluies imminentes. Nous avons donc, dans l’autre sens, attaqué la piste broussailleuse transformée en patinoire argilleuse, pour rejoindre la route principale. Pour mon passager, c’est une première expérience de conduite en dérapage et ça ne le fait pas trop flipper, première épreuve réussie : dans un mois, il aura peut-être son diplôme ! Sur le bitume c’est plus facile mais ça flotte copieusement pendant une centaine de bornes. Et puis c’est mieux. democraticboatLa forêt est de plus en plus épaisse et la route, pas bien large mais bien goudronnée, s’y faufile allégrement. Après une seconde fournée de cent, on arrive dans un petit bled tranquille ; c’est ici que s’arrête le goudron. Je propose donc à Nicolas de faire étape ici ; il est trois heures de l’aprème, ça me paraît pas mal pour ne pas tout de suite faire trop de zèle et reposer mes intestins qui se portent beaucoup mieux. Ils sont comme moi, mes intestins, l’air de la route leur réussi plutôt bien. Mais Nicolas, lui, il a envie de continuer ; malgré la piste, malgré le ciel toujours un peu menaçant, rien ne semble vouloir l’arrêter. Alors on continue. Sur la piste, ça devient vite du pilotage, surtout s’il faut arriver avant la nuit. Les derniers kilomètres sont goudronnés ; c’est beaucoup mieux quand la pénombre rapplique. Mocimbao est une petite bourgade qui a l’air plutôt jolie, comme ça, en arrivant, mais il faut reconnaître que la nuit est tombée et que toute la ville est en panne d’électricité, alors c’est un peu difficile d’être d’une objectivité absolue. Rien que pour trouver où dormir, ça n’a pas été si facile. On a déniché au bord de la mer, une espèce de complexe touristique à moitié en ruine qui loue des cases en béton décrépies avec salle de bain pisseuse. bistromocimbaoC’est bon, on va pas faire les difficiles ! juste à côté, il y a une paillote resto, assez pourrave, elle aussi, où une sorte de fausse Audrey Tautou, en plus grasse, somnole en écoutant s’époumoner sur sa sono de merde une sorte de fausse Madonna, en plus mièvre (oui, ça existe) mais le poisson grillé, lui, est bien frais, pas moisi du tout, juste comme il faut avant d’ aller tenter de roupiller sous la moustiquaire trouée …

Une journée bien remplie.

Avoir une centaine de bornes à faire avant une frontière, quand on a déjà fait la moitié des formalités et qu’on s’est levé tôt pour être en selle à sept heures, ça ressemble assez à une journée peinarde en prévision. Mais des fois, les choses sont plus compliquées que prévu. Après Pemba, la N1 ne s’appelle plus comme ça, elle a un petit nom compliqué, plein de chiffres à la con, un vocable de route super-secondaire et plus on monte au nord, plus on peut comprendre pourquoi on a préféré la débaptiser notre trans-Mozambicaine, parce qu’il faut bien dire qu’elle est devenue une simple piste de plus en plus pourrie plus on se rapproche de la frontière. On pourrait croire que la voie d’accès au pays voisin, même si elle n’est qu’en terre, se devra toujours d’être large, un peu prestigieuse et un minimum prévue pour un vrai trafic de frontière…mais là, pas du tout. On a vraiment du mal à croire que cette petite piste sableuse et étroite va nous mener ailleurs que dans un égarement de brousse.sortiie moz en sable Deux ornières profondes dans du gros sable mou, il n’y a rien de pire. Dans le sable, on le sait, il faut dégonfler et laisser la moto godiller toute seule ; mais dans les ornières profondes, c’est beaucoup plus compliqué parce qu’on se heurte aux contreforts et nous voilà parti pour une série de gamelles sans gravité sauf qu’il faut relever la demi tonne de la bécane chargée à chaque fois et on fatigue très vite. sortieboueArrivés à Palma, vingt bornes avant la douane, on trouve de quoi se rafraîchir et changer en Shillings Tanzanien les derniers Méticaïchs restant, on en aura plus besoin puisque dans moins d’une heure, on aura quitté le pays. Rêve donc, petit voyageur, on ne largue pas le Mozambique aussi facilement ! Pour moins ramer dans le sable mou, je dégonfle les pneus, mais il y a une chose que j’avais complètement oubliée, c’est que quand j’avais fait appel à un mécano du coin pour changer mes pneus à Ilha de Moçambique, le p’tit mec était venu avec son matériel rudimentaire et sa pompe de nain, il m’avait juste balancé assez de pression pour continuer la route mais sûrement pas pour bien plaquer les pneus aux jantes. Au premier virage de la sortie de Palma, voilà les deux pneus qui se décollent d’un coup et les chambres à air qui s’arrachent de leurs valves.Changer deux chambre à air d’un coup, dans le sable et sous la pluie, c’est un sacré cadeau de sortie du Mozambique, je trouve. On finit par repartir, mais il y a encore plus de sable, la piste est encore plus étroite et bien accidentée aussi, et bien sûr, plus question de rouler dégonflé. On se vautre plein de fois, Nicolas n’ a pas l’air mécontent de ce baptême intense mais je commence à sérieusement m’épuiser entre les lignes droites sableuses et les descentes boueuses, puis il faut bien avouer que les montées ne sont pas mal non plus.refugies congolais Au dernier village, quatre bornes avant le fleuve, on croise une dizaine de Congolais fuyant Bukavu en guerre. Ils nous expliquent qu’ils sont coincés là depuis quatre jours, qu’on ne veut pas leur filer de visa et que les douaniers leur ont pris leur pognon.Ils nous demandent de prévenir le HCR de leur mésaventure, mais je ne crois pas que le HCR se soucie de ce genre de plan foireux lointain. Alors on leur achète un peu de bouffe, ce qui n’a pas l’air de plaire du tout à l’espèce de gros fonctionnaire à moitié rappeur qui se sent obligé de nous contrôler pour qu’on comprenne bien qui c’est qui est le chef dans le secteur. Alors on repart, pour ne pas finir séquestrés comme les pauvres congolais, et quelques minutes et quelques trous d’eau plus tard, nous voilà au bord du fleuve où, c’est finalement bien vrai, le bac a bel et bien coulé depuis belle lurette, comme aurait dit ma grand mère. On se retrouve vite ceinturé par une petite bande qui s’est lancée dans un bizness florissant quoique très irrégulier, de passeur de fleuve. Après une tentative molle de négociation, on finit, vaincus par la fatigue, par accepter leur deal et voilà la bécane chargée sur une barquasse branlante, dans laquelle on embarque avec une dizaine de Mozambicain, tous partenaires agités des passeurs de fleuve. Nous arrivons sains et saufs de l’autre côté et une fois la moto débarquée, on redémarre jusqu’au village voisin pour les formalités d’entrée en Tanzanie. La fin de la longue journée n’est plus très loin, mais pour faire étape, on nous dit de rejoindre la ville quarante bornes plus loin, que avec une bécane c’est rien du tout, surtout que la piste est excellente…tu parles, nous revoilà sur un chemin improbable et avec la nuit qui tombe, en plus. On finira par se vautrer vingt cinq bornes plus loin mais quand on se vautre pile devant la petite auberge qu’on croyait ne jamais trouver et qu’on a failli ne pas voir, on se dit que certaines gamelles sont vraiment des cadeaux de la providence... en barque chargementon traverse Il a plu toute la nuit, puis toute la matinée ; nous commencions à avoir l’impression qu’il allait falloir passer des jours coincés dans notre fausse paillote en taule et béton. La ville n’était, d’après nos calculs savants, qu’à une quinzaine de bornes, mais une quinzaine de bornes de bourbiers c’est très vite infranchissable. Ce qui nous a décidé à prendre le risque, c’est l’insupportable sono qui nous a vrillé la tête toute la matinée et la peur au ventre, ou presque, on a repris la route d’argile collante. Cent mètres plus loin commençait le goudron. Des fois on a pas l’air con. En même temps, on peut toujours se dire que c’est normal, que c’est un autre jour, que hier c’était le jour de la piste qui craint et aujourd’hui, celui du repos en attendant que la piste sèche. Ntwara est une petite ville isolée du reste du monde puisque aucune route goudronnée n’arrive ici. En même temps, Nicolas y trouve une banque qui accepte les traveller’s chèques et moi un garage qui peut enfin gonfler correctement mes pneus pour qu’ils se mettent en place sur les jantes et puis aussi un hôtel avec des vraies douches et ça c’est pas du luxe ! dechargement-et-ca-repart.jpg

Nouveau depart...

Ce matin, il fait gris mais il ne pleut pas . On a appris hier que ce qu’on s’est pris sur la gueule en arrivant, c’était la première pluie de la saison. Il ne reste plus qu’ à tenter de devancer les nuages en tirant un peu plus vers le nord… mais c’est con, notre route va partir plein ouest, vers l’intérieur des terres. Peut être qu’en s’éloignant des côtes, le climat va changer un peu ; on verra bien. L’inconnue météorologique, comme la routière ou la politique et sa variante guerrière font partie des surprises constantes des longues traversées. Au petit déj, on a un œuf dur, un bout de pain et un thé Lipton. Hier c’était de la patate froide à la place du pain. Nicolas commence à rêver de café serré et moi je me dis que l’English breakfeûst a un peu muté dans ce coin de Tanzanie oublié des routes.

Le Grigri qui défie le Djudju

Depuis plusieurs voyages déjà, on me dit régulièrement que pour avoir accumulé autant de galère de pneu et de moteur, un sorcier pas content du passage de ma moto a dû, à un moment donné, me djudjuter. Bon, et, faut pas me la faire à moi... Mais quand même... L'année dernière, quand j'avais fait étape chez Fred, au Zimbabwe, il m'avait raconté sa vie incroyable au quatre coins en guerre de la planète, on avait même décidé un jour d'en faire un bouquin. Fred avait toujours avec lui un grigri que lui avait confectionné un vieux de la forêt, un truc qui a dû le protéger de toutes les pires tuiles qui peuvent toujours tomber sur la tronche des baroudeurs de l'humanitaire. Mais lors d'une de ses dernières missions, il l'a paumé son talisman... Et depuis, il se dit qu'il devrait peut être arrêter d'aller tromper la mort. Quand je suis reparti cette année, mon regard est distraitement tombé sur un petit pendentif à touriste que m'avait filé un vieux beau visage rieur. C'était il y a deux ans, au pied de la falaise d'Ogon, au Mali. J'ai repensé à ce visage là, un de ces visages d'être humain comme on en rencontre pas si souvent que ça... Je me suis dit que peut être que ce qu'il m'avait donné c'était mon grigri à moi, et je ne l'avais même pas compris. Je repensais à tout ça et je l'ai glissé dans ma poche en partant de chez moi. Quand je l'ai passé à mon cou, arrivé depuis dix jours à Maputo, j'ai justement obtenu le visa que je n'arrivais pas à décrocher; alors je me suis dit que c'était vraiment lui mon grigri et que je n'allais plus le quitter pendant tout le voyage. Demain on attaque la vrai piste et je ne sais pas dans quel état les pluies récentes l'ont mise... Et en plus, j'ai paumé mon grigri ce matin... grigri L'hôtel qu'on s'est trouvé à Massasi nous avait proposé des cellules infâmes à trois dollars mais aussi des petits apparts à douze : c'est ça qu'on a choisi parce qu'on est des gros bourges de blancs pétés de thunes qui veulent pas finir mangés par des punaises. Là, c'est pas mal, c'est assez propre et comme souvent ici, il n'y a pas de vitre aux fenêtres. J'avais un peu oublié de prévoir que le coq allait me faire chier toute la nuit, que les voisins sont tellement discrets que j'ai l'impression qu'ils sont dans mon lit et qu'à chaque fois qu'un camion passe dans la rue, je me retrouve avec une bonne bouffée de gasoil dans mon plumard... C'est ça d'être en contre-bas de la route ! La salle de bain n'est pas mal non plus, il y a de l'eau qui coule de la douche et même pas mal de pression mais à la sortie le carrelage est un peu glissant et je me suis offert un vol plané matinal qui m'a envoyé valdinguer au milieu de mes bagages, qu'il est vrai, je dois l'avouer, j'ai un peu tendance à disséminer partout quand je m'installe. En rangeant tout ce chaos, j'ai retrouvé mon grigri dans la trousse ou je range tous les câbles : l'ordinateur, l'appareil photo et le téléphone... Finalement c'est peut être une bonne journée qui commence...

La piste...

De Masasi à Turundu, il y a pile deux cent bornes. Les quarante premiers, sur la carte c’est une route, sur la route c’est un chantier boueux et glissant : c’est plutôt vigoureux comme mise en forme. Après, les travaux s’arrêtent , fini camions et bulldozers ; c’est la piste normale qui commence. Parfois elle est en latérite avec des trous, parfois elle est lisse comme une vraie route mais surtout plus on avance et plus elle vire au sable mou avec deux ornières.rochers noirs1 On prend notre temps, le paysage verdoyant au milieu des rochers noirs mérite largement quelques poses contemplatives. moto sur photo Mais Nicolas, qui découvre les joies de la piste, des mises en travers et des gamelles dans le sable, commence à comprendre que le temps s’écoule d’une autre manière au pays des routes en terre. Parfois il passe plus vite parce qu’on s’extasie de tout quand on fait partie du paysage, mais parfois il devient terriblement long parce que les longues lignes droites de sable finissent par devenir interminables quand on appréhende la gamelle. rochers noirs2Ce n’est pas qu’on angoisse de la chute, on commence à s’habituer, mais il y a cet effort à fournir à chaque fois pour remettre la bécane debout, et ça, à un moment donné, ben je vous jure qu’on en a vraiment plus envie. À la fin de l’après midi, on est tellement naze qu’on se vautre à l’arrêt, comme une masse, devant quelques dizaines d’enfants qui nous mataient comme les extra-terrestres que nous sommes sans doute pour eux. C’est assez rigolo d’être a moitié coincé sous la moto et d’entendre derrière, là-bas, de l’autre côté, monter la clameur d’une foule de mômes explosés de rire devant les deux clowns blancs. clowns On a donc fait les vingt derniers kilomètres au radar avant de se trouver une piaule dans Turundu, une bourgade boueuse sans électricité, une de plus…

vroumDe Turundu à Songea, il y avait encore plus de kilomètres et comme il avait plu toute la nuit, on pouvait s’attendre au pire. On ne l’a pas eu, le pire, parce que le pire c’est le sable.sauf dégonflé en solo, mais à deux dessus, je vous jure que le pire c’est la sable, surtout quand on a un passager qui a prévu large en bagage…Je ne sais pas exactement ce qu’il a emmené dans son sac, Nicolas, mais je le soupçonne de ne pas pouvoir se séparer de sa collection d’enclumes et ne pas oser me le dire! Nous avons donc eu une journée de piste souvent défoncée, avec de très jolis passages boueux bien copieux, moto et camiondes tronçons avec des camions en rade, des pentes gluantes et des virages tout en ornières où t’as bien intérêt à caller ta roue dans l’axe.moto et camion2 Après deux cents bornes, nous arrivions hagards dans un joli petit bled tout en briques de la même couleur que la latérite rouge de la route. C’est super calme, super joli, avec des grands arbres partout et les gens sont super accueillants. piste en roulant Globalement super, quoi, si vous suivez bien. C’est vrai que depuis trois jours, on ne parle que Swahili, ce qui ne permet pas de vraiment philosopher, mais on a pas grand-chose à lui raconter à la gentille taulière. On ne va quand même pas l’emmerder parce qu’il n’y a pas d’eau ni d’électricité, on commence à s’habituer. Et puis, bon, pour tous ces gigantesques cafards qui courent partout sur les mûrs, on va essayer de faire comme s’ils n’existaient pas. paysage panoramique

hotel a cafards

Ce matin à Nyamtumbo, Nicolas s’est éveillé un peu la tête dans le cul. L’appréhension de passer toute une nuit dans une piaule aussi cafardeuse, dans tous les sens du terme, surtout d’ailleurs le sens entomologique, cette appréhension donc, ne lui a pas fait passer une nuit d’une qualité exceptionnelle. Il venait d’émerger, assis sur le bord du lit et scrutait les mûrs des fois qu’une de ces ignobles blattes vint à pointer ses longues antennes. mygalePendant ce temps-là, une énorme mygale lui grimpait sur le pied…il l’a éjectée par réflexe, sans stress aucun…il faut dire que sa blattophobie lui complètement voilé le sens des réalités venimeuses de l’Afrique profonde. On aurait bien tenté de relâcher dans la forêt cet arachnoïde bien velu mais la petite taulière à qui on signalait quand même ce léger manque d’hygiène a massacré l’animal à grand coup de tatane. On a ensuite torché vite fait soixante bornes de bonne piste pour venir se réfugier à Songea, une vraie ville avec du bitume et des hôtels sans créatures monstrueuses tapies sous les lits et derrière les encoignures de porte. strip mygalenicolas et les arthropodes

Mbeya avant plus loin...

On croyait qu’on allait encore affronter la piste, parfois les cartes laissent planer le doute. En réalité, c’était une assez belle route qui se lançait là, à l’assaut d’une région montagneuse. Du coup on est arrivé à midi là où je pensais faire étape le soir. On s’est tapé un petit resto et puis comme Nicolas avait envie de continuer, on est reparti plus loin. Sur la carte, cette petite route de montagne est indiquée en vert ; c’est le code Michelin pour dire « parcours pittoresque ».parcours Ils sont marrants ces cartographes; moi je trouvais beaucoup plus pittoresque la région avec les gros rochers noirs qu’on a traversé la veille. Mais sur la carte, là, ils ne disent rien, ils disent juste que ça fait du deux cent vingt et un kilomètres de pointure mais pas que c’est super joli. Je crois bien que c’est parce que monsieur Michelin, le célèbre industriel gauchiste Clermontois ne doit trouver un parcours « pittoresque » que quand ça ressemble à son Auvergne natale. C’est un peu pour la même raison que nous, on a eu envie de continuer plus loin. Plus loin c’était tout plat avec des champs de thé partout ; là monsieur Michelin, il aurait pété un câble. Je me souviens d’avoir lu il y a longtemps un texte de Barthes qui expliquait déjà cette aberration du pittoresque qui ne doit être que sinueux…Mais non, bande de nazes, je ne parle pas d’un texte du gardien de but de l’équipe de France, je parle d’un autre avec pas de Z à la fin du nom et aussi un cerveau entre les oreilles…mais je crois que je m’égare un peu ! carte afria=qur Ensuite, la route redescend un peu, ça fait remonter la température et c’est tant mieux, parce que le « pittoresque » à deux mille d’altitude, même en Tanzanie, ça caille. Plus bas, on a retrouvé manguiers et baobabs et puis le ciel est devenu tout noir et ce fut le méga orage de fin de journée. On a traversé le déluge pendant trente bornes avant que le ciel ne se dégage pour notre arrivée, trempés, à Mbeya. Je croyais retrouver sur la place arrière un passager totalement écoeuré par cette épreuve finale, mais pas du tout, au contraire, il a trouvé ça super éclatant tout ce déluge ; décidément, le flegme de ce garçon ne cesse de m’étonner.

Carburation...

On va s’offrir une journée repos à Mbeya...; on l’a bien méritée. Il faut que je jette un coup d’œil aux carbus qui ratatouillent, puis ça pisse un peu l’huile, ça serait bien que je trouve par là sous les tas de boue. On va aussi faire des courses, pas parce que c’est bientôt Noël, mais surtout parce que Mbeya ressemble à peu près à une ville et il va nous falloir quelques boîtes de conserves de secours avant d’attaquer la longue piste qui longe le lac Tanganika jusqu’ à la frontière du Burundi…j’essayerai de vous raconter ça au fur et à mesure… carbu or not carbu J’ai donc fait ça…j’ai réparé les fuites d’huiles, j’ai démonté les carbus puis on m’a demandé de bouger la moto parce qu’il y a un mec qui devait réparer la cour. J’ai poussé ma monture un peu plus loin, j’ai remonté les carbus et puis on a tranquillement fait les bagages pour partir une heure plus tard…l’idée, c’était d’aller juste vingt bornes au sud, dans une belle auberge au milieu des plantations de café, juste pour que sur le blog je puisse dire que les voyages en Afrique ce n’était pas que des étapes dans des nids de mygales...! Après quelques minutes de route, la moto tournait tellement mal que je suis retourné dans la cour de l’hôtel voir si je n’avais pas oublié un bout de carbu quelques part…mais pas de bol, tout avait été balayé, il y avait même des trous qui avaient été rebouchés au ciment tout frais. On n’avait plus qu’à continuer en se disant qu’on verrait bien plus loin… mais on a bien eu du mal à y arriver plus loin et quand j’ai redémonté les carbus, il manquait bien un petite pièce au dessus du gicleur. Après un petit coup de panique, le jeune Suisse qui gère la plantation de café m’a dit de pas m’inquiéter, que le lendemain il allait m’emmener chez un bon mécanicien qui trouverait bien une solution. D’habitude, les pannes, ça te cloue dans des endroits bien souvent plus qu’improbables…cette fois-ci, il faut bien avouer qu’il y a vraiment pire endroit pour rester bloqué…le tout est maintenant de savoir pour combien de temps…

Une journée entre parenthèses.

Au petit matin, Monica, la jeune Suissesse du jeune Suisse nous a emmené dans le bled à huit kilomètres d’ici pour nous présenter le fameux garagiste, Suisse lui aussi.... C’est incroyable, il suffit qu’une région soit montagneuse pour qu’on rencontre des Suisses partout...; mais ce garagiste est beaucoup moins avenant que nos jeunes aubergistes. Avec sa tronche de pasteur Mormond, il me fait bien comprendre qu’une veille de Noël, il a d’autres choses à faire qu’à s’occuper de moi…préparer son office peut-être. Les autres sont déjà repartis, Monica va faire des courses à Mbeya et elle en profitera pour déposer Nicolas à l’hôtel que nous avions quitté la veille, pour qu’il tente une dernière fois de retrouver le bout de carbu. De mon côté, mon mécano Mormond, me dit de suivre un mec qui va s’occuper de moi…et voilà que commence ma journée avec John. John est tourneur fraiseur et il a un vrai atelier avec plein de vieilles machines-outils bien graisseuses… mais avant d’attaquer quoi que ce soit, on va d’abord se faire un petit déj , thé... au lait et beignets graisseux, dans la quartier de baraquement juste derrière chez lui. Pendant ce temps-là, Nicolas fouille le tas d’ordure o_ finssent toutes les poubelles de l’hôtel, armés d’un bout de bois protecteur, il farfouille dans les pelures pourries, les vieilles capote et les gros vers blancs, à la recherche d’un petit cylindre en laiton jaune.fouille d ordures Moi, je continue ma journée avec John, on retourne enfin à l’atelier…mais d’abord, John m’allume la télé dans son bureau et puis ils donne plein de coups de fil et il me demande de lui traduire des expressions en français que je dois lui noter consciencieusement...; je commence à me faire à l’idée que je vais passer ma vie ici.... Mais non, il me dit qu’on va nous aussi aller faire un tour à Mbeya, qu’il connaît plein de monde, qu’on va sûrement trouver toutes les pièces de carbu Béhème dont on a besoin. Entre deux visites de mécano chez qui bien sur, on ne trouve rien, John me présente à plein de gens et puis on va se balader dans des échoppes pour acheter des cassettes de film de Vandamme ou des CD de musique congolaise. John continue à prendre des cours de français...; il veut que je lui traduise les noms de groupes comme "Force de Frappe" ou "Maison-Mère" et puis aussi "Chantal pour l’éternité"…ils ont de sacrés noms ces groupes Congolais et puis surtout facile à traduire...! On se balade encore, on sert des mains, on va voir le prix des projecteurs vidéos, elle est bien partie ma réparation de carbu. Quand on rentre à l’atelier, c’est presque l’heure d’aller bouffer, alors on y va. On va donc s’empiffrer de bouts de gras, tout en discutant le bout de gras…c’est pas de la rime super riche que je vous fait là...? Enfin surtout en cholestérol, il faut bien le reconnaître...! On finit par retourner à l’atelier, comme le mécanicien n’est pas rentré de sa pose bout de gras, John commence à se dire qu’il va peut-être songer à me faire la pièce lui-même et je trouve que c’est une très bonne idée mais non, c’est pas gagné, il y a pile une panne de secteur. Alors il m’emmène derrière ses machines, on passe une petite porte, un escalier un peu raide et là-haut, il y a le studio d’enregistrement de John...! Table de mixage, super matos son, cabine insonorisée, il est plein de ressources ce John...; il me dit que des groupes viennent même de Dar el Salaam, pour enregistrer chez lui, derrière les machines-outils. Le courant a fini, comme le mécanicien, par revenir et finalement en une heure, la pièce était fabriquée. En Afrique si on oublie le temps, les choses peuvent aller assez vite à leur manière. C’est d’ailleurs pour cette raison-là, que les huit kilomètres du retour, je me les suis tranquillement fait à pied, en saluant tout le monde sur la route de campagne, accompagné par Youssouf qui rentre dans son village et me donne des cours de Swahili en marchant d’un pas vigoureux. Arrivé à l’auberge dans la plantation de café, je retrouve Nicolas qui se repose de ses deux heures de fouille d’ordures au bord de la pistoche…et on se dit qu’après cette parenthèse, on va peut être reprendre la piste, qui nous attend juste à cent bornes d’ici. ( Depuis deux jours, les textes avec ponctuations sortent un peu en hieroglyphes des que je les copie-colle, j'essayerai de mettre un peu d'ordre la dedans quand je trouverai une meilleure connexion!!)

Tunduma

strip  silhouetteDe la ferme de café à Tunduma, il y a juste 100 km, une grosse heure de route, mais pourtant notre univers a basculé. Vaguement à l'abri sous l'auvent d'une station service, on regarde, comme tous les autres, le ciel nous tomber sur la tête et les routes se transformer en rivières brunes. Il fait un peu froid dans cette petite ville frontalière bordélique. Il y a 2 heures, on papotait au bord de la piscine en face de l'infini verdoyant de l'Afrique mythique.rouler sous la flotte Aussi on s'habituerait bien vite à ce luxe colonial; c'est pour ça qu'il faut se retrouver dans les rues défoncées de Tunduma, encombrées de camions en attente de paperasses frontalières : la réalité de l'Afrique, elle est ici. Là d'où on vient c'était juste une escale dans un monde perdu.

Sumbawanga

Sumbawanga. Y sont de plus en plus compliqués les noms des patelins Tanzaniens, mais c’est normal, on est de plus en plus loin de tout. La piste qui nous a emmené ici est loin d’être ce qu’on a connu de pire et pourtant chaque petit trou, chaque légère tôle ondulée, chaque infime gravillon nous résonnent dans la tête comme un coup de marteau ; on ne devrait jamais se taper de la piste avec une gueule de bois. Hier soir, à Tunduma, on a fini par échouer dans le High Class Hôtel, un de ces établissements vaguement Indo-libanais, avec de la dorure, des colonnes et du marbre et puis aussi des robinets qui fuient, des chasses d’eau en panne et des néons tout autour pour faire tellement joli que tu as l’impression de roupiller au milieu d’un light show ! clqsshotelComme c’était le soir de Noël , il y avait partout des gens sapé comme des milords et dans la salle d’à côté, un concert avec tout le public assis bien sagement, ce qui est vraiment inhabituel en Afrique. On nous a proposé deux fauteuils en plastique, mais nous, on essayait de leur expliquer qu’on ne faisait que passer. Mais ils insistaient vraiment alors on s’est dit qu’on allait quand même se prendre une bière. Quelques grosses mamas ont commencé à danser et nous on a repris une bière, parce que finalement, il faisait bien chaud dans cet endroit et pour nous qui n’étions pas encore remis de nos trombes d’eau, c’était une sacrée aubaine. L’ambiance a progressivement muté et deux heures plus tard, tout le monde s’agitait partout, les mecs bourrés cherchaient la baston et des petites minettes un peu vulgos nous disaient qu’on étaient très beaux en nous demandant des bières et des clopes. Elles nous offraient des chorégraphies fessières de plus en plus frénétiques et on commençaient à se dire qu’il allait peut-être falloir trouver une issue de secours, parce que sinon on savait pas trop comment ça allait finir mais globalement nous étions quand même saisi par une sourde appréhension. La résistance défaillante de nos supers copines aux litres de bières nous a finalement permis un repli stratégique fort bienvenu…Mais bon le lendemain, dans les bosses caillouteuses, on la sentait bien notre gueule de bois et peut être aussi un certain regret de ne pas avoir laissé nos instincts nous submerger.noel

Prolongations à Sumbawanga.

Pendant cette étape toute en collines vertes et en mal de crâne, la bécane nous a fait un caprice après une pose ananas-gâteaux secs. Contact, démarreur et puis plus rien…Je le savais depuis longtemps que mon faisceau électrique était en piteux état, depuis l’année dernière en Angola, le Zorro de la mécanique m’avait déjà prévenu que malgré ses bricolages providentiels, il serait temps de songer à une intervention majeure. Et bien voilà, c’est là, à Sumbawanga. On a réussi à repartir après avoir mangé notre ananas , juste parce que j’ai secoué les fils électriques sous le guidon mais après qu’on ai trouvé un petit hôtel très « guinguette années trente » il a bien fallu se rendre à l’évidence qu ‘on allait un peu prolonger. J’aurais dû faire ça depuis longtemps, ça faisait même partie de mon programme à Ilha de Moçambique, mais les amibes en avaient décidé autrement ! J’ai donc passé un journée au charbon, mais malgré le changement de tout le câblage, le résultat n’était pas bien concluant alors Amir, le patron, a appelé un jeune mécano en renfort et finalement, je ne sais trop comment, le démarreur a accepté de se réveiller. reprationLe départ est donc finalement possible et on va pouvoir continuer la piste jusqu’à la prochaine panne…on peut déjà la prévoir, c’est génial, non ? Je viens de constater un voilage totalement suspect à ma roue arrière : ça sent le roulement fatigué…

La boue de Katavi, pour quelques dollars de plus.

On était pas mécontents de remonter sur une bécane qui démarre, avec un moteur qui tourne rond et les roues presque aussi. La piste rouge du jour devait nous emmener à Mpenda, après la traversée du parc de Katavi. Les paysages sont magnifiques, des collines vertes à perte de vue, c’est beau comme dans les films sauf que c’est nous dedans. piste a boueOn croisait de plus en plus de zones boueuses et de trous d’eau où, des fois, pour éviter les galères angolaises d’il y a deux ans, je demandais à Nicolas de descendre ou de pousser un peu. Un camion nous a croisé, le chauffeur nous a dit de faire gaffe, qu’à un kilomètre il y avait des lions qui mangeaient un buffle...et cinq minutes plus tard, on se coinçait dans un trou d’eau boueuse un peu plus gluant que les précédents. trou d eauIl a fallu décharger, pousser, creuser et on se disait que le mec du camion, il avait parlé de lions pour nous foutre la trouille, que depuis cinquante bornes qu’on roulait dans cette réserve, on avait croisé que des babouins à la con alors que ses lions c’était rien que des singes et puis c’est marre. Il nous a bien fallu une demi-heure pour désengluer la bécane et un tout petit peu plus loin, il y avait bien un buffle entamé au bord de la route et puis une odeur violente de pisse âcre.buffle mort Nos voisins carnivores dérangés avaient dû marquer leur territoire avec vigueur pour attendre planqués un peu plus loin que le calme revienne. Ils ont sans doute ont été agacés par les violents coups de gaz qu’on avait cessé de donner pour sortir du trou, et c’est peut-être pas plus mal, finalement, tout bien reflechi...girageÀ la sortie de la réserve , on s’est pris un petit bungalow chacun au Riverside Camp à côté d’une famille d’hippopotames. Juma, le patron, nous a emmené, pour quelques dollars de plus, passer une journée dans le parc. zipobuffleNicolas qui rêvait de croiser des girafes depuis des années n’en croyait pas ses yeux : il y en avait partout des girafes, et puis des zèbres , des buffles, des gazelles et des antilopes en pagailles et même un peu des lions mais que de loin mais aussi bien sûr plein d’éléphants de forêt tout noirs, tout un troupeau qui est parti en barrissant parce qu’on les dérangeait un peu sans doute à s’extasier comme des gros niais. elephants Le lendemain, on a repris la piste…on m’avait déjà prévenu que la route d’Uvinza n’était pas la meilleure du pays et il faut bien avouer que ces deux cent quarante bornes-là, piste sombrec’est un bon condensé de tout ce qu’on peut s’offrir sur une route africaine : sable, boue, trous d’eau, ornières, caillasses et rochers, il y a tout le catalogue avec très peu de temps morts entre deux ; c’est une sorte de best off et quand on arrive au bout, on a vraiment envie d’une super nuit avec plein d’heures dedans…Pas de bol, Unvinza c’est un tout petit bled avec juste quelques auberges à mygales. Finalement, la « Manchester Guest House », bien que très modeste, avait des chambres très propres et très calmes, alors on s’y est effondré une dizaine d’heures, parce que, tant qu’à faire, ce soir, autant y foutre le paquet sur le quota de roupillon, on l’a bien mérité.nez dans guidon

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