On ze road encore (2008-2009)

Et c'est reparti...

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Est-ce que par hasard...

Ne serait-ce pas bientôt l’époque ? Cette période où je raconte à qui veut l’entendre que je suis en train de stocker des pièces de moto en vue d’une migration prochaine, de régler mon téléphone satellite, d’affronter les demandes de visas !? changer les sousOui c’est vrai, ces temps-là sont revenus...mais depuis l’année dernière, le monde a changé...partout une sorte de chaos se pointe mais comme si de rien était je suis allé changer des sous à la banque. Elle n’était pas en ruines. On m’y a juste filé moins de dollars que la dernière fois ; le monde est étrange, c’est le dollar qui l’a foutu dans la merde et pourtant il vaut plus cher que d’habitude... Je vais aller voir au fond de l’Afrique si maintenant les dollars américains les font autant rire que les dollars Zimbabwéens et je vous raconterai...avec un peu de chance, ça vous fera peut être marrer.pété de thunes

La boule à zéro...

les ch'feux...Il avait fière allure, Dennis Hopper, cheveux aux vents sur sa bécane de clown, mais rouler tignasse à l'air, c'est vite fatigant et somme toute, un peu risqué aussi. Mais avec un casque, les cheveux longs ça fait super con. Quand on l'enlève, pour peu qu'on ait un peu transpiré sous le soleil des tropiques, on se retrouve avec une tête toute lisse, ripolinée à la séborrhée, la margarine du cuir chevelu et puis plus bas sur la nuque, on a chopé la coupe débile de France Gall à l'Eurovision de soixante cinq.à zéro Non, c'est vrai, moi je préfère les couper. Puis je fais ça moi-même; au cours du baril, même en baisse, une coupe d'économisée ça fait bien dix litres d'essence!

Affaires génériques (comme les médocs)

Je suis arrivé à Maputo en ce début novembre. C’est vrai, je pars plus tôt que d’habitude, c’est parce que je suis prévoyant, moi, je ne veux pas affronter les trombes de flotte de janvier comme les deux années précédentes, et puis je veux éviter les tempêtes en mer pour faire de la plongée, alors je m’organise. Mais tout le monde le sait qu’il n’y a plus de saison ma bonne dame ; la faute à la crise des subprimes qui nous détraque le climat, c’est comme ça, on y peut rien. Je suis arrivé à Maputo en ce début novembre, il pleut et la mer est bien agitée…J’ai regardé ma moto démontée ( un peu comme la mer) en me disant que demain, je commencerais le remontage rituel, l’initiation annuelle au monde du boulon et de la clé de treize…je n’ai pas encore vérifié ce qu’inévitablement j’avais oublié ; c’est normal parce qu’ à l’aéroport de Johannesbourg, ils ont perdu tous mes bagages.planet racer Avant il y avait un mécano moto à Saint Ouen, super spécialiste des vieux flats twins culbutés, qui me dépannait toujours pour les pièces qui me manquaient…depuis, un trou mal placé sur une piste égyptienne l’a envoyé dans l’autre monde parce qu’il roulait un peu trop vite. Le motard se fait toujours avoir par le mythe de la vitesse, pourtant ce n’est pas ça, la moto, c’est avant toute chose une quête d’équilibre. C’est un de sa bande qui a repris le bouclard, le nom n’est plus le même. Moi je dis toujours Éconoflat ; mais depuis ça s’appelle autrement…c’est con quand on veut remercier un sponsor et qu’on ne connaît plus son nom. Heureusement, son logo, lui, c’est toujours le même ! Puis aussi, c'est vrai, il faut que je remercie Yvon de Touratech à Orange, qui lui aussi a fait ce qu’il fallait pour peaufiner mon équipement .touratech J’ai changé de Blog, je ne suis plus chez Canalblog ; c’est parce que chez Motomag, qui me file un coup de pouce pour les connexions satellites, ils avaient envie que je sois sur un truc à eux…c’est vachement bien, je fais partie de la famille,logoBM puis j’ai un joli lettrage et tout, par contre l’adresse est devenue imbitable! Mais bon, c’est vachement mieux parce qu’au moins y’a pas de pub, tellement pas que je suis obligé de les faire moi-même C’est pour ça que je remercie aussi BMW qui m’a permis de me ré-équiper sans me ruiner avec tout un circuit électrique tout neuf… que maintenant, y’a pu qu’à remonter !

petite histoire d'avion

J’étais parti de Paris avec quatre heures de retard à cause d’un réacteur mal réglé et mal réglable puisqu’on a fini par changer d’avion…après une de ces merveilleuses nuits à regarder films nazes sur films crétins scotché à la microtélé encastrée dans le dossier du voisin d’en face, j’avais commencé à m’inquiéter de ce changement d’avion qu’il allait falloir arracher en moins d’une demi-heure, ce qui paraissait assez irréalisable. Mais les hôtesses bien gentilles m’avaient dit que ceux qui avaient des correspondances pourraient sortir avant tout le monde et que le personnel au sol les attendait déjà pour les aiguiller dans l’immense aéroport de Johannesburg. C’est marrant, on y croit toujours et pourtant on sait que ça ne le fait jamais. À peine l’avion posé, quelques Sud Africaines obèses et suantes bloquaient les allées en essayant d’extirper des coffres à bagages des sacs aussi épais qu’elles et il n’était pas question d’essayer d’expliquer qu’on a quelques minutes pour aller choper une correspondance quelque part, je ne sais où, mais loin…Dans un aéroport géant, tout est toujours terriblement loin. Au sol, évidemment, y’avait personne pour expliquer quoique ce soit, mais comme tout était démesurément vide, on a fini, avec un confrère de galère aéroportuaire, à trouver une direction.grosses suddafs... Ensuite, une traversée expresse de la zone de transit nous a amené au comptoir d’embarquement où il y avait juste encore quelques secondes de disponibles pour nous autoriser le saut ultime vers effondrement dans les fauteuils de South African airway, PNC aux portes, armement des toboggans, vérification des portes opposées; il ne nous restait qu’une bonne demie heures à tirer. Je pensais ramener des cigarillos à mon hôte de Maputo, puis du bitong, la viande séchée d’antilope qui te permet te tenir des jours dans la brousse, et même un adaptateur pour recharger mon matos n’importe où. On en trouve de ces choses dans ces aéroports quand on a du temps à y perdre. Moi je n’ ai ramené que quelques litres de sueur de mon escale, mais si je garde le même t’shirt pendant tout le voyage, toujours je pourrai me souvenir de mon escale en Afrique du Sud.

Petit commentaire US

J'ai remarqué que depuis hier, les gens d’ici croient que le nouveau président des États Unis est le président de leur continent à eux et qu’en quelques jours il va tout régler entre Le Cap et Tombouctou. Ils ont un peu raison que c’est leur président à eux, en tout cas plus que le précédent, y’a pas photo, mais bon, pour la suite on verra bien…devant le CCF

Le matin je fais le prof...

CCFMaputoLe matin, je fais le prof de BD au Centre Culturel qui est dans un joli bâtiment rétro sur l’Avenue Samora Machel. C’est un ancien hôtel de passe qui était en ruine depuis longtemps. Le gouvernement Mozambicain voulait le filer aux Portugais pour qu’ils en fassent un truc mais les Portugais y savaient pas trop quoi, alors c’est les Français qui l’ont récupéré et maintenant c’est un des plus jolis centres culturels d’Afrique avec des balcons tout autour et des chaises fabriquées avec les stocks d’armes de la fin de la guerre. chaiseKalachchaisekalach2C’est pas très confortable mais on ne va pas critiquer l’art antimilitariste quand il suffit de prendre un coussin. Cet endroit a la particularité d’y voir se succéder, depuis une petite dizaine d’années, des directeurs qui aiment bien mes bouquins, c’est extra ça ; du coup, j’arrête pas d’y revenir, je vais carrément finir par faire partie des meubles...et quand tu les vois les meubles !

Zlib

henriette bricoleL’après midi je répare ma moto, pendant que Gilles, qui m’héberge, travaille à l’ambassade et que Henriette fait des gâteaux ou des moulages en pâte à papier ce qui parfois a tendance à se ressembler ; il faut faire très attention si une petite faim surgit entre deux serrages de culasse.Les gardiens de la maison sont assez intrigués par ce mec en slip qui n’arrête pas de bricoler un tas de ferraille qui traîne là depuis l’année dernière. Gilles m’a filé un vieux pantalon à lui futal diplo parce que dans le monde des gardiens de maison, on n’a pas l’habitude de voir les blancs en slip. En plus, je dois reconnaître qu’en voyage, je ne m’équipe pas des slibards les plus élégants de ma collection. Mais bon, avec la dégaine que je me paye, froqué en fûte diplo de deuxième main, je ne suis pas certain d’avoir enfin le look idéal du blanc qui bricole dans l’arrière cour de la maison, mais les gardiens ont l’air de trouver que la morale est sauve !

petit rappel rapide

Dites donc, mes chers lecteurs, faudra t'il vous répéter chaque année que si vous voulez les dessins et les photos en plein écran, il vous suffit de cliquer dessus et que si voulez le message du jour tout seul y'a qu'à cliquer dans le calendrier?? Y'en a qui ne suivent pas, ça ne va pas du tout, je vais être obligé de sévir, voire de filer des heures de colles avec obligation de suivre le blog de l'UMP ou celui de Carla Bruni, ça va chier grave !

cocktail à la forteresse...

On pourrait penser de la mécanique qu’il s’agit d’une science parfaitement exacte : tout doit s’imbriquer, coulisser, pivoter au quart de milipoil près. Il y a pourtant toujours une sorte de facteur d’imprévu qui peut la faire d’un seul coup basculer dans l’occulte. Un simple vissage d’écrou qui devrait prendre entre dix et quinze secondes peut friser subitement le paradoxe spatio-temporel. Loin de moi l’idée d’encore vous gonfler avec un minutieux descriptif de remontage moteur, mais je vais juste vous exposer un petit problème. Prenons une pièce P ramenée de France après un léger détour par les douanes aéroportuaires que nous appellerons le coefficient de détour circonstanciel douanier (CDCD) ; entendu que la pièce enfin récupérée doit prendre place sur le cylindre G et y être refixée à l’aide des deux boulons déjà en place B1 et B2, combien de temps prendra l’opération quand on découvre que B2 a abandonné son filetage F dans la pièce périmée que nous appellerons PP1 ? Le boulon en question, bien que tout petit, a évidemment un profil introuvable dans le pays et si je n’avais pas appris que quelqu’un pouvait me le ramener de Paris cette semaine, je crois que j’aurais bouffé mon moteur tout entier. En attendant, je peux prendre le temps d’aller assister à des vernissages pour faire mon artiste mondain. Dans ce cas-ci, l’expo a lieu dans la forteresse. Construite au seizième siècle pour protéger le tout nouveau comptoir portugais de l’époque, elle a bien triste mine maintenant, entourée d’immeubles gris de l’époque communiste. Avec ses petits canons nains, on a du mal à imaginer ce château Playmobil défendre la ville contre une attaque barbaresque. cocktail à la forteresse Au milieu de la cour intérieure, on écoute des discours, on mange des samoussas et on boit un peu de vin rouge. J’essaye tant bien que mal d’attirer l’attention de sublimes hôtesses callipyges en dessinant quelques conneries décalées dans le livre d’or, mais la seule prise qui vient mordre à mon hameçon n’est pas du tout celle espérée, mais alors pas du tout. Un cardiologue Suisse, collant comme un fond de fondue bien pégueux, commence à me raconter sa vie aussi passionnante que celle du croûton qu’on vient de laisser tomber dans le fromage flasque. Un providentiel architecte franco-mozambicain va m’extirper de ce piège mortel et je sais que je compte désormais un ami de plus dans ce pays. Et me voilà cordialement invité dans le Nord d’ici quelques semaines…

Ca tourne

Ouaip, ça tourne; il manque juste une petite rondelle à la con pour éviter que toute mon huile se déverse sur la route...en une journée, je devrais arriver à dénicher ça....c'est une capitale ici , quoi, merd'alors !

Le temps passe et l'espace s'immobilise...

feira popularArriverai-je un jour à quitter Maputo ? Cette question rituelle se posa à Libreville comme à Luanda ; c’est comme ça, maintenant, je le sais, il y aura toujours ce cérémonial d’ouverture à chaque étape. Hier donc, la moto a démarré presque du premier coup. Il y a bien eu un câble électrique coincé qui a fait masse, mais ce ne fut qu’une fausse alerte. En écoutant tourner le moteur, j’ai repéré sur le côté du moteur, une coulure d’huile assez indiscrète mais facilement réparable. Il suffisait de trouver deux rondelles de cuivre genre matos plomberie, donc je ne me suis pas inquiété. Afin d’éviter de saloper encore un peu plus le carrelage noir du garage où ma bécane a passé quelques mois, je l’ai couchée sur le flanc quelques heures. Quand je suis revenu, avec mes super rondelles toute neuves, la batterie avait assez peu apprécié cette position inhabituelle et du coup ça ne démarrait plus. J’ai eu un vrai pur instant de franche panique, me voyant être obligé de foutre eb branle les combines les plus farfelues pour arriver à en trouver une neuve dans les plus brefs délais…le bref délai est un concept typiquement occidental que je savais difficile à mettre en branle au Mozambique. Je courais un peu dans tous les coins pour trouver une solution miracle et en courant comme ça j’ai foutu du cambouis un peu partout dans la grande maison ce qui n’a pas plu énormément à Henriette, surtout dans les secteurs en parquet ciré.

nettoyage

Un peu confondu, je me suis lancé dans un grand ménage savonneux, mais les parquets n’aiment pas ça non plus. Qu’est ce que c’est con, les parquets cirés ! Bon, je vous jure, finalement je ne m’en suis pas trop mal tiré…la batterie se recharge tranquillement et moi on m’a emmené boire des bières dans un concert brésilien un peu ramolo. Il pleuvait sur la chanteuse languissante mais mes nouveaux amis du nord m’ont déjà prévenu que là-haut, c’était sec comme un bout de Sahara ; y’a plus qu’à y aller, ce n’est qu’à deux mille trois cent bornes d’ici, et elle va bien démarrer un jour cette foutue bécane

Le temps s'étire...

Avoir une moto qui tourne comme une horloge et un peu d’argent de poche en rab parce qu’on a fait le professeur pendant une semaine devrait donner des ailes pour s’envoler vers le nord, mais voilà, il reste encore un obstacle et non des moindres…l’obstacle paperassier! Quand je suis parti de France, il faut bien reconnaître que ce fut un sacré bordel pour avoir mon visa dans les temps. Le visa pour le Mozambique se prend à la frontière, à moins que l’on ne veuille y séjourner plus d’un mois ; dans ce cas-là, il faut passer par le consulat de Paris.Pour gagner du temps, il y a toujours moyen de passer par une agence spécialisée, c’est beaucoup plus sûr, sauf évidemment, si l’agence se plante aussi.mer à Maputo J’ai donc récupéré mon passeport le jour du départ, entre deux vols et après avoir fait chier un tas de gens pour que tout ça soit possible. C’est là que j’ai vu que ces gros abrutis s’étaient gourrés et m’avaient foutu le simple visa d’un mois que j’aurais pu prendre en arrivant, tout bêtement.marché aux poissonsMaintenant, j’ai l’air un peu con, je ne peux faire qu’attendre en me baladant un peu mais pas trop loin puisque je n’ai plus de papier. Je vais boire des coups et manger du poisson au bord de la mer avec tous mes nouveaux amis, je pense à ce voyage que je ferai un jour, puis je me mets à rêver à ce futur si proche et si lointain avant d’aller me coucher en attendant l’inattendu…

Maputo, carrefour causal.

maisonmaputoOn n’arrive jamais à comprendre vraiment ce qui provoque ces rencontres étranges qui finissent toujours par cette même considération toute faite sur la petitesse du monde. Je vous avais déjà expliqué, deux récits en arrière, pourquoi j’avais une sorte de famille en Angola. Le même scénario peut aussi s’appliquer au Mozambique. Tout ça passe toujours par la case de l’Algérie des années soixante, soixante dix, cette époque foisonnante où se retrouvaient là-bas des révolutionnaires de tous pays, venus de maquis guerriers divers pour se reposer chez des pieds noirs anarcho-gauchistes qui théorisaient fougueusement sur le monde meilleur.Je simplifie un peu mais pas trop. Une Portugaise qui croyait à la révolution y a rencontré un maquisard Mozambicain, ils ont eu un enfant , c’est tellement facile d’avoir un enfant. Elle est retournée désabusée à Lisbonne avec sa petite fille parce que, où qu’elles aient eu lieu, les révolutions n’acceptent jamais ceux qui se sont battus pour elles alors qu’ils venaient de l’autre bord. Les révolutions aiment que les choses soient claires et les camps bien définis, c’est plus facile après pour faire des statues qu’on comprend depuis l’autre bout de l’avenue Lénine . Le maquisard a fini sa guerre puis il a suivi le parcours classique du héros ; ministères , carrière internationale et tout le bazar. Bien des années plus tard, l’enfant devenue grande a retrouvé son père et est revenue au pays. Moi je l’avais croisée, il y a une vingtaine d’année et je l’ai retrouvée par Pablo, le carnet mondain du centre culturel, lui aussi, un petit fils de la révolution. flamboyant Vous en voulez une autre, d’histoire comme ça ? Il y a une quinzaine d’année, j’avais rencontré au mariage de la cousine d’une copine l’amoureux d’alors d’une autre cousine de la même copine…c’était des belges, ça se passait dans le midi ; il y’ avait déjà là comme une rupture spatiale…je ne l’ai jamais revu, et puis avant de venir, ici, on m’a parlé d’un mec qui m’avait croisé jadis, mais les histoires racontées plusieurs fois en deviennent toujours d’autres, c’est la vieille théorie de l’inexistence de la vérité. On me disait qu’il était un lointain cousin à moi ou un truc comme ça. Je l’ai retrouvé ici, à Maputo, et on a très vite resitué, recentré et recalé nos croisements de parcours.terrain vague Je ne vous sens pas convaincu, là, vous n’arrivez pas à trouver ça hallucinant ; c’est pas grave, je vous en fais une autre.Hier après avoir mangé un morceau avec la fille du révolutionnaire devenu ancien ministre , j’en buvais un petit dernier avec le belge de la cousine de la copine avant son départ pour le Mexique où il est prévu que je le retrouve par hasard dans vingt ans. Nous évoquions encore ces hasards étonnants, quand un Espagnol est venu m’aborder. Qui c’était celui-là encore ? Un lecteur de BD en voyage ? Pas du tout, ce mec m’avait croisé l’année dernière en Angola, à Balombo, cette sinistre bourgade de brousse où les flics avaient été si chiants. Je l’avais croisé en arrivant dans ce bled poussiéreux, il était avec deux bonnes sœurs, on avait juste échangés quelques propos sur mon voyage et puis ils étaient repartis…et voilà qu’un an et dix mille bornes plus loin, il me reconnaît et me tombe dessus dans un bistrot du centre de Maputo… Incroyable, non ? J’y crois pas de comment qu’il est petit le monde, tellement petit qu’à force de tourner en rond dans la grande maison de Gilles je vais finir par faire un faux pas et me retrouver au nord du pays, sans passeport et sans avoir fait gaffe.

Demain ça roule....

J'ai le passeport, la moto tourne, demain ça roule... marginale

Second départ

Second départ moto sur la baieQuand on quitte Maputo par la route du nord, on se tape une cinquantaine de bornes de ces périphéries approximatives comme autour de tant de villes africaines. Et en plus il pleut. La pluie c’est pas tout le temps, c’est juste pour moi, mais l’approximatif de l’architecture tout autour, ça, ça ne change jamais. Un peu de béton, de parpaing friable et de taule rouillée. Des vestiges lointains d’une campagne absorbée, des bouts d’arbres, des parcelles de maraîchage. C’est pas du vrai bidonville, mais pas loin. La route encombrée est humide et graisseuse, il y a un peu de contrôle de flic, mais ça passe. Après cinquante bornes, le temps se dégage, la circulation se fluidifie et l’habitat aussi. De Maputo à Xaïxaï ,qu’on appelle Chaïchaï, c’est tout plat, un sorte de plaine agricole inondable qu’on aurait oublié de cultiver puis après c’est plus joli et la route se défonce un peu. Elle est comme ça la route, elle se lâche. J’ai croisé deux motards allemands sur des trails presque plus vieux que ma moto, mais je me suis fait tout petit, j’ai assez parlé mécanique ces derniers temps, même avec un colonel de passage à l’ambassade. Mon tank à deux roues plaît toujours aux militaires de quelque pays qu’ils soient. J’enfile les bornes tranquillement, je me repasse toutes les conversations de mon séjour à la capitale, je revisionne tous ces visages. Ce qui peut rendre si fascinant le voyage, se transforme parfois en angoisse sourde. Partout, perdus au milieu de la multitude, il y a toujours ceux à qui on aurait tant de choses à dire, avec qui on pourrait à chaque fois vivre des bouts de vie, nos alter ego, mais on ne sait jamais où et à chaque fois on repart tout seul. Mais peut être que je les recroiserai tous, quelque part, au bout de la route. Longue ligne droite, manguiers, palmiers…radars. cajoux Évidemment, sur la seule route nord-sud, même s’il n’y a qu’un seul radar pour tout le pays, on a toutes les chances de le croiser. En fait, je crois qu’ils en ont deux parce qu’il y en a toujours un sur la route de l’aéroport. Je reprends mon vieux réflexe ; là c’est jouable, il n’est pas planté le bras tendu au milieu du bitume. Vitesse constante, regard perdu dans le lointain, je passe devant, puis, plus loin, je me cale entre deux gros camions de convoi exceptionnel, chargés de citernes géantes. Je reste comme ça, le temps de changer de district et puis je reprends mon rythme. Quand je suis rentré en février dernier, j’avais tellement chopé ce truc de voyage , que j’ai fait pareil en bas de chez moi . En une seconde, j’ai compris que c’était pas jouable avec ma plaque et les keufs à Sarko. Alors, j’ai mis au point un plan de secours éclair, j’ai fait demi-tour comme ssi je cherchais quelque-chose et je suis allé me garer à côté d’eux comme si je ne les avais toujours pas vu. Je l’ai joué serré mon baratin à la cool, mais c’est passé en douceur et je suis rentré chez moi avec juste le PV parce que je n’avais pas mes papiers…ils m’ont laissé tomber le sens interdit, la voie des bus et le presque délit de fuite ; on en apprend des attitudes qui sauvent en Afrique ! baie de tofo Je suis arrivé à Praya de Tofo, cinq cent bornes au nord de Maputo, en fin d’après midi. Je retrouve tout le monde, parce que oui, parfois on peut aussi revenir et retrouver tout le monde…

La non panne

Une panne c’est quand la moto s’arrête pour une raison mystérieuse et qu’on arrive plus à repartir. Mais comment appelle t’on ça quand c’est l’inverse, que la moto ne veut plus s’arrêter ? Il m’est arrivé ce genre de facétie sur cette route du Nord. Alors je ne me suis presque jamais arrêté entre Maputo et Tofo, puisqu’il n’ y avait plus moyen de couper le contact. Arrivé à destination, j’ai enlevé la batterie et le lendemain on a trouvé assez vite d’où venait ce court circuit qui ne voulait plus que je m’arrête, c’est comme ça que j’ai pu découvrir qu’une panne ça pouvait aussi te forcer à rouler toujours…

Vacances...

la maison sur la plageComme l’année dernière, je vais jouer au journaliste pour la presse plongée. Je devais juste rester quelques jours à Praia de Tofo, mais comme ceux chez qui je devais faire étape trois cent bornes plus hauts ont fermé leur centre de plongée juste les trois jours où je voulais m’y arrêter, je vais attendre leur retour en prolongeant l’étape. Quelle désolation, me voilà assigné à résidence dans une petite maison sur la plage.pablo devant la plage Je n’ai plus qu’ à rendre visite aux poissons et à faire la sieste, c’est terrible, qu’ai-je fait au ciel pour être condamné aux vacances éternelles.

Poiscaille

Ici, tous les jours, on rend visite aux voisins d’en dessous, les poissons tropicaux. Le coin est méga réputé pour ses requins baleines et ses raies mantas, mais depuis dix jours ces deux géants des mers ont pris leurs vacances, ils devaient avoir des RTT à rattraper ces cons-là, j’aurais dû leur envoyer un mail pour les prévenir de mon passage. Chaque matin, avant que le soleil ne tape trop dur, on se jette dans les vagues pour pousser les gros hors-bords, et on part au large. Même si les stars se font désirer, il y a du monde sous l’océan houleux. poisson nezOn y croise des tas de bestioles de toutes les tailles et parfois assez débiles, comme ce poisson crétin avec un nez ridicule et du rouge à lèvre bleu ; je savais pas que Bilal avait des lecteurs sous-marin. Il y a aussi des poissons guitares et des raies électriques. Ces deux-là, s’ils avaient pu s’accoupler, je crois que Jimmy Hendrix aurait été moniteur de plongée. guitare fishLes méduses sont très jolies, elles prennent aussi bien la lumière que juliette Binoche juliette binocheet il y a toujours un dauphin pour passer discrètement voir qui sont ces humains en caoutchouc qui essayent de s’installer chez eux. D’ailleurs les pêcheurs du coin ont longtemps cru que c’était les plongeurs avec leur look de martien qui faisaient fuir le poisson. Il a fallu la création d’une association de tous les riverains pour arriver à leur faire comprendre qu’au large des bateaux usines sous pavillon de complaisance engouffraient chaque jour des dizaines de tonnes de poissons sans trop se soucier du petit mec avec sa canne à pêche qui essaye de choper un espadon sur sa barquette à côté de la plage.juliette binoche

La vie commune.

marché TofoPraya do Tofo est un endroit bizarre où se côtoient deux mondes bien différents. D’un côté celui des pêcheurs Mozambicains et celui beaucoup plus cosmopolite des chercheurs océanographes, des touristes et de ceux qui en vivent. Retraités de l’ONU canadiens, Chercheurs américains, surfeurs australiens, plongeurs italiens, français, Anglais, sud-africains, chanteuse espagnole, bistrotier israélien, restaurateur belge…je crois que j’en passe mais y’a déjà de quoi se faire une idée. Tout ce petit monde a réussi à s’entendre pour que la vérole touristique ne vienne pas tout pourrir au pays du shark whale, le poisson géant qui ne veut jamais se montrer. Quand on s’y prend dès le début, on en évite de l’irréversible. Sous l’égide du très crédible retraité de l’ONU Québécois, une association fut créée pour nettoyer les plages, ramasser les poubelles, scolariser les mômes, protéger la baie et surtout impliquer au maximum les gens du pays dans tout ce développement si rapide. Maintenant, ici, il y a des moniteurs de plongées Mozambicains, une plage sans bouteilles en plastique et pas de loueur de quads. Bon c’est vrai, c’est assez étrange d’être au Mozambique et de n’entendre parler qu’une bouillie Anglaise où se mélangent l’accent de Johannesburg et les chuintements portugais, il a des mutations auxquelles il est difficile d’échapper et je sens déjà poindre l’ombre du grumeau.

Histoires d'eau.

Gobi débileAu pays des poissons on y retourne toujours avec plaisir, on y retourne parce qu'il y fait frais, parce que personne ne te demande rien, parce qu'on y fait des tas de rencontres insolites et qu'on espère toujours y croiser un poisson géant qui va nous laisser imprimée sur la rétine un image qu'on oubliera jamais.crevettes en goguettehistoire d'eau

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