On ze road toujours... (2007-2008)

Bon, je vous laisse, il faut que j'aille reconstruire une moto en Angola...

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préparatifs et préliminaires

Les mois passent, l’hiver arrive...le temps des grandes migrations est revenu...
Les oiseaux sont déjà partis, les plantes d’été ont laissé le gel les anéantir et moi je termine quelques pages ce bandes desssinées  et je me prépare.
Une quarantaine de kilos de pièces de moteur m’attendent déjà à Luanda. Une sorte d’Angola-connekcheune s’est mise en branle au cours de l’année qui s’écoulait pour m’aider à faire passer là-bas de quoi reconstruire la moitié de mon moteur noyé dans la boue l’année dernière et que j’aimerais voir prêt à remettre le couvert cette année...   Il me reste encore une quinzaine de kilos à emmener avec moi...certains me diront que tout ça, ça fait presque une moto complète, et bien je leur répondrai que pas du tout mais que bon, une bonne partie quand même, il faut bien le reconnaître !
L’année dernière, aussi, voulant être à la pointe de la technologie de communication, j’avais pris avec moi un téléphone satellite Thuraya  pour pouvoir appeler de n’importe où en cas de gros pépin et surtout pour pouvoir connecter dessus mon  ordinateur de baroud afin de continuer à faire voyager avec moi tous ceux et celles qui me suivaient par blog interposé...
Eh ; vous avez été un peu plus de dix mille...sans dec, c’est pas rien...on se sent moins seul, échoué dans la boue sous une  copieuse averse  Africaine.
J’avais très vite compris que brancher la mac au téléphone demandait un complément de technologie introuvable dans la brousse  du nord de l’Angola
Où la seule sophistication  disponible un peu partout est la mine anti-personnelle, chef d’oeuvre de technologie occidentale, en vente dans toutes les bonnes épiceries, et aussi dans les champs, au bord des routes ou près des points d’eau. On arrive à trouver des secteurs où l’industrie occidentale déborde de largesses infinies...tellement infinies, qu’avant que le déminage soit terminé et qu’on puisse désengorger la capitale du pays pour redonner vie à ces campagnes sublimes et abandonnées, on a le temps de voir passer le temps.

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Cette année donc, je m’y suis pris assez tôt pour aller voir Pascal  qui vend des ordis Makintoche à Montpellier, pour qu’il me remette ça en marche en deux temps trois mouvements. Mais on dirait que c’est bien parti pour cent temps et dix mille mouvements...En trois semaines on arrive grosso merdo à genre rien du tout, et Pascal passe des plombes au téléphone avec ceux qui l’année d’avant m’avaient vendu tout ce matos en me garantissant une connexion peinarde aux quatre coins du continent africain . J’ai donc acheté le bazar et eux avaient rempli leur mission sacrée néo-libérale, vendre un truc cher à un mec qui n’ y connaît rien  en lui promettant n’importe quoi, tout en sachant très bien qu’il n’est pas près de revenir tout de suite...ces gars là devraient bosser dans la mine anti-personnelle ; c’est un secteur de pointe qui serait ravi de récupérer des professionnels aussi scrupuleux.

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Paperasses toujours aussi...

Il y a les visas qui ne sont accordés que si on a les billets d’avions aller-retour mais il y a aussi les  billets qui ne sont accordés que si on a les visas...ça c’est sur la TAAG, la compagnie angolaise, pour laquelle  il est impossible de prendre les billets ici parce que c’est catalogué liste noire genre crash airline. Si on veut les prendre à Kinshasa il faut donc le fameux visa et puis surtout acheter le billet à Luanda, par un intermédiaire sur place qui le fera passer par informatique, si ça marche (l’année dernière, c’était en panne à cause de la pluie) on peut p’tèt’ arriver à rejoindre sa moto démontée sur le sol Angolais.
Eh oui, comme pour l’année dernière avec le Gabon, il est incroyablement plus simple de rentrer dans tous ces pays par la route que par les airs...
Quarante kilos de pièces m’ont déjà précédé cet été...Ceux qui ont suivi le second chapitre se souviendront que j’ai une sorte de famille lointaine dans ce pays-là et que grâce à eux la moitié de mon moteur m’attend déjà sur place....Il faut bien reconnaître que si j’avais échoué mon vieux cheval dans un autre pays d’Afrique, je n’aurais jamais pu profiter de cette grande chaîne de l’amitié ; le revers de la médaille c’est au moment d’ y retourner...et bien oui, c’est comme ça, l’Angola est loin d’être le pays le plus facile d’accès, mais bon, dans quinze jours, j’ y serai quand même et ce coup-ci je ferai gaffe aux trous d’eau !

les histoires à la con...

C’est rigolo comme tout s’emballe quand on se rapproche du départ.
Le  passeport arrive en même temps que le téléphone satellite  paramétré par les spécialistes...Evidemment, je me jette frénétiquement sur tout ça afin d’enfin arriver à faire passer un message d’une pièce à l’autre en passant par Djibouti, un peu crétin comme quête, mais sans dec, comment que ça va le faire quand je pourrai du fond de la brousse dire à  ma bande que je suis entouré par une meute de lions affamés et que bon, je voulais juste saluer tout le monde avant de partir...Mais, bon,  ça marche toujours pas. Là, j’étais prêt à tout claquer contre le mur en poussant des hurlements, mais  comme c’est pas mon truc les hurlements, j’ai rappelé Pascal qui m’a dit de ne pas m’inquiéter, que c’était pas grand chose , qu’il ne fallait pas que je fasse un aller-retour à Paname pour aller voir monsieur Thouraya   qui est toujours prêt  à me recevoir pour que je lui file cent cinquante zorros pour un réglage de plus.

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Du côté des billets d’avion, c’est pas mal non plus comme truc à rebondissements. Donc à Kinshasa on m’avait dit qu’il n’y avait pas moyen pour les étrangers d’acheter un billet, qu’il fallait un correspondant à Luanda qui l’achèterait, lui, après que je lui ai viré des sous sur un compte en France. Puis le correspondant m’a envoyé un message urgent disant que les vols Kin-Luanda étaient supprimés et que j’allais devoir soit repasser côté Brazzaville, le Beach, la cohue et tout le bordel pour prendre un vol de là-bas ou alors de prendre cinq cent bornes de bus jusqu’à la très instable enclave pétrolière de Kabinda d’où il y avait sans doute des vols intérieurs. Finalement, ce n’est pas que les vols sont supprimés c’est que l’informatique est en panne...comme l’année dernière, il a dû pleuvoir !
En tentant sans trop y croire de vérifier s’il n’y avait pas une agence de la TAAG à Paris, j’en ai trouvé une vraie au Boulevard Hausman, une qui pouvait me faire un billet aller simple sans aucun problème...et y'a même mon pote Yvan Gauzy, l'acrobate sur XT tordue qui peut aller me le chercher, c'est impec, non?

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Ils sont cools chez Crash Airlines, on papote des prénoms portugais, comparés aux français, que chez lez Lusophones ont met un peu dans son nom le pédigree de toute la famille et ça prend de la place, moins que chez les Malgaches où chaque nom rempli un botin mais pas loin quand même !
Ah ben c’est pas chez Balai-Dans-l’Cul-Airlines, la célèbre compagnie Française, qu’on papote comme ça quand on veut un renseignement!
Y’a pas à dire, même si les pilotes de leurs Airbus se sont entraînés sur des Mobylettes, au moins t’y vas relax  dans ton avion tout pourri.

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attente boulangère...

Mais où en suis-je donc à une bonne semaine de mon retour sur la terre Africaine ?  J’ai mes visas, j’ai mes billets, j’ai mes pièces détachées, mais je sais que j’oublierai quelque chose en partant, c’est toujours comme ça, c’est comme qui dirait, une règle absolue...On oublie toujours un peu de soi qu’on aurait voulu voir vivre une autre vie mais c’est comme ça et il faut faire avec.
Quand je regarde ma liste de trucs à régler avant de partir,  je me dis que la semaine sera quand même chargée. C’est qu’il n’y a pas que les petites choses du voyage, il y’a aussi le tas de courrier en retard, les dessins  de dernières minutes à terminer...tiens je me dis que je vais faire du pain, ça va me détendre.

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En plus avec les machines à pain modernes, la pâte,  elle se fait toute seule pendant que je peux relire pour la cent millième fois la liste des trucs à ne pas oublier.  Après que j’ai bien tout mis les ingrédients à pain comme y faut, ça marchait pas dis donc ; je me suis rendu compte que dans le fond du pétrin, il n’y avait pas  l’espèce d’hélice à malaxer. Ce genre de truc, comme n’importe quel petit ustensile de cuisine, ça finit souvent  à la poubelle par inadvertance . Il ne me restait plus qu’à fouiller les poubelles, et il y en a des poubelles quand tu fais le tri des déchets.  Bon, je sais que vous allez tous me dire que mon blog de baroudeur commence à ressembler à un blog de parisien qui s’ennuie...mais attendez un peu quoi, j’ai même plus de boîte de vitesse à démonter, mais c’est promis dans une bonne semaine, il se passera plus de choses...

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ze sailor man

Au début on n’y avait pas vraiment  fait attention, une sorte de bouton sur le coude, un truc banal qui va passer comme passent toujours les trucs à la con.
Un mercredi que c’était...la nuit  suivante, j’avais trente neuf quatre de fièvre...le retour du pallu qui je me suis dit.
On me la fait plus à moi, on me l’a expliqué le truc en Afrique.
Pour savoir si on a le pallu, après une première poussée de fièvre, on attend de voir si ça baisse, c’est ce qui s’est passé. Il ne faut pas prendre de pilules pour faire baisser la  température, il faut attendre de voir si ça remonte aussi sec juste après et si ça le fait, on se prend sa dose de cheval d’anti-pallu de choc pour broussard acharné. Le lendemain, c’est repassé de trente sept cinq à quarante et quatre dixième, ça chauffait bien sous le crâne !  Ici, on m’a un peu engueulé que je pourrais quand même aller voir un médecin plutôt que de jouer à l’auto-médicalisation comme si j’étais encore dans un trou d’eau en Angola . Le conseil était, sommes toutes, fort judicieux parce qu’après prise de sang, on a tout de suite vu que je n’avais pas du tout subi d’attaque de malaria par contre mon taux de globules blancs surréaliste trahissait une violente infection ailleurs et bon ; vu qu’en deux jours mon coude avait triplé de volume et s’était complètement bloqué, il ne fallait pas chercher bien loin. Après, j’ai pas eu l’air con, bourré de médocs avec un bras de Popeye et une main comme un pis de vache turgescent. Les jours qui suivirent, il y a eu un peu de progrès sur la voie de la guérison mais il n’y avait pas de quoi  vraiment se la péter . 
Tout ça se passait pendant ce bizarre  mois d’août où,  je crois, dans ma maison, on a battu les records d’affluence de potes puis de potes de potes, de potes d’enfance à qui on n’a pas plus grand chose à raconter mais, comme les potes de potes, à qui on n’a pas grand chose à dire non plus, ils débarquent tous parce que ici, y’a pas à dire, c’est vachement cool !
Le coude  a fini par dégonfler au fur et à mesure que la maison se vidait mais ça n’a peut être aucun rapport ; je n’ai pas de Chaman sous la main pour vérifier.

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Il parait que tout ça provenait d’un réveil subit de vieux staphylocoques chromés que j’avais chopé à l’hosto du temps de mon premier accident, celui à vélo grâce auquel je me suis mis à la moto. C’est une histoire assez farfelue que j’ai raconté dans un excellent bouquin qu’on ne trouve plus maintenant mais qu’un jour j’arriverai à faire ré-éditer, promis, juré, craché, gerbé tout ce que vous voulez...
Je croyais que je subissais ma première maladie de vieux et voilà que c’était en réalité une remontée d’adolescence, comme une nouvelle poussée d’acné.
La chose s’était d’ailleurs déjà un peu réveillée au Cameroun avec mes furoncles aux fesses ; allez donc relire les autres blogs, c’est tout raconté dessus, mais il n’y a pas de photos !
Trois mois plus tard, il me reste une légère induration et une vague douleur au fond de l’articulation. Je me dis que je vais  définitivement me traîner ça comme un mec qui commence à rouiller mais qui ne veut pas le savoir. On verra d’ici peu, ce que ça donne au guidon de ma bécane dans les bourbiers visqueux...parce que c’est pas maintenant que je vais me mettre à  la bagnole alors que ça fait trente deux ans que je me prépare à rencontrer la piste ultime.

avant veille...

les_bagages_copie Le soir de l’avant veille, ça sent puissamment le départ imminent.
On reste planté comme un con devant le tas de trucs indispensables à amener en se demandant quel est l’élément manquant ; parce que c’est comme ça, à force on le sait qu’il y a toujours le petit quelque chose à  la con qu’on aura oublié…
Un papier officiel exigé par la douane en arrivant, ou le petit joint torique indispensable pour redémarrer la bécane et introuvable dans toute l’Afrique … Finalement, pourquoi s’inquiéter, le truc manquant, je le verrai bien en posant le pied sur le sol d’Afrique et puis c’est marre. Quand on laisse sa bécane à perpette qu’on ramène certains trucs puis que d’autres on les laisse là-bas, quand on doit ramener des trucs qu’on a cassés l’année d’avant puis qu’on a réparés sans pouvoir les tester dans la foulée , on ne peut que se dire qu’on verra bien. On a l’impression que la piste du sud est encore loin malgré le départ tout proche mais ce sont les aléas d’un voyage par petits bouts… Un jour je vous raconterai comment je suis déjà parti sans mes papiers, sans mon casque, ou sans la tête qu'il y a dessous..parce que souvent, je ne sais plus où je la fous cette naze...

Roissy. kinshasa : premier jour...

Me voilà planté pour quelques heures à Roissy. Entre deux vols, n’est-ce pas finalement le meilleur endroit pour rappeler à mes lecteurs sur écran plat les quelques règles d’usage pour la consultation de ma prose nomade. D’abord, contrairement à ceux écrits par des blogueurs acharnés, mon récit sera toujours  présenté dans le sens de lecture d’un vrai livre en papier, avec le dernier chapitre à la fin…ça permet à ceux qui débarquent en cour de voyage de tout lire depuis le début, ça permet à celles qui veulent aller visiter les anciens blogs, comme on relit un vieux bouquin complice, de se retrouver avec un vrai récit dans le bon sens et ce n’est pas cette putain de mode des mangas qui touchera  à mon sens de la lecture . Quand on clique sur les images, on se les prend en plein écran et c’est vachement mieux…et puis pour ceux et celles qui auraient envie de me laisser des commentaires, sachez bien que je suis le seul à pouvoir les lire, mais je les reçois toujours avec un plaisir  sincère, surtout si je suis bloqué dans un hôtel tout pourri parce que la saison des pluie ou la guerre civile ont détruit la route et ma moto …dans ces cas-là, bizarrement, y’a plus que se connecter qu’on peut faire à peu près correctement.

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Et le soir du même jour, me revoilà à Kinshasa. Je retrouve l’aéroport foutoir  où tout le monde s’engueule  mais où bizarrement, on arrive toujours à se retrouver dehors sans s’être fait contrôler les bagages. Epiphanie, le chauffeur du centre culturel est venu me chercher, je me sens un peu  comme un vieil habitué, mais finalement c’est un peu ça, non ?

cartographie

Et voici le petit topo géographique que certains me réclament déjà...

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Mais n'est-il pas bien présomptueux d'afficher avec insousciance un itinéraire, alors que cette année, il a encore plus plu que l'an dernier?

une journée comme ça...

Me voilà installé pile pareil qu’il y a presque un an…je  passe ma journée au centre culturel  à leur faire les dessins dont ils ont besoin et je squatte juste en face.  On va finir par me trouver envahissant ; mais c’est juste pour deux jours, et c’est très bien comme ça…
Depuis mon arrivée, il n’y a plus d’électricité ; Les groupes électrogènes vrombissent partout, ça me rappelle Luanda ; ou ça m’y prépare, puisque samedi j’y retourne. L’électricité de Kinshasa est fournie par un barrage en amont du grand fleuve, un truc construit sans doute du temps de Stanley et Livingstone ou de Léopold, le roi des Belges qui s’était approprié  ce grand pays…pour lui tout seul…comme ça, perso…même les américains, ils n’ont pas osé faire ça avec les indiens ! le barrage est équipé de quatre turbines dont deux en panne, comme les ascenseurs de la « Galerie Présidentielle »  au vingt troisième étage de laquelle on m’avait logé la première fois que je suis venu ici. Mais je montais souvent à pieds, parce que là, c’est trois qu’il y en avait en panne et le quatrième avait un fâcheuse tendance à te redonner une belle confiance dans tes mollets.
La troisième turbine du barrage a dû lâcher cette nuit .

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Demain matin, le dirlo du centre m’a décroché un rendez-vous avec le boss local de Total pour que j’essaye de le persuader qu’il faut aider les dessinateurs d’ici en diffusant leur travail dans les stations service . C’est une vieille idée que je trimballe dans mes bagages depuis deux ou trois ans. Je ne sais pas trop comment se passera cet entretien, c’est un monde dont je connais assez peu les codes. Juste après, je retournerai saluer mes potes les Bonobos .
Chez eux les règles sociales sont tellement plus simples ; c’est les filles qui commandent et quand il y’a des problèmes, un gros câlin et au lit, et ça y va sans retenue...c'est ça quand les filles commandent, mais les garçons n'ont pas encore tout compris.

un peu de géopolitique

Qu'est ce que je pourrais  raconter sur Kinshasa avant d'aller plus loin.
Il y'a toujours les chars de la Monuc , les Toyota des nations unies et aussi des keufs européens habillés en keufs congolais  et qui ont été déployés là au moment des élections de l'an dernier pour pas que la police  locale prenne parti dans les affrontements entre la milice du candidat perdant et celle du candidat gagnant, qu'on appellera sans doute l'armée régulière. C'est que comme le perdant était le chouchou des Kinois, la rue n'allait pas hésiter longtemps à s'agiter. Au mois de mars, il y'a eu encore un peu de guerre civile parce que la milice du perdant ne voulait pas rendre les armes, mais depuis ça s'est calmé et 
tout le monde boit des bières peinard en attendant la suite.
Comme on murmure entre les bières que le président petit Kabila, le fils du gros qui s'est fait dézinguer, a troqué  avec les Chinois quelques travaux d'aménagements routiers et ferroviaires contre un bonne partie des richesses du pays , un léger mécontentement pointe son nez.  Ils sont déjà tellement nombreux  à  piquer tous le sous-sol congolais qu'il va y avoir des pas contents.
Mais aussi, merde quoi, ils avaient qu'à la faire eux, la route Kinshasa-Lubumbashi ; ça m'aurait au moins permis de faire en quatre jours ce que je vais essayer de parcourir en plus d'un mois .
En attendant la future guerre sino-occidentale pour le cuivre, l'or, l'uranium, les diamants et tout le reste, je vais aller voir en Angola ce qui se passe. Je ne vais pas trop traîner parce qu'avec tout le carburant que bouffent les groupes électrogènes, il n'y aura bientôt plus rien pour mettre dans les taxis. D'un autre côté, comme monsieur Elf Congo est devenu  mon pote dans son bureau à douze degrés de clim à donf, il aura peut être un petit bidon de trois litres pour celui qui devra m'emmener à l'aéroport.
dessin_sur_le_mur  Et un petit dessin sur le mur avant d'aller voir ailleurs...

de lolabonobo à Luanda

bonobos

Juste une petite étape au pays des bonobos…Mais comme d’habitude, rien n’est jamais vraiment pareil quand on revient quelque part. Ceux dont je me souviens le plus sont passés dans les grands enclos. A cinq ans, les jeunes sont sevrés et ils rejoignent les groupes en semi-liberté qui sont en apprentissage de vie sauvage avant d’être relâché à partir de 2009… Plus question de sentimentalisme puéril, aussi attachants que soient ces petits cousins poilus, ils ne sont surtout pas là pour être des animaux de compagnie, mais quand je reviens dans l’enclos des petits où il y a les nouveaux arrachés aux trafiquants de viande boucanée, ça me fait une drôle d’impression. Ils sont là, presque identiques à mes potes de l’an dernier, tout aussi rigolos, mais ce n’est plus les mêmes et moi je ne fais, plus que jamais, que passer.

 Jean le cuistot m’a ramené à l’aéroport. Il faisait chaud, je me suis pris un sandwich mou et une Heineken qui m’a foutrement donné envie de roupiller.

a_roport_de_N_Djili_copieA l’embarquement, je ne rêvais que de m’écraser sur mes sacs et de piquer un bon roupillon avant l’enregistrement de mes surplus de bagages.

Il y’a toujours des espèces d’agents indéfinis, vaguement officiel mais que sur les bords, qui veulent s’occuper de toutes les formalités pour les blancs dans le coltar. Sachant très bien que, sur Crash Airlines , ils sont plutôt chiants avec les excédents, je me suis laissé embobiner par un de ces agents troubles en lui disant que s’il me faisait péter ce surplus à la con, je lui filais ce que ça m’aurait coûté, et puis j’étais quand même au courant du tarif puisque je me le suis tapé il y’a un an à peine…comme ça, au moins, je pouvais cuver ma bibine .

Bien évidemment, après qu’il m’ait demandé des dollars pour payer un excédent vaguement revu à la baisse mais ch’uis même pas certain, il voulait sa com’ à lui. Je lui ai dit que ça , mon pote, c’est un truc qu’on annonce dès le départ sinon, ça le fait pas du tout. Alors le lui ai filé quelques biftons quand même, mais des petits, et puis comme au bon vieux temps, je lui ai fait sa caricature et celle de son collègue et puis on s’est quittés bons amis avant la salle d’embarquement en se souhaitant à une prochaine bien évidemment très hypothétique. file_d_attente_copie

Et me voilà maintenant dans la salle d’embarquement non climatisée, on est en train d’installer un sapin de Noël en plastique et il ne me reste qu’ à attendre un avion au retard totalement indéfini…je devrais peut être aller me prendre une Heineken et faire une sieste

Quelques heures plus tard, je suis toujours à l’aéroport international de N’Djili.

L’avion n’est toujours pas arrivé et la nuit tombée depuis longtemps…on a vu partir les belges de Brussels Airlines et les français d’Air France, mais les oubliés de la TAAG, les échoués de Crash Airlines, se préparent tout doucement à passer la nuit sur place.

J’ai tenté par Internet de lancer quelques bouteilles à la mer en espérant que l’une d’elles arrive à Luanda pour signaler à ceux qui devaient venir me récupérer vers dix sept heures que mon heure d’arrivée était passée dans une autre dimension. Il fait une chaleur suffocante dans la salle d’embarquement mais je me suis préparé un couchage rudimentaire avec mon blouson et mon sac de cabine sur la terrasse avec vue imprenable sur la piste. Il y souffle un petit vent tiède et les moustiques sont suffisamment discrets pour que je puisse sombrer dans un petit sommeil en surveillant le tarmac du coin de l’œil des fois que, quand même, à un moment donné de la nuit, un avion angolais se pose sur la piste...

 

  salle_d_attente_copie 

Mécanique générale

appollo_copieDepuis deux jours, c'est du lever à cinq heures et du cambouis toute la journée, mais la moto n'est pas encore repartie; il y'a des trucs qui on pétés pendant le transport, des petits trucs à la con, mais ça rallonge le remontage. Je bricole dans un atelier planqué au fond d'une impasse boueuse longée par un égoût à ciel ouvert qu'on pourrait appeler une petite rivière mais ça ne  serait pas sans une pointe d'ironie. Il y fait bien chaud à côté du groupe électrogène qui turbine toute la journée...Il faut se lever tôt parce que mon pote Appollo, le scénariste mondialement célèbre, est venu faire le prof à Luanda,  comme ça , pour le fun; le matin, il se tape deux heures de bouchons pour faire un kilomètre ou peut être deux, et en partant aussi tôt, il a plus de chance de ne pas passer la journée dans sa bagnole. feira_popular_ Appollo habite à côté de la Féria popular et aussi de ma branche lointaine de famille Angolaise dont je vous parlais la dernière fois...il a un très joli groupe électrogène dont il est très fier pour pouvoir se connecter sur Internet, à force on s'y habitue, ça fait quand même moins de bruit que les Boeing qui se posent sur la piste juste derrière la quartier. grde_roue_fera_popular Moi j'ai mon appareil photo qui est tombé en panne, c'est cool pour faire mon blog; si le prix des appareils photos est proportionnel à celui des loyers, je vais devoir aller faire du trafic de diamant pour en récupérer un ici !montagnes_russes_feira_popu

Comme un sursaut

ce soir à dix neuf heures la moto a vrombi...un peu chaotiquement certes, mais après quelques réglages, je devrais pouvoir sortir de l'atelier et trouver un appareil photo pour bloguer correctement...merci à ceux qui m'ont proposé de m'en envoyer un, c'est super sympa les amis, mais ici, les choses n'arrivent pas facilement et quand elles arrivent  il ya des fonctionnaires qui aiment bien les cadeaux, surtout juste avant Noël !

les jours se suivent mais c'est jamais les mêmes

Avant hier je jubilais d'entendre vrombir mon moteur, le lendemain matin, qu'on peut aussi appeler hier, frais et dispo à l'aube pour faire les réglages, je démarre le moulin et voilà que tout s'arrête...d'un coup, comme ça, plus rien...Il y' a une couille électrique quelque part; un docteur mécano va passer dimanche, en attendant pour calmer mes nerfs, on va aller à la pêche. On m' a prété un appareil photo pour deux jours,  parce que même si je fais des dessins, il faut quand même pouvoir les photographier! Ce blog finira t'il un jour à ressembler à quelque-chose ?

une petite pause au bord de l'eau

La mécanique est une science improbable, quand on répare un côté, il y’a toujours l’autre qui va avoir l’envie soudaine de se faire remarquer… Mais peut être que la science la plus improbable c’est celle du voyage, doublée de celle du voybruce___alain_copieage avec une bécane de cent trente cinq mille bornes…Mais bon, maintenant que je suis là, il n’est pas question de baisser les bras. Comme il y’avait franchement de quoi commencer à craquer avec ces pannes électriques soudaines, Alain m’a amené à quatre vingt bornes d’ici, sur les bords du fleuve Kwanza. Son pote Bruce, Zimbabwéen rouquin qui a fuit les folies de Mugabé, y loue des bungalow au bord de l’eau. Le fleuve porte le même nom que la monnaie angolaise ; un peu comme si la Tamise s’appelait la Livre Sterling…du coup, on dirait « tiens je vais faire un tour en bateau mouche sur la Livre Sterling» , mais ça fait un peu con, non ? Et bien nous on est allé faire de la barque sur la Kwanzamais ça sonne mieux, je trouve. Après on s'est tapé quatre heures de bouchons, mais c'est normal à Luanda, c'est une bonne moyenne. Alain travaille dans la boîte de Jean Claude qui a recueilli ma bécane l’année dernière…il habite juste à côté de l’impasse au fond de laquelle se trouvait ma pauvre bécane. On a exactement la même Triumpf en France ; entre hommes de goût, on ne pouvait que s’entendre, j’ai fini par m’installer chez lui …

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ça fait vingt ans qu’il vit en Angola, et le soir on se raconte nos vies en buvant quelques coups. IL est pote avec Daniel Jacquot. Daniel Jacquot est une légende vivante, c’est déjà lui qui, en quatre vingt quinze, avait sauvé de la ruine la Yamaha de Christophe, un p’tit gars que j’avais rencontré au Mali et qui partait faire le tour d’Afrique. Et depuis que je fais des blogs en voyage, des tas de gens m’écrivent des commentaires où il me parle de ce Dieu du dépannage, qui fut la providence de pleins de motards en déroute angolaise. Demain matin, ce sera mon tour de rencontrer la providence…

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Zorro est arrivé…

Ouais carrément, mais je vais vous faire une révélation incroyable…le héros, on s’était trompé, ce n’est pas le Dandy moustachu avec son épée qui fait Z, non, c’est l’autre, le petit gros moustachu, je l’ai vu de mes yeux vu, le vrai héros de la mécanique c’est le sergent Garcia !

Il est donc arrivé avec sa mallette de docteur et a commencé à vérifier tout le cablage électrique, il a trouvé des trucs rouillés un peu partout, des trucs qui ne servaient plus à rien et puis surtout il m’a dit que mon démarreur était naze, c’est con, je venais de l’amener avec moi. Mais avec celui tout pourri que j’avais acheté ici l’année dernière, quand je croyais pouvoir encore continuer, il en a reconstruit un en quelques minutes.

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Je me suis dit que j’avais encore bien des choses à apprendre puis j’ai décidé d’oublier tous ces accesssoires que j’avais ajoutés il y a des années. A la poubelle les phares longues portées tout rouillés, les buzzers de clignotant que j’avais montés pour qu’on me prenne pour un keuf dans les embouteillages et aussi les poignées chauffantes qui en Afrique à la saison des pluies ont une utilité assez minimes... de toute façon tout ça ne fonctionnait plus depuis bien longtemps. Le Dieu de la mécanique est reparti et avec Alain, on va se faire quelques réglages et un petit tour en ville. Il serait temps que ça roule un peu, depuis que j’ai posé le pied sur le sol Africain, j’ai dû rouler entre deux et trois mètres la première fois que ça avait démarré, il y’a trois jours, je l’avais déplacée dans l’atelier, au moteur, en passant la première et tout ; ça avait été ma première étape africaine.

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petits tours en ville

Depuis que j’étais arrivé à Luanda, au moteur, en vrai, en passant la première, je n’avais roulé que deux mètres dans l’atelier où elle avait redémarré pour la première fois. Depuis hier, il y’a un léger progrès, j’ai tenté une sortie…

Le moteur ne fume plus, il cliquette pas mal, mais on verra bien .

Un petit tour à l’ambassade pour rendre visite à un des attachés culturels, ou quiqu’chose du genre , m’a permis de constater qu’il fallait vraiment que je démonte mes freins parce que dans l’état où c’était je risquais de ne pas pouvoir aller très loin . J’ai donc tout viré, puis comme j’avais prévu d’aller rendre visite à la famille, j’y suis allé sans frein pour être sur de pas les louper mais je les ai loupé quand même vu qu’ils étaient tous partis passer Noël à la campagne.

Après je suis rentré à la maison pour remonter mes freins qui macéraient dans le dégrippant, parce que rouler dans une ville Africaine sans aucun frein du tout, c’est pas super l’idéal, même s’il y’a beaucoup moins de circulation le jour de Noël que tous les autres jours !

Il me reste quelques tentatives de réglages anti cliquetis puis trouver un appareil photo et je pourrai prendre la route.

Tout à l’heure, en longeant la côte à Ilha de Luanda, la bande de sable un peu crade qui sert de plage branchouille du coin , j’ai commencé à retrouver un peu de l’air de la route que me disait qu’il était temps de repartir…

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fin de mécanique et clébard en ville

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Ce matin il pleut, pas beaucoup, mais bon, il pleut. C’est con ça, j’avais presque oublié qu’on était à la saison des pluies. Il me reste encore à remonter ma béquille fraîchement ressoudée , changer mon filtre à huile et vérifier quelques bricoles électriques. Après j’attends un peu que ça sèche et ça devrait rouler…Il faut encore que je trouve un appareil photo et sous la pluie c’est pas terrible. Mais la pluie, ça s’arrête toujours, c’est comme ça…D’ailleurs deux heures plus tard, on y pensait même plus. On a passé un nombre d’heures incroyables à désosser tout le circuit électrique pour comprendre pourquoi autant de trucs merdouillaient. finalement Alain, qui est décidément un allié bien précieux, en a déduit, fort judicieusement, qu’il serait peut-être temps de changer tout le faisceau électrique…c’est rigolo, c’est la première fois qu’avant de prendre la route, je sais déjà ce qu’il faudra amener la prochaine fois…le câblage électrique complet, un frein arrière…avec un peu de chance, on fera dans le plus léger que cette fois-ci mais est-il bien raisonnable de déjà faire ma liste de dans un an alors que je suis à peine prêt à prendre la route ?

Alain a un clébard qui s’appelle Patapon ; il l’ a récupéré au bord du fleuve, l'animal a d’ailleurs gardé de sa vie passée des habitudes assez rudimentaires. Alain essaye de le nourrir bien comme il faut, peut être même trop, mais ce qu’il préfère Patapon, c’est ramener à la maison les trucs les plus immondes possible. Plus ça pue, plus c’est couvert de mouches, mieux c’est…et à Luanda, il y’a tout ce qu’il faut dans les rues pour faire son marché dégueu !

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villa lixo

xoMoi les amis, je suis un super motard de la piste Africaine. Depuis que j’ai posé le pied à Kinshasa, j’ai fait zéro kilomètre la première semaine, deux mètres la seconde et quand même quelques kilomètres depuis deux jours ; il faut bien tester un peu le vieux cheval avant de le larguer sur la piste. Les fondus du pneu à crampons doivent commencer à se morfondre à suivre mon récit immobile, mais je dois dire que je fais d’excellents progrès en électricité moto et ce n’est pas négligeable quand on va voyager en saison des pluies… 

Luanda, comme bien des villes Africaines, continue de pleurer sur sa grandeur passée, à comment qu’ il y faisait bon vivre il y’a vingt ans, quand il n’y’ avait pas ces inextricables embouteillages ni les Moussékés partout entre les immeubles.

Les moussékés c’est tous ces bidonvilles qui ont poussés sur le moindre mètres carrés de libre quand les immenses campagnes du pays étaient vidées par cette guerre à la con que se livraient un demi million de Cubains assistés de l’armée soviétique contre les américains et les Suddafs …Je crois que tous ces gens-là ne savaient même plus pourquoi ils se battaient là, et surtout chez qui. C’était l’Est contre l’Ouest, comme d’hab, et pourquoi cet éternel antagonisme était venu traîner ici, ils avaient dû tous l’oublier. Enfin tout ça c’est du passé, mais les campagnes sont toujours vides et les moussékés plein à craquer. Puis ça doit grimper le centimètre carré sur trottoir,parce qu’ il y’en a qui se sont fait des mini maisons en carton et plastoc, ça prend pas de place entre deux tas de poubelles, puis ça doit filer un sacré moral d’avoir un chez soi qui a déjà la taille et la forme du cercueil auquel on aura jamais droit.

Demain au lever du jour, je reprends la route…

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trois jours de route et au lit

 On ze road, enfin…De Luanda à Gabela…

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C’est vrai qu’à force, on aurait pu ne plus y croire, et pourtant, on finit toujours par repartir, pour la suite du voyage, le retour au pays ou les pâturages sacrés de nos ancêtres, mais l’immobilité n’existant pas, on est bien obligés d’y aller.Ce matin du vingt huit décembre, Alain devait se lever à cinq heures pour son boulot, je me suis dit que j’allais en profiter pour faire la même chose et réussir à partir comme Appollo au boulot, très tôt avant les bouchons. Finalement, on a encore papoté comme des pipelettes et je n’ai décollé qu’a huit heures, pleine heure pourrie. Alain m’avait préparé un petit casse-dalle pour la route, comme une vraie maman, et moi comme un con, dans la fébrilité du départ, je l’ai oublié. En partant j’ai croisé le chien Patapon qui se roustait avec des potes. Il sera bien content de récupérer mon pique-nique, ça lui évitera au moins une fois de retourner fouiller les poubelles.

baobabsEt c’est le départ. Je repasse devant le quartier des bungalow d’où étrangement, je n’ai revu personne cette année, puis la Sagrada Familia, le rond point avec la statue d’un mec planté comme un con, mais c’est sûrement un grand héros, puis la Féria Popular, puis la statue d’un autre mec planté comme un con lui aussi, mais pire qu’il est, brandissant le volant de sa Mercedes…merco2puis des kilomètres de bouchons et de travaux. Malgré sa direction molle, ses freins pourris et son paquetage protubérant, la Béhème se faufile et je retrouve vite mes réflexes de circonstance. Il faut se glisser le long des véiculo longo pour éviter que les flics aient une envie subite de me contrôler. Comme les véiculo longo sont aussi vraiment des véiculo de traviolo, des fois, ça passe un peu juste. Bon, ça y’a pas coupé, il y’en a un qui a voulu se contrôler un petit blanc en bécane. Mais comme tant de fois, j’ai fait mine de rien et je suis passé. Comme un peu plus loin, il y’ en a un autre qui a voulu remettre ça, j’ai feint le dépassement et je me suis encore tiré. En même temps, je me disais que le premier avait peut-être lancé un appel radio et que je n’allais pas tarder à me retrouver avec tous les keufs d’Angola à mes trousses. Là dessus, vieux coup de flip. J’attends un peu le passage d’un gros semi porte-container et je me planque derrière pendant quinze bornes, jusqu’à Catete. La route, elle est super moche dans ce coin-là ; je ne perdais pas grand chose, bien planqué derrière mon gros bahut. Après, y’avait plus de contrôle…ah si, encore un, celui de la sortie de province avec barrière et tout. Mais là, j’ai profité qu’on ouvrait le passage pour un minibus en sens inverse pour me glisser en faisant un grand merci de la main. C’est un plan en béton, le grand merci de la main, ça passe toujours ! Après la route est plus étroite, super jolie avec des baobabs partout. On traverse des petits villages avec des femmes qui vendent des fruits et légumes, des hommes qui papotent en frimant, puis tout autour, des Caterpillar avec des chinois qui bossent comme des acharnés au terrassement de la future nouvelle route.motards___Quibala J’avais prévu de m’arrêter à Quibala…ça faisait trois cent cinquante bornes de route, c’était à l’embranchement de la route de Lobito, c’était parfait. Mais à part le petit resto où j’ai cassé la croûte, il n’ y’a rien dans ce bled informe, même pas d’essence, j’ai dû en acheter sur la marché parallèle au double du prix…bon, le double du prix, ça fait jamais qu’un Euros, alors on va pas s’énerver, mais j’ai continué la route quand même ; paysage_quibalal’envie de rouler était plus forte que tout, de me faire une rallonge de soixante dix bornes de goudron pourri de trous et de latérite défoncée. Avec cette route montagneuse plutôt genre sublime, je n’avais pas le moindre regret d’infliger à mon cul malingre deux heures de rab en selle tassée. Mes pensées commençaient à dériver au milieu des forêts d’eucalyptus, je pensais aux femmes qui m’avaient fait puis défait, qui m’avaient anéanti puis fait renaître. Je n’avais plus envie de m’arrêter. resto_quibala_copie

La route défoncée se faufile entre des empilements de rochers noirs plantés au milieu du vert tendre de la végétation des pluies ; quand je pense à tous ceux qui bossent à Luanda et qui ne viendront jamais ici, il y’a certaines choses qui m’échappent complètement. J’ai fini par m’arrêter à Gabela, une petite bourgade presque jolie. Dans mon hôtel discret, il n’y a pas d’électricité, mais par contre la boîte de nuit de l’autre côté de la rue doit avoir un très bon groupe électrogène…

bienvenue___Gabela

Vingt neuf décembre ; de Gabela à Benguela.

le_retour_du_march__copieCe matin, je me suis levé tôt, toute la petite ville était noyée dans la brume. Je me suis acheté deux trois bricoles dans la rue parce que si j’avais dû attendre un petit déj, je crois que j’y serais encore. Pendant que je grignotais mes achats frugaux, un mec de l’immigration est passé en pantoufles pour contrôler mon passeport, on a papoté un peu de mon voyage et tout ça et puis j’ai repris la route. Ils se formalisent moins qu’à l’arrivée à l’aéroport dans les collines. C’est joli la montagne, il y’a des nuages accrochés aux crêtes et des rivières tumultueuses. Puis la piste est un peu technique, ça replonge dans le bain. Mais après une soixantaine de bornes, on retrouve un goudron pourri dans La plaine. La route redescend vers la mer, il fait beaucoup plus chaud, ensuite à partir de Sumbe, ville poussière au bord de la mer, les chinois sont passés par là. Je me retrouve sur une route toute neuve. Avec mon pneu chinois sur une route chinoise, ça devrait rouler comme du velours. Mais je sens très vite que ce petit boudin-là n’aime pas trop les courbes toutes neuves. Son truc c’est la boue, et cette année, malgré tout ce qu’on m’avait dit, il fait vraiment plutôt sec.

lobito

Elle est chiante cette route toute neuve, y’a pas un pet d’ombre, me voilà parti pour tirer jusqu’à Lobito. Lobito et Benguela, on m’en avait souvent fait l’article en me vendant ça comme deux perles balnéaires délicieusement rétro. Je ne sais pas si je deviens blasé mais bon. Après deux cents bornes de goudron tout neuf mais quand même joliment décoré sur la fin par un arrière-plan de montagnes du plus bel effet , je croyais que la route allait plonger vers la mer dans le genre la forêt qui rejoint les vagues, mais ce n’est pas du tout ça. Après une sorte de petit col avant la descente, on se retrouve au milieu de collines complètement arides et poussiéreuses. Tout ça s’urbanise chaotiquement et se termine sur une sorte de Palavas les Flots un peu délabré . Bien sûr que la chaleur me donnait envie de me poser et à part un truc chicos au bout de la baie, il n’y avait pas l’ombre d’un hôtel ici, et putain, j’en avais bien besoin de l’ombre d’un hôtel. Après un poisson frit dégueu au bord d’une plage où des crétins en quad te niquent ton plaisir de pause tranquille, je me suis dit que je trouverais mieux à Benguela qui n’est que trente bornes plus loin. J’ai toujours assez bien méprisé les crétins en quad, les crétins en général, mais en quad peut-être un peu plus. Alain m’a raconté que pendant la guerre, les mecs de l’Unita de baladaient toujours en quad et quand ça se remettait à bastonner entre l’Unita et le MPLA, des fois il y’en avait un qui se faisait brûler vif attaché à son engin débile. Je sais pas s’ils faisaient ça pour me faire plaisir mais je n’en demandais pas tant.

Benguela c’est un peu plus grand, ça se la pète un peu plus, ça s’est construit une espèce de Promenade des Anglais , mais il n’y a pas des masses d’hôtels non plus. J’ai fini dans le modèle chic du coin, on m’a promis qu’il y avait Internet. Ah ben non, finalement, y’a pas Internet…ça me rappelle les hôtels en Roumanie où on nous proposait le choix entre piaule avec bain ou piaule avec douche, et il n’y avait même pas l’eau ; là y’a bien des ordinateurs mais y’a rien qui fonctionne ! Je vais boire un bière en ville et puis j’essaye de me connecter avec le satellite sur le toit de l’hôtel…C’est enfin le moment de sortir l’arme fatale. Mais putain j’y crois pas, ça connecte mais ça refuse d’envoyer le message. Je recommence plein de fois, ça m’éneeerve, putain je vais dormir tiens ! route_trou_e

Le trente décembre…

Ce matin, j’ai profité grave du buffet de petit déj. Il n’y a peut être pas Internet dans cet hôtel à la con mais pour les p’tits déjs, c’est bon, ils assurent et moi je me calle en prévision d’une étape costaud. Les chinois ne sont pas encore passés par la route de Huambo, c’est quatre cent bornes de pistes et on dirait qu’il va faire chaud. Il y’ a alternance perpétuelle entre bitume troué et piste bosselée. La route redevenue piste , c’est toujours plus fatigant qu’une vraie piste de latérite. C’est que une fois le goudron disparu, c’est les cailloux entassés dessous qui réapparaissent et c’est beaucoup moins confortable que la traditionnelle tôle ondulée qui se prend peinard à un bon quatre vingt bien enroulé. Ici on enroule rien du tout, il faut bien regarder parce que y’a des trous qui tapent dur. J’ai embarqué un stoppeur pendant une trentaine de bornes, un jeune bidasse qui n’arrêtait pas se s’agiter en me racontant des trucs en Portugais. J’y comprenais que dalle et cet abruti, en bougeant tout le temps il me broyait les couilles sur mon réservoir. autostoppeur_copieQuand je l’ai déposé devant son cantonnement, il a tenu à me présenter son chef et aussi à ce que je le photographie me faisant un beau salut militaire ; c’est là que j’ai vu que je n’avais plus de batterie. Il est tout nouveau mon appareil de Luanda, je n’ai pas encore vraiment pris le temps de lire la notice ! Arrivé à Balombo, toute petite ville tranquille, j’ai cherché un genre de resto où pendant que j’allais casser une petite croûte, j’aurais pu recharger cette pile à la con. Mais les petites villes, ici, ça n’a l’électricité que quand la nuit tombe alors j’ai juste bouffé en discutant le coup avec des bonnes sœurs espagnoles qui voulaient tout savoir de mon voyage. Je leur ai même fait une projection diapo avec mon ordi. J’espérais secrètement que dans leur base elles aient Internet avec le haut débit directement relié avec Dieu, mais bon, non, elles n’avaient pas ça du tout. Comme j’avais repéré un peu plus loin une ampoule allumée en plein jour, j’ai flairé le groupe électrogène et je me suis dit que là, il y’ aurait sûrement une prise électrique. Changement de décor ; on passe des bonnes sœurs aux grumeaux. Pour ceux qui ne savent pas encore ce qu’est le grumeau, je les invite prestement à aller relire mon premier blog, on y rencontre le grumeau au pays Dogon. L’œil rougeâtre, le propos incohérent, le regard veule et avachi, on ne peut pas louper le grumeau, au premier coup d’œil on est fixé. mon__garde_du_corps_copieJ’étais bon pour payer quelques bières pendant l’heure nécessaire au rechargement de la batterie. Encore une fois, quelques caricatures ont considérablement apaisé l’ambiance. Au milieu de tout ça, il y’avait le pire modèle disponible en rayon, le grumeau flic. Celui-là, avec ses raybane à deux balles, il avait envie de faire chier. Heureusement, il y’ avait laussi un mec genre colossal, qui m’aimait plutôt bien. J’avais dû bien réussir son dessin. On rencontre de ces mecs, des fois, on dirait qu’ils ne sont pas à la même échelle, des trucs gigantesques que même à côté, Dany, notre John Wayne de la BD, on dirait vaguement une sorte de nain, un schtroumpf…Enfin, mon ami colosse, il a bien géré les autres, et j’ai pu repartir tranquille. J’aurais presque dû faire étape là, il était déjà trois heures bien tassées, mais je ne le sentais pas ce bled, les marques que j’ avais posées n’étaient pas nettes, alors je suis reparti zigzaguer sur la piste. Partout, c’est un paysage de grandes collines vertes à perte de vue puis on rejoint la route principale qui relie Luanda au sud du pays . Il y’ avait un contrôle ; pour une fois, je me suis arrêté. Ils ont commencé en roulant des mécaniques puis quand je leur ai dit que je venais de France, ça les a bluffé et on a fait potes direct. A partir d’ici, les chinois on commencé le terrassement de la future nouvelle route. Une route en terrassement, c’est encore un autre genre de piste, pas de trous, on peut se faire des petites accélérations qui chassent les cailloux, mais c’est dans un environnement super moche. Au milieu des Caterpillar et des talus en constructions, ça le fait moyen. J’avais de plus en plus l’impression que j’allais arriver à Huambo avec la nuit et encore galérer pour trouver une piaule. Du coup, je me suis acheté des bananes et des ananas au bord du chemin puis j’ai pris un piste perpendiculaire au hasard et, comme un boy scout, je suis allé planter ma tente au milieu de la brousse. Et là peinard, je peux taper ma petite chronique avec des milliers de chants de grillons comme musique de fond…pas de compresseur, pas de clim pourrie mais pour trouver une connexion Internet ce soir, ça risque de ne pas être totalement évident …Putain de satellite! toit_d_hotel_copieLe trente et un…Lever à l’aube…C’est normal quand on passe la nuit dans les broussailles. Le ciel est un peu couvert, ça caille légèrement, je marche un peu pour me dégourdir les guibolles, un peu plus loin je tombe sur un gros terrier. Si c’est une tanière de hyène, elle doit être inhabitée sinon j’aurais sans doute eu des visites pas cools en pleine nuit. Je recharge la bécane pour une mini étape de trente bornes. A Huambo, je trouve déjà un endroit où m’enfiler trois cafés et une grosse part de cake encore tiède, on m’indique où il y’a un cybercafé et un hôtel…c’est un bon endroit où passer la journée…

                     paysages_de_montagnes

Passez donc un bon réveillon, moi je vais me reposer un peu ...

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