On ze road again... (2006-2007)

Salut tout le monde, je récupère la bécane, on s'appelle et on s'fait une route !

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Salut me v'là reviendu!

Le yin le yang, le bien le mal, l’être et le néant….
L’individu est multiple et la route est longue. Entre le sédentarisme forcené d’une vie de dessinateur de livres en cases et bulles et les aspirations adolescentes d’une vie de gribouilleur nomade, ma réalité était-elle planquée quelque part au milieu, sur la voie du même nom, comme dirait quelque bonze hilare au crâne poncé à l’Ajax vaisselle ?
Docteur Jeckyll et Mister Hyde…mais lequel prend la route vers nulle part et lequel s’accroche à son crayon en cherchant sans cesse des idées pour des livres qui vont se perdre dans un océan de papier inutile empilé aux quatre coin du pays .
Quelque part en Afrique centrale , quelques branches tropicales arrachées à la grande forêt primaire vont venir finir en tas de papier brochés ou cartonnés avec mes dessins dedans.
C’est là-bas que j’ai laissé, il y a dix mois, ma bonne vieille bécane après une traversée d’une dizaine de semaines qui de Marseille et Tunis m’avait amené à Libreville.
Je pensais y organiser une sorte de rencontre de mes potes dessinateurs africains pour tenter de leur faire rencontrer ceux qui auraient pu les aider à mettre sur pied une publication périodique régionale. C’est une idée qui traîne depuis longtemps à l’ombre des grands arbres, je croyais avoir quelques nouvelles idées mais la conjoncture culturelle et les capitaines d’industrie de la grande distribution en on décidé autrement…
Je retournerai donc près de l’Equateur avec pour seule mission de me fondre dans la grande forêt avant qu’elle ne soit plus que du contreplaqué pour Castorama ou des piles d’Harry Potter aux caisses de chez Carrouf.

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les paperasses...

Une fois que t’es parti de ta maison avec ta bécane pour une destination lointaine, tu déclenches un processus progressif qui t’immerge progressivement dans le nomadisme au long court ; quand après quelques semaines tu te retrouves dans d’indescriptibles mégapoles, le décalage progressif  te permet de te glisser dans leur chaos comme si tu y avais toujours vécu.
Rentrer chez soi au milieu d’un voyage pour s’y replonger quelques mois plus tard, c’est complètement différent…
Tiens, un exemple : le simple fait de prendre un visa pour repartir …
Quand je suis rentré au Gabon par la route du nord, j’avais eu, la veille, mon visa Gabonais à Yaounde  sans aucun problème.
Le même tampon, pour le même pays mais demandé depuis la France, c’est une autre paire de manches .
Evidemment, Sarkozy est passé par là et un dessinateur Gabonais qui voudrait aller se balader à Paname devra fournir pour avoir un visa français un dossier plus gros que le casier judiciaire de Bernard Tapie !
Alors dans l’autre sens, maintenant c’est pareil…des photocops d’assurance de rapatriement, des fax d’invitations officielles, des tas de photos, de copies de pleins de trucs, notamment d’un billet d’avion aller-retour pour bien prouver que je compte rentrer en france et pas rester là-bas et piquer le boulot de mon pote Pahé !  Ah ben là c’est un peu con, parce que l’hiver dernier, je me suis pris un aller-retour depuis Libreville…donc, là, dans quelques jours, je retourne récupérer ma moto…je retourne….c’est donc un retour !
Et voilà comment on se retrouve soupçonné de vouloir piquer le boulot de  Pahé.
Me voilà pas encore du tout parti et les complications commencent déjà !

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un peu de mécanique

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Ma bonne vieille bécane m’attend donc dans le garage de Francis à Libreville…
J’ai juste ramené la boîte de vitesses avec moi il y a une dizaine de mois parce qu’elle faisait beaucoup de bruit et continuer comme ça, c’était peut être un peu risqué. Ce morceau de moteur-là a toujours eu le goût des  gags récurrents.
Je ne sais plus trop combien de fois je l’ai ouverte… une année, elle avait parfaitement résisté à un voyage lointain…pas un bruit mécanique suspect, rien, après quelques milliers de kilomètres africains tout avait tenu !
J’étais pas peu fier sur ce coup-là…et puis, après une vidange d’huile, j’ai mal revissé le bouchon et le précieux lubrifiant s’est lentement écoulé au fil de kilomètres. Quelque part vers Sisteron, je me suis retrouvé tout d’un coup en roue libre sur l’autoroute…dans la boîte de vitesse, tout avait explosé…et je vais pas pleurer, j’ose même pas imaginer ce qui se serait passé si tout ça s’était bloqué…à cent soixante, il y a des chances pour que ça ne fasse pas de cadeau !
Enfin bon, je l’ai reconstruite une fois de plus ; changé les roulements fatigués et les pignons abîmés…comme cette fois encore…avec toujours un soupçon d’angoisse de ne pas avoir bien ajusté ces calages au dixième de millimètre qui vont faire que plus tard, une fois tout bien remonté sur la moto, les vitesses passeront bien…ou pas ! C’est toujours un peu flippant de réparer un truc quelque part en sachant qu’on ne saura si ça marche que huit mille bornes plus au sud, là où il est impossible de démonter à nouveau !

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derniers dessins

       
Quelques jours avant le départ et sans peaufinages de préparation mécanique à faire sur la moto, ça tourne un peu en rond …je ne peux pas sans arrêt aller regarder avec anxiété ma boîte de vitesses en me demandant si elle résistera aux pistes boueuses…J’ai terminé les pages de cochons que je devais livrer avant le départ, alors je cherche des trucs que j’aurais oublié, je trie le courrier, tombe sur des lettres de lecteurs qui m’ont demandé il y a trois ans un dessin pour l’anniversaire de leur gonzesse…un gribouilli pour un collectif…une réponse à des vœux du siècle dernier…
A Kinshasa, il y a  couvre feu à dix huit heures…on en recause bientôt…

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au téléphone...

te_le_phone Une semaine avant de partir, on se                                                                                                                                                                                                                  sent toujours un peu strange.On se repose les mêmes éternelles questions sur ce qu'on croit aller chercher là-bas et ce qu’on a vraiment à trouver ici et le pourquoi de ce qu’on veut fuir et où exactement ?  Alors on file des tas de coups de fil à des vieux potes et des vieilles copines qui peut être en saurait plus sur le pourquoi ,d’accord, mais où ??
Puis, tant qu’on y est, on téléphone aussi à cause de pièces détachées qu’on avait oublié de commander il y a neuf mois
et que ça ne revient que maintenant …
Il y a toujours un petit truc à la con qu’on a oublié et qui ne sert qu’à se stresser à la dernière minute histoire de se donner une contenance. C’est qu’on ne peut pas partir comme ça, en sifflotant, l’air de rien…
Là, comme ça, ça aurait l’air suspect…

insomnia

Normalement, je pars dans quatre jours, je décolle vendredi…cool …
Quand je suis remonté du Gabon à la fin du dernier mois de janvier, j’avais pris un billet aller-retour depuis là-bas et la date de retour je l’avais prise au pif…
Y’a un pote qui connaît plein de gens à Air France et qui peut toujours dénouer des trucs compliqués genre changer un horaire  en catastrophe…à quelques jours du départ, il m’a bien dit de pas m’inquiéter…c’est vrai que y’a pas de raison, il y arrive toujours…et puis si y’a pas de place sur un vol, on peut toujours prendre le suivant ; c’est simple, non ?
Ces derniers soirs, en me couchant, j’arrête pas de me dire que c’est trop simple !

insomnia

un peu de poids en plus

bagages
Tout mes suppléments de bagages sont prêt…la boîte de vitesse, les pneus et tout un tas de babioles qui n’attendent plus que leur heure de départ !

bon vol...

Et bien tiens, on va en parler des suppléments de bagages…Deux jours plus tard que prévu, parce que les potes, ça ne peut pas toujours régler tous les problèmes, je me retrouve prêt à partir avec un billet acheté plein pot sur le Net, comme n’importe quel connard qui s’y prend à la dernière minute.

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Avec ma valise de moto bien remplie de vingt cinq kilos de boîte de vitesse et d’un batterie neuve et bien sûr sans acide dedans, je me retrouve une grosse heures à l’avance à l’aéroport de Montpellier  pour un départ pour Libreville avec quarante minutes de speed prévue à Paname, entre deux vol.
Ce n’est pas la première fois que je ramène ma boîte de vitesse sous d’autres cieux…à l’époque, on m’avait convoqué après enregistrement des bagages chez les keufs de l’aéroport tant mon paquetage lourdement métallique ressemblait à un attentat potentiel,  après une évidente tension tout avait fini par s’arranger. Super prévoyant, ce coup-ci, j’y vais à l’avance…mais la masse de métal ne leur pose apparemment plus de problème ; ce qui   tracasse ce coup-ci c’est mes pneus qui font un troisième bagage hors normes qui perturbe beaucoup ma réceptionniste avec son air de vieille institutrice contrariée.
Ces gonzesses-là, c’est un peu comme les flics, elles font souvent équipe par deux, une cool et une revêche ! La méchante voulait me faire douiller cent cinquante zorros à cause de mes pneus, la gentille m’a suggéré de tenter d’attacher les pneus au sac pour qu’il ne fasse plus qu’un seul bagage enregistrable…Après la modification du paquetage, la teigne elle m’a dit que c’était bien devenu deux bagages mais trop lourds, alors sa merveilleuse collègue m’a suggéré de prendre une partie en cabine…oui, d’accord, je veux bien que je lui ai dit mais quoi ? Un pneu, la boîte super lourde ou la batterie super interdite ?
Comme les princesses gagnent toujours contre les sorcières dans les belles histoires,  elle a réussi à convaincre tous les contrôleurs de me laisser passer avec ma batterie dans mon petit sac de cabine où elle s’est bien appliquée à écrabouiller mes lunettes  de presbyte et presque mon appareil photo qui l’a bien echappé belle ! Tout ça m’a coûté trois fois moins de supplément et j’ai couru à l’avion qui n’attendait  plus que moi pour décoller.

princesse

retour à Libreville

Me voici donc à nouveau sur le sol africain .
Je retrouve cette familière  moiteur tapissée de gasoil et de jus de poubelle, je retrouve aussi ma bonne vieille bécane désossée et à peine sorti d’une nuit de sommeil recroquevillé , j’entreprends aussitôt sa reconstruction entrecoupée de bouts de sieste parce que bon, on est pas aux pièces non plus ;  c’est quand même  pas sur ce continent que je vais me mettre à apprendre l’affolement !

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un peu de fumée noire

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La moto a fini par redémarrer…ça n’a pas été simple. Il y avait plein de caillots qui obstruaient l’arrivée d’essence. Après il y a eu une épaisse fumée noire et puis le moteur a vrombi. Mais aussi, l’huile chaude giclait sur le côté…un trou dans le carter droit…comme si quelqu’un l’avait foutue par terre.
J’ai quand même roulé pour tester la boîte de vitesse. Il y a eu, pendant quelques dizaines de mètres un super moche grincement suspect et un super coup de stress découlant directement du moche bruit à la con et puis tout a semblé redevenir normal. A part, évidemment, ce petit geyser d’huile qui tapisse en permanence les pieds du pilote, c’est, il faut bien le reconnaître, assez désagréable comme sensation pédestre.

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histoire d'huile

C’est très étrange ces fuites d’huile…Un  début d’enquête  pourrait être rondement mené…On commencerait par exemple par supputer  que le gardien de nuit de Francis a un jour dû déplacer mon destrier  convalescent et surpris par le poids l’aurait foutu par terre…À moins qu’il ait voulu frimer ses amis…À moins que…bon, on s’en fout finalement de la suite de l’enquête…il est bien plus urgent de colmater les voies d’huile.

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On commence à mettre en place notre expédition en forêt …difficile de concilier les impératifs de chacun…on partira finalement le vingt trois !
Il me reste un paquet de jours pour préparer la moto qui ne m’a jamais paru aussi fatiguée et qu’est ce que je vais bien pouvoir  raconter à tous ceux qui voudraient lire des histoires de voyage ; des trucs où ça change un minimum de place chaque jour !

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Ces derniers temps, mon occupation principale c’est de tomber en panne sur le Boulevard Triomphal Omar Bongo et de continuer en poussant la bécane au milieu des taxis fumants, excellent exercice pour les bronches… Il semblerait que la moto abandonnée ici ait été victime d’un maraboutage Bwiti , le vaudou de l’équateur, chaque panne en entraîne une autre ce qui frise le surnaturel . Quand je pense qu’il y a un an à peine j’étais arrivé ici depuis Tunis sans le moindre pépin…Je continue à essayer de croire que je vais repartir mais petit à petit le doute s’immisce sournoisement...

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Parfois entre deux pépins mécaniques, je vais me balader sur le  bord de mer. C’est là que se trimballent les pétasses en quat’quat’…les mêmes qu’en France… en moins blondes mais pas moins scotchées à leur portable ! Après avoir bien pesté contre leur conduite chaotique, il me reste généralement à rentrer en poussant par le Boulevard Triomphal Omar Bongo pour aller tenter de réparer une nouvelle panne !

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Une journée complète de mécanique, c’est pas ce qu’il y a de plus rigolo à raconter…mais il faut bien que j’arrive à trouver pourquoi cette moto peine autant à reprendre du service. Vu comme ça, avec ces grincements de transmission et l’épais nuage de fumée derrière, je suis totalement raccord avec la plupart des véhicules du coin, hormis les quat’quats de beaufs et pétasses bien sûr, mais peut on vraiment envisager un traversée d’Afrique avec un sorte de taxi Gabonnais à rien que deux roues, en plus !
Non, sans dec démontage de moteur, c’est super cool pour démarrer un voyage !                                  

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Ce ouïquende, y’a eu les élections législatives et je me disais que j’allais faire un super reportage dans les rues de Libreville. Mais bon, on n’est pas à Kinshasa ici et même si y’avait couvre feu à minuit, on a rien remarqué.Avec mon colloc’ on est allés à un concert des rappeurs « Mauvaise Haleine »et puis on est rentré en taxi parce que comme je venais de claquer mes bobines, je n’avais pas envie d’encore rentrer en poussant sur le boulevard triomphal Omar Bongo .

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Il y a comme une relation intime entre les taxis de Libreville et moi, comme si tout le cosmos se foutait en branle pour que je ne me déplace qu’avec eux. Quand je suis arrivé ici, ma boîte de vitesse sous le bras, j’ai commencé à me déplacer en taxi  le temps de remonter le bazar.  Ensuite, il y a eu les pneus à changer, les bobines  d’allumage qui ont pétés  puis toutes ces fuites d’huiles et les cylindre à démonter pour vérifier ce qu’il se passait là dedans… douze  heures  de mécanique non-stop, un sacré démarrage de voyage ! Et puis finalement ça s’est à peu près calmé ; il reste des grincements de transmission mais ça roule et ça ne fume plus… Pas peu fier de mon exploit, je suis parti faire quelques kilomètres d’essais à travers la ville. J’me la pétais comme personne sur mon Harley Davidson…Ouais je sais que je roule en Béhème, mais pour la rime y’a rien de mieux qu’une Harley… alexandrins mis à part, je ne vois pas ce que je viendrais foutre en Afrique avec une bécane de plagiste Niçois !

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Avec les contrôles de flics, j’avais ces dernières années mis au point une technique d’amadouage de keuf à base de caricatures plutôt efficace mais déjà l’hiver dernier, un peu las et désabusé j’avais choisi de plutôt mettre au point des technique d’esquive adaptée au système de contrôle de chaque pays traversé. Entre la planque derrière minibus et déboîtement subit au dernier moment , ou le passage tranquille avec grand sourire complice entre les piétons et les vélos sur le petit espace réservé sur le côté voire le coup de gaz brutal au dernier moment, un peu plus osé mais plutôt efficace en nocturne, j’avais toute une gamme d’astuce au catalogue ! Cette fois-ci, j’ai oublié de réviser avant immersion africaine et quand je me suis trouvé devant le pandore patibulaire  aucune échappatoire n’était possible…sans papiers sur moi, sans assurance, j’étais bon pour un alignement en règle. Alors, en plein milieu de conversation, comme il voulait que je laisse la bécane et que j’aille chercher mes papiers en taxi, j’ai ouvert les gaz et je me suis tiré.

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Depuis, je reprends le taxi chaque matin et je laisse la bécane planquée chez Francis le temps que les flics m’oublient un peu. C’est que ce contrôle-là, c’était à trois cents mètres de notre piaule et ma bécane, c’et pas le genre de truc qui passe le plus inaperçu dans Libreville !

mongolito

Parfois je me demande si le dedans du crâne c’est pas un truc qui se transforme inéluctablement en yaourt avec le temps qui passe…Bon, certes, il suffit de regarder une émission d’jeuns de TF1 pour comprendre que le yaourt peut très tôt monter au cerveau, mais là, non quoi, ça va pas du tout, je fais de la sénilité précoce, c’est sûr ! Jamais j’avais fait  un truc aussi débile  en trente deux ans de bécane : se tromper de dimension de pneu, c’est la honte absolue mais se tromper de dimension de pneu quand on se le trimballe d’un continent à l’autre qu’on raque le supplément de bagage et tout le bordel, là, j’avoue, y’a pu rien à dire ; je vous l’accorde à tous, Mongolito, c’est bien moi !

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Bon, et puis comme, après tout, un Blog c’est lu par plein de gens que je ne connais pas, si quelqu’un a dans son entourage  un passager d'avion vers Brazzaville ou Kinshasa dans les deux semaines à venir, qu’il m’envoie un rassurant commentaire sur le blog, une promesse de bouée, quatre kilos de bagage en plus,c’est pas la mort…et puis moi, j’arriverai bien de Libreville à Kinshasa avec mon vieux pneu lisse…c’est con j’avais réussi à le revendre…mais bon, ça va être rock n’roll, la piste en slick…ça va être d’jazz, comme dit l’animatrice culturelle du CCF qui a bien dû connaître saint Germain des prés !

un peu de géographie

vues

Libreville c’est pas très grand, un boulevard de bord de mer  embouteillé qui venant de l’aéroport longe la mer jusqu’au quartier Front de Mer où y’a des hôtels moches, des ministères moches et même une présidence moche aussi, puis tout de suite on quitte la ville, on traverse des sortes de zones indus’ assez moches, mais c’est normal, et puis c’est tout …des terrains vagues et  tout au bout le port à bois où arrivent les gros camions…quand on s’éloigne de la mer, mis à part le boulevard Triomphal avec ses architectures disparates ( si vous voulez voir,allez mater l’autre blog, je l’ai foutu en lien ) on arrive un peu en hauteur aux quartiers plus populaires et puis très vite on sort de la ville…

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avant le départ...

Un petit peu du quartier Sociga avant le départ. Sociga, ça veut dire Société de Cigarette Gabonnaise, on y fabrique des Marlboro et un peu toutes les marques...

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Sotega, ça veut dire Société TextileGabonnaise, mais je crois que ça ne fonctionne plus, les chinois qui sont venus raser la forêt on dû amener des T'shirts avec eux

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Et voilà le joli quartier de M'Bolo où pendant ces deux semaines j'allais bloguer comme on va au boulot, avec pause café à dix heures pétantes !

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Libreville-Lambaréné

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En une première petite journée , on se torche un quart du trajet Libreville-Brazzaville ; il faut reconnaître que c’est facile, c’est la partie goudronnée . Une jolie route avec très peu de trous qui serpente d’une petite colline à l’autre au milieu d’un immense jardin botanique, c’est plutôt bien comme départ. Le moteur tourne rond et le passager roupille bien calé contre les bagages malgré les averses tièdes qui nous tombent régulièrement sur la gueule. Il n’y aurait pas ce grincement de roulement perpétuel, tout serait parfait. Comme on est jamais assez prudent, on fait étape chez des bonnes sœurs des fois qu’il leur viendraient à l’idée d’exorciser ma transmission.

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putain,quelle route!

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On aurait pu croire qu’une sorte de routine commençait à s’installer, pistes roulantes, petits hôtels et comme ça jusqu’à Brazzaville, mais c’est sans compter sur l’imprévu qui pimente toujours à temps et tout le monde sait qu’une douane pour les imprévus, c’est toujours assez prometteur. Ce matin-là, il faisait plutôt beau et la piste étroite mais bien  carrossable allait nous mener tranquillement à la frontière, et il faut dire que les douanes gabonaises ne me décevront  vraiment jamais ! Déjà en entrant, avec le douanier bourré c’était quiqu’chose ; ceux qui veulent se rappeler n’ont qu’à aller sur l’autre blog, je l’ai foutu en lien ; ça lui fera pas de mal d’être un peu revisité !

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Donc, on arrive à une petite barrière un peu sommaire et autour quelques petites maisons dispersées et des gamins déjà un peu carbonisés comme les grumeaux qu’on avait laissés à Ndende.  Un d’eux appelle un petit groupe de mecs lookés plus rap que douane qui nous disent d’attendre un peu. Pas de problème, on part bouquiner à l’ombre d’un manguier, faut jamais être pressé en Afrique.

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Finalement, on en voit rappliquer un magnifiquement martial avec sa casquette de campagne électorale à l’envers et son maillot du PSG , il nous explique que la douane ne fonctionne plus depuis quelques temps , qu’il y a juste une vague permanence pour tamponner les papiers  mais que comme son chef est parti voir sa femme pour Noël et qu’il a emmené le tampon il va falloir improviser : il nous gribouille donc un petit mot d’excuse dans le passeport et le carnet de douane et nous voilà partis. Un kilomètre plus loin on retombe sur une autre barrière à côté d’un petit bâtiment effondré « douane gabonaise »   mangé par la végétation et c’est Francis qui m’ouvre la porte . Dans le rétro, j’ai vu surgir d’une cahute du bas côté un militaire torse nu qui arrivait en courant, probablement extirpé en sursaut de son sommeil par les grincements de mes roulements. J’ai donc proposé à Francis de remonter assez vite sur la moto et je l’ai encore vu courir longtemps dans le rétro…je crois même qu’il court encore mais je n’irai pas vérifier…Ensuite c’est l’entrée au Congo…tout commence simplement, courtoisement et plus dans les règles qu’au poste gabonais. Mais à un moment donné, il y a en a un que se rend compte qu’on est arrivé deux jours plus tôt. On avait même pas fait gaffe qu’au départ  on s’était prévu  une virée en forêt donc une entrée au Congo plus tardive. La douane est un village tout à fait sympathique avec une petite auberge  et une épicerie très sommaires. Il n’y a donc aucun problème à ce qu’on se repose une journée ou deux , surtout  que  la pluie est revenue en force . En écoutant le crépitement  assourdissant sur le toit de ma case, je me rends compte du bol qu’on a eu d’être arraisonné ici par un fonctionnaire trop zélé qui le soir même est devenu notre pote autour d’un bon vin de palme bien tiède ! Entre l’épicerie , dépôt de sardine et corned beaf ,  le bistrot, vin de palme et bière tiède et le cercle de réflexion  pour la paix et la réconciliation, toujours fermé, la vie peut très vite sembler vaine à Ngongo, mais nous récupérons nos passeports en fin d’aprème, il pleut.  On voudrait décoller le vingt sept à l’aube et rouler un minimum pour éviter les régulières averses de l’après midi.

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La pluie redouble d’intensité. Ngongo,vingt sept décembre, trois heures du mat…la pluie battante vient de cesser et un vieux camion Mercedes hors d’age d’arriver au milieu du village où tout se réveille. Le bistrot, l’épicerie, musique à donf, agitation partout et même les coqs qui commencent à hurler. Le vieux bâché c’est le bus de la ligne régulière , il amène des gens qui attendront ici la jonction pour le Gabon , du pain, des provisions…il y a de quoi créer l’événement…son retard me rend légèrement inquiet quant à l’état de la piste…on verra demain…la pluie est revenue de plus belle. De Ngongo à Kibango

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On peut dire qu’il a vraiment plu la nuit dernière et que ça se voit ; la piste n’est qu’une succession de trou d’eau et d’argile glissante comme du savon mais qui, facétieuse, se transforme en béton entre le garde boue et le pneu avant, du coup l’arrière commence à patiner et c’est la gamelle. Je finis très vite par préférer rouler dans l’eau plutôt que dans la boue, au moins ça nettoie les pneus. Mais dans cette flotte opaque, il est difficile de deviner la profondeur et les obstacles. Parfois Francis part en reconnaissance, parfois ça passe tout seul ou parfois aussi c’est l’overstress de la mort, la moto est à moitié sous l’eau et y faut surtout pas se vautrer…

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Après cent trente bornes, on finira par s’échouer en ruines dans un motel au dépouillement extrême à l’entrée de Kibangou. Ici les keufs sont aussi gentils qu’à Ngongo, le gendarme du contrôle d’entrée donne des cours de rattrapage de chimie ; on discutera longtemps de la différence entre le voyageur et le touriste…faudra t’il venir jusqu’en Afrique centrale  pour découvrir le premier flic philosophe ? 

De Dolisie à Loutété

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Ce qu’il y a d’étonnant ici, c’est que quand on regarde la carte on a l’impression qu’il y a quand même un peu des routes et quand on est sur place on ne découvre que de la boue et de la flotte…De Kimbangou, on est donc arrivés à Dolisie où après une nuit dans un presqu’hôtel chic pour fêter la fin de la piste pourrie, on a repris gaiement la route en se disant que le lendemain on arriverait au goudron et puis après à Brazzaville, mais en fait, non !
La route nationale principale du pays c’est encore pire que celle qui vient du nord : après une trentaine de bornes de piste presque bonne c’est le retour en force de la gadoue, des gamelles et même des pannes. Je remontais une côte sévèrement pentue et archi glissante, les pataugas détrempées bien plaquées au sol. Francis courrait derrière, parce que même si c’est un passager pas lourd du tout, des fois il vaut mieux qu’il fasse un peu de marche à pied !

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Quand j’ai voulu redémarrer, y’a eu comme une merdouille d’allumage, un truc pas clair, enfin bref on était planté…en plein cagnard, évidemment parce que bien sûr dans ce pays où il pleut tout le temps quand on doit pousser jusqu’au prochain village , le soleil tape à donf, juste comme ça pour déconner, le soleil est un sacré déconneur… Petit à petit les secours ont surgi de toutes parts et à l’entrée du village, notre arrivée ressemblait presqu’à une émeute. L’ensemble était magistralement orchestré par Victorien, le grumeau du coin aux mini dreds élégamment mises en valeurs par de jolis petits élastiques de couleurs. On nous amène tout suants à la case du chef où nous sommes installés sur deux petites chaises. En attendant son retour des champs tout le village défile et je fais quelques petits portraits pour me donner un peu de contenance. Mon cerveau est totalement envahi par des tentatives de diagnostic et très vite on comprend que l’idéal serait de pouvoir commencer à enlever la boue et regarder ce qui se passe en dessous. Victorien et trois de ses potes nous proposent de nous emmener à quelques bornes de là dans un endroit plus développé où déjà on trouvera de l’électricité et des outils. C’est lui qui grimpera sur la moto qui, étrangement, a accepté de redémarrer et Francis suivra en taxi-brousse avec les deux autres. Arrivés au patelin, après avoir constaté qu’il n’y avait pas grand-chose à tirer du mécano du coin, il ne nous reste qu’à attendre au bistrot du village, en sirotant quelque gin Fizz bien frais, un Francis qui n’arrive jamais. Le temps passe, la lumière du jour commence à prendre la tangente, je suis un peu bourré et Victorien complètement…Je me dis que bon, c’est le jour de mon aniv’ et c’est plutôt cool de se laisser glisser vers une euphorie imbibée pour fêter ça. Mais Francis n’arrive toujours pas, il faut peut être que je réagisse; en plus, il me faut gérer un authentique grumeau complètement tartiné qui commence à vraiment partir en couille. Je le remets sur la bécane, d’abord pour aller mettre un peu de consistance dans nos estomacs vides et pour essayer de retourner un peu en arrière pour retrouver Francis égaré quelques kilomètres en arrière . Victorien pend lamentablement sur le côté de la moto qui n’éclaire plus rien avec ses phares embourbés. C’est de la jouasse de conduite. Le petit copilote arrive enfin, il s’est tapé les sept kilomètres à pied avec François, autre jeune du village qui après l’avoir sauvé d’un attaque de grumeau sévèrement remonté anti-France est devenu son meilleur ami !

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On va essayer de s’organiser pour la suite mais avec mes gins fizz et la musique à donf du maquis, je me sens un déconcentré. Pourtant c’est super important, la moto carbure très mal et nous sommes aux portes du Pool. C’est quoi encore ce truc ? Depuis Kibangou, on nous parle de ce Pool-là, mais on n’y avait jamais vraiment prêté attention.
Il y a dix ans à peine il y a eu dans ce pays une violente guerre civile de quelques années seulement qui a dû occuper trois ou quatre secondes d’antenne aux infos de TF1 entre une chronique sur l’avenir de la tapisserie d’Aubusson, la météo et les résultats du foot. Pourtant ici, rien n’est vraiment réglé et dans ce pays où les gendarmes et les vendeurs de cartes téléphoniques philosophes longuement sur l’avenir du monde, on trouve aussi une portion de territoire abandonnée à des grumeaux dredlogués complètement défoncés et surarmés qui ont une fâcheuse tendance à guetter l’étranger de passage. La veille du réveillon, le grumeau aussi a besoin d’argent et s’offrir en prime une moto, un ordinateur portable et quelques autres babioles c’est sans doute rudement tentant. En d’autre temps, j’aurais peut-être tenté ma chance mais vu l’état infect de la route nationale dont le grumeau armé entretient l’état pour mieux piéger le touriste égaré, on préfère opter pour une solution de replis.

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La route pourrie longe une voie ferrée déglinguée sur laquelle circulent au ralenti et très escortés quelques trains de marchandises, puis aussi des trains de voyageurs avec fourgon qui ne traversent le pool qu’à la condition de payer une sorte de taxe informelle, mais fermement exigée, par les grumeaux armés qui investissent le train à chaque arrêt en gare détruite par la guerre. Voilà donc les uniques liaisons régulières entre la capitale et le reste du pays. Après une nuit méga pourrave , entassés dans un piaule sinistre d’un hôtel glauque devant la gare puis une très matinale tentative d’embarquement dans le train de voyageurs, on décide de pousser un peu plus loin.

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Dix sept kilomètres et quatre gamelles sur argile visqueuse plus loin, il y a Loutété, frontière du Pool, où s’arrêtent toujours les
« trains lourds » pour embarquer l’escorte militaire . C’est là qu’on fera étape avec François qui, visiblement, a décidé de ne plus lâcher Francis jusqu’à Brazzaville. Il avait décidé depuis la gare de rester avec nous pour discuter avec les rebelles si des fois on tombait dessus.Il nous a certifié qu’il était un peu des leurs et qu’il pourrait nous protéger.
C’est toujours comme ça en voyage, on rencontre au hasard d’un pépin mécanique quelqu’un qui va nous aider, des fois pour l’argent , des fois parce que Dieu le veut ou juste parce qu’on va l’amener jusqu’à la capitale. On ne sait jamais vraiment, on s’en remet comme ça à celui que le hasard a mis sur notre route et on se dit qu’on verra bien.

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Dernier jour de l’année à Loutété comme ailleurs…
Tout comme la veille, on s’est levé à quatre heures du mat pour, tout comme la veille aussi, essayer de choper un train qui a toutes les chances d’être encore là en milieu d’après midi . J’ai rencontré un peu tous les officiels du coin pour arriver à décrocher l’autorisation d’embarquer sur le train lourd, mais ça n’a pas marché. A Nbouenza, c’était la moto qui était trop grosse pour rentrer dans le fourgon et à Loutété c’est le chef de sécurité du train qui , inflexible, ne veut pas de passager sur son convoi…Celui de demain s’annonce déjà un peu plus corruptible, et puis on commence à me connaître un peu dans le coin ;ça se repère deux blancs coincés à Loutété avec une moto si grosse que tout le monde me dit ici que j’ai un vélo aussi gaillard qu’un moyen…le moyen étant comme tout le monde le sais le nom d’ici du taxi collectif.

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