La droite au pouvoir
Par Denys le mercredi 30 mai 2012, 19:26 - pouvoirs - Lien permanent
Historiquement, en France, les Transports et l'Intérieur se sont toujours affrontés sur les questions de sécurité routière. Et, progressivement, étape par étape, l'Intérieur a gagné. Commencé en 1972 avec la création d'une Délégation interministérielle confiée à un ingénieur des Ponts, le trajet, malgré tout, a pris du temps. En 1984, la nouvelle Direction de la sécurité et de la circulation routières coupe le lien organique avec le corps des Ponts, tout en dotant le Délégué interministériel d'une direction d'administration centrale. Alors, les délégués cessent d'être des ingénieurs : administrateurs civils issus de l'ENA, magistrats, universitaire même ont occupé ce poste. Et en 2010, le transfert à l'Intérieur d'une DSCR à la tête de laquelle deux préfets se succèdent vaut comme capitulation d'un ministère des Transports qui ne porte même plus ce nom.
Mais la seule tutelle de l'Intérieur ne vaut pas comme garantie d'une politique exclusivement répressive. Ainsi, alors que, en Grande Bretagne, la sécurité routière reste de la compétence du department for Transport, en Espagne, un pays dont les structures publiques sont proches des françaises, la Dirreción general de Tráfico, en charge de la question, dépend du ministère de l'Intérieur. Pourtant, à sa tête, on trouve depuis février dernier María Seguí Gómez, docteur en médecine, universitaire spécialiste de la prévention, l'équivalent, en somme, d'un Bernard Laumon. Rien de tel à la DSCR : même si l'information reste à confirmer, même s'il reste au nouveau titulaire potentiel à accepter ce poste, il semble que le gouvernement ait fait son choix, et donné la sécurité routière à Frédéric Péchenard.
Se débarrasser des hauts fonctionnaires considérés à la fois comme trop puissants et comme trop proches de l'ancien pouvoir relève certes des priorités habituelles des majorités nouvelles. A l'Intérieur, ils sont trois, et Frédéric Péchenard se distingue. En effet, le gouvernement socialiste n'hésite pas à révoquer le préfet de police de Paris à un an de sa retraite, ni à attribuer un placard au chef des anciens renseignements généraux. Il confie, à l'opposé, une direction centrale au patron de la police, et le pouvoir qui va avec. Avec Frédéric Péchenard, titulaire d'une maîtrise de droit obtenue à Paris II - Assas, laboratoire d'idées de la droite et de l'extrême-droite françaises, la gauche termine le travail de Claude Guéant, et nomme à la sécurité routière un policier qui, à l'inverse, par exemple, d'un Alexis Marsan, patron ouvert et pragmatique des compagnies motocyclistes de Paris, ignore tout de cette question, et n'a jamais eu d'autre expérience que répressive.
Depuis 2002, en cherchant à rassurer l'électorat habituel de la droite, les retraités et les mères au foyer, en stigmatisant délibérément les catégories les plus éloignées de celui-ci dans l'espace social, et avant tout les motocyclistes, la politique de Nicolas Sarkozy s'inscrivait dans une logique étroitement électoraliste. La nomination de Frédéric Péchenard a un sens, et marque l'intention du nouveau pouvoir de continuer la politique de l'ancien, la répression massive et exclusive, tout en avalisant les positions extrémistes des tenants de la violence routière. Ce qui pose un défi à la rationalité, tant on voit mal quel profit électoral la gauche pourrait bien tirer de ce choix. Sans doute, à défaut de meilleure explication, faut-il s'en remettre à l'ignorance, et à la négligence. Une négligence qui pourrait rapidement se montrer criminelle.

Commentaires
On peut aussi penser très prosaïquement que l'ami Hollande a voulu se garder la possibilité de briller dans les soirées intimes du PS :
- Péchenard, je l'ai muté à la circulation !
Une façon de me consoler, certainement, en attendant de voir ce qu'il adviendra de tout ceci.
Je vais retourner briquer ma bécane, pour briller dans les manifs...
Ces allégations sont basiques, sans fondement, tellement convenus.
Mr Pechenard, même s'il est policier, n'est pas plus con que vous, il est surement capable de mettre en phase répression et prévention pour préserver la vie de gens , même comme vous, sur la route.
Attendez au moins ses premières décisions pour critiquer...
ouh la, faut pas toucher aux potes d'alain! Enfin un ex-directeur de la police nationale de Sarkozy pour faire de la prévention, j'ai comme un doute...
Même si le CV de Mr Péchenard n'est pas en sa faveur et laisse planer de gros doutes quant à sa capacité de faire autre chose que de la répression, je suis de l'avis d'Alain : wait and see.
Il sera toujours temps de décider s'il est plus con que nous et s'il est multitâches ou multitaches.
Et d'ailleurs, mutation politique pour le "punir" d'être pote avec Sarko ou pas, ça reste un cadeau de Hollande. Si Mr Péchenard n'arrive pas à comprendre qu'il est temps de revoir les bases de la sécurité routière, on pourra commencer par remercier notre très cher Président.
Parce que ma réflexion à moi, c'est que Péchenard à la sécurité routière, en présumant du pire, à savoir la continuité de la répression uniquement, c'est soit une volonté délibérée pour poursuivre une politique rentière, ce qui ne m'étonnerait pas, surtout quand on regarde le coût des radars de tous poils, soit une marque de désintérêt, soit une bêtise. Dans tous les cas, ça mérite un gros coup de pied au cul, avec tout le respect dû à sa fonction de Président de la République Française, cela va sans dire.
Alors je wait et je vais see mais dans l'attente, je cire mes bottes. Mon côté pessimiste, sans doute ;-)
Et si on mettait un "pseudo" à la tête de la DSCR ?
Moi je verrai bien un "pp" ou grand luxe un "fred"!
Ces grands maîtres de la "vérité" et du "savoir"( du partage de la route) qui ont une légitimité de plus de trente ans (rendez vous compte!) . Denys, Trésor et Barbe Noire feraient partie de l'équipe dirigeante. Nos libertés ainsi retrouvées donneraient enfin un sens à notre locomotion en 2 roues motorisés !
" I HAVE A DREAM !"
si deja, au lieu de mettre un flic, on mettait qqun qui s'y connaisse sur le sujet (qqun de l'ONISR, un mec qui a fait de la recherche sur le sujet, un technicien des Transports), ça serait deja pas mal.
Quant aux "grands maitres du savoir" (alias les associations d'usagers), ils étaient représentés au CNSR. Qui a largement été dévoyée, en la noyautant avec des gens qui ne représentent qu'eux-mêmes.
En fait, je suis assez d'accord avec Gigamoa : nommer à la tête de la sécurité routière l'ancien responsable de la police durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, c'est montrer à la fois qu'on se désintéresse de la question, et qu'on a l'intention de poursuivre la même politique. Après tout, on peut présenter la sécurité routière comme le seul succès du précédent président, et un succès, bilan à l'appui, incontestable. Changer de ligne, c'est prendre un risque, et encourir les foudres de Chantal Perrichon, celle-là même qui en son temps avait exigé la démission d'Isabelle Massin, à ce jour dernière socialiste à avoir été en charge de la sécurité routière.
Et médiatiquement, pour l'heure, Chantal Perrichon est insubmersible. Lorsque, sous la pression des députés, les conséquences pénales des petits excès de vitesses ont été assouplies, elle s'est répandue sur toutes les antennes, en prévoyant l'apocalypse. Le fait qu'il se soit passé exactement le contraire et que, d'avril 2011 à avril 2012, la mortalité des automobilistes, les usagers les plus concernés par cette mesure, ait baissé de 10 % n'a changé ni son discours (ce qui n'a rien d'étonnant) ni sa réputation auprès des journalistes (ce qui ne l'est pas plus).
mouais, succès incontestable de Sarkozy, faut le dire vite, une baisse d'environ 15% en 5 ans, y'a rien d'exceptionnel. Surtout si on met en face le nombre de verbalisations. Durant son quinquennat, Chirac avait fait 2 fois mieux, avec 3 fois moins de radars
@ Denys.
Ca va même plus loin que ça. Puisque le PS recopie, sans sourciller, la dictée de maîtresse Perrichon. Que lit-on dans le courrier que Hollande adresse le 22 avril à la LCVR, et dont on a parlé récemment dans la presse : "En effet, lorsqu'il a laissé certains députés UMP mener une fronde contre ce dernier (le permis à points), on a constaté un relachement immédiat du comportement des automobilistes qui s'est traduit par un ralentissement de la baisse du nombre de tués".
http://www.violenceroutiere.org/act...
Et encore Hollande a-t-il sans doute, engageant sa signature, tempéré ce qu'indiquait Roland Ries dans les Echos, à la même période :
" On a vu ce que le simple fait d'évoquer cette éventualité a donné. Cela a fait repartir à la hausse les statistiques sur les accidents".
http://www.lesechos.fr/economie-pol...
Ces gens sont vraiment extraordinaires. L'assouplissement du permis à point est entré en vigueur le 16 mars 2011. Et déjà le 20 avril, l'équipe PS disposait d'un bilan d'étape de la mise en place de cet allègement... Bilan d'étape dont la précision est redoutable : hausse des accidents et ralentissement de la baisse !!
Idéologie, quand tu nous tiens !
Faire confiance à Péchenard?
http://owni.fr/2012/06/01/deux-mill...
Merci pour le partage, c'est très bon à savoir. J'ai vraiment apprecié de lire cette article. bonne continuation.