La montée du Mont Faron, c’est un peu le « Tourmalet » du MotoTour : sa conclusion incontournable depuis la renaissance de l’épreuve en 2003. En temps normal, c’est une route touristique à sens unique offrant à son sommet une vue imprenable sur Toulon. Pour la course on emprunte cette route à contresens jusqu’au sommet, ce qui interdit toute reconnaissance. L’expérience va parler !

C’est très étroit et le bitume est limé par le passage des voitures. Toute la première partie composée d’enfilades de virages est favorable à l’agilité des monocylindres, mais la suite est une succession de 10 épingles où la puissance des sportives peut s’exprimer. Surtout que le soleil est particulièrement généreux ce dimanche: il y aura du grip !
En attendant mon tour dans la zone de départ, je fais le bilan sportif de mon parcours : Je suis, pour l’instant, 37ème scratch avec 3’45’’ de pénalités (les pénalités sont attribuées en fonction des retards de pointage dans les liaisons ou les « bases chrono »). Je fulmine car il y a 2 minutes qui me restent en travers : lors du briefing de l’étape Marathon du jeudi, la direction de course a annoncé une heure supplémentaire de délai pour la liaison entre la base chrono et l’assistance. J’ai donc pris mon temps après la première base chrono, dans la liaison qui nous amenait à l’assistance du midi. Arrivé à l’assistance, je pose mon casque l’esprit tranquille … pour apprendre que l’heure supplémentaire concernait la liaison de l’après midi entre la deuxième base chrono et l’assistance du soir. Je me précipite pour pointer en catastrophe…mais je suis déjà en retard de 8 minutes, soit 2 minutes de pénalité au classement.
Apparemment, je serais le seul à avoir mal compris. Peut être, mais cette heure supplémentaire n’était pas indiquée, même à la main, sur le carton de pointage. Encore une fois, la gestion sportive de cette course n’est pas à la hauteur de l’événement… et du prix de l’engagement.
Marc Granié, le flic le plus rapide de France
Autre exemple: Marc Granié est classé « abandon » dans le classement officiel de la deuxième base chrono de l’étape Marathon. Nul ne sait ni comment, ni pourquoi puisqu’il a roulé parfaitement normalement ! Mieux, il est même classé à la fin de cette étape et convoqué normalement au départ le lendemain. Ce n’est que le surlendemain qu’il découvre qu’il est dans la série des concurrents « hors classement » au départ du Castellet. Après négociation, il sera réintégré en deuxième série Expert … mais en fond de grille alors qu’il aurait dû être en deuxième ligne, juste à côté de moi.
Résultat, il s’est mis par terre en course en voulant doubler un pilote plus lent et perd plus de 40 secondes… Mon cas n’est donc pas unique, mais ça ne me console pas, au contraire ça aurait tendance à m’énerver. Le classement fluctue au gré des erreurs de l’organisateur, et, même si je ne suis pas un « top pilote » et n’ai aucune prétention de résultat, je reste un compétiteur : Se faire piéger ainsi laisse un goût amer et gâche un peu le plaisir. C’était mon coup de gueule du jour !
Pour autant, j’ai quand même un œil sur le classement : devant moi, il y a un gars à peine à 5 secondes, c’est peut-être jouable… manque de bol, le gars en question, c’est Patrick Curtat, un des pilotes les plus rapides de France. Aucun espoir ! Derrière moi le suivant est à plus de 40 secondes, une avance suffisante pour partir l’esprit libre. Sans enjeu sportif, je n’ai plus qu’à me faire plaisir. Surtout que c’est la seule spéciale que j’ai reconnu… lors de ma précédente participation en 2004 !
L’ambiance du départ est impressionnante. D’un côté un grand vide et la ville de Toulon en contrebas, de l’autre une immense muraille de rochers, avec une maigre route accrochée entre les deux. Suis-je intimidé où est ce l’absence d’enjeu ? En tout cas, je pars trop tranquillement dans les premières enfilades.

Je me reprends et je négocie bien la première épingle à droite qui donne sur la partie plus rapide. Mais la montée est très raide et pour la première fois sur route, je ressens clairement le manque que puissance de la Kawa ER-6. En 2004, mon Aprilia RSV1000 relançait beaucoup plus fort : j’avais décollé des 2 roues sur plusieurs mètres sur une bosse. Au même endroit, cette année, je soulage à peine les roues alors que j’ai mieux négocié le virage qui précède.

On attaque ensuite le morceau d’anthologie : 10 épingles successives. Comme je le disais hier, j’ai progressé sur ce point. En 2004, je sortais toujours bien trop large. Cette année je casse davantage le virage, ce qui permet de redresser la moto plus tôt et de sortir au milieu de la route, là où le bitume n’est pas usé par les voitures. C’est mieux, mais je n’arrive toujours pas à garder assez de vitesse. La moto ne prend pratiquement pas d’angle et je ne sens tout simplement pas l’avant travailler quand elle va aussi doucement, avec l’impression qu’elle va s’échapper sans prévenir… Il y a 12 épingles sur la spéciale et j’estime laisser au moins une seconde par épingle … Et bizarrement, je perds environ 12 secondes sur les concurrents qui sont en général au même niveau que moi … Décidément, je n’ai pas encore tout compris aux épingles !
Cette fois, c’est fini et je suis officiellement 35ème du classement général. Devant moi, personne n’est tombé et que je n’ai battu personne et pourtant je gagne deux places. Patrick Curtat n’a pas pris le départ en raison d’un problème de pression d’huile sur sa KTM et apparemment c’est Morgan David, qui n’est pas classé, sans que je sache pourquoi…
La moto doit rester une heure en parc fermé, c’est l’occasion d’aller piquer une tête dans la Méditerranée. Pour un banlieusard, ce n’est pas tout les jours qu’on a l’occasion de se baigner à la mi-octobre dans une eau encore chaude et sous le soleil… et pour une fois c’est bien mérité !
J’avais aussi promis de boire une canette de Dark Dog si je finissais : il ne me reste plus qu’à m’executer !

Le MotoTour 2009 restera un grand cru : un parcours routier exceptionnel, une météo difficile pour corser l’affaire, un choix de spéciales et de circuits très intéressant. Dommage qu’encore une fois, la gestion sportive et l’organisation logistique (les sanitaires mériteraient un chapitre à eux seuls…) soient toujours aussi approximatives.
Ca progresse mais il y a encore du boulot pour que cette épreuve devienne un « classique » et prenne un essor international comme les 24h du Mans ou le Bol d’Or.
Enfin, je n’oublie pas de remercier mes deux assistants : mon père, concentré sur la mécanique et les photos, et Benoît, en charge de ce blog et (bien plus important) de la cuisine. Eux aussi, ils ont très peu dormi, beaucoup roulé (en camping car, c’est moins drôle), avec sans doute encore plus de stress que moi !
Pour ma part, j’ai pris en une semaine plus que ma dose annuelle de virages, en compagnie de pilotes de très grande qualité, et dans un excellent état d’esprit. A leur contact, j’ai fortement amélioré ma maîtrise des conditions difficiles : la pluie, les gravillons, la boue, les bosses … les épingles (enfin presque). Rien de tel que la compétition pour progresser, il faudrait que le MotoTour commence demain, je suis bien chaud maintenant !
Cyril Guillemin
Un final en beauté
Les conditions étaient idéales pour cette dernière étape et le public répondait enfin présent. La tradition du MotoTour est bien ancrée à Toulon depuis maintenant 7 ans et il y avait énormément de monde sur les pentes du Mont-Faron.
Sans doute porté par cette ambiance, les pilotes ne s’économisaient pas même si l’enjeu sportif était limité. En effet, seul Alex Busquets pouvait espérer revenir sur Denis Bouan. Mais au vu des résultats des spéciales précédentes, Denis Bouan a refait un retard de 1’45’’ sur sa seule vitesse pure, on voyait mal comment le sympathique catalan pouvait revenir sur Monsieur MotoTour sans une erreur de celui-ci.
Le triomphe de Denis Bouan
Denis Bouan fait le scratch de la spéciale et remporte son 4e MotoTour (sur 7 éditions). La machine à changé, de la Buell XB12S à la Honda CBR 1000RR, mais le résultat reste le même. Preuve que cette épreuve éclectique est avant tout une affaire de pilotes.
Et c’est aussi une affaire de préparation, Denis Bouan est certainement le plus professionnel sur ce plan : reconnaissances intensives, machine, assistance, il ne laisse rien au hasard. Et cela paie !
A l’inverse Fred Fiorentino a payé cher des reconnaissances trop réduites, Fred Lejeune a souffert d’une machine non testée et Jehan d’Orgeix, impérial sur circuit, n’a pas résisté à l’impitoyable étape marathon.
Alex Busquets, très bien préparé lui aussi, à bien négocié le passage de la BMW à la Suzuki GSXR 600. Il lui a juste manqué un poil de vitesse et il finit 2e.
Sur la troisième marche du podium, c’est Manoel Delaval qui peut nourrir le plus de regrets. Pour la première fois, il avait reconnu tout le parcours en détail et soigné sa préparation sur circuit. Il prend 45 secondes de pénalité sur une erreur de navigation pour échouer à moins de 20 secondes de Denis Bouan. Il aurait pu accepté de perdre sur circuit, mais perdre sur le routier, c’est dur à avaler pour un rallyman de sa trempe. Courage Manoel, ton tour viendra !
Cédric Parmentier: 4e sur MV Agusta Brutale
Il faut souligner le parcours exceptionnel de Cedric Parmentier qui accroche la 4e place avec des moyens réduits sur une superbe MV Agusta Brutale 1198.
Enfin on note l’émergence de jeunes pilotes qui n’ont pas froid aux yeux, en particulier sous la pluie : Wilfried Tallone et Maxime Mettra ont impressionné, on devrait reparler d’eux.
Wilfried Tallone
Je n’oublie pas la superbe performance des Voxan qui restent décidément des machines d’exception. En particulier, la victoire en promotion d’un « vieux » roadster de 2000 montre que les machines françaises ne craignent personne sur la route.
Encore une mention spéciale à Gilles Salvador qui nous a fait une nouvelle démonstration de glisse sur cette montée.
Gilles Salvador dans ses oeuvres
Ce serait trop long de tous les citer mais tout les pilotes méritent l’admiration pour être aller jusqu’au bout de ce MotoTour. En particulier, les pilotes de Spigaou dont on ne donnait pas cher au départ de Val de Reuil et qui sont bien là.

Voilà, c’est fini. On peut envoyer le générique de fin

Benoit Lacoste
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