Foutu bouchon de remplissage ! Avant de charger la moto ce matin, notre premier travail consiste à essayer de réparer à nouveau la fuite d’huile récalcitrante. Inutile de compter sur l’intervention d’un hypothétique motociste, il faut faire travailler les neurones restants. Le problème consiste à redonner un peu d’épaisseur à un joint torique, afin qu’il puisse contrer la pression de l’huile quand le moteur fonctionne. Il faudrait trouver une matière élastique, qui résiste à la chaleur et dont la forme serait cylindrique pour s’adapter parfaitement… Idée lumineuse : un préservatif ! Le plus difficile sera de trouver l’outil en question, mais ça marche ! Nous pouvons reprendre la route aussitôt. Un itinéraire qui passe à travers de magnifiques paysages d’où émergent des pics rocheux, et qui va nous conduire à la petite ville de Gonder.

Construite autour d’un château « féodal » du début du 20ème siècle (cherchez l’erreur), la ville se prépare à recevoir dans une paire de jours les festivités du Timkat. Grand nettoyage annuel auquel tout le monde semble participer. En ce qui nous concerne, nous nous contenterons de ce spectacle. Tous les hôtels étant complets, impossible de loger ici. Et puis, décidément, l’ambiance ne nous incite pas à nous attarder dans ce pays. Les Éthiopiens semblent nourrir à notre endroit une rancune proportionnelle au nombre de drapeaux européens disséminés à travers le pays, et qui sont autant de témoins de l’aide financière apportée ici...

IMG_8811_006_Sauves.jpgAvec la fête qui se prépare, impossible, ce matin, de trouver la moindre goûte de super. Ennuyeux, alors que notre réservoir est à moitié vide au départ d’une longue étape où nous savons d’avance que nous n’allons pas traverser de grosses agglomérations. Pas le choix : on roule. Les kilomètres défilent, la jauge est de plus en plus pessimiste. Nous traversons encore de grandes zones de travaux. L’altimètre est lui aussi en chute libre. Nous descendons des montagnes en nous rapprochant de la frontière soudanaise. Et alors que l’inquiétude commence à nous gagner, nous croisons un « touk-touk ». Puis un second, puis une moto. Ils doivent bien avoir du carburant pour rouler !? A l’entrée du village, effectivement, une station rudimentaire avec de l’essence à siphonner dans un fût de 200 litres. Ouf, sauvés : nous pourrons rejoindre la frontière et la première ville du Soudan !

Bureau de police dans une case côté Éthiopie, et policier trop pressé côté Soudan. Pressé au point de ne pas accomplir toutes les formalités. « Vous irez au bureau à Khartoum » nous dit-il, sans imaginer un seul instant les conséquences de sa décision. Comme très souvent, change d’argent au marché noir et nous entamons notre traversée de ce nouveau pays. Pendant quelques kilomètres, la route est bordée de postes militaires avec des fusils-mitrailleurs en batterie. C’est étrange comme dans ce voyage nous pouvons voir et ressentir à quel point, d’un pays à l’autre, les populations se détestent. Alors que vue d’Europe, l’Afrique ne semble peuplée que d’Africains…

IMG_1420_009_dromadaires.jpgNotre permis de conduire international ne nous avait jamais été demandé avant notre visite à Zanzibar, où chaque policier se faisait un devoir de le vérifier. Ici, au Soudan, il y a de très nombreux contrôles de police sur les routes. Et cette fois, ce sont nos passeports qui sont l’objet de ces contrôles. Il est marrant, avant que cela ne devienne crispant tellement c’est répétitif, de les voir faire semblant d’effectuer un contrôle sérieux. La plupart ne savent pas lire et tiennent les documents à l’envers, et il faut se retenir de rigoler quand l’un d’eux nous dit que tout est en ordre après avoir soigneusement détaillé le visa du… Laos !

De plus de 2 500 m en Ethiopie, nous nous retrouvons à quelques centaines de mètres d’altitude ici. Le paysage, avec ce changement, est devenu désertique et nous roulons à nouveau dans la chaleur. Étape à Khartoum. Capitale sans intérêt, si ce n’est d’y obtenir les visas pour l’Egypte et le fameux enregistrement que le garde-frontière n’a pas voulu prendre le temps de faire. Si la première formalité ne va être, justement, qu’une formalité, obtenir le fameux timbre manquant sur notre passeport va être une véritable épopée. Il nous a fallu trouver le bon bureau au milieu de plusieurs centaines répartis dans la ville, immense, avant d’affronter un fonctionnaire obtus ne délivrant les informations pour constituer le dossier qu’au compte goûte. Nous allons y perdre une grosse journée entière, alors que cela aurait dû prendre que quelques minutes à la frontière…

IMG_1332_007_Meroe.jpgNous oublions ces désagréments quand, quelques centaines de kilomètres plus au Nord, nous nous trouvons devant les tombes pyramidales du site de Méroé. Une nuée de petites pyramides qui s’élèvent des dunes de sable ocre, et que le soleil qui décline éclaire de sa plus belle lumière. Comme un bonheur ne vient jamais seul, ce soir, nous renouons avec le bivouac. Planter la tente dans le sable du désert et au calme, quel contraste avec ce qu’ils appellent le camping de Khartoum !

Nous allons traverser le Nord du pays grâce aux routes toutes neuves que sont en train d’achever les Chinois (faudra en profiter vite : elles ne sont pas finies, qu’elles se dégradent déjà). Voici peu de temps encore, il n’y avait ici que des pistes au sable profond que nous n’aurions pas pu franchir. Le désert défile, au gré de la route coincée entre la verdoyante vallée du Nil et les étendues de sable ou de rocaille brûlés par le soleil, pour aboutir à Wadi Halfa, village perdu au fin fond du Soudan et fin du beau ruban noir au bord du lac Nasser.

IMG_1382_008_bivouac_Soudan.jpgNous pourrions prendre un bac pour traverser le fleuve et rejoindre, sur la berge opposée, la route qui mène à Abu Simbel, en Egypte. Mais ici s’applique la plus grosse arnaque légale de cette région de l’Afrique : cette route est interdite à la circulation. Par sécurité disent les Égyptiens. Quand on sait qu’il y a un port à Assouan et qu’une entreprise fait naviguer une épave sur les eaux du Nil, on comprend vite qu’en réalité, ce sont là deux « affaires » à entretenir. Un seul « bateau » passagers par semaine (il faut viser juste pour ne pas perdre trop de temps et ne pas dépasser la validité du visa soudanais), et les véhicules voyagent séparément sur des barges qui ne mettent pas le même temps pour arriver. Pour arranger les choses, une salade inextricable de formalités (la plupart du temps en arabe) à remplir, au point que des gens se sont spécialisés dans l’aide (lucrative) aux voyageurs. Pour la première fois, comme tout le monde, nous faisons d’ailleurs appel à l’un d’eux. Du coup, nous n’avons plus qu’à attendre que les choses se fassent en bivouaquant à proximité de la ville avec un couple de Sud-africains voyageant en 4x4, qui apportent par la même occasion un certain confort à notre bivouac. Puis se joint à nous Alexis, un Russe rencontré à Nairobi et qui préfère rester à l’hôtel en ville pour y fumer la chicha. L’attente se passe ainsi entre discutions, repas, parties de pétanque dans le désert et quelques papiers à signer.

IMG_9211_014_bonne_equipe.jpgLe programme va être le suivant : Mercredi, vers midi, nous embarquons nous-mêmes nos véhicules sur la barge. Toutes les formalités effectuées, nous embarquons à notre tour sur le plus infâme rafiot qui puisse naviguer sous ces latitudes. Arrivée prévue à Assouan jeudi matin pour nous, et vendredi pour les véhicules qui seront récupérés le samedi matin avant d’entamer des formalités égyptiennes au combien plus complexes. Mais rappelez-vous : nous sommes en Afrique. Et en Afrique, entre ce qui est prévu et ce qui arrive effectivement, il peut y avoir un monde.

IMG_9203_012_orient.jpgNous sommes mercredi. C’est au moment d’aller au port pour y embarquer la moto que nous apprenons qu’il n’y a pas de barge… Le bateau, quant à lui, va bien partir aujourd’hui. Nous voilà obligés d’abandonner nos véhicules (une voiture et deux motos) sur un terrain vague, soit-disant propriété des douanes et sécurisé. Sécurisé par quoi ? On ne le sait pas, mais certainement pas par les quelques bouts de clôture qui essaient de cerner l’endroit. C’est avec la plus grande inquiétude que nous embarquons pour une hideuse croisière sur le Nil dont on se serait bien passé. Quand reverrons-nous notre monture, et dans quel état ?