IMG_1113_006_sur_la_piste_du_lac.jpgLe gars couché sous sa voiture au bord de la piste, à la recherche d’un bruit suspect, nous a dit hier : « Encore 10 km et la route est parfaite jusqu’à Nairobi. » S’est-il moqué de nous ou n’a-t-il pas voulu nous décourager ? Toujours est-il que nous continuons à manger de la poussière sur une piste défoncée, avec un trafic de plus en plus intense au fur et à mesure que nous approchons du but.

Comparée aux capitales des pays précédents, Nairobi fait figure de citée moderne et structurée, avec ses quelque 4 millions d’habitants. Bien qu’encombrées, de grandes avenues permettent de circuler à proximité d’un centre-ville bordé de verdure. Nous avons ici un point de chute recommandé par tous les gens rencontrés depuis l’Afrique du Sud et qui ont traversé le continent africain en venant du Nord : Jungle Junction. Le camping incontournable des voyageurs. Que l’on se déplace en camion, en voiture, à vélo ou à moto, tout le monde s’y retrouve. Occasions de rencontres et d’échanges n’y manquent pas. A 1800 m d’altitude la température est agréable en cette saison. La tente plantée sur la belle pelouse verte, la moto garée à côté, installés sur des fauteuils avec des boissons fraîches, quel plaisir de profiter de la wifi avec une connexion comme nous n’en avions pas eu depuis bien longtemps… Paraît qu’il fait froid et qu’il neige en France ?

Nous pensions trouver ici des pneus pour la moto. Non pas que les nôtres soient déjà usés, mais ils ne pourront pas tenir jusqu’à Istanbul, prochaine ville où nous pourrons nous en procurer. Finalement, seul un modèle avant est disponible. Pas d’autre choix que de se faire envoyer l’arrière de France : au moins dix jours d’attente !

IMG_7577_001_noel_2009.jpgLes départs et arrivées au camping se succèdent. Des motards allemands, majoritairement, mais aussi anglais, slovènes, sud-africains ou même russes, s’intercalent au milieu d’une large majorité de camions et de voitures. Le temps d’une nuit ou d’une révision de la moto, aucun n’a les mêmes priorités ou objectifs.

La météo se dégrade et de fortes pluies s’abattent sur la région. La tente posée sur la pelouse devient comme un îlot cerné d’eau renouvelée tous les jours. Le sol n’arrive plus à absorber cet excédent. Et dire que les Massaïs ont eu des pertes considérables dans leur bétail à cause d’une sécheresse qui a duré plus de huit mois ! Ils auraient dû nous téléphoner ! On venait, la pluie nous suivait et nous évitions des drames…

Ici, en Afrique, on n’est jamais sûr de rien. Et surtout pas des délais de livraison de la Poste. Aussi nous allons profiter de cette attente pour aller faire un tour vers le parc Massaï Mara, sans trop savoir comment nous allons nous y prendre pour le visiter.

IMG_1068_005_Massais.jpgIl y a eu, tout au long de ce voyage des rencontres qui ont modifié le cours de notre programme. Ce matin, alors que nous venons de quitter le camping avec notre chargement et que nous roulons doucement en attendant que le moteur monte en température, nous entendons une voix nous demander : « Vous êtes Français ? » Une moto s’est portée à notre hauteur et son pilote nous interroge. Arrêt pour rencontrer Pascal, qui travaille à l’Ambassade de France. Lui, part faire un tour de moto dans la région avec ses copains, français également. Promis, on s’appelle à notre retour à Nairobi !

Les informations récoltées ici au sujet de l’accès au parc ne sont pas réjouissantes. Piste en très mauvais état pour arriver jusqu’à l’entrée, rien sur place pour se faire transporter et en plus, toujours cette météo déplorable. Nous verrons bien : roulons.

La route, encore une fois, nous fait plonger au fond de la Rift Valley parsemée de petits cratères de volcans et à la végétation rabougrie. Quelques gazelles et zèbres se baladent au gré des taches d’herbe verte. Encore une fois, c’est sous une pluie battante que nous arrivons à Narok, la dernière petite ville avant de bifurquer sur la route… euh, non, la piste qui mène à l’entrée du parc. Il est déjà 14 h quand nous nous installons à la table d’un petit restaurant pour y « déguster » l’incontournable poulet-frites. À tout hasard, nous demandons au serveur s’il ne connaîtrait pas une voiture à louer. « Un taxi ? » nous demande-t-il. « Oui, mais 4x4. » C’est ainsi que moins d’une heure plus tard, nous chargeons nos bagages dans une voiture et prenons la direction du parc distant d’environ 120 km, la moto ayant été garée en sécurité dans un couloir de l’hôtel attenant au restaurant.

Inondations, routes et pistes transformées en torrents, encore une fois, nous ne regrettons pas d’être à l’abri dans une voiture même si le doute s’installe quant à la possibilité de rejoindre le camping ce soir. Paradoxalement, nous pouvons voir le long du chemin et à proximité des villages, de nombreux cadavres de vaches que quelques chiens errants finissent de déchiqueter en attendant que les vautours viennent finir le travail. La pluie arrive trop tard…

C’est à la tombée de la nuit, après plus de 3 h de trajet, que nous finissons d’installer notre tente à quelques kilomètres de l’une des entrées du site.

IMG_7818_002_Massai_Mara_Leopard.jpgAllégés de quelques dollars, nous franchissons la barrière. Il faut vraiment le faire exprès, car il n’y a aucune clôture ou quoi que ce soit qui nous empêcherait de passer à quelques centaines de mètres, dans la nature… Le Massaï Mara est la prolongation du parc Seringeti en Tanzanie. Il s’agit en fait d’une rivière frontalière entre les deux pays ; paysages et animaux y sont donc les mêmes. Et des animaux, encore une fois, nous allons en voir ! Il semble que le top du top, lors d’un safari africain, soit de rencontrer les « bigs five ». A savoir ; éléphant, buffle, rhinocéros, lion et léopard. Un peu comme une sorte de trophée ou de challenge auquel nous n’attachons, nous, aucune importance. Nous nous contentons largement de ce qui se présente. Malgré tout, si au fil de nos visites nous avions vu les quatre premiers cités, le léopard était jusqu’ici resté invisible. On le cherchait dans les arbres, et en voilà deux qui se prélassent sur l’herbe bien verte de la savane. Comme deux peluches que l’on aurait posées sur un tapis. C’est là aussi, au Massaï Mara, que nous allons enfin voir des hippopotames. Pour en voir, nous en avions déjà vu auparavant. Des quantités, même. Mais jamais comme cela, à quelques dizaines de mètres sur le rivage de la rivière et en groupe important. Tout arrive.

IMG_7899_003_Massai_Mara_hippos.jpgUn peu plus tard, installés confortablement dans la voiture arrêtée au milieu de la prairie, nous constatons encore une fois que le roi des animaux, le lion, est des plus faciles à observer. C’est simple, à cet instant, nous en avons pas moins de treize autour de nous ! Mais une journée dans le parc, c’est terrible : nous n’avons pas le temps d’y entrer, qu’il faut déjà en ressortir… A croire que les heures ne font plus que 20 minutes… Bon, ça tombe bien, il pleut à torrent.

Le retour à Nairobi, la tête pleine d’images n’est qu’une formalité. Manque de chance, le pneu tant attendu n’est toujours pas arrivé…

IMG_1050_004_Lac_Magadi.jpgNous vous disions que le cours de notre voyage pouvait, de temps à autre, être complètement bouleversé par une rencontre. C’est un mot laissé par Pascal au camping qui va chambouler les jours prochains. « Nous voudrions vous inviter ce soir vers 19 h ». Pour ne pas changer, nous sommes trempés, et il est justement déjà 19 h. Nous arrivons d’une balade au lac Magadi, qui a été assez éprouvante à cause du très mauvais état de la route, de la chaleur qui régnait sur les rives du lac (situé lui aussi au fond de la Rift Valley), mais surtout à cause des violents orages qui ne nous ont pas abandonné tout au long du trajet retour. Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvons pourtant avec toute une équipe de motards français et leurs familles, devant de délicieux mets qui ne tardent pas à nous faire oublier la galère du jour. Une sorte de réveillon comme il va en fait s’en enchaîner plusieurs soirs d’affilés, qui ne nous laisseront que de bons souvenirs ! Enfin presque… Car nous sommes quand même toujours à Nairobi. Le temps passe, les journées défilent, mais notre pneu n’arrive pas. Alors même que les pluies s’accentuent et que les pistes se dégradent toujours plus. A tel point qu’il devient impossible d’aller se balader dans la région sans devoir affronter des routes défoncées et se prendre des tonnes d’eau sur la tête. Pas idéal pour découvrir un pays, aussi beau soit-il. C’en est même décourageant.

A ne rien faire comme cela, on se prend la tête, on tourne en rond et la bonne humeur cède la place à l’irritation… Rien de bon pour le moral. Chaque jour, les mêmes interrogations : le pneu est-il arrivé ? Dans quel état est la piste qui doit nous permettre de rejoindre l’Ethiopie ? Et les réponses sont de plus en plus désolantes. Du genre : la route vient d’être fermée pour cause d’inondations et de trop de camions plantés dans la boue. Des morts, des milliers de personnes déplacées et pour couronner le tableau, l’insécurité et les risques d’épidémies s’installent. Nous nous sentons coincés ici, même si les conditions d’attente pourraient être bien pires. Il est grand temps de prendre des décisions. Nous fixons une date butoir où quoi qu’il arrive, il nous faudra décamper. Nous ne pouvons pas rester ici indéfiniment. On profite de ce laps de temps pour essayer à nouveau de trouver un pneu sur place. Le réseau des motards français va bien nous aider même si nous ne trouvons pas exactement le modèle espéré.

Heureuse surprise : un motard allemand arrive du Nord par la fameuse piste, soit 500 km de tôle ondulée, caillasse, sable, trous, bosses et maintenant boue. Il nous rassure en affirmant que si nous attendons un jour ensoleillé et que nous roulons vraiment doucement, c’est faisable. Lui est passé, pourquoi pas nous ? Sauf que nous sommes deux sur la moto… Il nous faut prévoir 4 jours au départ de Nairobi pour espérer rejoindre la frontière et le goudron : une petite journée de route pour relier Isiolo et se trouver à l’entrée de la piste, puis deux jours sur ladite piste entrecoupés d’une journée de repos. Si tout se passe bien…

« Hakuma matata » (sans souci, pas de problème), comme ils disent ici. La veille de la date prévue, toujours pas de pneu. Notre visite à la Poste ne le fera pas arriver plus vite, il est temps d’agir. Montage d’un modèle plus petit et à la gomme pas vraiment adaptée au traitement qu’il va subir. Cela remet en avant le problème majeur de cette histoire : nous ne pourrons pas rallier Istanbul avec. Il nous faut donc nous surcharger de notre ancien pneu, que nous avions fait installer en Namibie et qui pourra encore parcourir quelques petits milliers de kilomètres. La moto n’avait vraiment pas besoin de ce supplément de poids alors que nous abordons la partie la plus dure de cette traversée de l’Afrique.