Le bateau a pris beaucoup de retard au départ de Nuweiba et il fait nuit noire quand nous débarquons à Aqaba, en Jordanie. Ce n’est pas un problème, car nous savons où se trouvent les campings, au sud de la ville. Les formalités accomplies, nous roulons vers la frontière de l’Arabie Saoudite mais nous ne reconnaissons plus rien. Un gigantesque complexe industriel a pris place le long de la côte. Plus de camping, plus de plage ! Partout des usines et des jetées où sont amarrés cargos et pétroliers ! Le parc national qui protégeait les récifs de corail sur ces quelques kilomètres de côte jordanienne de la Mer Rouge, n’a pas fait le poids face aux sources de profits industriels… Il nous faut renoncer au camping ce soir et aller en ville pour y trouver une chambre d’hôtel.

IMG_0917_001_Petra.jpgNous voilà sur la route du retour et nous n’allons nous accorder que quelques arrêts aux principaux sites que nous avions préférés lors de notre précédent voyage ici. Et s’il y en a un à ne pas manquer, à proximité du Wadi Rum qui nous tend ses rocs et ses dunes, juste là, à quelques kilomètres de la route, c’est bien la cité troglodytique de Pétra. Un chamboulement de roches formées de sable fossilisé au travers desquelles se faufile un étroit, sinueux et profond canyon, accès principal à cette cité oubliée pendant des siècles.

Après un kilomètre de marche, le Trésor (nom du monument principal de Pétra) apparait progressivement. Il faut entrer dans la petite vallée perpendiculaire au « Siq » pour contempler le monument taillé et sculpté dans la roche tendre aux couleurs chaudes. Beaucoup de monde bien sûr pour contempler ces joyaux, vestiges des Nabatéens qui vivaient ici au VIème siècle avant Jésus-Christ. Mais le Trésor n’est que la pièce principale de la cité. De nombreuses tombes monumentales se succèdent sur les parois de la vallée. Il ne faut pas oublier de grimper une petite heure pour aller voir le monastère, qui rivalise en beauté avec le Trésor. La balade au sanctuaire, elle, offre une vue plongeante sur le site. Enfin, ne pas manquer (mais ils sautent aux yeux) les apports construits par les Romains. Bref, de quoi s’en mettre plein les yeux (et les jambes) pendant une paire de jours. En temps normal. Cette fois, comme vous le savez, il nous faut rouler.

IMG_1951_002_Mer_Morte.jpgEn prenant un peu d’altitude, nous découvrons avec surprise des collines zébrées de névés de neige alors que la route est bordée d’arbres en fleur. Passage sous les murs épais du château d’Al Karak, construit à l’époque des croisades, avant de plonger dans la plus grande dépression que l’on puisse trouver sur la planète. Le début (ou la fin, ça dépend) de la vallée du Rift avec au fond, sous une épaisse couche de brume, la fameuse mer Morte dont la surface se trouve à 417 m sous le niveau de la mer. Des autres mers… Densité de sel exceptionnelle due à la forte évaporation de l’eau que le Jourdain n’arrive plus à compenser. Il faut dire que les cultures le long des rives du « fleuve » demandent des quantités d’eau importantes. Mais le résultat est là : tout au long de la route, entre les check-points qui jalonnent la vallée du même Jourdain, des étalages ininterrompus de fruits et légumes magnifiques nous font monter une envie de ratatouille. Il faudra attendre encore un peu car notre réchaud et notre gamelle, pas plus que les circonstances, ne se prêtent à (bien) cuisiner… Ici, c’est le printemps. Beaucoup de fleurs, avec, entre autres, les orangers qui embaument toute la vallée de leurs douces odeurs.

Sans prendre beaucoup d’altitude, nous « montons » en latitude. Et comme si la frontière y était pour quelque chose, c’est en Syrie que nous allons rencontrer l’hiver. Depuis le début de notre voyage, c’est bien la première fois que nous sommes confrontés à cette saison… Et la rencontre est violente. Après une traversée de Damas, hélas on ne peut plus rapide, nous espérions repasser par Palmyre, célèbre étape sur la route de la soie. Les conditions météo vont nous dissuader de faire ce détour. Et puis, nous avons rendez vous avec un motard syrien à Alep. Alep où nous avons bien cru ne jamais arriver tellement le vent était violent, chargé de sable et de pluie. Nous avons bien eu l’idée de nous arrêter à plusieurs reprises tellement le risque d’avoir un accident était grand.

Abdo nous attend, debout à côté de sa voiture qui arbore à l’arrière, l’autocollant de la Mutuelle des Motards, placé à côté du « F » français. Il faut dire qu’il a deux nationalités, notre motard toubib. Toubib, ça ne peux pas mieux tomber : Chris est épuisée. Fièvre, nausées… Nous craignons une crise de paludisme ou une autre saleté du même acabit. Notre séjour à Alep, du coup, va prendre une tournure inattendue. Abdo va infliger à Chris un traitement de cheval pour essayer de la remettre sur pied. Mais même si après deux jours de repos elle va un peu mieux, il ne serait pas prudent d’aller affronter le froid qui sévit au centre de la Turquie et en Europe dans ces conditions de santé précaire. Ce n’est pas facile, mais la décision d’un retour par avion semble plus sage. Encore un coup imprévu au budget, qui s’ajoute à la contrariété de ne pas retourner à la maison ensemble. Même si ce n’est plus qu’une question de quelques jours et de quelques kilomètres.

IMG_1093_003_cuisine_syrienne.jpgDu coup, nous n’avons que peu de temps pour parler avec Abdo de la passion que nous partageons. Celui-ci roule quand il le peut (pas facile en Syrie, où subsistent beaucoup d’interdictions, notamment en ville), avec une Yamaha 250 TDR qui convient aux petites routes sinueuses du Nord du pays. A peine le temps pour lui de nous décrire un peu la vie syrienne, que nous devons déjà le quitter avec beaucoup de regrets. Le temps passe si vite… Les rencontres, tout au long de ces vingt mois, auront été les meilleurs moments de ce formidable voyage. Elles restent d’extraordinaires souvenirs qui ne nous donnent qu’un espoir: rencontrer à nouveau tous ces gens des quatre coins du monde.