IMG_0114_006_mer_de_sable.jpgPlus nous roulons vers le nord de l’Égypte et plus le froid se fait sentir. Il souffle un vent de face qui doit venir de Sibérie pour nous obliger à ressortir d’abord les gants d’hiver, puis les doublures des vestes. Au rayon des désagréments routiers, voilà qu’après avoir franchit le Nil en direction d’Asyut, il nous faut maintenant et en permanence rouler à l’arrière de véhicules de police. Ces derniers se relayent à chaque ville. Certains roulent très doucement, d’autres comme des fous en nous faisant prendre des risques considérables. Et pour ce qui est de passer inaperçu, c’est loupé : sirènes et gyrophares ne font qu’attirer plus d’attention sur nous. S’ils font cela pour nous protéger, il faudrait certainement revoir la méthode !

En fin d’après-midi, à notre arrivée à Asyut, on nous mène sans nous demander notre avis devant un hôtel. Nous, nous avons prévu d’aller dormir dans le désert. Cela ne plait pas vraiment aux policiers, mais comme la route qui mène dans le désert de l’Ouest égyptien n’est pas soumise à cette règle nous imposant d’être accompagnés, ils sont bien obligés de nous laisser filer. Tout comme la commission de l’hôtelier qui leur passe sous le nez…

Même si l’endroit n’est pas des plus exotiques, ce soir nous dormons au calme au milieu de nul part. Pas de klaxon, pas de muezzin, pas de télévision qui diffuse le énième match de football dans le hall de l’hôtel, avec sa débauche de décibels.

IMG_0295_009_camping.jpgLa boucle qui nous fait traverser cette partie désertique de l’Egypte, même si elle occasionne un détour de plus de 1 000 km, va nous permettre de découvrir un autre pays, complètement différent de celui qui longe le Nil. Des gens agréables avec qui discuter un moment est un réel plaisir, des commerçants qui sont… commerçants. IMG_0245_008_desert_Blanc.jpgEt puis, une nuit dans le Désert Blanc valait bien un tel détour. Une dépression nous a fait descendre au niveau de la mer. Le sol, qui est devenu blanc, se constelle de formations rocheuses qui peuvent prendre l’aspect de gros champignons. Heureusement que les appareils photo numériques ont envoyé au rebut les pellicules : dans de tels endroits, ça préserve le budget.

Encore une fois, la route nous réserve une surprise en nous faisant traverser une véritable mer de sable. Pas des dunes comme nous avons l’habitude de voir ; ce serait plutôt cette fois une mer d’huile. Une étendue minérale plate et immense sur laquelle la chaussée semble juste posée. Malheureusement, les paysages extraordinaires ne sont pas de mise à l’approche du Caire. Des tas de gravats bordent la route sur des dizaines de kilomètres. Peut-être est-ce pour cacher les vastes terrains vagues couverts de détritus et autres sacs en plastiques que le vent agite ? L’entrée dans cette mégalopole est effrayante. On nous a parlé d’environ vingt millions d’habitants dans la ville elle-même, et autant dans la banlieue proche. Et il y a de nouvelles constructions sur des kilomètres et des kilomètres. Où cela va-t-il s’arrêter ?

IMG_9993_005_facade_de_magasin.jpgL’accès au seul « camping » de la ville nous fait contourner les pyramides de très près. Comme d’habitude, notre priorité, avant d’aller balader, est l’obtention des visas pour les prochains pays que nous allons traverser : Jordanie et Syrie. Ce seront les derniers… Nous savons que normalement, l’ambassade de Syrie au Caire ne délivre des visas qu’aux ressortissants égyptiens. Il nous faut expliquer notre cas particulier et attendre une petite heure l’accord du consul avant de pouvoir remplir nos dossiers de demande. Cependant, nous récupérons nos passeports dés le lendemain. Rapide. Une autre bonne nouvelle arrive de l’ambassade de Jordanie : nous pourrons obtenir nos visas gratuitement à bord du bateau qui va nous mener à Aqaba.

Du coup, c’est l’esprit libre que nous franchissons la porte d’entrée de l’Egyptian Museum. Ce gros et vieux bâtiment à la façade rouge recèle un véritable trésor. Une très grande partie des découvertes qui se sont succédées depuis des décennies se retrouvent « entassées » ici. Et honnêtement, cette fois, il y a bien trop à voir ! Il faudrait arpenter les allées pendant au moins un mois pour arriver à mémoriser l’essentiel. Et finalement, tout comme le contenu, le musée lui-même peut être l’attraction de cette visite. L’ambiance qui règne à l’intérieur nous fait replonger au début du siècle dernier. Ouvert en 1902, sa grande coupole, son étage percé de trouées qui permettent une vision des expositions du niveau inférieur, ses verrières sous toit qui laissent passer les rayons de lumière venant éclairer des objets et autres statues poussiéreuses, mais surtout ses vitrines en bois, fermées par des cadenas et plombées, qui elles-mêmes semblent être devenues des monuments historiques, tout contribue à ce qu’on s’attende à voir Indiana Jones bondir hors d’un bureau pour traverser une salle au pas de course. Pour peu que vous arriviez à faire abstraction de la foule qui vous entoure et du bruit conséquent.

IMG_0483_010_monumental.jpgLe plateau de Gizeh n’est qu’à quelques kilomètres du camping. Pour nous y rendre, nous prenons la moto, laissée au repos ces derniers jours au profit des taxis. Pas de chance, le parking à l’intérieur du site est interdit aux deux-roues. Pourquoi ? Nous ne le saurons jamais. Mais laisser la GS une grande partie de la journée dans la rue et sans surveillance, non ! Nous profitons donc de ce contretemps pour rouler vers des sites situés à une trentaine de kilomètres au Sud de la ville. Saqqarah et Dahshur. Manque de chance, un vent violent souffle sur le désert en soulevant un nuage de sable qui rend les visites éprouvantes. Il n’y a guère que le moment où nous nous enfonçons au cœur de la Pyramide Rouge qui nous procurera une petite pause.

C’est une marée humaine qui se bouscule à l’entrée du site, juste en face du Sphinx. Nous allons très vite comprendre ce qui arrive. Nous sommes vendredi, l’équivalent de notre dimanche. Et aujourd’hui, en plus, c’est le premier jour des vacances de février… L’accès au plateau de Gizeh, pour les Égyptiens, est gratuit ! Quelle belle occasion de venir pique-niquer au pied des pyramides… Les enfants qui escaladent les monuments sous le regard impassible des gardiens ont là un magnifique terrain de jeu. Nous nous trouvons encore une fois au milieu d’une foule énorme, harcelés par les vendeurs en tout genre, à marcher dans les détritus et la poussière soulevée par les chevaux, dromadaires et autres véhicules. Qu’un tel patrimoine puisse être géré ainsi, c’est proprement hallucinant ! C’est la foire, le souk, le bazar. Allez, laissons-nous aller : c’est le foutoir complet ! N’importe quoi ! Sans parler de la ville, qui semble vouloir engloutir et digérer les pyramides. Les immeubles les plus proches ne sont pas à 300 m de la célèbre pyramide de Gizeh. Patrimoine mondial de l’humanité qu’ils disent. Encore une fois, comment, alors que les pays du monde entier contribuent aux recherches et à la préservation de ces sites, peut-on laisser faire de telles choses ? Ces monuments ne sont- ils pas exceptionnels ? N’y a-t’il donc pas ici la dernière rescapée des 7 merveilles du monde ?

Ah ! Que l’Egypte serait belle et agréable sans ces petits désagréments… Nous pensions que notre voyage se « finirait » au pied de ces monuments en une sorte d’apothéose. C’est manqué… (Non pas que nous voulions nous arrêter ici, mais après l’Egypte, ce ne sera plus pareil. Nous avions effectué un voyage jusqu’au Sud de la Jordanie en 2002 et du coup, nous connaissons… C’est là que va vraiment commencer la route du retour).

IMG_0679_011_Ste_Catherine.jpgNous abandonnons le Caire sans aucun regret. Il y a un dernier site que nous voulons visiter avant de quitter l’Egypte : le monastère Sainte-Catherine, dans le Sinaï, au pied du mont du même nom. Pour y arriver, nous franchissons le canal de Suez… par un tunnel. Impossible de voir quoi que ce soit. Là où la route longe le canal, de grandes buttes de terre, hérissées de guérites où sont postés des militaires armés, nous en cachent la vue. Il est bien loin le canal de Panama avec les visites des écluses. Autre lieu, autre ambiance… Voilà la Mer rouge où tout est … gris. Toujours un vent de sable qui ternit le paysage. Et puis, honnêtement, la côte occidentale du Sinaï n’est pas franchement belle. Tout a été tourné et retourné. Des lignes haute-tension bordent la route et le rivage. D’immenses complexes touristiques inachevés bétonnent ce qui pourrait être beau. Sur l’eau, ce n’est pas mieux. Après les nombreux bateaux en rade dans l’attente du passage du canal, ce sont les plateformes pétrolières qui prennent le relais. C’est avec joie que nous bifurquons vers le cœur du désert. La route va se glisser entre des montagnes de roche rouge marbrée de différentes teintes. Hormis quelques oasis, c’est dans un désert minéral que nous plongeons pour arriver au monastère à la tombée de la nuit, après une multitude de contrôles de police où les mêmes questions reviennent toujours. Un havre de paix et de calme après la folie du Caire. Nous allons nous reposer un peu ici avant de nous diriger vers la cote orientale de la péninsule, pour y embarquer sur un bateau qui doit nous conduire à Aqaba en Jordanie. De l’autre coté de ce petit bout de mer Rouge.

La moto, qui a finalement effectué une traversée de l’Afrique presque sans problème est elle aussi au repos pour la journée. C’est à pied que s’effectue l’ascension du mont Sinaï. Une fois arrivé, après 2 h de marche facile, le panorama qui s’ouvre à 360° est exceptionnel.

IMG_0832_012_on_embarque.jpgQuelques dizaines de kilomètres à travers le désert du Sinaï et nous voilà à Nuweiba. En arrivant ici, nous finissons notre traversée du continent africain et comme nous le disions plus haut, c’est un peu la fin du voyage… Un dernier bain au milieu du corail et des poissons multicolores, et c’est en Asie à nouveau que notre route va se poursuivre après une traversée à bord du Shehrazade. Après seulement une heure de formalités pour sortir du pays.