IMG_0126_007_route_engloutie.jpgNotre petite équipe a embarqué sur le rafiot qui sillonne hebdomadairement le lac Nasser, entre Soudan et Egypte. Nous avons laissé nos véhicules sur le sol soudanais, sans aucune garantie qu’ils soient surveillés sérieusement, qu’ils soient embarqués dans de bonnes conditions et dans les temps sur une barge. Ca fait beaucoup, d’où une inquiétude légitime pour tous…

Nous sommes accompagnés de Marina et John, des Sud-africains voyageant en 4x4 entre Johannesburg et le Portugal, ainsi que d’Alexis, motard russe de Saint-Pétersbourg qui achève un voyage autour de l’Afrique. Le reste des passagers est constitué de Soudanais ou d’Égyptiens. La cohésion de notre groupe, pourtant improvisé, va aider à supporter les très mauvaises conditions de cette traversée. Au programme : crasse et mépris des membres de l’équipage vis-à-vis des passagers.

Après 17 h de navigation entre Wadi Halfa et le port d’Assouan en compagnie de nombreux cancrelats, il nous faut attendre 5 h supplémentaires avant de pouvoir débarquer de cette poubelle flottante… Soudain les passagers se ruent vers le contrôle de sortie en se bousculant comme des bêtes. Nous allons vite comprendre pourquoi : mieux valait être en début de file, car il va nous falloir attendre encore une heure sous le soleil avant d’être contrôlés et pouvoir enfin accéder officiellement en Egypte. Laborieux, l’accueil !

Un chauffeur de taxi nous attend. Il doit nous conduire à nos hôtels avant de nous aider, samedi si tout va bien, à effectuer les formalités pour récupérer les véhicules. Comme au Soudan, nous avons besoin d’assistance pour régler les formalités. Car tout est en langue arabe, aussi bien les panneaux censés signaler les administrations que les différents formulaires à remplir. De plus, la ville est distante du port d’une bonne quinzaine de kilomètres et les mêmes formalités imposent de se déplacer à plusieurs reprises entre les deux. Pratique.

Nous avons donc un jour d’attente à combler avant l’arrivée théorique de la barge. Nous sommes bien passé hier soir devant le fameux temple d’Abu Simbel, mais au moment où son illumination s’éteignait. Décision est prise de mettre à profit cette journée en louant, ensemble, un minibus pour se rendre au temple par la route. Nous n’avons presque pas dormi la nuit dernière, et il va falloir se lever à 2h30 la nuit prochaine. En effet, les autocars et autres minibus transportant des touristes étrangers sur cet itinéraire sont tenus de rouler en convoi à des horaires très précis… et décourageants. Car cette histoire ne laisse aux passagers que deux petites heures sur le site : c’est à prendre ou à laisser. Repasser deux fois le tropique du Cancer (après l’avoir franchit lors de notre mémorable « croisière » sur le lac), avaler 560 km et visiter le temple au pas de course, telle sera notre journée.

IMG_9384_001__Abu_Simbel.jpgC’est le genre de moment que nous attendions depuis très longtemps, Abu Simbel est grandiose, mais nous n’avons pas même le temps d’apprécier quoique ce soit, englués au milieu d’une marée humaine qui comme nous n’a que quelques dizaines de minutes pour apprécier la beauté des décorations intérieures de ce temple multimillénaire, qui de plus a été déplacé au début des années 1960 lors de la mise en eau du lac Nasser. Visite hautement frustrante, d’autant que nous ne pouvons nous empêcher de penser aux véhicules. Où sont-ils, est-ce que tout se passe bien ? Une barge passe sur le lac, face au temple. Nous faisons une photo, juste pour se rappeler à quoi ressemblent ces fameuses barges. Ce n’est qu’un peu plus tard, en triant les images, que nous nous rendons compte que par le plus grand des hasards, nous avons photographié celle qui transportait justement notre moto.

Une longue journée commence. Les formalités vont se succéder à un rythme africain, tout comme les allers-retours entre le port et la ville. Eprouvant. Heureusement, en fin de matinée, nous faisons une pause pour… aller débarquer les véhicules. Pas de casse, tout est en ordre : on respire ! Mais si pour nous tout se passe bien, il n’en va pas de même pour Alexis, notre collègue russe. Son carnet de passage en douane ne convient pas à l’inspecteur des douanes, et sa moto ne pourra pas quitter le port. Il va être obligé de se rendre en train au Caire pour obtenir un tampon auprès de l’Automobile club égyptien. Soit 2000 km et trois jours de perdus alors que tout est en règle…

Aswan 17. Non, ce n’est pas le nom d’un nouveau pharaon dont on viendrait tout juste de retrouver la trace, mais la nouvelle immatriculation que notre moto devra porter le temps de notre séjour dans le pays. En ce samedi soir, cette dernière est enfin garée devant l’hôtel. Nous allons pouvoir découvrir l’Egypte plus sereinement. Lavage, nettoyage du filtre à air, plus quelques bricoles pour que le voyage s’effectue dans les meilleures conditions mécaniques. Vient le moment d’effectuer le plein de carburant, et cette fois c’est une excellente surprise : pouvez-vous imaginer le prix du litre à même pas 30 centimes d’euros ? Bon, l’indice d’octane peut descendre à 80 seulement (mais le prix diminue encore en conséquence)… Ici, le maximum que nous ayons trouvé est du 92. Pas bon pour les sièges de soupapes de la BM…

IMG_9986_004_impressionnant.jpgCap au nord et plus précisément sur Louxor. La route suit pratiquement le Nil que l’on aperçoit de temps à autre quand les jardins hérissés de palmiers dattiers ne trouvent plus leur place le long du fleuve. Les contrôles de police se succèdent à un rythme étonnant. Ancienne capitale du temps de la splendeur de l’Egypte, la ville et ses environs concentrent une quantité de temples et tombes des plus réputés, dont Karnak, Louxor, Hatshepsout, Queens et Kings valleys. De quoi rester quelques jours sur place sans avoir le temps de s’ennuyer. Et de plus, qu’est-ce que c’est beau ! En revanche, nous découvrons dans le même temps une particularité surprenante pour l’une des premières destinations touristiques au monde : le harcèlement constant des commerçants et autres vendeurs. En permanence, des « felouque ?, taxi ?, calèche ?… ». IMG_9933_003_Louxor.jpgMieux vaut le prendre à la rigolade si l’on veut rester zen. Même les gardiens des temples et musées essayent constamment de nous soutirer quelques livres égyptiennes supplémentaires. Et pourtant, au prix où sont les visites, on serait en droit de contempler les monuments avec plus de quiétude. Même les agents de la police touristique s’y mettent en nous proposant, moyennant un bakchich, de faire des photos à l’intérieur du musée… où les photos sont interdites. On ne parlera même pas des commerçants, qui à chacun de nos passages nous poussent pratiquement à l’intérieur de leurs boutiques.

IMG_9460_002_couleurs_d__Egypte.jpgIl faut faire attention à tout. Vérifier toutes les notes et la monnaie à chaque fois, ne pas avoir peur de ressortir d’un restaurant qui ne tient pas les promesses écrites sur son menu (ce sont en général les produits les plus économiques qui manquent) ou d’un hôtel qui annonce parking fermé et wifi lors de la réservation… et qui n’offre en réalité rien de cela. Même le prix d’un kilo de banane peut être multiplié par 10 si l’on n’y prend garde. Usant.