IMG_7396_007_massais.jpgNous sommes ici au pays des Massaïs, que l’on ne manque pas de croiser tout au long de notre chemin. Bâton d’une main, parfois sagaie à l’autre, ils gardent leurs troupeaux enveloppés dans des toges aux couleurs vives, poignard à la ceinture, téléphone portable pendu autour du cou. Ah, les traditions !

Le mont Mac Kinley et l’Everest ont dû prévenir le Kilimandjaro de notre arrivée. Aussi ce dernier, comme les précédents, est-il enveloppé d’une épaisse couche de nuages pour se mettre à l’abri de nos regards. A peine pourrons-nous apercevoir un bref instant ce qu’il reste des neiges éternelles sur le plus haut sommet d’Afrique, qui culmine à quelque 5891 m d’altitude.

IMG_0457_004_marche_massai.jpgAu bord de la route, en contrebas, une explosion de couleur : un marché Massaï. Et malgré l’orage qui vient de s’abattre sur la région, il y a affluence ! Les pieds dans la boue, pas terrible pour déambuler au milieu de cette foule. D’autant que les curiosités, ici, ce ne sont pas les Masaïs mais les motards. Tous les regards étant tournés vers nous, difficile dans ces conditions de faire quelques photos discrètement. En quelques minutes, la moto est cernée par une foule de curieux qui en épluchent les caractéristiques.

Il ne nous faudra pas aller bien loin pour faire quelques photos dans une ambiance plus sereine. Un petit groupe de maisons au pied de la colline attire notre attention. La moto dévale la pente en douceur et nous voilà prêts à faire quelques clichés des habitations locales. En quelques secondes, toute une famille en sort afin de venir nous rejoindre et examiner les deux extraterrestres qui se sont posés sur leur prairie avec cette drôle de chose orange. Une fois leur curiosité rassasiée, à notre tour d’aller visiter une des maisons construite avec du bois mêlé à de la terre et de la bouse. Un toit de chaume, une cloison face à l’entrée pour couper le vent, trois petites cellules en guise de chambres et quelques pierres au milieu pour contenir un modeste feu qui fait office de cuisine. Le tout dans une obscurité à se perdre dans quelques mètres carrés.

Quelques kilomètres plus tard se pose encore une fois le problème de la visite des plus célèbres parcs du monde : le cratère du N’gorongoro, décrit dans notre guide comme la 8ème merveille du monde, et le Seringeti. Nous sommes à quelques kilomètres de ces hauts lieux de la faune africaine, et voilà que leurs prix d’entrée nous posent encore problème. Il faut dire qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère, le gouvernement tanzanien. L’argent des visiteurs est un des rares revenus du pays, donc il ne faut pas lésiner : c’est le prix fort. Prix qui nous obligent à faire un choix et à revoir nos ambitions à la baisse. Ce sera le cratère « seulement ». Et même si c’est la 8ème merveille du monde, nous on veut bien mais à 450 dollars US la journée, avouez que cela commence à faire un peu cher quand même.

Il est vrai, qu’une fois en haut, sur le bord du cratère, devant ce spectacle, nous oublions vite ces désagréments (notre budget, lui n’oubliera pas !). Face à nous, à environs 600 m sous nos pieds, s’étend une immense prairie tachée d’un lac et quelques marais. Le tout bordé par les flancs du volcan sur lesquels s’accrochent quelques arbres, dans lesquels flotte une légère brume. Le long de la piste qui longe cette crête avant de plonger dans le cratère, des buffles, éléphants et autres gazelles vont et viennent entre les étendues immenses de savane du Seringeti et ce petit paradis de verdure. Seules les girafes n’arrivent pas à franchir ces pentes abruptes. La rareté des arbres à l’intérieur du volcan ne doit pas les inciter non plus à se surpasser pour franchir l’obstacle. Obstacle qui n’effraye en rien la Land-Rover à bord de laquelle nous nous trouvons. La pente est raide et une fois en bas, nous changeons de monde.

IMG_7265_005_N__gorongoro.jpgEn fait, nous plongeons dans un film documentaire comme on peut en voir à la télé. Nous sommes sur cette vaste prairie à l’herbe verte et rase, cernés par des milliers de gnous et zèbres. Le toit ouvert de la voiture nous permet d’être debout et d’avoir une excellente vision un peu surélevée et à 360°. Oiseaux, hyènes, phacochères, buffles, rhinocéros, autruches, gazelles se succèdent devant nos yeux qui ne savent plus où regarder. Le lac principal sert de refuge à des milliers de flamands roses. Des grues, après être passées sur la voiture, se posent à quelques mètres. Malgré les drames de la vie animale qui se déroulent ici de temps à autre (il faut bien se nourrir…), il règne ici un calme, une sérénité à peine troublée par les grondements des gnous ou les cris des oiseaux. Mais les lions qui sont maintenant devant nos objectifs en train de finir de déguster un phacochère qui n’a pas été assez rapide pour échapper à leurs griffes, rappellent, si besoin était, que la faune qui nous entoure n’est pas au paradis. Il faut voir la panique que provoque le passage d’un couple de lions, pourtant repus, en balade au milieu des gnous et zèbres…

Le tonnerre gronde en résonnant dans le cratère. Impressionnant ! Le ciel se charge de ces nuages qui s’accrochent aux parois du volcan. Vous pensiez que la pluie allait faire une trêve ? Eh bien non, toujours pas. Même à ce prix-là nous sommes rattrapés par cette mauvaise météo.

Ils sont là, encore une fois. Et en nombre en plus. Mais que croyez-vous qu’ils fassent quand il pleut ? Pour se « protéger » de la pluie, ils restent sous l’eau. Décidément, pas facile à voir sur pieds, ces hippopotames ! Encore raté. Mais au fait, comment sont-ils arrivés là, eux ? On a du mal à les imaginer en train de grimper ou descendre les parois du volcan…

IMG_7365_006_pillard.jpgIci aussi le temps passe très vite. Encore plus vite à ce tarif ! Et il est déjà temps de quitter cet endroit unique au monde. Une dernière halte avant de remonter. Halte qui permet à quelques singes de s’attaquer à nous. Pas à nous directement, mais aux restes de nos victuailles de la journée. A croire qu’ils connaissent la couleur des paquets de biscuits et qu’ils sont capables de les repérer du haut d’un arbre. Les vitres de la voiture sont restées ouvertes et en quelques secondes, sans nous laisser le temps de réagir, quelques pillards s’engouffrent dans le véhicule pour nous dévaliser. Un dernier regard sur le cratère avant de redescendre… de l’autre côté cette fois.

Notre séjour en Tanzanie touche à sa fin, un peu écourté par ces contingences financières. Nous prenons la route du Nord. La route ? Ce qu’il en reste, plutôt. Les chinois sont encore là. Tout est sans-dessus dessous. Et du coup, pour nous, c’est encore de la mauvaise piste et de la poussière pour une demi-journée. Jusqu’à la frontière du Kenya.

IMG_6924_003_route_Kilimandjaro.jpgTrop tard pour entamer les formalités et rejoindre Nairobi. La prudence nous incite à attendre demain. Le soleil se couche sur la savane qui entoure le petit village de Mananga. Nous allons faire un petit tour à pieds. Les Massaïs prennent le chemin de leurs cases, les femmes aux visages bardés de bijoux pendus à leurs oreilles mutilées. Les habitants du village, eux, reviennent de l’église au bas de l’agglomération et les croisent. Un même pays, deux mondes différents (à ce sujet, il y a au moins 125 dialectes différents utilisés ici !).

Alors, que malgré les mauvaises conditions de circulation nous l’avons guetté du coin de l’œil toute la journée, du moins la couche de nuage qui l’enveloppe depuis que nous lui tournons autour, des fois que, voilà qu’il se dresse sur l’horizon, majestueux, avec un voile de nuages à mi-hauteur qui fait penser à un anneau de Saturne et contribue à donner l’impression que la montagne flotte sur la savane. Le Kilimandjaro est là, devant nous ! La neige est orange sous les derniers rayons de soleil. Il n’y a plus qu’à s’asseoir sur le mur qui longe la route et déguster ce spectacle inespéré jusqu’à ce que la nuit ne l’enveloppe à son tour. Pas le temps d’aller chercher l’appareil photo resté à l’hôtel…