Motards nomades

Motomag.com

Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 22 juin 2009

Sur l’autre rive du Mékong


IMG_2826_moyen_de_locomotion_populaire.jpgNous venons de quitter un groupe d’éléphants, qui nous a fait une démonstration de travail de force avant d’aller prendre un bain dans la rivière voisine. Alors qu’il nous faut maintenant traverser une petite chaîne de collines pour rejoindre la route principale, qui doit nous conduire à Chiang Rai, dans le Nord de la Thaïlande, nous enfilons à nouveau — et pour la énième fois — nos combinaisons de pluie. Nous ne savons plus vraiment pourquoi nous faisons cet effort à chaque déluge qui nous rattrape, car ces dernières commencent à se déchirer, tout comme les couvre-chaussures qui n’en peuvent plus non plus. Au final, nous sommes autant mouillés que si nous ne mettions rien… Quand bien même ces satanées combis seraient encore étanches, nous nous retrouverions dans le même état à cause de la chaleur et de la transpiration. Il était dit, dans cette histoire, que nous devions rester humides…

Malgré ces désagréments, notre voyage, depuis que nous sommes en Thaïlande, prend des airs de vacances comme ce n’était encore jamais arrivé. Notre pouvoir d’achat, ici, est plus confortable qu’il ne l’a jamais été. Nous pouvons nous permettre des hôtels un peu plus luxueux qu’à l’habitude et, de temps en temps, nous nous offrons un menu autre que le traditionnel « bol de riz ».

IMG_2863_bonzes.jpgChiang Rai n’a rien de spécial à nous proposer. L’intérêt de cette ville réside dans sa proximité avec des régions montagneuses et belles à souhait. Oui mais voilà : en ce moment, quand il ne pleut pas, c’est qu’il va bientôt pleuvoir ! Il n’y a aucun intérêt à parcourir plusieurs centaines de kilomètres sous la pluie et dans les nuages, lesquels s’accrochent à la cime des arbres en nous empêchant de voir quoi que ce soit. Nous revivons exactement la même situation qu’en Amérique centrale l’année dernière…

Nous avons juste le temps, entre deux averses, de nous rendre à l’extrême Nord de la Thaïlande, à la frontière avec le Laos et la Birmanie. Un point sur la rive droite du Mékong, d’où nous pouvons voir un morceau de chacun de ces trois pays. Voici le fameux Triangle d’Or, appellation qui revient en fait à toute la région couvrant une vaste surface et connue pour ses plantations de pavots. La moitié de la production mondiale d’opium proviendrait d’ici : on comprend dès lors beaucoup mieux l’appellation… qui pourtant a été donnée à des fins touristiques, afin de drainer un maximum de curieux. D’ailleurs, rien n’a été oublié pour eux. Si les rives des deux autres pays semblent assez austères, côté Thaïlande la démesure est encore au rendez-vous. Des hôtels, bien sûr, mais surtout un temple énorme en forme de bateau multicolore surmonté d’une grande statue dorée de Bouddha, et encadré par des statues d’éléphants grandeur nature. Le reste du village ressemble à un alignement de gargotes à souvenirs.

Nous fuyons cette région bien trop humide pour nous, afin de rejoindre au plus vite la frontière du Laos. Sans espérer toutefois trouver là-bas un climat plus sec… Deux étapes de quelque 400 km chacune et nous y voilà. Juste à temps pour assister au coucher de soleil sur le mythique Mékong. Il est tellement rare qu’il ne pleuve pas le soir à notre arrivée à destination…

IMG_9532_Vientiane.jpgEncore une fois, il nous faut changer de pays pour continuer notre voyage. Sortie de la Thaïlande en 10 mn, franchissement du pont de l’Amitié qui enjambe le Mékong et une quarantaine de minutes pour entrer au Laos. Il n’y a plus qu’à choisir un assureur pour la moto, parcourir une vingtaine de kilomètres et nous voilà au centre de la capitale du pays, Vientiane. Nous trouvons là quelques bonnes surprises. En premier lieu, depuis que nous sommes rentrés au Laos nous roulons de nouveau à droite. Et puis ici, les rues s’appellent des rues comme les avenues des avenues ou les boulevards, vous l’avez compris, des boulevards. Mais la meilleure surprise, ce sont ces baguettes de pain empilées sur les étalages. Vestiges de la colonisation bien appréciés, tout comme les nombreuses traductions en français.

Vientiane, petite capitale tranquille où nous allons profiter de quelques ambassades installées ici pour obtenir des visas qui nous serons utiles dans un futur proche. A ce sujet, si nous obtenons le visa pour le Cambodge dans la journée, il faut une semaine de délai pour avoir celui de l’Inde. Qu’à cela ne tienne, c’est au moins le temps nécessaire pour aller faire une balade dans le Nord du Laos.

dimanche 14 juin 2009

1864 virages et plus


IMG_2830_moine.jpgRouler. Il nous faut rouler encore un peu avant de faire une brève étape à Phitsanulok. Pas qu’il y ait grand-chose à y voir ; la ville a complètement brûlé voici une trentaine d’années. Seul un temple a été épargné par les flammes, et il se trouve que nous le visitons un dimanche matin. Un monde fou se retrouve ici en fin de semaine. Hormis l’aspect religieux (il y a là, à l’abri du bâtiment, le plus beau Bouddha de Thaïlande, resplendissant de tout son bronze doré), un immense marché propose également tous les produits locaux et une multitude de services. Et comme le dimanche à Phitsanulok c’est la fête, il y a aussi des spectacles. De quoi ravir et occuper tous ces gens venus des alentours de la ville à bord de 4x4 flamboyants, en taxi collectifs, à moto ou en tuk tuk.

Il n’y a ensuite pas long pour rejoindre Sukhothai, la première capitale Siam. Quelques kilomètres de bitume bordés de rizières.

IMG_8084_Sukhothai.jpgDepuis notre entrée en Thaïlande, disons que nous commençons à avoir vu quelques temples… Ce n’est pas ici que notre cure intensive va s’arrêter. Le plus beau site archéologique du royaume, qu’ils disent dans le guide. Et c’est bien possible. Le site est très vaste. En plus de marcher beaucoup, la moto est la bienvenue pour se déplacer d’un secteur à l’autre. Il nous semble voir ici les vestiges de ce que nous avons visité à Bangkok, tellement la concentration de monuments est intense. Sauf qu’ici, ce sont des ruines réparties sur de belles pelouses bien vertes et arborées (on sait pourquoi elles sont vertes…) et où courent des canaux couverts de fleurs de lotus en dessinant des formes géométriques parfaites. Balade reposante si l’on ose dire. Car avec les kilomètres parcourus par cette chaleur, nous ne pouvons pas dire que nous soyons dans un état de fraîcheur enviable quand nous nous replions dans notre chambre d’hôtel. Hormis le confort hygiénique qu’elles apportent, surtout avec ces conditions météorologiques, les chambres d’hôtel qui se succèdent chaque soir deviennent lassantes. Quand pourrons-nous replanter la tente ? Ici, pas de terrain de camping. Impossibilité de bivouaquer. Ce sont les rizières ou la forêt qui parait impénétrable, et la pluie bien sûr…

La dernière fois, nous vous parlions de ces concessions automobiles qui semblent se toucher toutes tellement elles sont nombreuses. N’allez pas croire qu’il n’y a que des véhicules à quatre roues ici. Bien au contraire ! Les motos sont le premier et le plus populaire moyen de déplacement. A tel point que même au supermarché, des parkings leur sont réservés. Du coup, entre chaque vendeur de voiture, il y a un vendeur de motos avec un magasin au stock débordant sur le trottoir. Seul petit couac, ce ne sont que des petites cylindrées de 100 ou 125 cm3. Les gros cubes, même s’il y en a, restent très rares.

IMG_2441_1864_virages.jpgNous allons enfin sortir de cette immense plaine monotone qui s’étend au Nord de Bangkok pour nous lancer sur la route aux 1864 virages. On nous avait promis des virages, du relief : nous allons être servis. Effectivement, après trois jours pour parcourir cet itinéraire d’un peu plus de 500 km dans le Nord Ouest du pays, nous pouvons le confirmer : ça monte, ça descend et ça tourne sans arrêt à travers ces montagnes couvertes de forêt, voire de jungle. Et même si le revêtement de la chaussée n’est pas toujours le meilleur, rouler ici est un vrai plaisir, même avec une moto trop chargée, d’autant que la circulation est bien moindre que dans la plaine. Le béton a laissé la place à des maisons de bois plus traditionnelles et les temples ont changé d’aspect sous l’influence du style birman. Nous sommes tout près de la frontière du Myanmar, ancienne Birmanie.

IMG_2483_maisons_Thailande.jpgNous savons que dans cette région, le trafic de drogue, en particulier l’opium, est intense. Évidemment, nous n’en verrons strictement rien. Ce n’est pas plus mal : paraît qu’ils ne rigolent pas, ces gens-là…

C’est dans cette partie du monde que la moto passe les 100 000 km au compteur. Jusqu’ici, en ce qui concerne sa fiabilité et nos craintes, nous ne nous en tirons pas trop mal. Espérons que cela dure encore 40 000 autres kilomètres, de quoi arriver sans encombre en France…

La route nous ramène inexorablement à la ville. Chiang Mai. Presque un « copié – collé » de Bangkok en plus petit. Beaucoup d’Européens sillonnent les rues. Les agences de voyages abondent et proposent une multitude d’activités dans la région. Nous allons faire une courte étape ici avant de continuer plus à l’Est.

Parallèlement à nos visites et au gré des connexions Internet, nous préparons toujours notre départ de cette région de l’Asie et commençons aussi à prévoir notre transfert vers l’Afrique. Pas facile, tout cela… Mais en attendant, nous profitons bien de tout ce que nous offre la Thaïlande, y compris la pluie.

Nous vous envoyons donc un nuage de bonjours ! Profitez bien du soleil en pensant que nous en aurions bien besoin un peu. A la prochaine fois, toujours un peu plus loin…

dimanche 7 juin 2009

Détails de la vie des Thaïs


Nous avons l’impression de ne plus avancer. Depuis que nous avons quitté Bangkok, notre kilométrage journalier est en chute libre. Il faut dire que la Thaïlande a tellement à offrir, qu’il serait illusoire de penser pouvoir respecter le programme que nous nous étions fixé. Des étapes que nous pensions parcourir dans la journée se font en réalité en deux jours. Et encore, c’est au pas de course que nous survolons l’essentiel ! Beaucoup de sites mériteraient que l’on s’y attarde bien plus longtemps. Et en prime, il faut aussi compter avec les découvertes tout au long de la route… Lesquelles sont loin d’être négligeables !

Les marais salants à la sortie de la capitale composent par exemple un spectacle inattendu, avec cet alignement d’étals colorés et ordonnés tout au long de la chaussée. Celle-là même qui doit nous conduire vers le marché flottant de Damnoen Saduak. En partant en milieu de journée, nous savions qu’à notre arrivée tout serait plié. Qu’à cela ne tienne, une balade dans les environs, au milieu de plantations de cocotiers et bananiers, irriguées par des canaux couverts de lentilles d’eau vertes fluo ne sera pas pour nous déplaire. Nous en profitons même pour nous reposer un peu une fois l’hôtel du jour trouvé.

IMG_1988_marche_flottant.jpgDes canaux aux berges aménagées, bétonnées et bordées de commerces en tout genre, mais surtout spécialisés dans la vente de souvenirs pour touristes, « made in ici ou juste à coté », c’est ce qui frappe le plus en arrivant. Mais en se penchant un peu sur les canaux (attention, pas trop quand même, on ne peut pas vraiment dire que l’eau y soit très claire, et y tomber serait certainement une mauvaise idée), nous sommes presque surpris d’y trouver encore autant d’authenticité. Le marché, le vrai, existe bel et bien encore. Même si les embarcations transportant les touristes sont au moins aussi nombreuses que celles des commerçants, ce que nous voyons, nous, ce sont ces barques regorgeant de fruits, légumes, chapeaux, où très souvent, une vieille femme assise en tailleur semble imbriquée dans son étalage flottant. Mais comment fait elle pour attraper les litchis à l’avant de l’embarcation, alors qu’elle est assise à l’arrière, et le tout sans chavirer ? Question existentielle…

On pourrait croire, un peu plus loin, que certaines barques prennent feu. Il n’en est heureusement rien. Ce sont simplement les barbecues ou autres marmites contenant de l’eau à ébullition qui dégagent fumées et vapeurs. Des cuisines flottantes. Il serait si simple de s’installer sur la terre ferme…Oui, mais cela obligerait le client potentiel à descendre lui aussi de son embarcation alors qu’il n’en a nul besoin, il trouve tout sur l’eau ! Logique. Evident.

Nous laissons déjà derrière nous ce festival de couleurs, d’odeurs et de bruit pour rouler encore et encore. Nous pensions en avoir fini avec les agglomérations à rallonge et pouvoir rouler un peu au milieu de la verdure. Ce sera certainement pour plus tard. On l’espère du moins. Pour le moment, la moindre ville est construite toute en longueur de part et d’autre de la route, ce qui donne des cités qui n’en finissent plus, et cette désagréable sensation de ne jamais en sortir. De plus, on ne peut pas dire que les architectes aient fait des efforts pour dessiner ces blocs de bétons infâmes, le long desquels se déroulent des milliers de kilomètres de dentelle de fils électriques emmêlés les uns aux autres. Les couleurs criardes de certaines façades, conjuguées aux panneaux publicitaires grand format, ne font que renforcer cette impression de mauvais goût. Disons que nous nous attendions quand même à un peu mieux…

IMG_7284_pont_de_la_riviere_Kwai.jpgAu même titre, on le croyait en bois et au milieu de la jungle. Et bien non, il est en béton et métal, juste à la sortie d’une ville. Nous ne pourrons pas le franchir sur notre moto, c’est un pont ferroviaire, mais au moins nous pourrons l’emprunter à pied pour franchir la rivière Kwai. Eh oui, c’est bien devant le fameux pont que les Japonais se sont obstinés à construire et à défendre lors de la Deuxième guerre mondiale, que nous faisons étape ce soir. Juste le temps de se remémorer un peu d’histoire et d’essayer, presque en vain, de revoir du fond de notre mémoire quelques images du célèbre film. Les cimetières des soldats victimes des batailles qui se sont déroulées ici, en revanche, ne sortent pas du film et nous rappellent les tragédies qui ont eu lieu partout sur la planète lors de cette sombre période.

IMG_2337_tenue_thai.jpgLa moto fonctionne parfaitement, la route n’est pas trop mauvaise, il ne pleut pas encore, nous roulons tranquillement vers Ayutthaya, qui se trouve à quelques dizaines de kilomètres au Nord de Bangkok. Si tout se passe bien, nous y serons en fin de matinée et pourrons aller nous balader dans les multiples temples cet après-midi. Ça, c’était sans compter avec la traversée de Suphan Buri. On savait, grâce à nos bouquins d’histoire, que les Romains avaient un peu la folie des grandeurs. Mais les Chinois alors ? Construire des temples comme celui qui se dresse devant nous… Ils ne sont pas fous, eux aussi ? Un dragon d’environ 15 m de haut et de quelques dizaines de mètres de long… Tout autour, pagodes et décorations aux couleurs on ne peut plus vives, statues, gongs et autres cloches, temples et tours qui dominent ce lieu de pèlerinage mais que ne renierait pas un décorateur de film à Hollywood. Voilà, il suffit de peu de choses pour « perdre » deux heures sur notre programme.

IMG_7451_GS_et_elephant.jpgDu coup, la balade à dos d’éléphant prévue cet après-midi, elle se fait sous… la pluie. Gagné ! Nous pensions qu’en changeant de monture nous allions conjurer le sort. Ben non, rien n’y fait ! Même ces pauvres bêtes à la mémoire légendaire se souviendront de notre passage et des trombes d’eau qui nous accompagnent. Avec tout cela, il est bien trop tard pour commencer notre tournée quotidienne des temples. Il nous faut, dans l’urgence, voter un budget supplémentaire pour une nuit de plus dans cette ville où les « stupas » semble avoir poussé comme des champignons et où chaque temple rivalise d’audace pour se démarquer de son voisin. Statues géantes couvertes d’or, en bronze, en nombre (un des temples, par exemple, contient dans son enceinte 48 000 statues de bouddha. Vous avez bien lu : 48 000 !), en plus des alignements de Bouddhas habillés de tissus aux couleurs orange-safran tout comme la toge des bonzes qui parcourent eux aussi cette multitude d’édifices.

En bref, et encore une fois, nous nous contentons de survoler l’essentiel… Quand la nuit tombe, vous savez, juste après la pluie, nous replongeons dans le centre de la ville, beaucoup moins propice à la méditation, mais au combien plus vivant !

Les « tuk tuk », qui semblent participer à une course permanente, se faufilent à grands coups de gaz entre les voitures et les autocars aux peintures incroyables, qui vont même jusqu’à recouvrir les pare-brises ! De l’autre côté de la rue, les lampes illuminent le marché de nuit qui borde l’axe principal de la ville et où l’on trouve tout ce qui peut être fabriqué en Asie. Et ce n’est pas rien !

Un bol de nouilles chinoises, du riz accompagné de poulet, quelques morceaux de légumes bouillis, c’est le repas typique de l’autochtone comme du voyageur à moto de ce côté-ci de la planète. A ce sujet, et après avoir eu un aperçu assez sérieux sur la question culinaire, il semble d’ores et déjà — et ce n’est pas une surprise — qu’une confirmation se dessine dans nos têtes : c’est vraiment en France, et de très loin, que nous mangeons le mieux. Pourtant nous sommes en Asie, où nous profitons tout de même d’une cuisine élaborée et variée au-delà de ce que nous caricaturons ici. Mais de Fairbanks à Ushuaia, de Brisbane à Darwin, ils ont tout oublié ? Comment peut-on se nourrir aussi mal quand par ailleurs on ne manque de rien ? Mystère.

dimanche 31 mai 2009

Bouddha roule-t-il en side-car ?


IMG_1977.side.jpgNous longeons la frontière du Myanmar avant de retrouver la côte Est de la Thaïlande. Ici, les concessions des marques japonaises de voitures se touchent pratiquement. Il faut dire que les routes sont encombrées de pickups tous plus flamboyants les uns que les autres. Si certains sont surchargés d’ananas ou de noix de cocos, les autres ne sont ici que pour transporter leurs propriétaires à la plus grande vitesse possible. A moto, il faut avoir les yeux de partout car on aurait vite fait de se faire enlever du milieu… Pour éviter les 4x4 fonceurs, il faut en prime jongler avec les… side-cars. Il y en a autant que de voitures. Les motos sont des 100 ou 125 cc et les « paniers » des constructions artisanales plus ou bien moins réussies. Les normes et les homologations étant inexistantes, on voit vraiment de tout. Comme celui-ci construit en fer à béton… ou cet autre aménagé avec une grosse glacière pour vendre des crèmes glacées, et celui-ci encore avec son barbecue fumant à l’arrière, les brochettes étant en train de cuire alors que le véhicule se déplace. Vous l’avez compris, c’est le véhicule utilitaire populaire par excellence.

IMG_6505_juste_chargee.jpgNous voulions arriver assez tard dans la soirée à Bangkok pour éviter au maximum la circulation. Et bien, il n’est pas assez tard : nous entrons dans l’agglomération 70 km avant d’arriver à notre hôtel ! Autant de kilomètres de bouchons, de feux tricolores, de croisements aux panneaux incompréhensibles, d’échangeurs en tout genre… Un concentré de tout ce qu’il faut pour se perdre dans cette ville de plus de dix millions d’habitants, et qu’évidemment nous ne connaissons absolument pas ! Il faudrait élever un monument à la gloire des inventeurs du GPS, grâce auquel nous finissons malgré tout par arriver directement devant le hall de l’hôtel qui nous avait été recommandé.

A cet instant, nous garons la moto pour quelques jours. Hors de question de se balader ici avec. Les taxis bon marché, le métro ou les bateaux feront l’affaire. Tiens, nous n’avons pas eu de pluie aujourd’hui !? Que se passe-t-il ?

IMG_6813_Grand_Palais_Bangkok.jpgCette étape à Bangkok était prévue en priorité pour préparer (déjà !) notre départ du Sud Est asiatique. Pour aller vers l’Ouest, nous sommes coincés par la Chine et le Myanmar, où il nous est impossible de circuler avec notre moto. Ce ne sera que dans un bon mois, mais mieux vaut s’y prendre avant d’entamer une boucle dans le Nord de la Thaïlande, puis au Laos et au Cambodge. En attendant c’est le week-end, nous ne pourrons pas faire grand-chose et il n’y a plus qu’à aller se balader.

IMG_6661_Wat_Phra_Kaeo_Bangkok.jpgNous commençons par le plus impressionnant, fascinant, déroutant, ou même ahurissant : le site du Bouddha d’émeraude. Une enceinte où la concentration de monuments tous plus flamboyants les uns que les autres est telle, qu’il est difficile de prendre du recul pour apprécier. Nous ne savons plus où donner de la tête. En fait, cela fait plus penser à un parc d’attraction qu’à un ensemble de temples. De plus, cette fois, nous n’avons pas réussi à éviter le flot tout aussi spectaculaire des visiteurs. « Heureusement », nos alliés les orages vont se charger d’en éclaircir un peu les rangs. Même si nous nous retrouvons avec les chaussettes trempées dans les chaussures (on se déchausse pour accéder dans le temple, donc on se mouille les pieds en allant récupérer ses pompes…) cette fraîcheur, toute relative, est bienvenue. Juste ce qu’il faut pour nous propulser devant le Grand Palais, tout aussi pharaonique. En fait, tout ceci est indescriptible. La couleur est reine, les toits semblent s’envoler, les arbres se tordent pour ressembler à des œuvres d’art. En bref, il vous faut venir voir !

IMG_6837_Bouddha_couche_Bangkok.jpgEt ce n’est pas la visite suivante au Wat Koh qui va infirmer cette description. Le temple principal renferme le plus grand Bouddha couché au Monde, datant du 18e siècle : 45 mètres de long et 15 de haut, le tout recouvert d’une pellicule d’or !

C’en est assez pour cette fois. Une balade en bateau, afin de souffler un peu, sur le fleuve Chao Phaya recouvert de plantes aquatiques qui dérivent. Le spectacle y est permanent avec ses maisons sur pilotis qui le longent, ces énormes barges attelées les unes aux autres et tractées par de minuscules remorqueurs, ces temples qui le bordent. Cela ne finit jamais…

Après avoir finalement pris contact avec divers transporteurs, nous nous apprêtons à quitter la capitale avec des devis et le prix de nos billets d’avion. Parfait ! La moto est à nouveau chargée, nous remettons nos vestes et nos casques (formidable, avec cette chaleur ! C’est encore loin l’Himalaya ?), et il n’y a plus qu’à réussir à s’extirper de cette mégalopole tentaculaire pour rouler vers de nouveaux horizons d’où nous vous expédierons certainement une prochaine « carte postale » exotique.

dimanche 24 mai 2009

Voyage dans le 26ème siècle


Sur la côte de la Mer de Chine, en Malaisie, la saison des pluies avait du mal à se terminer. Alors que nous accédons à la Thaïlande, en longeant l’Océan Indien, nous roulons à nouveau sous des orages à répétition. De ce côté-ci de la péninsule, la fameuse saison des pluies… ne fait que commencer. Comment faire pour s’y retrouver dans ce dédale météorologique, avec des saisons différentes à seulement 300 km de distance ?

Les formalités douanières entre les deux pays auront duré 40 mn tout au plus. Le carnet de passage en douane, même s’il exige des contraintes financières lourdes, facilite grandement les choses. De plus, cette fois, aucun problème pour assurer la moto : une succession de boutiques propose ce service. Il n’y a qu’à choisir celle… qui assure les gros cubes. Nos premiers tours de roue au royaume Thaï se déroulent donc le long de forêt d’hévéas, de temples bouddhistes, de villages encombrés, mais surtout sous une pluie battante. Si nous ne mutons pas en poissons pendant ce voyage, nous aurons de la chance !

Notre première étape dans ce nouveau pays va nous permettre de découvrir des réalités financières qui vont faire un grand bien à notre budget. Une nuit d’hôtel pour l’équivalent de 18 euros, petit-déjeuner compris, des repas à 1 ou 2 euros, voilà qui va nous aider à oublier plus facilement cette très, mais alors très chère Australie.

IMG_5975_Koh_Lanta.jpgNotre première visite touristique au Sud de la Thaïlande est consacrée aux îles de Koh Lanta. Pas de pont pour y accéder. Il faut emprunter des bacs d’un autre âge pour traverser les bras de mer qui séparent l’île Nord du continent, puis l’île Sud de la Nord. Des embarcations qui ressemblent moins à des navires qu’à des tas de ferraille prêts à être envoyés à la casse … Pourtant, en voyant les dates marquées sur nos différentes notes et factures, nous pensions avoir fait un bond dans le futur. 2552. Ici, grâce — ou à cause — du calendrier bouddhiste, nous avons quelques années d’avance. En voyant ces deux embarcations, nous pouvons donc en déduire que le futur ne sera pas forcément meilleur…

Si l’île Nord n’a aucun attrait particulier, la Sud, elle, aurait tendance à nous faire croire que nous sommes tombés dans un film publicitaire vantant les mérites et charmes touristiques de la région. Comme nous le disions plus haut, la saison des pluies arrive. Les touristes ont pratiquement déserté les lieux et beaucoup de petites entreprises cessent leurs activités pour trois mois. Cela nous permet, à nous, toujours un peu décalés, de profiter de tarifs plus attractifs. Nous en profitons pour nous offrir une paire de nuits dans un bungalow situé dans un « resort » en bord de plage, le long de l’océan Indien. Plus que le confort et le cadre de vie, c’est la rencontre du gérant du site qui va s’avérer passionnante. Didier, Français, vit ici depuis quatre années. Auparavant, après avoir vécu dans divers pays, il a navigué sur quatorze navires différents sur toutes les mers du globe. Mais là où le personnage devient exceptionnel, c’est quand il nous raconte son voyage entre la Thaïlande et l’Europe en « tuk tuk ». Vous savez, ces espèces de trois roues qui servent de taxi bon marché en Asie. Et bien lui, il en a ramené un jusqu’en France, et par la route ! Et comme si ça n’était pas assez loin, il a même fait le tour de l’Inde avec (ceux qui connaissent ce pays comprendront et apprécierons l’exploit) et fait un détour par le Cap Nord ! Notre voyage est décidément ponctué de rencontres extraordinaires.

IMG_6140_si_beau.sans_la_pluie.jpgIl nous faut quand même nous arracher de cette carte postale et continuer notre chemin. Mais comme la prochaine destination est elle aussi du même genre, nous consentons à faire l’effort plus facilement. On nous avait parlé de la baie de Phangnga. Des scènes d’un James Bond y ont été tournées. Bon moyen de faire connaître une région. Après être passé au niveau de la ville de Krabi, tout à coup le paysage se constelle de pitons rocheux couverts de forêt, qui émergent de la végétation tropicale. Nous roulons entre deux murs de verdure. De temps en temps, celle-ci recouvre la route en formant un tunnel. La chaussée se faufile entre les aiguilles en prenant un peu d’altitude. Pas grand monde. Cela permet de profiter un peu, et du paysage, et du plaisir de conduire.

IMG_6266_baie_de_Phangnga.jpgIl faut se lever assez tôt pour visiter la baie avant l’affluence de touristes, surtout chinois, qui arrivent ici par autocars entiers. La veille nous avons réservé une pirogue et notre guide nous attend. Il paraît soulagé en nous voyant arriver. Il faut dire qu’en cette fin de saison, les particuliers ne se bousculent pas, et comme nous ne lui avons rien versé la veille…

Deux heures de balade à naviguer entre ces pitons rocheux qui sortent de l’eau, à passer sous des arches où dégringolent des stalactites et autres draperies minérales, à longer la mangrove, à supporter le bruit infernal du moteur dépourvu de silencieux d’échappement… Eh ! On avait dit carte postale ! Tout n’est jamais parfait… Cela enlève un peu au plaisir, mais c’est tellement beau !

Un pont tout à fait banal permet d’accéder à l’île de Phuket. Si Koh Lanta nous a laissé un souvenir impérissable, ce ne sera pas le cas cette fois. Béton qui n’en finit pas, usines à touristes… Rien pour plaire. Rien, si ce n’est la concession BMW et l’accueil qui nous y est réservé, en plus de la qualité du service. En 10 mn, la moto retrouve enfin un régime de ralenti normal et régulier. Il ne faut souvent pas grand-chose pour que tout aille bien ! Et la montée qui nous conduit au sommet de la colline où à été érigé un gigantesque Bouddha qui domine la baie de Chalong, va nous le confirmer : tout va beaucoup mieux !

Nous ne nous attardons pas ici. La route risque d’être longue et encombrée pour rejoindre Bangkok, à environ 900 km.