Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 18 janvier 2010

Assaillis par les Massaïs


IMG_7396_007_massais.jpgNous sommes ici au pays des Massaïs, que l’on ne manque pas de croiser tout au long de notre chemin. Bâton d’une main, parfois sagaie à l’autre, ils gardent leurs troupeaux enveloppés dans des toges aux couleurs vives, poignard à la ceinture, téléphone portable pendu autour du cou. Ah, les traditions !

Le mont Mac Kinley et l’Everest ont dû prévenir le Kilimandjaro de notre arrivée. Aussi ce dernier, comme les précédents, est-il enveloppé d’une épaisse couche de nuages pour se mettre à l’abri de nos regards. A peine pourrons-nous apercevoir un bref instant ce qu’il reste des neiges éternelles sur le plus haut sommet d’Afrique, qui culmine à quelque 5891 m d’altitude.

IMG_0457_004_marche_massai.jpgAu bord de la route, en contrebas, une explosion de couleur : un marché Massaï. Et malgré l’orage qui vient de s’abattre sur la région, il y a affluence ! Les pieds dans la boue, pas terrible pour déambuler au milieu de cette foule. D’autant que les curiosités, ici, ce ne sont pas les Masaïs mais les motards. Tous les regards étant tournés vers nous, difficile dans ces conditions de faire quelques photos discrètement. En quelques minutes, la moto est cernée par une foule de curieux qui en épluchent les caractéristiques.

Il ne nous faudra pas aller bien loin pour faire quelques photos dans une ambiance plus sereine. Un petit groupe de maisons au pied de la colline attire notre attention. La moto dévale la pente en douceur et nous voilà prêts à faire quelques clichés des habitations locales. En quelques secondes, toute une famille en sort afin de venir nous rejoindre et examiner les deux extraterrestres qui se sont posés sur leur prairie avec cette drôle de chose orange. Une fois leur curiosité rassasiée, à notre tour d’aller visiter une des maisons construite avec du bois mêlé à de la terre et de la bouse. Un toit de chaume, une cloison face à l’entrée pour couper le vent, trois petites cellules en guise de chambres et quelques pierres au milieu pour contenir un modeste feu qui fait office de cuisine. Le tout dans une obscurité à se perdre dans quelques mètres carrés.

Quelques kilomètres plus tard se pose encore une fois le problème de la visite des plus célèbres parcs du monde : le cratère du N’gorongoro, décrit dans notre guide comme la 8ème merveille du monde, et le Seringeti. Nous sommes à quelques kilomètres de ces hauts lieux de la faune africaine, et voilà que leurs prix d’entrée nous posent encore problème. Il faut dire qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère, le gouvernement tanzanien. L’argent des visiteurs est un des rares revenus du pays, donc il ne faut pas lésiner : c’est le prix fort. Prix qui nous obligent à faire un choix et à revoir nos ambitions à la baisse. Ce sera le cratère « seulement ». Et même si c’est la 8ème merveille du monde, nous on veut bien mais à 450 dollars US la journée, avouez que cela commence à faire un peu cher quand même.

Il est vrai, qu’une fois en haut, sur le bord du cratère, devant ce spectacle, nous oublions vite ces désagréments (notre budget, lui n’oubliera pas !). Face à nous, à environs 600 m sous nos pieds, s’étend une immense prairie tachée d’un lac et quelques marais. Le tout bordé par les flancs du volcan sur lesquels s’accrochent quelques arbres, dans lesquels flotte une légère brume. Le long de la piste qui longe cette crête avant de plonger dans le cratère, des buffles, éléphants et autres gazelles vont et viennent entre les étendues immenses de savane du Seringeti et ce petit paradis de verdure. Seules les girafes n’arrivent pas à franchir ces pentes abruptes. La rareté des arbres à l’intérieur du volcan ne doit pas les inciter non plus à se surpasser pour franchir l’obstacle. Obstacle qui n’effraye en rien la Land-Rover à bord de laquelle nous nous trouvons. La pente est raide et une fois en bas, nous changeons de monde.

IMG_7265_005_N__gorongoro.jpgEn fait, nous plongeons dans un film documentaire comme on peut en voir à la télé. Nous sommes sur cette vaste prairie à l’herbe verte et rase, cernés par des milliers de gnous et zèbres. Le toit ouvert de la voiture nous permet d’être debout et d’avoir une excellente vision un peu surélevée et à 360°. Oiseaux, hyènes, phacochères, buffles, rhinocéros, autruches, gazelles se succèdent devant nos yeux qui ne savent plus où regarder. Le lac principal sert de refuge à des milliers de flamands roses. Des grues, après être passées sur la voiture, se posent à quelques mètres. Malgré les drames de la vie animale qui se déroulent ici de temps à autre (il faut bien se nourrir…), il règne ici un calme, une sérénité à peine troublée par les grondements des gnous ou les cris des oiseaux. Mais les lions qui sont maintenant devant nos objectifs en train de finir de déguster un phacochère qui n’a pas été assez rapide pour échapper à leurs griffes, rappellent, si besoin était, que la faune qui nous entoure n’est pas au paradis. Il faut voir la panique que provoque le passage d’un couple de lions, pourtant repus, en balade au milieu des gnous et zèbres…

Le tonnerre gronde en résonnant dans le cratère. Impressionnant ! Le ciel se charge de ces nuages qui s’accrochent aux parois du volcan. Vous pensiez que la pluie allait faire une trêve ? Eh bien non, toujours pas. Même à ce prix-là nous sommes rattrapés par cette mauvaise météo.

Ils sont là, encore une fois. Et en nombre en plus. Mais que croyez-vous qu’ils fassent quand il pleut ? Pour se « protéger » de la pluie, ils restent sous l’eau. Décidément, pas facile à voir sur pieds, ces hippopotames ! Encore raté. Mais au fait, comment sont-ils arrivés là, eux ? On a du mal à les imaginer en train de grimper ou descendre les parois du volcan…

IMG_7365_006_pillard.jpgIci aussi le temps passe très vite. Encore plus vite à ce tarif ! Et il est déjà temps de quitter cet endroit unique au monde. Une dernière halte avant de remonter. Halte qui permet à quelques singes de s’attaquer à nous. Pas à nous directement, mais aux restes de nos victuailles de la journée. A croire qu’ils connaissent la couleur des paquets de biscuits et qu’ils sont capables de les repérer du haut d’un arbre. Les vitres de la voiture sont restées ouvertes et en quelques secondes, sans nous laisser le temps de réagir, quelques pillards s’engouffrent dans le véhicule pour nous dévaliser. Un dernier regard sur le cratère avant de redescendre… de l’autre côté cette fois.

Notre séjour en Tanzanie touche à sa fin, un peu écourté par ces contingences financières. Nous prenons la route du Nord. La route ? Ce qu’il en reste, plutôt. Les chinois sont encore là. Tout est sans-dessus dessous. Et du coup, pour nous, c’est encore de la mauvaise piste et de la poussière pour une demi-journée. Jusqu’à la frontière du Kenya.

IMG_6924_003_route_Kilimandjaro.jpgTrop tard pour entamer les formalités et rejoindre Nairobi. La prudence nous incite à attendre demain. Le soleil se couche sur la savane qui entoure le petit village de Mananga. Nous allons faire un petit tour à pieds. Les Massaïs prennent le chemin de leurs cases, les femmes aux visages bardés de bijoux pendus à leurs oreilles mutilées. Les habitants du village, eux, reviennent de l’église au bas de l’agglomération et les croisent. Un même pays, deux mondes différents (à ce sujet, il y a au moins 125 dialectes différents utilisés ici !).

Alors, que malgré les mauvaises conditions de circulation nous l’avons guetté du coin de l’œil toute la journée, du moins la couche de nuage qui l’enveloppe depuis que nous lui tournons autour, des fois que, voilà qu’il se dresse sur l’horizon, majestueux, avec un voile de nuages à mi-hauteur qui fait penser à un anneau de Saturne et contribue à donner l’impression que la montagne flotte sur la savane. Le Kilimandjaro est là, devant nous ! La neige est orange sous les derniers rayons de soleil. Il n’y a plus qu’à s’asseoir sur le mur qui longe la route et déguster ce spectacle inespéré jusqu’à ce que la nuit ne l’enveloppe à son tour. Pas le temps d’aller chercher l’appareil photo resté à l’hôtel…

mercredi 13 janvier 2010

L’île aux épices


IMG_6767_001_Zanzibar.jpgLe panneau accroché sur le ponton de débarquement annonce « Karibu to Zanzibar » Bienvenue. Si vous n’avez jamais voyagé dans le 19ème siècle, venez donc faire un tour à Zanzibar. À la descente du bateau règne la même ambiance qui devait baigner le quai à l’arrivée des vaisseaux venus embarquer leur cargaison d’épices ou… d’esclaves. Il suffit de faire abstraction des véhicules et de quelques antennes paraboliques disgracieuses en se perdant (plus involontairement que par choix, un véritable labyrinthe) dans les ruelles étroites de la ville, avec pour seuls repères les façades de certaines maisons exceptionnelles, et vous voilà propulsé dans l’histoire. L’absence fréquente d’électricité la nuit rend le séjour en ville encore plus exotique. Ce ne sont pas les chars à bœufs croisés sur les quelques routes asphaltées de l’île qui démentiront cette illusion. Les maisons en palmes tressées ou en pierre de corail, plantées au cœur d’une végétation opulente, ne font que parfaire le tableau.

Côté plages, nous retombons dans les cartes postales avec ces étendues infinies de sable blanc bordées de cocotiers d’un côté et d’eau aux couleurs turquoise ou émeraude de l’autre, sur laquelle sont posées les boutres toutes voiles au vent léger. On ne vous cachera pas que de temps en temps il faut bien de l’eau à ce jardin exotique et que nous avons profité aussi de l’arrosage automatique. Mais pour une fois, on s’en fout : nous visitons l’île à bord d’un petit Suzuki 4x4, bien à l’abri. Une petite revanche sur la météo !

Aucun problème pour trouver à se loger dans de petits bungalows les « pieds dans l’eau » et manger du poisson à « toutes les sauces ». Ici non plus, les habitants ne semblent pas vraiment stressés… Il faut dire que les fruits semblent tomber tous seuls des arbres, tout comme les poissons de la mer. Ce qui permet de rester couché au long de la route à regarder passer les quelques touristes qui s’y promènent.

Si nous avons « souffert » pour manger pendant la plus grande partie de ce voyage autour de la planète, cela va beaucoup mieux depuis que nous sommes en Afrique. Ceci va-t-il durer longtemps ? Mystère. De plus, il est amusant de manger des fraises au dessert à cette saison. L’année dernière, au Chili, c’était les cerises… Et puisque nous parlons nourriture, la Tanzanie serait-elle le pays de la patate par excellence ? Toujours est-il qu’on en trouve de partout et que jamais de notre vie nous n’avons mangé autant de frites ! Souvenir de la brève colonisation allemande ? Cela change beaucoup du riz en sauce proposé le long des routes de l’Afrique de l’Ouest. Après une traversée retour assez agitée, (le pilote du bateau doit être un ancien chauffeur de bus), nous nous apprêtons à reprendre notre route vers le Nord.

jeudi 7 janvier 2010

Jambo !


IMG_0435_002_Super.jpgElle est toute petite, la station-service à l’entrée de la ville. Pas de queue, pas de cônes ou d’extincteurs disposés devant les pompes pour signaler l’absence de carburant. On s’arrête devant celle de super et l’air de rien, on béquille, on enlève la sacoche-réservoir et on ouvre le bouchon. Nous, la pénurie, jamais entendu parler !? Quel soulagement et quelle joie quand le pompiste, après avoir mis en place le pistolet nous demande : « Le plein ? » Ouf ! Allez, la frontière n’est plus qu’à quelques dizaines de kilomètres. Nous avons encore eu de la chance ! Après coup, nous rigolons bien en croisant les camions-citernes venus de Tanzanie pour ravitailler le Malawi comme autant de sauveurs. Nous avons évité les prix exorbitants du marché noir…

Encore une fois, les formalités aux frontières ne sont que… formalités. Les préjugés sur des douaniers corrompus en prennent un bon coup : on ne s’en plaindra pas. En plus, cette fois-ci, l’assureur local pour la moto nous propose une carte jaune. L’équivalent de notre carte verte pour l’Afrique. Plus de souci d’assurance jusqu’en Jordanie !

C’est par une belle route posée sur les crêtes des collines que nous entrons en Tanzanie. De grandes courbes se succèdent au milieu d’une végétation exubérante. Champs de thé, bananiers, manguiers… et un bel orage pour bien arroser ce décor et les deux comiques à moto qui s’y trouvent.

Accident_camion_Tanzanie.jpgLes enfants qui jouent tout au long de la route nous adressent de joyeux « Jambo ! » (Salut), malheureusement trop souvent suivi de « Donne-moi un dollar, donne-moi un stylo… » Nous imaginions ce pays couvert d’une savane plate du Sud au Nord, et nous sommes cernés de hautes montagnes (même si nous y passons des heures, on ne regarde jamais assez les cartes). La route qui va nous conduire à Dar Es Salaam, sur la côte de l’Océan Indien, va prendre toutes les formes. Beau revêtement, de temps en temps. En travaux, souvent. Criblée de trous, parfois. Encombrée de camions plus ou moins sur leurs roues, eh oui, aussi ! Dangereuse, à cause des ornières creusées par les poids lourds et des chauffeurs d’autocars qui conduisent comme des malades. Belle, enfin, très souvent grâce aux paysages quelle traverse.

La vallée des baobabs qui aurait pu être magnifique sans les travaux et les déchets jetés par les passagers des véhicules (et qui s’entassent tout au long de la chaussée, pour le plus grand plaisir des babouins) en fait partie, tout comme le tronçon d’une cinquantaine de kilomètres qui traverse de part en part le parc national de Mikumi. Encore une bonne occasion de côtoyer la faune africaine de très près et à moto, même si nos arrêts photos ne plaisent pas vraiment aux rangers qui patrouillent en permanence tout au long de la route. Nous « profitons » de « leurs » animaux sans laisser un dollar dans la caisse du parc (pour une fois que nous pouvons profiter de la nature sans se faire plumer…). C’est pas bien, ça !

IMG_7422_008_pause_a_l__ombre.jpgL’arrivée à Dar, comme ils disent ici, sera plus pénible. Alors que nous étions la plupart du temps au-dessus de 1500 m d’altitude, bénéficiant d’une fraîcheur agréable, l’approche de l’océan nous plonge comme dans une étuve. De plus, le trafic s’intensifie et les derniers kilomètres n’en finissent pas. Camions qui fument, impossibilité de doubler et embouteillages sont autant de causes de fatigue.

Avant de nous installer dans notre chambre climatisée, ce sont une « Kilimandjaro » et une « Kilimandjaro » qui seront les bienvenues. Explication : le toit de l’Afrique donne son nom à tout. Ce doit être vendeur… Pour l’heure, ce dont il s’agit, c’est d’une bière et d’une bouteille d’eau minérale. Pour ce qui est de voir cette montagne mythique, il faudra attendre encore quelques jours. Du moins, on l’espère…

Pas terrible, Dar. Ville étape encore une fois, mais où nous allons rester un peu plus qu’à l’habitude. En cause, la proximité de l’île de Zanzibar. Pas que nous avions vraiment prévu de nous y rendre. Mais sur les conseils avisés de side-caristes français passés par là il y a quelques mois, et ayant un peu de temps devant nous, nous décidons de laisser encore une fois la moto quelques jours et d’embarquer sur un bateau qui va nous mener à Stonetown, la capitale de l’Île aux épices.