Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 15 décembre 2008

Chez les Incas…


IMG_2984_vigogne.jpgNous avons plus de 500 km à faire à travers les Andes pour rejoindre Cuzco. Un kilométrage qui peut paraître modeste sachant que la journée commence dès 5 h du matin, mais quand le GPS n’indique que 280 km à vol d’oiseau, on se dit qu’il doit y avoir quelques virages et détours pour arriver à destination… Ce qui va pourtant le plus nous ralentir ce jour-là, ce sont les séances photos. Vous avez tous vu des documentaires sur ces hauts plateaux andins à des altitudes inaccessibles en Europe. Et bien après avoir grimpé, et grimpé encore, nous voilà à 4 558 m ! La pampa à perte de vue, le ciel bleu foncé, les troupeaux de vigognes (lamas) qui traversent la route à quelques mètres devant la moto, des lacs aux eaux cristallines et glaciales de chaque côté de la route, des sommets enneigés à l’horizon… Vous l’avez compris, nous sommes tombés en plein dans un documentaire du National Géographic. Impossible d’avancer plus d’un kilomètre sans s’arrêter prendre une photo. La moyenne en prend un coup. Pourquoi n’avons-nous pas bivouaqué ici la nuit dernière ? Parce que nous ne savions pas ce qui nous attendait, mais surtout parce qu’il y avait encore de la neige et de la glace ici la veille !

IMG_3559_jeunes_bergers.jpgLes meilleures choses ont une fin. Après 200 km de film en panoramique, la route plonge tout à coup dans une vallée bien moins intéressante. Il faut rouler, et rouler encore pour arriver avant la nuit. Nous avons un rendez-vous à Cuzco, et il nous faut absolument y arriver aujourd’hui. Pas facile avec ces routes tortueuses à souhait, qui jouent à saute-mouton avec des sommets trop hauts. Alors que nous pensons en avoir fini et être presque arrivés, voilà que la route part à l’assaut d’une montagne couverte d’eucalyptus et y franchit encore un col à 4 002 m. Et là, encore une fois, le spectacle prend le dessus sur la fatigue. Nous nous retrouvons pratiquement nez à nez avec une chaîne de sommets couverts de glaciers et de neige. Le soleil couchant donne au paysage encore plus de grandeur. Tout au long de la route, les maisons se confondent avec le paysage. Construites en terre et au milieu de champs labourés, seules les tuiles rouges trahissent de leur présence. Pas de fenêtre, seuls quelques plastiques essaient d’isoler l’intérieur du vent et du froid. Ici aussi, il y a deux Pérou : celui de ces pauvres gens qui essaient de survivre dans de rudes conditions, en labourant encore leurs champs avec une paire de bœufs, et celui de ceux qui leur passent à côté au volant de gros 4x4 modernes, en klaxonnant pour les écarter de leur chemin sans la moindre complaisance…

La nuit tombe vite. Trop vite pour nous qui nous retrouvons en danger de mort sur ces routes encombrées de vaches, de voitures et autres deux-roues sans éclairage… Les dernières dizaines de kilomètres sont interminables et épuisantes. Cuzco est enfin devant nous. A nos pieds en fait. Nous surplombons la ville illuminée de milliers de lumières qui s’étirent dans la vallée. Mais la pluie gâche encore une fois le spectacle, et il nous reste encore à trouver le camping.

Une grande question se pose à Cuzco. Si nous sommes ici — même si la ville est probablement l’une des plus belles que nous ayons vu depuis le début de notre voyage —, c’est pour visiter le Machu Picchu, célèbre citée Inca classée au patrimoine mondial de l’Unesco et inaccessible avec notre moto. Tellement inaccessible que le prix pour s’y rendre, en train, est lui aussi devenu inabordable. La solution, pour nous, consiste à se regrouper avec d’autres personnes, de faire le tour des agences du centre-ville et de faire baisser le prix du voyage au maximum. C’est à cela que va être employée la journée suivante. Et c’est aussi comme cela que nous nous retrouvons entassés à quatorze dans une voiture pour nous rendre au plus près du site. Encore une fois, c’est quand nous quittons notre moto que l’aventure commence.

IMG_3251_Machu_Picchu.jpgLe but est de contourner la montagne sur laquelle se trouve le Machu Picchu. Cela nous vaut 3 h 30 de goudron avec franchissement d’un col à 4 300 m, puis à nouveau 3 h 30 dans des conditions épouvantables, sur des pistes tracées à flanc de falaises, en corniches, avec des précipices qui paraissent sans fond. Il ne reste alors plus qu’une demi-heure de train pour rejoindre le petit village d’Aguas Calientes, seulement accessible par ce moyen. Quand nous y sommes, une courte nuit à l’hôtel avant de prendre un bus dès 6 h du matin. Ce dernier va nous monter au site, en une nouvelle demi-heure, par une piste en lacets sur une pente vertigineuse. Nous franchissons enfin l’entrée — au prix également exorbitant — et là, nous savons enfin pourquoi nous avons subi tout cela : cette cité posée sur une arrête de montagne, dominée par une montagne en pain de sucre et surplombant des vallées vertigineuses, est tout simplement extraordinaire !

Nous voilà enfin face au paysage qui nous fait rêver depuis tant d’années. Il est là, devant nous, ce fameux Machu Picchu ! Et largement à la hauteur de nos espérances, en prime. Les nuages qui montent de la vallée donnent au site un air mystique. Mais il faut faire vite et profiter d’être parmi les premiers visiteurs de la journée. Peu à peu, les nuages vont s’estomper pour laisser la place au soleil, mais aussi à des milliers d’autres visiteurs. La visite prendra alors des airs de galère. Après avoir crapahuté quelques heures à travers les murs séculaires, il est déjà temps de refaire tout ce chemin à l’envers. La fatigue en plus… Il nous faudra une bonne journée de repos pour digérer cette expédition, et reprendre enfin la moto pour une visite éclair de la Vallée sacrée des Incas. Vestiges, salines à flanc de montagne, routes dans des vallées bordées de montagnes recouvertes de glaciers, il y aurait de quoi passer ici de nombreuses journées sans s’ennuyer. Simple question de temps… Mais les journées défilent très vite et la fin de l’année approche. Ushuaia est encore très loin et il nous faut rouler.

IMG_3955_lac_Titicaca.jpgL’étape au bord du lac Titicaca, à 3 820 m d’altitude, va nous permettre de découvrir ses îles flottantes et autres bateaux en roseaux tressés. Calme et tranquillité assurés, avec en prime cette sensation d’être sur une autre planète. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre la frontière bolivienne toute proche (le lac se partage entre les deux pays) pour encore une fois passer à autre chose…

mardi 9 décembre 2008

Déserts d’altitude


Le contraste entre les deux pays est saisissant. Des montagnes abruptes et verdoyantes de l’Equateur, nous passons à un paysage plat et aride. Si les formalités d’entrée au Pérou ont été rapides, un problème subsiste : l’assurance de la moto est obligatoire, mais notre police française ne nous couvre pas. En règle générale, dans de tels pays, il est possible d’obtenir un contrat pour une courte durée à la frontière. Pas ici, ce qui nous oblige à nous rendre dans la première ville venue pour essayer de trouver un assureur. Et la première ville, Sullana, ne donne vraiment pas envie de s’y arrêter. Ordures le long de la route, puanteur persistante, asphalte défoncée… Nous continuons donc jusqu’à Piura, où règne une ambiance à la Mad Max. Dans un délire de klaxons, le moindre centimètre carré de chaussée est convoité par les automobilistes, qui n’hésiteraient pas à nous pousser si jamais nous laissions le moindre espace entre notre moto et la voiture qui nous précède.

Qu’importe l’hostilité des lieux, il nous faut régulariser notre situation au plus tôt car les policiers connaissent le problème et nous attendent à coup sûr le long de la Panaméricaine. Oui mais voilà : nous sommes samedi et les bureaux sont fermés. Après avoir gaspillé beaucoup de temps, nous finissons par trouver une parade : se rendre dans un commissariat de police afin de déclarer la perte de nos documents d’assurance… Moyennant quelques dollars, nous obtenons notre déclaration couverte de tampons on ne peut plus officiels. Ce qui nous donne quelques jours pour trouver une solution et nous permet de fuir cette ville horrible en direction du Sud. Avec l’espoir d’y trouver plus de quiétude.

IMG_2363_desert_de_Sechura.jpgLa traversée du petit désert de Sechura, au Nord-ouest du pays, va nous apporter un peu de tranquillité. Grandes étendues arides entrecoupées de champs de maïs ou de canne à sucre qui auraient tant besoin d’eau… De temps à autre, de petites dunes bordent la route en essayant parfois de la traverser. Nous ne sommes pas très loin de la côte Pacifique, et la route ressemble beaucoup à celle qui traverse le Nord de la Mauritanie. Le soir, nous avons carrément l’impression d’avoir passé une journée en Afrique. Seule la ville de Trujillo et son tumulte nous rappelle que nous sommes bien en Amérique du Sud. Cette étape aurait pu être agréable si, comme nous l’avions prévu, nous avions passé notre temps entre entretien de la moto et visites des sites archéologiques voisins. Mais cette histoire d’assurance vampirise notre temps et notre énergie. Il va nous falloir la journée et une grosse colère pour obtenir les précieux papiers. On se console un peu en récupérant pratiquement la moitié de la somme initialement prévue. Encore une fois les locaux ont essayé de nous « truander », mais leur inefficacité les a fait perdre.

Nous quittons cette ville au plus vite, bien qu’un pont détruit nous oblige à un détour de plus de 80 km. Nous pensions la partie désertique traversée : il n’en est rien. Cela continue même de plus belle ! Montagnes arides, grandes étendues sans végétation, lits de rivières asséchés… Nous traversons ce décor dans des nuages de poussière soulevés par les nombreux camions qui, comme nous, roulent sur la piste qui fait office de déviation. En fait, nous n’allons plus quitter ce paysage jusqu’à Nazca, au sud de Lima. Mais avant d’y arriver, nous allons faire une étape dans la capitale.

De France, on imagine une belle citée accrochée aux montagnes qui bordent l’océan. Aïe aïe aïe !!! 40 km d’agglomération avant d’arriver au centre-ville. Des habitations de bric et de broc s’enchevêtrent dans un désordre quasi-total. La pollution recouvre la ville en lui donnant un air encore plus sinistre. Pour nous, depuis quelques jours, le Pérou, ben, ce n’est justement pas le Pérou… Et pour quitter cet enchevêtrement, il nous faudra une heure et demie ! Pas de signalisation de direction, grandes avenues qui se finissent en cul-de-sac… Bref, nous sommes bien contents de retrouver nos vastes étendues désertiques.

IMG_2742_bivouac_Paracas.jpgUn bivouac sur une falaise le long de l’océan, dans le parc national de Paracas, va commencer à nous faire apprécier le pays. Il était temps, car nous envisagions sérieusement d’écourter notre séjour ici pour fuir vers des contrées plus hospitalières. Les collines couvertes de pierres roses qui viennent se jeter dans les eaux limpides de l’océan, l’accueil qui nous est réservé au « visitor center » du parc ajoutés à un bon poisson dans l’assiette à midi vont nous inciter à réviser notre jugement. Nous roulons tout l’après-midi dans des décors féeriques. À notre droite, des dunes immenses s’élèvent entre la côte et les montagnes. Sur la gauche, les couleurs chaudes et vives du relief annoncent un arrière-pays somptueux. Avant de s’y enfoncer, nous filons vers le Sud en direction d’un des plus grands mystères de notre planète : les lignes de Nazca.

Nous venons de suivre quelques petites vallées verdoyantes bordées de collines, au travers desquelles une route au revêtement parfait décrie de magnifiques courbes. La moto file à travers ces paysages d’un autre monde en emmagasinant les images. Puis la chaussée devient rectiligne et traverse une étendue sans fin bordée de montagnes rouges. Le soleil commence à descendre. Une tour est plantée là, au milieu de nulle part. Il suffit d’y monter pour voir deux figures tracées depuis des siècles sur le sol. Nous sommes sur le site des fameuses lignes de Nazca. Le spectacle prend toute sa dimension quand le lendemain, nous embarquons à bord d’un petit avion. Bon, il faut avoir le cœur bien accroché pour apprécier le spectacle. Entre les turbulences et les virages sur l’aile, un coup d’un côté, un coup de l’autre pour que tout le monde voit bien, mieux vaut avoir l’estomac vide. IMG_2829_lignes_de_Nasca.jpgLes figures telles le colibri, le singe, l’astronaute et bien d’autres apparaissent comme il était prévu qu’elles se voient : du ciel. Mais à l’époque où elles ont été tracées, pour qui ? Et puis un astronaute, y en avait-il en ce temps-là ? Plus impressionnantes encore, ces grandes lignes tracées sur le sol et partant à l’infini, qui dessinent ces figures géométriques mystérieuses. Pourquoi ? Comment ? Un petit vol d’une demi-heure qui donne à réfléchir longtemps.

Le temps de la réflexion passé, nous attaquons un « plus de 4 000 m ». C’est ainsi que nous appelons les cols que nous franchissons au-dessus de cette altitude. Plaisir maximum sur cette route parfaite et sous un ciel d’un bleu profond. Nous enchaînons les virages quand à la sortie de l’un d’eux, nous nous trouvons nez à nez avec une femme… portant un drapeau bleu-blanc-rouge devant la figure. C’est quoi cette affaire !? Nous passons à côté de ce qui s’avère être un tandem d’un genre inconnu. Nous le saurons désormais ; il existe des gens bien plus fous que nous (ça rassure un peu…) qui pédalent dos à dos. Et comme si ce n’était pas assez difficile comme cela, ils sont couchés. Des fous, on vous dit !!! Et d’où vous voulez qu’ils viennent ? Du Sud-est de la France, pardi ! Ces Montpelliérains d’un certain âge font une balade de santé de quatre mois à travers les Andes. Séance photos obligatoire.

Nous achevons cette journée par un bivouac qui paraissait sympa, auprès d’une auberge isolée, mais qui malheureusement nous laissera avec les cordes de la tente coupées au petit matin…