IMG_1060_route_Costa_Rica.jpgAvant de partir, nous disions souvent : « Nous avons rendez-vous avec des gens aux quatre coins de la planète, mais nous ne savons ni qui ils sont, ni où et quand nous allons les rencontrer. » Et des rencontres, depuis le début du voyage, nous en avons fait énormément. Des motards, des non-motards, des gens de tous horizons... Il suffit d’être à un endroit précis à un moment précis pour que le programme de la journée soit chamboulé et que notre carnet d’adresses s’enrichisse encore.

Nous sommes chez le représentant de la marque de notre appareil photo à San José, Costa Rica. Le boîtier n’a pas apprécié les expositions répétées à la pluie. Comme nous attendons le verdict du technicien, un homme nous aborde : « Je vous ai entendu parler français. » Luis, âgé d’une soixantaine d’années, parle parfaitement notre langue. Et Luis, il aime parler ! Il faut dire qu’il a eu une vie trépidante, capable de remplir un bon gros livre. Etudes en France, vice-ministre de l’agriculture au Nicaragua, propriétaire de 90 boucheries à travers le Costa Rica, d’un hôtel, d’un restaurant, d’une ferme, de plusieurs maisons, et nous en oublions. En plus, Luis, il connaît Sisteron ! Bon, nous sommes convaincus depuis longtemps qu’il n’y a pas de hasard, et le soir même c’est autour d’une bonne table que nous faisons plus ample connaissance. Soirée qui se concluera par ses mots : « Dommage que j’ai certaines contraintes, sinon j’aurais bien fait un bout de route avec vous en Amérique du Sud… »

IMG_1014_couleurs_palmiers.jpgJustement, il serait temps d’y penser, à l’Amérique du Sud. Même si elle n’est plus très loin, il va falloir s’extirper de San José au plus vite avant que tout soit inondé : le record historique de quantité d’eau tombée sur la ville en 24h a été pulvérisé hier. Pourquoi pensiez-vous que nous restions plantés là ? Bagages enveloppés dans des sacs plastiques, tout comme nos chaussures (il y a longtemps que nous avons réexpédié nos protège-bottes à la maison, ceux-ci étant bien trop encombrants), combinaisons de pluie sur le dos, nous quittons la ville sous un véritable déluge et filons vers les montagnes. Le col qui permet de basculer sur le versant Atlantique du pays, se franchit en fait par un tunnel. Passé ce dernier, la pluie se calme et laisse doucement la place au brouillard et à la chaleur. Nous plongeons carrément dans la jungle. Toute la descente se fait au travers d’une végétation luxuriante qui, semble-t-il, ne demande qu’à envahir la chaussée. La moto marche parfaitement et avec ce changement climatique inespéré, nous reprenons plaisir à rouler sur ces routes sinueuses à souhait, dans des décors exotiques comme on peut en rêver. Mais comme d’habitude, tout ne peut être parfait. Nous circulons sur l’axe reliant la capitale au principal port sur l’Atlantique, à savoir Puerto Limon. Et plus nous approchons de cette ville, plus il y a de camions. Nous savons maintenant d’où viennent les bananes et autres ananas que nous mangeons en France, car nous en aurons vu des conteneurs siglés des grandes marques fruitières… D’ailleurs, la grande plaine que nous traversons maintenant est couverte de ces cultures, et de bien d’autres que nous ne reconnaissons pas.

IMG_3532_couleurs_caraibe.jpgLa mer des Caraïbes est enfin devant nous, avec ses plages de sable fin bordées de cocotiers s’étirant à n’en plus finir. En prime, il y a du ciel bleu avec du soleil — nous avions oublié que cela existait !!! Il n’y a plus qu’à trouver un toit pour la nuit dans ce petit paradis. Paradis qu’il nous faut pourtant quitter dès le lendemain, car il est temps de nous rendre au Panama. Bien contents d’avoir échappé aux inondations, nous quittons le Costa Rica avec beaucoup de regrets et le sentiment de ne rien avoir vu de ce si beau pays.

Le voici devant nous, ce fameux pont de chemin de fer désaffecté qui sert de passage entre les deux pays. On nous en avait parlé, mais les descriptions sont bien en deçà de la réalité. L’ouvrage est digne d’un décor de film pour Indiana Jones. Il n’est pas rouillé, il est prêt depuis très longtemps à s’écrouler ! Les planches des deux côtés des rails sont si mal ajustées qu’un pneu de moto peut s’y coincer. Et gare où l’on met les pieds en cas d’arrêt au cours de la traversée ! Il est facile d’envoyer la jambre dans le vide et de basculer. Chris va d’ailleurs faire le trajet à pieds : ce n’est guère plus sûr, mais mieux vaut limiter les risques. Les formalités seront en revanche vite expédiées des deux cotés.

IMG_1200_le_Panama_et_ses_ponts.jpgLa route que nous devons maintenant emprunter n’apparaît sur aucune carte en notre possession, pas plus que sur notre GPS. Nous roulons donc plein sud dans l’attente d’un croisement qui pourrait nous ramener vers l’ouest, autrement dit vers la Panaméricaine. En attendant, nous longeons la côte dans des paysages que nous imaginons similaires à ceux découverts par Christophe Colomb et ses équipages à leur arrivée. La mer bleu turquoise est parsemée d’îles couvertes de végétation tropicale, où il ferait certainement bon se reposer quelques jours...

Un choc suivit d’un bruit violent nous tire de nos rêveries: nous venons de heurter un morceau de ferraille qui trainait sur la chaussée. Éjecté par le pneu avant, celui-ci est allé trouer la protection placée sous la béquille centrale, avant d’aller finir sa course dans le bas-côté. Plus de peur que de mal. Il est déjà tard quand nous nous engageons enfin sur cette route qui devenait inespérée. Encore une centaine de kilomètres pour rejoindre la ville de David, située non loin de la côte Pacifique. En temps normal, une heure et demi suffiraient pour couvrir cette distance. Mais depuis que nous arpentons l’Amérique centrale, nous avons appris que les déplacements s’y calculent en temps et non en kilomètres. Très vite nous commençons à gravir les montagnes sur une voie très sinueuse, au cœur d’une jungle dont les arbres les plus hauts semblent retenir les nuages. En fait, nous allons rapidement plonger dans un brouillard épais, qui ne permet plus que de rouler au pas. Et ce trajet qui ne devait être qu’une formalité devient une vraie galère... Entre la nuit qui tombe trop vite, les camions qui nous foncent dessus dans les virages qu’ils prennent à leur gauche, et l’état de la chaussée qui après toutes ces pluies a tendance à s’affaisser en créant de véritable marches, c’est un parcours du combattant que nous effectuons. Et rien ne serait complet sans la pluie qui s’en mêle à nouveau, bien sûr.

Après cette liaison, nous pensions avoir mérité un peu de tranquillité : il n’en est rien. Nous surprenons un employé de l’hôtel, nous croyant absents, en train de « visiter » la moto. Police, blablabla… et pour finir, la fatigue aidant, Alain efface un dossier de photos, celui contenant les images du fameux pont, avant de les avoir enregistrées ! Il y a des jours comme ça... Rien de grave, bien sûr, mais le cumul de ces mésaventures devient un peu usant. Et la journée du lendemain ne va pas nous aider à aimer le Panama. La Panaméricaine, tantôt à deux voies tantôt à quatre, avec par moment un bon revêtement et parfois une succession de trous, va nous faire connaitre la police du pays. Plus corrompue, il ne doit pas y avoir…

IMG_1274_bus_dans_Panama_city.jpgNous roulons à la même vitesse que les autres véhicules. De l’autre côté de la voie, un flic discute avec un automobiliste. La seule vision de notre moto le fait bondir et il nous fait signe de nous arrêter. « Excès de vitesse » prétexte ce dernier tandis que son pistolet radar est resté posé sur le toit de sa bagnole, à bonne distance de lui. Et alors même que nous suivions une voiture, et qu’il ne pouvait donc pas nous contrôler. Il nous informe qu’il va garder le permis de conduire d’Alain pour être sûr que nous allons bien payer l’amende. Pour cela, il faut retourner à David et attendre lundi matin. Impossible pour nous, et il s’en doute bien. Voilà comment 20 $ sont tombés directement dans la poche de cet enfoiré. Pas terrible, comme rendez-vous...

Ce même jour, nous retrouvons Pascal, Vanessa et Mike qui ont finalement réussi à passer par la côte Pacifique. L’après-midi va se répéter la même histoire. A croire qu’ils organisent un concours à celui qui ramasse le plus d’argent en provenance des motards. Sauf que cette fois-ci l’histoire prend de telles proportions que nous ne payons pas…

IMG_1190_canal_de_Panama.jpgNous pensions rester un moment à Panama city, le temps de trouver une solution au transport de la moto vers l’Amérique du sud. Le dimanche est consacré à la visite du canal. Impressionnant de voir ces navires passer d’un océan à l’autre pratiquement à travers champs ! Le ballet des locomotives qui tractent ces immeubles flottants, à travers des écluses où il ne doit pas rester 20 cm de chaque côté de la coque de certain navires, est un vrai spectacle. D’ailleurs, pour les visiteurs, des terrasses ont été aménagées en surplomb de la plus célèbre d’entre-elles : l’écluse de Miraflorès. Pendant la durée des manœuvres, tout est commenté en anglais et espagnol.

IMG_1187_pont_Los_Americanos.jpgLe lendemain, direction l’aéroport. Et là encore, tout va très vite. Les motos peuvent partir dès demain soir pour Bogota en Colombie. Le temps pour nous de trouver des billets pour la même destination, et nous confirmons. Entretemps nous rencontrons Peter, qui vit dans le Vaucluse et envoie lui aussi sa moto là-bas. Le mardi matin, livraison des machines. Il n’y a plus qu’à attendre patiemment le lendemain en espérant que tout se passe bien pour elles, sans savoir vraiment ce qui nous attend de l’autre côté, en Colombie…