Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 27 juillet 2009

Quand la santé dérape…


005_transport_en_commun.jpg Il est temps de quitter Kathmandou pour rejoindre l’Ouest du Népal puis l’Inde. De passages de cols — où la circulation des camions et des autocars est carrément démente — en paysages paisibles de rizières et de montagnes, nous faisons un détour par la ville de Pokhara, plantée au bord d’un lac où devraient se refléter les pics enneigés. L’itinéraire longe en effet les plus grands sommets du Monde. La chaîne de l’Himalaya est là, juste au Nord de notre chemin. Mais depuis que nous sommes arrivés, elle se dissimule sous une épaisse couche de nuages. De plusieurs endroits, il est théoriquement possible de voir l’Everest… quand le temps est dégagé. Ici, c’est le début de la mousson. Nous le savions, mais c’est aussi la bonne saison pour aller au Ladakh. Juste une histoire de compromis. Toutes proportions gardées, la plus haute route du Monde est comme la plus haute route d’Europe, la Bonnette, ouverte quelques mois dans l’année juste après la fonte des neiges et avant les premières chutes. Il nous faut donc nous mouiller pour aller ensuite nous geler au soleil… si les premières montagnes arrivent bien à retenir les nuages.

Nous empruntons ce qui paraît être de grands axes sur la carte. On pense à chaque fois s’être trompés tant elles sembles improbables, mais ce sont bien là les routes principales. Nous demandons confirmation à chaque occasion. A ce train-là, ce sont bien plus les heures que les kilomètres qui défilent. Demain, tout ira mieux, c’est sûr. Un grand trait orange bien net et large relie l’Est à l’Ouest du Népal. Du moins sur la carte… On peut y croire. Demain soir nous serons à la frontière de l’Inde. Nuit dans une chambre sordide d’un hôtel miteux de Butwal, ville étape pour l’occasion.

001_Chris_et_ses_nouveaux_potes.jpgPoint au cœur. Difficultés à respirer, fatigue intense. Christine n’est vraiment pas bien ce matin. Pour ne pas dire carrément mal en point. Que faire dans cette ville qui aurait pu servir de décor pour des scènes du film « La cité de la joie » ? Un toubib, l’hôpital ? Pour en connaître les conditions d’hygiène et la pauvreté des soins, nous n’y tenons vraiment pas. Coup de téléphone à l’ambassade de France à Kathmandou pour essayer d’avoir un rendez-vous avec le médecin français qui y travaille. « Rappelez plus tard s’il vous plait. » Grand moment de solitude.

004_Piste_sympa.jpgEn tirant au plus court, nous sommes à moins de 400 km de Kathmandou. Décision est prise de rebrousser chemin pour y être dans l’après-midi. Le fameux trait orange — vous savez, sur la carte —, et c’est ma foi vrai : on y roule assez bien. Reste ensuite à emprunter l’axe principal entre l’Inde et la capitale du Népal. Eh, c’est une plaisanterie !? Ce n’est tout de même pas ce petit chemin régulièrement emporté par des glissements de terrains, et qui grimpe dans les montagnes comme s’il allait gravir l’Annapurna ? Mais si, c’est ça. Il faut y aller. Et surtout, ce n’est pas le moment de flâner, car si nous avons parcouru les 250 premiers kilomètres à une moyenne honorable pour le pays, cette dernière va chuter lourdement. Il va nous falloir cinq heures pour faire une petite centaine de bornes. Quel dommage que ce soit dans de telles circonstances ! Car qu’est-ce qu’elle est belle cette petite route de montagne qui serpente entre les cols et au cœur de forêts ! Mais pressés comme nous le sommes, tous ces petits virolos deviennent pénibles et n’en finissent jamais. D’autant qu’il nous faut à tout prix arriver avant la nuit et qu’il fallait bien que la pluie s’en mêle un peu aussi. Quand nous rejoignons enfin la route d’accès à la ville, avec son fameux col à franchir, le plus dur et le plus dangereux reste à faire. Il va falloir se débattre pour ne pas se faire exterminés par un camion fou ou un autocar en délire. Et il y en a !

003_pret_a_repartir.jpgAu fait, on ne vous a pas dit : nous avons rappelé l’ambassade en milieu de journée. Plus de médecin en poste actuellement. La nuit est tombée quand nous arrivons enfin dans le fief touristique du Népal. Il nous faut prendre une décision. Pas facile. Nous savons bien que pour un diagnostic, il est nécessaire de pratiquer des examens. Aucune envie de se faire piquer ici. Le plus sage est de rentrer en France. Après plus de quatorze mois de voyage, des moments de vie intenses, la décision du rapatriement, même si elle est difficile, n’en reste pas moins incontournable et surtout prudente. Un billet d’avion est rapidement trouvé pour le surlendemain. C’est quand même formidable : où que nous soyons sur la planète, on peut être de retour à la maison en à peine plus de 24 h ! Quelle époque extraordinaire malgré tout !

Nous avons engagé beaucoup trop d’argent en transportant la moto ici pour en repartir aussitôt. Deuxième décision : Alain va rester au Ladakh tout seul. C’est le moment où jamais. Les conditions ne seront jamais plus réunies comme cela. Dans quelques semaines, nous verrons bien ce qu’il va advenir de la fin de notre voyage extraordinaire, qui devait se terminer par la traversée de l’Afrique. En attendant, Chris, en embarquant dans l’avion, a lancé un dernier « Namasté » au Népal. L’aventure continue malgré tout.

lundi 20 juillet 2009

Namasté !*

  • * expression népalaise qui sert à dire bonjour, au revoir, merci…


Nous disions que notre voyage risquait très prochainement de retrouver un certain parfum d’aventure : nous ne pensions pas si bien dire. Mais reprenons notre récit là où nous l’avions interrompu…

Au sortir de l’avion qui vient de nous mener au Népal, la passerelle nous conduit directement sur le tarmac. Ici pas de fioritures, et les équipements sont du genre « minimum vital ». Cela n’empêche pas la rapidité des formalités. Première désillusion : nous espérions qu’à 1300 m d’altitude, au pied de l’Himalaya, nous allions trouver un peu de fraîcheur. Eh bien non. Il fait chaud, encore et encore. Bon, on ne va pas vous dire qu’ici, il pleut aussi, ça devient lassant.

000_La_moto_indienne.jpgCe matin au départ de la Thaïlande, c’était dans une voiture flamboyante (là-bas les taxis sont multicolores et de couleurs vives, comme des bonbons Smarties évadés de leur paquet) et en parfait état que nous roulions vers l’aéroport hyper moderne de Bangkok. À présent, nous ne pouvons pas nous empêcher de rigoler en voyant la toute déglinguée et minuscule Maruti-Suzuki qui nous attend devant l’aéroport de Kathmandou. En à peine 2 h 30 de vol, nous avons encore complètement changé d’univers. Nous voilà replongés dans ce monde à part que nous avions découvert en 2004, lors d’un voyage en Inde. Nous savons ce qui nous attend ici : circulation la plus dangereuse de la planète, pollution, problèmes pour trouver des chambres décentes, pour se loger et pour se nourrir… Bref, nous ne pensions pas revenir dans cette région aussi vite, pour ne pas dire que nous ne tenions pas à y revenir. Mais le Ladakh nous incite à nous surpasser et surmonter tous ces désagréments. En attendant, on pouvait espérer que le Népal, bien que frontalier, pouvait être différent de l’Inde. Eh bien non, c’est comme là-bas. Nous sommes dans la capitale, et pour le moment nous ne manquons de rien. Le tourisme a modelé Thamel, le quartier du centre-ville à l’image d’un lieu hautement touristique. A tel point, que l’endroit en devient invivable pour nous. Sono à fond tous les soirs pour ravir les jeunes voyageurs, partis sur les traces de leurs parents baba-cool des années 60/70.

006_Kathmandou.jpgNous ne perdons pas de temps et mettons à profit le délai de transport de la moto pour visiter les principaux sites de la ville. Il faut s’accoutumer aussi aux conditions de vie des Népalais… et aux coupures d’électricité. Du coup, des tâches simples comme charger des batteries, lire nos mails ou préparer l’itinéraire deviennent problématiques. Et dire que nous sommes dans la capitale ! Que nous réserve l’avenir ?

La moto arrive 24 h après nous, et nous pouvons la récupérer dès le lendemain matin. Encore un petit coup de taxi pour rigoler ? On se marre beaucoup moins en voyant que ce dernier ne sait même pas où se trouve la zone de fret de l’aéroport, pourtant pas bien grand… A force de recherches, nous finissons par y arriver. Il faut maintenant commencer un marathon administratif inextricable, à moins de louer les services d’une personne initiée. C’est même incontournable, sinon comment remplir un formulaire en népalais ? Comment savoir dans quel ordre récolter les signatures, coups de tampons et autres inscriptions dans une multitude de registres ? Quand la procédure est bien avancée, notre caisse arrive enfin. Tout un attroupement se concentre autour. Que peu bien contenir un aussi gros colis ? On dirait un groupe d’enfants devant un cadeau de Noël. Quelques coups de pied de biche et la moto apparaît. Les sangles sont coupées et nous pouvons enfin procéder à la remise en route. Il faut déposer le réservoir pour reconnecter la batterie. C’est en retirant la vis de fixation que, stupeur, je découvre qu’un câble d’accélérateur est tout effiloché. Cela me contrarie pas mal, d’autant que la moto a été révisée par BMW à Bangkok. Même si nous avons la pièce en question, va se poser le problème de la synchronisation de l’injection après le remplacement.

007_Faut_rouler_la_dedans.jpgIl nous faut une bonne heure pour rebrancher la batterie, remonter la bulle, les protèges-mains, le porte-bagages et remettre sacoches et coffres en place. Entre-temps, un douanier est venu vérifier que les numéros de moteur et de châssis sont bien ceux notés sur le carnet de passage en douane, afin de nous tamponner ce dernier. Quand tout est prêt, il ne nous reste plus qu’à essayer de rejoindre notre hôtel, avec une moto qui ratatouille à nouveau autant qu’elle le peut. C’est alors que je me rends compte de l’absence des rétroviseurs… Rangés au fond d’un des coffres, je les ai, dans l’élan, complètement oubliés. Nous voilà donc dans les embouteillages et la circulation de folie du centre de Kathmandou, avec une moto sans rétro alors qu’il arrive des véhicules dans tous les sens (comme si tous les chauffeurs — ou plutôt les chauffards — voulaient nous foncer dessus), un moteur qui ne demande qu’à s’arrêter au moindre ralentissement, le tout avec les problèmes d’orientation (aucun panneau indicateur). C’est déjà pas mal hein !? Et bien non, il manquait un petit plus. Histoire de rajouter un peu de piment, le voyant de charge de la batterie qui s’allume d’un rouge vif éblouissant… Coup d’œil à l’indicateur de charge du GPS : à peine 11 volts. Elle démarre fort notre aventure himalayenne !

Ici, inutile de chercher une représentation BMW ou simplement un mécanicien. Le parc moto, comme dans le reste de l’Asie, est composé de petites 125 ou 150 cm3 monocylindres. Nous passons voir le chef d’atelier de la concession Honda. Il nous propose un rendez-vous pour le lendemain matin. Nous aurons donc l’outillage minimum et un espace pour nous installer. En attendant, projetant d’ici quelques semaines de quitter l’Asie pour l’Afrique au départ de Kathmandou, afin d’éviter d’aller à Dehli, nous commençons à prospecter les transitaires et autres agences de voyage. Nous avons de la chance, car grâce aux infos de Marie et Brian, nous trouvons vite un interlocuteur sérieux qui très rapidement va nous transmettre un devis pour le transport de la moto. Idem pour nos billets d’avion. Nous savons d’ores et déjà que nous pourrons nous échapper de ce bout d’Asie verrouillé par un Pakistan en crise. Sans oublier l’Iran un peu plus loin…

Nous voilà à la concession Honda bien avant l’heure du rendez-vous. Pour rien. Après avoir attendu plusieurs heures, on nous annonce que l’on ne peut rien pour nous… Sympa ! A force de recherches, on nous indique un atelier ou, soit-disant, sévit un « maître » mécanicien. Il nous attend. À nouveau nous nous lançons dans cette circulation de dingue dans une ville que nous ne connaissons pas, avec un vague point fluo marqué sur un plan touristique. Bien entendu, nous ne trouvons pas du premier coup… Coincés dans les embouteillages inextricables, je vois la tension de la batterie diminuer à vue d’œil. Et ce qui devait arriver arriva. La moto s’arrête au beau milieu du flot de voitures inertes. Il nous faut la mettre sur le trottoir et partir à la recherche de la bonne adresse. A 600 m d’ici… Pousser la moto à contresens sur le trottoir, envahi de motos qui l’empruntent pour se soustraire des encombrements, va se révéler épuisant. Il fait très chaud et l’effort est intense.

002_En_panne.jpgLe « maître » mécano ne sera là que pour nous prêter quelques outils, nous regarder travailler ou, tout au plus, nous prêter ses dix doigts quand nos vingt ne suffisent plus. Par chance, avant le départ, nous avions glissé sous le réservoir quelques pièces de rechange tels les câbles d’accélérateur et la courroie de l’alternateur. Et c’est justement cette fameuse courroie Poly-V qui a lâché après s’être totalement effilochée. En une paire d’heure, la moto est réparée. Un seul problème subsiste : la fameuse synchronisation, déjà si délicate en temps normal. Pas d’outils pour remédier à ce problème. Je fais ça à l’œil et finalement, ça ne marche pas trop mal. Espérons qu’à plus de 5000 m d’altitude, tout ira aussi bien.