Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

dimanche 13 décembre 2009

D’un désert à l’autre


IMG_9741_006_poussiere.jpgNous étions dans le « Namib Desert ». Si nous allions voir de l’autre coté de la Namibie à quoi ressemble le désert du Kalahari ? Le pneu arrière de la moto, lui, n’est plus trop d’accord pour rouler aussi loin dans ces conditions. Après 14 000 km depuis Bangkok, il commence à fatiguer. Il lui faudra pourtant bien tenir jusqu’à Windhoek (Windouk comme ils disent ici), où se trouve le seul concessionnaire BMW du pays.

C’est incroyable, mais les animaux sauvages doivent certainement aimer la couleur ou la compagnie de notre moto. Car cette fois, c’est un bel oryx qui nous accompagne pour un bout de chemin. Bien assez pour avoir le temps de sortir l’appareil photo et de le « mitrailler » dans sa course, avant qu’il ne saute la clôture qui longe la route afin de s’éloigner. IMG_9715_005_Oryx.jpgSur la carte Michelin, il semblait qu’en se rendant à Aranos, nous allions nous enfoncer au cœur des dunes du Kalahari. Eh bien cette fois, nous sommes déçus. Les dunes sont bien là, mais certainement si vieilles qu’elles sont recouvertes de végétation. En dépit de la couleur presque rouge du sol, le paysage n’est pas vraiment celui espéré. C’est un peu comme au poker, il faut payer pour voir. Et cette fois, le prix à payer était de 300 bornes de route surchauffée.

Le panneau « Tropique du Capricorne » nous surprend bien que nous l’attendions. Sûr ! il est placé au moins 4 km plus au Sud que ce qu’indique notre GPS… Allez, faisons comme si nous n’avions rien vu et prenons une jolie photo à ses pieds, pour immortaliser ce moment exceptionnel pour nous. Comme en Australie, nous constatons que c’est à cette latitude qu’apparaissent les premières termitières. Elles ne s’y trompent pas, elles.

Dieter, un « vieux de la vieille » pour qui les motos n’ont plus aucun secret mécanique, est le seul mécano BMW de tout le pays. Ce n’est pas pour autant qu’il va se stresser, le « Didi ». Nous avions pris rendez-vous pour une révision dans… 10 jours. Non seulement il nous remplace notre pneu immédiatement (vu l’état dans lequel il est…), mais en plus il avance notre rendez-vous de quelques jours. Au prix exorbitant où est la vie en Namibie, ça compte. Compréhensif, le « Didi » !

IMG_5230_007_highway.jpgSamedi en début d’après-midi. Les rues de la petite capitale sont encore une fois quasi désertes. De bons pneus, une moto nettoyée et quelques jours devant nous, il ne nous reste plus qu’à déserter les lieux nous aussi. Direction l’océan Atlantique pour y rendre une dernière visite avant la fin de notre voyage. Après, ce sera la côte Est de l’Afrique le long de l’océan Indien, avant de retrouver la Méditerranée. Mais pour l’heure, ce sont encore plus de 350 km de désert, pour arriver au… désert qui longe la côte. Altitude moyenne de 1450 m. Plus de 40 bons degrés. Etouffant. Brûlant ! Puis la proximité de la mer se fait sentir. La brume apparaît avec la fraîcheur, de plus en plus prononcée. Si l’on vous dit que nous sommes à la limite d’avoir froid ce soir à Swakopmund (à vos souhaits ! décidément, vous avez vraiment pris froid…) ? De telles variations de température, c’est un coup à attraper un bon rhume !

IMG_9617_004_Creme_au_chocolat.jpgSwa…kop…mund (à répéter encore une fois, pour s’entraîner), jolie petite station balnéaire au style allemand prononcé, tracée au cordeau et d’une propreté inégalable. Encore une fois le soleil se couche bien trop tôt en embrasant la brume qui flotte sur la ville. Au nord, la Skeleton Coast, partie intégrante du Namib Desert. Quand le goudron fini, juste à la sortie de l’agglomération, un panneau annonce : « Salt road ». Ce n’est plus du goudron mais une piste de terre damée mélangée à du sel qui prend la suite. Mais pourquoi se lancer dans une balade au milieu de ce vide ? La côte s’appelle ainsi à cause des nombreux squelettes dont elle est jonchée. D’animaux, d’humains et même de bateaux, maintenant. Car comme sur terre, la météo ne fait pas de cadeau aux navires qui s’aventurent dans le secteur. La brume épaisse est posée sur un sol infiniment plat. Il fait frais, presque froid. La piste permet de rouler comme sur une route normale. Nous en profitons pour « cruiser » à 80-100 km/h. Nous doublons un village bizarre composé de maisons multicolores éparpillées et surmontées chacune d’un réservoir d’eau. Les quelques véhicules que nous voyons sont pour la plupart des 4x4 hérissés de cannes à pêche. Un des rares loisirs pour les gens qui vivent ici.

IMG_9859_008_otaries.jpgAprès une heure et demie de piste, nous franchissons le sommet d’une petite colline posée sur le cap Cross, là même où ont débarqué les Portugais voici quelques siècles. C’est alors qu’une forte odeur envahie nos narines. Après un parking où laisser la moto, un magnifique trottoir en plastique recyclé longe la plage et les rochers. À entendre les bêlements qui couvrent presque le bruit des vagues de l’océan, pourtant bien déchaîné, c’est à croire qu’un troupeau de moutons s’excite dans les parages !? Il faut se faire violence pour s’approcher tellement ça sent mauvais. Mais quand le pas est franchi, nous nous trouvons face à un spectacle époustouflant : une colonie de plusieurs milliers d’otaries vit ici, et nous n’en sommes qu’à quelques mètres. Nous avons tout le loisir de prendre des photos « à pouvoir compter les poils de leur moustache » (vous vous rappelez de la péninsule de Valdès en début d’année ? Eh bien rien à voir !). Et ce temps qui défile… Il faut déjà refaire le chemin dans la direction opposée. La brume nous privera encore d’un coucher de soleil sur les dunes qui bordent l’océan au sud de la ville. Décidément, la météo aime bien jouer avec nous ! Mais les dauphins qui viennent se promener dans la petite baie, face au vieux phare, offrent un spectacle qui nous réjouit tout autant.

Le retour à la capitale pour la révision de la moto aurait pu être complètement banal sans la rencontre de la famille Jelinski, originaire de Bourges et qui fait un tour du Monde en voiture. Comme souvent dans ces occasions, le temps est trop court pour parler voyage et échanger le maximum d’informations.

Une dernière ligne droite vers l’Est à travers le désert du Kalahari, afin que la Namibie nous offre une dernière image de sa beauté : deux guépards traversent la route à quelques mètres devant nous. Nous quittons ce pays plus tôt que prévu car malgré tout ce qu’il peut offrir, les prix des hébergements, en particulier des campings, sont complètement disproportionnés par rapport aux prestations offertes… et à notre budget. Dommage. On se retrouve un peu plus loin ?

lundi 7 décembre 2009

Entre désert et océan


IMG_9530_001_Piste_Namibie.jpgAutour de nous, tout n’est qu’aridité. Le désert du Kalahari pointe son nez. Nous venons de changer de pays, mais le paysage continue de nous offrir une plaine sans fin couverte de plantes rabougries. La frontière n’y a rien changé. C’est avec impatience que nous attendons d’arriver à la première ville de Namibie qui va se présenter sur notre route, afin de savoir à quoi ressemble la vie ici. Nous l’avons bien senti à la douane, nous faisons un pas de plus vers l’ « Afrique ». Il n’y a pour ainsi dire personne sur cet axe rectiligne. La chaleur semble nous écraser sur le bitume et ce n’est pas le vent brûlant qui va arranger les choses… Ce même vent, par moment, soulève de tumultueux tourbillons de poussière. De vastes étendues sont inoccupées. Trop inhospitalières. Et puis avec seulement deux petits millions d’habitants, la population aurait du mal à remplir un territoire plus grand que la France.

IMG_9550_002_Nabib_desert.jpgLe bout de poisson et ses frites se font attendre. La nonchalance est au rendez-vous, mais la gentillesse compense l’attente. Après avoir déjeuné, nous empruntons l’axe principal qui coupe le pays en deux et relie l’Afrique du Sud à Windhoek, la capitale de la Namibie. Pas grand monde ici non plus. Nous ne nous y attardons pas plus que quelques dizaines de kilomètres avant de nous diriger vers la côte Atlantique, où il paraît que les dunes du désert de Namibie se jettent dans l’océan. Quelque 300 km d’une bonne route traversent cet espace, qui semble complètement vide. Ici, ce n’est pas l’Inde : on respire ! Cependant, on trouve de temps à autre une petite ferme isolée quand une source ou une nappe d’eau a permis à la vie de s’implanter. Quand on parle d’espace, c’est peu dire. Par exemple, dans le sud du pays, une ferme moyenne s’étale sur environ 12 000 hectares. Pour seulement 100 à 150 vaches ! C’est dire si l’herbe est rare… Bien souvent, ces petits îlots de vie sont l’occasion de s’arrêter faire une pause pour manger du biltong (viande séchée), des saucisses sèches ou une daube d’antilope locale.

IMG_4969.Luderitz.jpgLe mauvais temps semble encore nous rattraper. Le vent se montre de plus en plus violent. Nous approchons de Lüderitz et les dunes sont bien là. La route les traverse, même. Et ce n’est pas vraiment un paysage de carte postale que nous trouvons en arrivant. Un vent de sable violent rend les vingt derniers kilomètres éprouvants. Le ciel est gris, la route couverte de fins nuages de sable qui semblent se plaire à traverser la chaussée. A tel point que certains passages sont complètement recouverts et que nous les franchissons difficilement. Apparaît une ville fantôme en bordure d’une zone interdite au public, exploitation du diamant oblige. Comme un bout du monde. La petite ville aux maisons colorées est bâtie au fond d’une baie bordée de rochers. Nous plantons notre tente dans le camping municipal situé sur la presqu’île qui ferme la baie. Nous y sommes les seuls clients. Le vent redouble en rendant la tache difficile. Il nous faut nous accrocher aux sardines ! Nous sommes samedi, il est 17h00 et les rues sont désertes. Tout est fermé et il n’y aura pas le choix pour se nourrir. Pour les dunes illuminées par la lumière du couchant, il faudra revenir aussi. Les plus grandes sont bien visibles au Nord de la ville, mais une couche de nuages noirs cache le soleil et le spectacle annoncé est annulé. Nous verrons bien demain…

Pour voir, nous avons vu ! Le vent n’a pas faibli, le ciel est noir foncé – si l’on peut dire – et il fait froid. Décidément, difficile d’adopter une tenue vestimentaire durable dans cette région. Nous tentons de nous approcher de ces grandes dunes pour lesquelles nous sommes venus jusqu’ici. Mais quand le goudron cède la place à la piste, ce sont encore des projections de sable qui nous assaillent et nous obligent à rebrousser chemin. Que faire d’autre que de fuir à nouveau vers l’intérieur du pays, où nous espérons une météo plus clémente ? Des engins ont dégagé la route de son tapis de sable, mais le vent, inlassablement, en remet encore une couche. Il semble toutefois que nous laissions derrière nous le mauvais temps. Un groupe d’autruches court parallèlement à notre trajectoire, à une centaine de mètres de la moto. C’est bien le genre d’image que l’on voit dans les documentaires et que nous ne pouvions pas imaginer vivre. Moment magique !

IMG_4994_vent_sable.jpgLe réseau routier de la Namibie est essentiellement constitué de pistes. De milliers de kilomètres de pistes. Notre prochain objectif, la destination numéro un des touristes en Namibie : Sossusvlei (à vos souhaits !). Et pour y aller, rien de moins que quelques centaines de kilomètres… de piste, justement, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Au vu des images que nous avons pu voir dans des reportages, ce doit être plaisant. Sauf que là, nous ne sommes pas dans un reportage mais bien dans le désert. Et dans le désert, le terrain n’est pas constant. S’il y a effectivement, de belles sections bien roulantes, il y a aussi de grandes zones de « tôle ondulée » et, pire que tout, du sable. La moyenne chute à une vitesse vertigineuse. Nous nous rendons bien compte que nous ne pourrons pas dormir ce soir au camping du site, or dans les rétroviseurs les nuages nous poursuivent… Nous sommes dans une zone où les clôtures ont disparu. Et soudain, ce sont cette fois quatre chevaux sauvages (il y en a ici) qui galopent tout à côté de nous. Pour quelques centaines de mètres que nous ne sommes encore pas près d’oublier. Tout comme la tempête qui nous rattrape, d’ailleurs ! Une seule solution : quitter la piste, s’enfoncer dans la brousse et y improviser un bivouac. Avec le vent violent, la pluie, la boue et le froid, pas vraiment rigolo… Dire que nous avions trop chaud deux jours auparavant ! A l’abri sous la toile, la météo peut bien faire ce quelle veut : nous aviserons demain.

IMG_5125_003_Sossusvlei.jpgLe lendemain, justement, le découragement nous gagne. Entre l’état de la piste et la fatigue, nous décidons de couper court à cette expédition et de rejoindre le goudron pour sortir de cette galère. Nous y arrivons en même temps que le soleil et la chaleur. Une auberge à l’entrée du petit village de Maltahôhe, avec son jardin empli de cactus, nous attire. Il n’y a pas de hasard, ce sont deux sympathiques français qui en sont les propriétaires. Le calme allié à leur gentillesse n’a aucun mal à nous retenir ici pour y passer une nuit et digérer l’épreuve passée. A tel point, que dés le lendemain, nous reprenons la piste pour nous rendre finalement à ce tas de sable qui attire tellement de monde. Et pour cause : des dunes immenses aux couleurs ocre que le soleil couchant semble enflammer. Malgré la chaleur, nous avons l’impression d’être au beau milieu d’un immense bac de crème glacée… Des troupeaux d’autruches, d’oryx et de springboks incitent à faire attention sur la route. L’autruche qui arrive à notre droite pour traverser à une paire de mètres devant la moto, alors que nous regardons ses copines à gauche, en est bien la preuve. En plus, ces oiseaux-là, ça ne doit pas vraiment aimer qu’on leur roule sur les « arpions »… Encore une fois, après un coucher de soleil que l’on peut comparer au bouquet final d’un feu d’artifice du 14 juillet, nous sommes encore les derniers à rentrer au camping, à la nuit noire. Une deuxième étape réparatrice à Maltahôhe sera bien méritée. C’est que cette escapade se solde quand même par plus de 650 km de tout-terrain…