Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

vendredi 10 octobre 2008

Viva Mexico !


IMG_2481_Statue_Zapata.Cuautla.jpg16 septembre 1810, indépendance du Mexique. Nous voilà dans la capitale de cet immense pays qui compte 123 millions d’habitants et dont 22 millions sont regroupés ici, à Mexico. 22 millions plus deux … Nous sommes accueillis chez un couple de motards qui, le soir même de notre arrivée, nous entraîne au centre-ville où la fête a déjà commencé avec 24h d’avance. Monuments illuminés, décorations aux couleurs du drapeau national, animations… Une vraie répétition pour le lendemain.

15 septembre 2008. Hors de question de retourner ce soir au centre-ville, complètement saturé. En compagnie des quelque 30 autres invités de nos hôtes, nous regarderons à la télévision le président de la république lancer du balcon du Palacio Nacional les trois « Viva Mexico », « el Grito », puis sonner la cloche. La soirée ne sera pas triste !

IMG_2058_Meca_a_Mexico.jpgNotre séjour dans la capitale va être partagé entre visites, entretien de la moto et préparatifs pour la suite du voyage. La partie la plus agréable, le tourisme, va être réduite à une portion congrue. Il faut dire que le moindre déplacement peut ici prendre des heures. Nous sommes à 70 km du site de Teotihuacan, où se dressent les pyramides du Soleil et de la Lune, datant de l’an 150 à 600 de notre ère. Ce sont en prime les premières pyramides que nous voyons de notre vie. Nous allons en monter des marches ! Et pas des petites : les Aztèques mesuraient en moyenne 1m63, mais ont construit des escaliers pour accéder au sommet de leurs édifices pour des gens mesurant au mois 2m20. Allez comprendre… Toujours est-il que pour nous, aujourd’hui c’est gymnastique ! Mais une fois parvenu au sommet, la vue est époustouflante. En plus, on peut se ressourcer en énergie gratuitement en appliquant quelques instants son index sur la pierre marquant le sommet de la pyramide. Il paraît qu’on en repart gonflé à bloc… Pour en revenir aux déplacements dans Mexico, nous avons mis 4h15 pour parcourir les quelque 70 km qui nous séparaient du site. De quoi réfréner nos ardeurs et nos envies de découvertes. Nous nous contenterons par la suite d’une visite du centre-ville. De toute façon, avec au moins une centaine de musées (entre autres monuments), il faudrait rester au moins trois mois ici.

Moto presque propre et révisée, nous revoilà sur la route. Pas pour bien longtemps, puisque nos hôtes nous accompagnent vers un petit village situé dans les montagnes, à proximité de la ville. Avec sa route sinueuse à souhait (qui a des airs de Nationale 8 aux environs du Beausset, pour ceux qui connaissent), Tres Maria est le lieu de rendez-vous des motards de Mexico. Tous les dimanches, la rue principale et les restaurants qui la bordent prennent des airs d’entrée du circuit Paul Ricard à la grande époque. Le tout saupoudré d’un peu de Marché à la moto de Lambesc (toujours pour les initiés) avec les vendeurs de pièces d’occasion et d’accessoires — très chers ici.

Après ce petit bain dans le monde motard mexicain, qui nous montre à quel point la mondialisation uniformise le mode de vie des terriens, la route nous mène à Taxco. Petite ville perdue dans les montagnes et capitale de l’argent. Nombre impressionnant de bijouteries, qui se touchent toutes. Mais c’est loin d’être l’intérêt majeur du lieu, dont les rues envahies de coccinelles Volkswagen et autres mini bus de la même marque grimpent à l’assaut des collines. La plupart des façades sont blanches avec des encadrements de portes et fenêtres de couleur, ce qui donne un cachet exceptionnel à cette petite agglomération regroupée autour de sa cathédrale baroque, aux décors qui font penser à un gros gâteau surchargé de crème... En nous baladant dans ces rues, notre dépaysement est total.

IMG_0695_Tehuantepec.jpgUn rendez-vous avec un Ardéchois exilé à Cuautla, au sud de Mexico, nous oblige à nous pencher sur le temps qui passe trop vite. Du coup, nous prenons conscience que nous ne sommes vraiment pas en avance sur notre planning. La pause à Mexico a été un peu longue, les distances sont énormes et les routes pas toujours très bonnes : il va falloir se bouger sérieusement si nous voulons avoir une chance de croiser quelques amis en Amérique du sud et être à Ushuaïa avant le 31 décembre… Allez, 600 km pour rejoindre Oaxaca ! Une route au péage exorbitant nous permet de couvrir la distance à une moyenne honnête en passant au pied d’un monument géologique : le Popocatépetl, hélas invisible car pris dans les nuages. Nous arrivons heureusement assez tôt à destination. Deux heures à tourner à proximité de la ville sous la pluie et dans la boue pour trouver un camping que l’on nous avait conseillé et qui est… fermé. En plus, bizarrement, la moto ne tient plus le ralenti alors quelle a été réglée à Mexico il y a quelques jours !? Et c’est là que comme souvent, la magie du voyage opère. Sans que nous l’ayons entendu arriver, une Kawasaki 1100 Zéphir immatriculée en Suisse se gare à côté de nous. « Vous avez besoin de quelque chose ? » Ce soir, nous planterons finalement la tente presque face aux pyramides du monte Alban, dans le jardin de Félix. Un Allemand exilé au Mexique, et de retour d’un séjour professionnel de plusieurs années en Suisse.

IMG_2572_topes.jpgLe lendemain, sur la piste boueuse pour rejoindre la route, la moto ne marche pas mieux. Souci. D’autant qu’après la visite du site archéologique, la route qui va nous mener à Tehuantepec, petite ville prés du Pacifique, ne va pas être de tout repos. Pluie, bien sûr, mais aussi virages à n’en plus finir. Nous traversons cette fois la Sierra Madre Sud. Champs d’agave (qui sert à la fabrication de la tequila) alternent avec les forêts de cactus dans des paysages magnifiques. Mais dans notre tête, en ce moment, le tourisme ne tient que très peu de place. Notre principal souci est maintenant d’arriver à Cancun, où nous pourrons faire réparer notre monture. Or pour y aller, à Cancun, nous ne sommes pas sur la route la plus directe : loin s’en faut, puisque nous en sommes séparé par l’Etat du Chiapas. Ici, pas de grandes routes. C’est montagne et jungle. La route, elle, passe par où elle peut, ce qui se traduit par des temps de roulage très longs pour de courtes distances. Mais la grande plaie de ce réseau routier, ce sont les « topes ». En français, les ralentisseurs, dont le nombre semble inversement proportionnel à la largeur de la voie. Et là, elle n’est pas large. Des « topes » signalés ou pas, des hauts, des doubles, des peints, des larges … Toute la collection y passe et même plus… Usant, surtout quand en prime la moto ne tient plus le ralenti et que les camions roulent au milieu de la chaussée empêchant tout dépassement. Pour couronner le tout, de temps à autre, il pleut.

Cette satanée pluie ! Nous passons à quelques kilomètres du canyon Del Sumidero dont la profondeur atteint à certains endroits 800 m. La perspective d’une visite se noie sous le déluge. La visite de San Cristobal de Las Casas, elle, se déroulera entre les averses. Quant à l’avarie de la moto, elle semble s’aggraver avec une pompe à essence qui fait maintenant un sale bruit. Bon, on dit que le moral est dans la gamelle. Cela tombe bien, pozole, tostadas, burritos, tacos, tortillas, quesadillas, frijoles et autres spécialités n’ont plus de secret pour nous maintenant. Les tracas du voyage pèseront moins après un bon repas.

Notre épopée à travers les montagnes du Chiapas se poursuit. La jungle cerne la route. Les habitations se limitent la plupart du temps à de petites cabanes de bois, au mieux, peintes de couleurs vives. Le long de la voie, hommes et enfants se déplacent machette à la ceinture. Etant donné l’état du revêtement, il faudra faire encore quelques heures de moto pour rejoindre notre destination pourtant pas si lointaine : Palenque. Ville et site archéologique en bordure de la jungle, pseudo-camping à proximité de l’entrée du site.

IMG_2528_Xochicalo.jpg Debout dès 7h du mat’, nous n’avons qu’à marcher quelques centaines de mètres et nous y voilà. Il n’y a pas si longtemps, un siècle environ, tout ici était recouvert par l’épaisse végétation de la forêt tropicale. Désormais émergent des pyramides surmontées de temples et bordées de belles pelouses. Les Mayas avaient choisi de s’installer sur un superbe emplacement, en bordure d’une rivière entrecoupée de cascades que l’on franchit sur un pont suspendu.

11h30. Arrêt au supermarché à la sortie de la ville. Nous mangeons sur le parking.

12h00. Nous quittons la ville.

IMG_2729_vautour.jpg12h15. Une grosse déflagration dans le casque. Pendant quelques fractions de secondes, je ne vois que du noir. La route réapparaît. Arrêt d’urgence sur le bas-côté. Nous venons de percuter un vautour qui prenait son repas sur le bord de la route. Ses collègues sont partis à l’opposé, lui est venu se jeter sur nous. Bilan : un casque bien abîmé, une visière et son système de fixation cassés, et un mort. Le vautour.


12h25. La route continue. Alternance de pluie et de ciel gris agrémenté de travaux.

16h00. Il pleut tellement que nous sommes obligés de faire une pause à l’entrée d’une agglomération. Ici, pas de système d’évacuation de l’eau de pluie. A travers la fenêtre, nous observons, inquiets, le niveau de l’eau monter sur la chaussée. Il va nous falloir un bateau pour repartir…

17h30. Nous revoilà sur la côte atlantique en bordure du golfe du Mexique. La route est bien meilleure maintenant. Ah ! si seulement la pluie pouvait faire une trêve…

18h30. Arrivée enfin à Campeche après un dernier gros orage pour clore la journée en beauté. Reste à trouver un hôtel avec un parking pour la moto, et à enfin prendre une bonne douche chaude (comme si nous n’en avions pas eu assez, de l’eau).

20h00. Après une petite visite de la ville, nous cherchons un resto. C’est comme cela qu’Alain se retrouve sur le fauteuil d’un coiffeur. Il n’y a pas d’heure ici, pourvu que le coiffeur puisse travailler en regardant le match de foot à la télé.

21h00. Resto où nous nous faisons truander au moment de l’addition.

22h00. Mise à jour du site internet.

23h00. Ecriture du journal quotidien.

24h00. Il est peut être temps de profiter du lit de la chambre d’hôtel trop cher payée.

IMG_2770_panne_durit.jpgVoilà à quoi peut ressembler une journée de voyage. La suivante, pourtant, sera complètement différente. La faute au restaurateur d’hier, qui en plus de nous avoir truandé a refilé à Alain, dans sa salade, quelques saletés qui lui ont déclenché une belle intoxication alimentaire. Or il nous faut rejoindre Cancun dès aujourd’hui. 500 km dans ces conditions, imaginez le plaisir ! Après maints efforts, nous voilà en vu de notre destination. Il est temps de mettre un peu de carburant. La station est de l’autre coté de la route. Pas le temps de la rejoindre : un choc violent suivi d’une douche à l’essence sur les jambes droites nous indique qu’on n’a vu un « topes »…

Le choc a complètement cassé un raccord rapide d’essence, celui-là même qui devait faire forcer la pompe. Voilà au moins un problème de résolu. Réparation de fortune au bord de la route, et il ne nous reste plus qu’à trouver l’hôtel où nous sommes invités par un couple de motards. Encore une heure pour y arriver, tard dans la soirée. Mais quelle récompense : nous voilà logés dans un de ces magnifiques hôtels qui bordent la côte d’une mer aux eaux turquoise, comme on en voit sur les dépliants publicitaires des agences de voyage. La soirée est difficile pour Alain qui a les tripes à l’envers, mais l’accueil de nos hôtes est réconfortant.

IMG_2853_Recompense_Cancun.jpgIl ne nous reste plus qu’à passer trois jours ici afin de remettre la moto en état et préparer à nouveau la suite du voyage. Nous allons quand même bien trouver un moment pour profiter aussi de la belle plage de sable blanc qui s’étire sous la terrasse de notre chambre… Dernière surprise : Vanessa et Pascal, qui nous hébergent, partent vers l’Amérique du Sud via le Guatemala et le Bélize. Pourquoi ne pas faire quelques kilomètres ensemble ?

mardi 30 septembre 2008

Fêtes et galères


IMG_1303_Sagaro.jpg Une heure. Une petite heure pour changer de monde. Pour passer d’un monde aseptisé à un monde de couleurs, d’odeurs et de vie. Passeports dûment tamponnés, assurance et document d’importation temporaire de la moto en poche, nous voilà de l’autre côté du mur en tôle construit par M. Bush. Cet alignement de plaques rouillées ne suffisant semble-t-il pas à freiner l’immigration clandestine des Mexicains vers le pays de l’oncle Sam, un autre mur, un vrai cette fois, est en construction.

Après tout ce que nous avions entendu sur cette zone frontalière, notre espérance de survie dans la ville de Tijuana ne devait pas dépasser quelques dizaines de minutes. Nous avions donc prévu de la fuir au plus vite, mais pour trouver la bonne route (les panneaux ne sont pas légion ici) nous en avons fait quatre fois le tour. En toute sécurité.

Plus de quatre mois en Amérique du Nord nous ont fait perdre l’habitude de la spontanéité, du contact humain. Or c’est toute la chaleur et la convivialité latines que nous retrouvons ici. Nous pouvons discuter pendant une demi-heure juste pour acheter une bouteille d’eau. La barrière de la langue n’en est plus une. Au contraire, les conversations n’en sont que plus « colorées ».

La Baja California n’était pas au programme de notre voyage. Les rencontres avec d’autres motards ayant déjà parcouru la région nous ont pourtant incité à modifier notre itinéraire. Seulement voilà : la Baja est un désert. Et qui aurait l’idée de traverser le Sahara en plein été ? Pas grand monde certainement. Nous, pourtant, nous allons traverser la Baja en septembre, mois généralement le plus chaud de l’année. A vrai dire, nous avions le choix entre désert ou désert. L’autre option, plus à l’Est, portant le nom de désert de Sonora…

IMG_1465_route_Baja.jpgLa première journée nous fait un peu douter des dires des uns et des autres quant à la beauté des lieux. Certes, la route en corniche qui surplombe le Pacifique est sympa, mais sans plus. Le lendemain cependant, le décor espéré se met en place alors que nous pénétrons à l’intérieur des terres, justement dans la région désertique. Petit à petit, le sol devient de plus en plus aride, la chaleur augmente et les cactus montent de plus en plus hauts. Ces sagaros sont ici les rois, et poussent même en véritables « forêts ». Dépaysement garanti !

IMG_1332_bivouac.jpgLe gros problème en cette saison, c’est que la plupart des campings sont fermés. Et comme la région est l’une des destinations favorites des Nord-américains, les prix sont relativement élevés pour le pays. Ce soir, nous allons donc bivouaquer pour la première fois depuis le début du voyage ! Aurions-nous pu imaginer avoir autant de mal à faire du camping « sauvage » dans les grandes étendues de l’Amérique du Nord ? Ici nous pouvons planter la tente au milieu de nulle part, loin de tout, et profiter enfin de la fraîcheur qu’apporte la brume côtière de l’océan Pacifique.

IMG_1169_Baja.jpgCette fraîcheur, nous y repenserons avec nostalgie après avoir traversé la Baja et nous être rendus sur les rives de la mer de Cortés, aux eaux aussi turquoises que chaudes. C’est en nous arrêtant dans la petite ville de Santa Rosalia que nous prenons enfin la mesure de la chaleur ambiante. A peine descendus de la moto, nous nous retrouvons trempés de sueur et incapables du moindre effort. Réfugiés dans un bar pour nous réhydrater, nous constatons que nous ne sommes pas les seuls à souffrir. Tout le monde se tient à l’ombre auprès des ventilateurs et passe son temps à s’éponger le front. Tant qu’à faire, autant rouler pour avoir un peu d’air…

IMG_1447_idillique_sans_cette_chaleur.jpgMalgré la proximité d’une multitude de plages paradisiaques, cette fin de journée s’annonce mal : impossible de trouver un camping offrant un minimum de confort. La moto se retrouve bientôt posée de côté alors que nous tentons de rejoindre une plage par son accès principal, accès d’ailleurs digne d’un morceau de liaison sympa dans un enduro. Et ne parlons même pas de cette chaleur qui nous accable et parait nous empêcher de prendre les bonnes décisions. Nous finissons par planter la tente sur une plage privée moyennant la somme colossale (pour le pays) de 15 dollars. Au moins, on va pouvoir se baigner… Et bien, même le bain n’est pas agréable : l’eau est bien trop chaude ! Quand en plus Chris apprend que c’est ici que vivent les poulpes géants…

IMG_0245_mer_de_Cortes.jpgPour finir en beauté, nous n’avons rien à manger ce soir. Nous pensions qu’il y avait un resto ici, mais il n’en est rien. Il ne nous reste plus qu’à mettre en application le dicton qui dit qu’un bon sommeil vaut deux steaks. Manque de chance, il n’y a pas un brin d’air, le sol est brûlant, et nous ne pouvons pas laisser la tente ouverte à cause des moustiques ! Commence alors une nuit presque blanche où l’on finit par se poser cette drôle de question : au bout de combien de litres d’eau perdus en transpiration risque-t-on de ne pas se réveiller le lendemain ? Allongés sur nos matelas, nous sentons les goûtes de sueur qui nous courent sur le corps comme des insectes. En une demi-heure, matelas et oreillers sont trempés. Heureusement, nous sommes encore bien gras et avons survécu à cette épreuve. Même le chien surnommé Rantanplan, qui nous a tenu compagnie toute la nuit (et nous a refilé ses puces ?), a eu du mal à lutter. Le pauvre, lui, il reste là. Pour nous en revanche, l’option camping semble remise en question pour un moment.

Après une deuxième nuit presque blanche pour cause de fiesta à Loreto, il ne nous reste plus qu’à rejoindre la Paz, presque à l’extrême sud de la péninsule. Et comme si le ciel nous avait entendu, nous voilà en train de zigzaguer entre d’énormes flaques et franchir des gués profonds. Nous arrivons en ville en milieu d’après-midi sous de lourds nuages noirs, qui ne demandent qu’à faire un peu plus déborder les égouts. Pas terrible de rouler là-dedans, d’autant qu’il faut à tout prix éviter de croiser un camion qui nous repeindrait de la tête aux pieds…

Le temps d’apprendre que la compagnie maritime que nous recherchons n’existe plus, qu’elle a été remplacée par une autre bien mieux, avec des bateaux plus performants, nous nous retrouvons en possession de nos billets pour… le soir même à 20 h. Heureusement que nous n’avons pas cherché un hébergement avant. Nous embarquons bientôt sur un vieux bateau, qui il y a encore quelques mois battait pavillon italien. Tout ce qui se voit sur le navire a été relooké avant sa livraison au Mexique. La moto sanglée dans le garage, nous au frais dans notre cabine climatisée, belle et confortable, il n’y a plus qu’à profiter de la traversée de la mer de Cortés en se disant que ce serait bien que ça dure un peu plus longtemps que prévu : 12 heures, c’est un peu court pour se remettre de la Baja.

Après une bonne nuit de sommeil, nous nous levons en prévision d’une arrivée vers 8 h. Alors que nous jetons un coup d’œil à l’extérieur, surprise : pas de côte en vue !? Bizarre ce bateau qui penche sérieusement à droite et qui accuse un roulis important alors que la mer est calme… En plus, il semble qu’il n’y ait qu’un moteur qui fonctionne… Renseignements pris, nous avons du retard et n’arriverons qu’en début d’après-midi. Un repas nous est offert, et à l’arrivée devant la ville de Mazatlan, notre destination, le deuxième moteur nous lâche. Et c’est ainsi que notre magnifique bâtiment, fraîchement acquis par la compagnie mexicaine, entre dans le port poussé et tiré par deux remorqueurs ! Nous ne prendrons donc pas la route aujourd’hui, car il est bien trop tard pour s’y risquer. Mais sans le savoir, nous avons déjà franchi une première fois le tropique du Cancer.

IMG_1570_tropique_du_cancer.jpgCe qui nous attend le lendemain n’est pas mal non plus et a pour nom El Espinazo del Diablo. Une route d’enfer (d’où son nom ?), qui franchit d’Ouest en Est la Sierra Madre en passant par des altitudes atteignant 2 750 m. On se dit que sous les tropiques, nous allons forcément avoir chaud. Et bien non ! Depuis ce matin, une pluie diluvienne nous accompagne. Froid et brouillard s’en mêlent, nous obligeant à remettre les doublures de nos vêtements et enfiler les polaires. Ca ira comma ça ? Non ! Pour bien galérer, rajoutez une route complètement détruite, des camions trop longs qui pour tourner empiètent en plein sur notre trajectoire, le vide de temps en temps des deux côtés de la route (on se demande alors sur quoi elle est construite !?) et cerise sur le gâteau, des rochers gros comme des voitures qui se détachent de la paroi. Pas mal comme balade, n’est-ce pas ? Mais le souvenir que nous en garderons, c’est celui d’un employé chargé de l’entretien de la voie, debout sur un énorme rocher, en train de s’attaquer à ce dernier avec… une masse et un burin !!!

Durango, Zacatecas et sa féria, Guanajuato et son festival folklorique, les villes où nous faisons étape au long de la route vers Mexico se succèdent. Les fêtes aussi, rendant notre sommeil aléatoire. Et dire que nous allons arriver dans la capitale au moment de la célébration de l’Indépendance du Mexique. Déjà 10 000 km parcourus depuis la dernière révision à Tacoma. Il va donc falloir remettre ça à Mexico, tout en préparant la suite du voyage vers l’Amérique centrale. Déjà 5 mois de voyage. A 300 km prés, nous avons déjà bouclé l’équivalent d’un tour du monde. Bien plus que ce qui était prévu…