Motards nomades

Motomag.com

Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 18 mai 2009

Un pont plus loin


IMG_1612_le_pneu_arriere_est_bon.jpgIl est temps de quitter Kuala Lumpur pour aller voir un peu plus loin. Et encore une fois, nous allons être surpris. Pas par les paysages ni par les constructions insolites, non, tout simplement par la densité de la circulation et, de fait, par la longueur des bouchons qui encombrent l’autoroute permettant d’accéder au Sud de la Malaisie. Nous avons prévu de nous rendre à Malaca, à environ 200 km de la capitale. En rigolant, on se dit : « Tu vas voir qu’ils vont tous à Malaca. » Et bien pour rigoler, on rigole. Jaune. Car lorsque nous arrivons enfin à la bretelle de sortie qui dessert la fameuse ville, elle est complètement bloquée. En effet, tout le monde s’est donné rendez-vous ici. Du coup, nous, nous faisons l’impasse : il ne nous reste plus qu’à aller un peu plus loin. On vient juste de se rendre compte que nous sommes le 1er mai et que, mondialisation oblige, ici aussi c’est la fête du travail et jour férié. Accolé à un week-end, cela explique ce flot continu de voitures. Et cette situation va contrarier nos projets au cours des jours suivants. Hôtels complets dont les prix flambent et zones inaccessibles à cause de la circulation trop dense chamboulent notre programme touristique.

Du coup, nous roulons. Nous roulons vers la Thaïlande sans voir grand chose de la Malaisie. Une exception, le lac Chini, semble épargnée de cette frénésie touristique. Une nuit au calme sur la berge nous conviendrait bien, mais nous comprenons dès notre arrivée pourquoi nous y sommes pratiquement seuls : des travaux de bétonnage sont en cours. Tout est sans dessus dessous. Décidément, quand rien ne veut marcher, rien ne marche. De plus, nous avons renoué avec nos rendez-vous quotidiens avec la pluie. La saison humide semble jouer les prolongations et nous en profitons à nouveau pleinement…

IMG_1566_singe.jpgAvec tout cela, nous sommes passés du détroit de Malaca, sur la côte Ouest, à la mer de Chine, à l’Est. Pour se faire, il a fallu franchir une petite chaîne montagneuse et des kilomètres de plantations de palmiers qui recouvrent les collines. Si nous avons oublié les kangourous, ce sont maintenant les singes qui les remplacent. Même si ces derniers semblent plus prudents quand ils décident de traverser la route, nous en voyons quelques-uns frôler les roues des voitures que nous suivons.

Ce week-end à rallonge semble également propice aux rassemblements de motos. Nous en croisons des groupes imposants.

La visite du parc national Taman Negara figurait dans nos projets. La météo et l’isolement du site nous y font renoncer. Nous nous voyons mal aller marcher dans la jungle alors qu’il fait 35° C et 90% d’humidité. Déjà que sans rien faire nous nous liquéfions…

Il semble que notre visite de la Malaisie soit amputée du meilleur, au risque d’être quelque peu écourtée. Quant à la suite de notre voyage, les différentes informations que nous recevons depuis quelques temps n’incitent guère à l’optimisme. Problèmes récurrents à Bangkok, situation tendue au Pakistan, agitation au Népal, jusqu’à la Turquie qui a voté récemment une loi limitant la vitesse des motos à… 78 km/h. Et nous ne pensons pas encore à l’Afrique…

IMG_5656_ile_Perhemptian.jpgAvec tout cela, nous nous rapprochons vite de la Thaïlande. La route le long de la côte de la mer de Chine est encombrée d’agglomérations et d’un trafic dense. Il y a quand même une visite incontournable que nous allons pouvoir faire : il s’agit d’abandonner la moto quelque temps pour se rendre aux îles Perhentian. Sorte de paradis terrestre, ou plus exactement aquatique. Bon, l’accès aux îles est… disons, « sportif ». Bateau rapide pour rejoindre notre destination « en 30 mn », qu’ils disaient. En guise de bateau rapide, il s’agit en fait d’une grosse barque pouvant accueillir une quinzaine de passagers. L’originalité provient des deux énormes moteurs accrochés à l’arrière de l’embarcation, qui donnent plutôt l’impression que c’est la barque qui est accrochée à deux V6 de 200 chevaux chacun ! Vous avez dit rapide ? La barque vole carrément sur l’eau ! Heureusement, ça ne dure qu’une demi-heure…

Une fois débarqués, nous pouvons apprécier le charme des îles. Calme, balades le long des plages, eaux cristallines, soleil, cocotiers… Et si en plus vous avez la bonne idée de mettre un peu la tête sous l’eau, alors là, c’est le gâteau sous la cerise. Vous vous trouvez immédiatement dans un immense aquarium surpeuplé de poissons multicolores et de toutes tailles, qui évoluent sur un fond tapissé de corail et autres plantes aquatiques polychromes. Inutile de dire qu’à ce train-là, le temps passe très vite.

IMG_1688_fleuve_Malaisie.jpgNotre séjour en Malaisie touche déjà à sa fin. Nous faisons escale à Kota Bharu, à quelques kilomètres de la frontière thaïlandaise. Hors de question toutefois de franchir cette dernière ici. Les troubles régnant au Sud-Est de la Thaïlande vont nous obliger à faire un détour de 400 km pour revenir sur la côte Ouest et vers moins de tumultes. Bizarrement, c’est à partir de cette journée de route que nous allons enfin et vraiment avoir le sentiment de nous trouver en Asie. Rizières, montagnes recouvertes de jungle, panneaux indiquant la présence possible d’éléphants, camions fumants… Tout concourt à nous transporter hors d’une Malaisie finalement si multiethnique, quelle en perd tout caractère particulier, toute identité et spécificité.

Visas en poche, qui nous autorisent un séjour de deux mois en Thaïlande, nous nous apprêtons encore une fois à procéder aux formalités douanières. Espérons qu’elles seront peu contraignantes pour la moto, qui fonctionne toujours aussi mal à bas régime.

lundi 11 mai 2009

Géant !


Tout est géant ! Les routes, les buildings, les tours, les panneaux publicitaires… Acheter une bouteille d’eau minérale à 2 h du matin et à un prix raisonnable ne pose ici aucun problème. Quel contraste avec l’Australie ! Nous venons de franchir un nouveau cap dans notre voyage : l’Asie. La Malaisie, plus précisément et pour commencer.

IMG_5353_tours_Petronas.jpgNous n’imaginions pas vraiment cette destination. Nous ne savions pas à quoi nous attendre, et ne le savons d’ailleurs toujours pas. Notre première vision : la capitale. On dit souvent que la première ville d’un pays ne reflète pas l’image de celui-ci. Il est donc encore trop tôt pour se faire une quelconque opinion là-dessus, n’empêche que la visite de Kuala Lumpur donne une impression de gigantisme et de démesure. Vue du haut de la Tour des télécommunications, la ville s’étend bien plus loin que ne porte notre regard. Un peu partout, des constructions rivalisent d’audaces architecturales. L’exemple le plus proche, là, juste devant nous, ce sont les fameuses tours jumelles Petronas construites à la fin des années 90 par le géant pétrolier local. 452 m de hauteur. Fantastique de voir ces deux gratte-ciels couverts de verre et de métal poli, qui changent de couleur au fur et à mesure que la lumière évolue. Le soleil couchant les teinte de feu avant que la nuit ne tombe et que l’éclairage ne les transforme en pics de cristal reliés par un pont à mi-hauteur. Il semble que le pays veuille donner une image de modernisme et de technologie de pointe. C’est réussi ! Il n’y a qu’à se référer au circuit de Sépang où se déroule chaque année la manche de MotoGP de Malaisie, à quelques dizaines de kilomètres au Sud de la ville. Juste à côté de l’aéroport, lui aussi hyper moderne.

A propos de Grands Prix, la petite vingtaine de motos au départ de chaque course fait pâle figure à côté du passage au vert d’un feu tricolore en centre-ville. Une nuée de deux-roues s’emble s’éjecter d’une grille de départ imaginaire en laissant sur place toutes les automobiles. Ici, le deux-roues est roi. Honda l’a bien compris, et depuis fort longtemps avec son 100 cm3 Dream. Au moins la moitié du « paddock » ! Tout est fait pour le bien-être des conducteurs de deux-roues. Des abris sont aménagés sous les ponts où le long des routes pour que les motocyclistes puissent s’y réfugier en cas de pluie. Pas de péage pour les motos. Une magnifique déviation est construite pour éviter chaque racket routier, tandis qu’au cœur de la ville des parkings immenses sont réservés à ces véhicules... Dis, l’État français, tu ne pourrais pas prendre un peu exemple ?

Bon, nous parlons moto, d’accord, mais la notre dans tout cela ? Eh bien figurez-vous qu’à Darwin, en rencontrant Graeme, le transitaire aérien avec lequel nous avons eu à faire, nous avons rencontré une exception australienne. Entendez par là une personne efficace, parfaitement aux antipodes du concessionnaire BMW de la ville ! Nous doutions un peu quand il nous affirmait que notre moto serait bien à Kuala Lumpur le lundi 27 au soir. Pourtant elle y était ! Nous recevons même un fax à notre hôtel à 23 h pour nous en informer. La journée suivante est donc consacrée à la récupération de notre véhicule. Il nous faudra un après-midi complet pour venir à bout d’une administration douanière qui a l’air, avec sa paperasserie, d’un serpent avalant sa queue (vous voyez de quoi nous voulons parler ? La maison des fous, dans Astérix et Obélix, ça vous cause ?). Et la chaleur n’aide en rien à supporter cette inertie.

IMG_5550_temple_chinois.jpgUne autre épreuve nous attendait sournoisement après la douane : retourner à l’hôtel par la route. Déjà, cette dernière fait un long détour pour rejoindre la capitale. Alors que l’aéroport est au Sud, à 75 km, nous accédons à la ville par le Nord. A partir de ce moment, il nous faut oublier le format en damier des villes américaines ou australiennes, où il est si facile de se repérer et se déplacer. Nous allons en faire tout de suite l’expérience. Même en ayant le point GPS de notre logement, nous n’arrivons pas à le rejoindre ! Nous allons bien effleurer une fois les tourelles de style mauresques de l’ancienne gare transformée en hôtel, mais nous n’étions pas sur la bonne voie. Impossible de faire demi-tour. Nous enchaînons les tronçons d’autoroute qui traversent la ville en tous sens. Nous essayons d’emprunter différentes sorties, mais toutes mènent à une autre autoroute… A y perdre son sens de l’orientation… La solution miracle, quand enfin nous arrivons à aborder un endroit plus calme, consiste à demander à un taxi de nous conduire. Et il passera par des chemins que jamais nous n’aurions trouvés…

IMG_5761_mosquee_Alor_Setar.jpgIl y a tellement de choses à voir, ici, à Kuala Lumpur, qu’il nous faut y prolonger notre séjour. Nous passons de quartiers futuristes à d’autres donnant l’impression que tout va s’écrouler. Visites de temples chinois et indiens qui côtoient églises et mosquées. C’est une des choses qui frappe le plus le visiteur occidental en arrivant ici. Un tel brassage de population et de religions et une telle tolérance des uns vis-à-vis des autres. Une autre chose saute aux yeux : la propreté de la ville. Propreté et respect. Pas de dégradation, pas de graffiti, des bus, un métro et des trains comme neufs, et, en parlant de respect, la discipline des gens qui empruntent les transports en commun. Tous attendent d’embarquer en faisant la queue. Ici, on n’essaye pas de monter dans la rame de métro avant que les passagers en soient descendus… Certes, tout ne doit pas être aussi idyllique, comme de partout, mais il semble que nous ayons déjà là quelques leçons à prendre…