Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 6 juillet 2009

Bienvenue chez les Khmers


001_les_armes_re_apparaissent.jpgLa route longe le cours du Mékong, qui sert la plupart du temps de frontière entre le Laos et la Thaïlande. Et ce sur des centaines de kilomètres. Nous roulons plein Sud avec pour point de mire Veun Kahn, le poste frontière lao qui devrait nous permettre d’accéder au Cambodge. Différentes infos contradictoires circulent sur la possibilité de passer d’un pays à l’autre par cette route, et c’est donc dans le doute que nous avançons. Mais notre chemin va toutefois être ponctué de petits détours touristiques agréables, malgré l’importante moyenne kilométrique journalière que nous nous imposons. Il faut dire que le Laos regorge de sites touristiques qui justifieraient un voyage beaucoup plus long.

Un détour vers l’un de ces sites nous fait grimper en altitude et retrouver une fraîcheur dont on avait oublié jusqu’à l’existence. Tout nous avions également perdus l'habitude de ces hommes armés qui réapparaissent tout au long de la route, un peu comme en Amérique centrale…

002_chutes_dans_la_jungle.jpgEntourées de plantations de café et de thé, les deux chutes d’eau les plus hautes du pays se jettent dans la jungle inextricable que nous dominons. La route est belle, le trafic de plus en plus fluide. Seuls les animaux qui vivent sur et le long de la chaussée font dégringoler notre vitesse, en nous obligeant à zigzaguer continuellement. Notre prochaine halte se situe de l’autre côté du fleuve. Les ponts étant très rares à enjamber le Mékong, pour rejoindre Champasak, sur la rive droite, il nous faut prendre un bac. Encore un de ces engins flottants qui de prime abord n’engagent qu’une confiance très modérée. Pensez un peu : un pont fait de planches en plus ou moins bon état, posé sur trois coques de récupération. Le système « D » n’est pas une particularité française, loin de là ! Mais le problème, c’est qu’ici ça ne fonctionne pas à tous les coups comme en témoigne notre traversée. Bon, nous n’avons pas chaviré, le voyage ne s’est heureusement pas terminé ici, la moto au fond du fleuve, mais il a quand même fallu trois quarts d’heure à notre embarcation pour quitter le rivage. Dans un souci de rentabilité maximum, le responsable a fait embarquer un camion de trop. Résultat, une coque repose sur le fond et le moteur n’est pas assez puissant pour dégager l’ensemble. Il faudra un deuxième « navire » pour nous dégager de cette mauvaise passe.

Mais alors, pourquoi s’entêter à aller de l’autre côté ? Simplement parce que Champasak est le petit village qui sert de camp de base pour aller visiter un site inscrit au patrimoine mondial : Wat Phou, vestiges de la civilisation Khmer. Le site se trouve au pied et à flanc d’une colline. Il faut escalader de hautes marches en plus ou moins bon état pour rejoindre les monuments les plus hauts, encombrés de végétation. De nombreux cerclages et étais empêchent les bâtiments de s’écrouler. La chaleur est aussi intense que l’effort exigé pour savourer, du haut du site, le panorama qui se déroule à nos pieds. Les monuments avec de vastes bassins, le village, les rizières, et là-bas, tout au fond, le Mékong. Quelques bonzes se baladent, « enveloppés » de leur toge safran, à travers les ruines comme de furtifs rayons de soleil.

Après l’effort, une assiette de riz accompagnée de quelques légumes, avalés dans une gargote au bord de la route en compagnie de trois jeunes Français en balade dans la région, prend des allures de repas gastronomique.

003_Pha_Peng.jpgNous pensions que le Mékong était navigable sur toute sa longueur. Les chutes de Pha Peng sont là pour nous prouver le contraire. On les appelle ici « les chutes du Niagara du Laos ».

A force de rouler, nous arrivons en fin d’après-midi au poste frontière. Si nous y avons la confirmation que nous pouvons bien entrer au Cambodge par cette route, il s’avère aussi qu’il n’y a ici aucun hébergement pour la nuit qui arrive, sans plus de bureau de change pour y transformer nos kips en riels. De toute façon, il n’est pas question de franchir une frontière en fin de journée. Ne sachant jamais combien de temps vont prendre les formalités ni ce que nous allons trouver de l’autre côté, nous rebroussons chemin. Nos kips, qui ne valent strictement rien hors du Laos, vont nous permettre de nous loger et manger ce soir dans un « resort de luxe ». Une jolie chambre dans un bungalow en bordure du Mékong pour l’équivalent de 25 $ US. Ce n’est pas tous les jours !

004_moto_camion.jpgLes formalités ont été très rapidement expédiées : nous voilà au Cambodge. Le paysage est désolé, dévasté. La route déserte. Il ne reste plus rien des forêts surexploitées, si ce n’est d’énormes souches retournées au milieu d’un sol labouré. Un paysage d’apocalypse. Il faut attendre d’avoir parcouru 200 km de plus pour retrouver un peu d’humanité. Les maisons en bois du Laos sont remplacées ici par des cabanes construites avec des matériaux de récupération. Nous avons encore franchi une étape dans la pauvreté. Paradoxalement, la gentillesse des gens que nous rencontrons est encore plus évidente. Plus loin, les rizières refont leur apparition. Le paysage parait plus maîtrisé, les motos aussi ressurgissent de nulle part. Elles semblent remplacer les camions tellement leurs chargements sont impressionnants autant qu’hétéroclites. Par exemple, de jeunes motards transportent tous les jours, et sur une cinquantaine de kilomètres, des planches, madriers et poutres de 6 mètres de long. Chaud !

dimanche 28 juin 2009

Richesses et pauvreté du Laos


IMG_9169_route_au_Laos.jpgNous quittons la capitale du Laos, Vientiane, par la route principale qui traverse le pays. La route 13, qui relie la Chine au Cambodge. Pas beaucoup de circulation et un axe… disons : un peu chaotique. Aussitôt après être sortis de l’agglomération, nous sommes à nouveau au beau milieu des rizières, mais pas pour bien longtemps. A l’horizon, apparaissent de petites montagnes que la voie ne va pas tarder à contourner ou escalader pour les franchir par de petits cols. Nous traversons de nombreux petits villages aux maisons de bois, souvent sur pilotis et encadrées de petits greniers à grain. Le calme règne, l’ambiance est agréable et le dépaysement total.

IMG_2903_sourire_du_Laos.jpgLa différence de niveau de vie entre la Thaïlande et le Laos est flagrante. On comprend très vite que les gens qui vivent ici, dans ces montagnes, survivent au jour le jour. De nombreux enfants jouent le long de la chaussée entre les piments rouges et les racines qui sèchent, alors que les plus âgés transportent du bois ou la récolte de la journée dans des hottes accrochées à leur dos. Les habits sont sales et usés, les conditions d’hygiène précaires. Nous voyons souvent des passants faire leur toilette au bord de la route, profitant d’une source ou de la petite chute d’eau d’un ruisseau.

Les gros véhicules 4x4, tellement nombreux dans le pays voisin, sont bien plus rares ici. Ils paraissent d’ailleurs, quand ils traversent l’un de ces villages, venus d’un autre temps. Du futur, voire même d’une autre planète tellement le décalage est énorme entre ces engins sophistiqués et la sobriété — pour ne pas dire le dépouillement — des habitations des villageois.

IMG_2944_image_traditionnelle.jpgChaque coin de nature accessible à l’homme est exploité. Au même titre, la moindre étendue d’eau concentre un grand nombre de pêcheurs qui travaillent sur de petites pirogues taillées dans des troncs d’arbres. Les nombreuses gargotes bordant la route et arborant des guirlandes de poissons séchés témoignent de la présence abondante de plusieurs espèces qui viendront agrémenter le plat de riz ou le bol de soupe. Il n’y a guère que dans les régions touristiques qu’une petite partie de la population s’en sort mieux…

IMG_9470_Plaine_des_jarres.jpgDe beaux endroits, le Laos n’en manque pas. Vangvieng, petite ville construite en contrebas d’une forêt de piton rocheux qui regorge de grottes et cascades. Luangprabang, ville classée au patrimoine mondial et qui borde le Mékong. Phonsavan et la plaine des jarres, énormes récipients taillés il y a quelques millénaires dans des rochers de calcaire et qui semblaient servir de sépultures.

En reliant ces différents sites, le spectacle est partout. Et le soir à l’étape, ce sont souvent des regrets de ne pas s’être arrêté plus souvent pour ramener encore plus d’images. Il faudrait presque filmer en permanence… Il faut dire qu’assis sur la moto, nous occupons un poste privilégié pour voir les gens vivre tout au long de notre route. Au hit-parade des photos que nous n’avons pas faites aujourd’hui : ces enfants qui sautillent dans l’eau boueuse d’un grand trou sur un chantier, et qui leur donnent l’impression d’être dans un jacuzi, ces hommes qui s’occupent de leurs jeunes enfants pendant que leurs femmes coupent du bois, cette vache qui essaye d’avaler, au beau milieu de la route, une « tong » en caoutchouc, IMG_2729_le_long_de_la_route_au_Laos.jpgces paysans coiffés de chapeaux « chinois » en train de repiquer les plants de riz (c’est la saison) dans les rizières vertes fluo, ce camion surchargé de marchandises et recouvert d’une grappe humaine, ces pitons rocheux qui s’enchaînent pour se perdre dans la brume à l’horizon… Malgré les milliers de photos que nous prenons depuis maintenant 14 mois, ce sont celles que nous n’avons pas faîtes qui nous préoccupent !

Ici aussi, les rencontres contribuent à l’agrément du voyage. Dans le classement des rencontres exceptionnelles, celle de Thierry est en bonne place. Sans faire un tour du Monde comme nous l’entendons, lui parcourt un maximum de pays depuis… 35 ans. Et à cheval, avec ça ! Les aventures qu’il nous raconte ne manquent pas de piquant.

La route est mauvaise. Nos amortisseurs font le maximum, mais notre chargement bien trop lourd nous empêche de rouler à un rythme normal. Nous n’en avons que plus le temps pour apprécier ce qui se passe autour de nous. D’autant que depuis notre passage à Phuket, la moto se fait complètement oublier tellement elle marche bien. En passant le cap des 100 000 km il y a quelques jours, peut être en avons-nous fini le rodage ?

Retour à Vientiane. Nous avons déjà nos repères et bonnes adresses ici, un peu comme à la maison. Quelques visites touristiques, la récupération, non sans mal, de nos passeports auprès de l’ambassade de l’Inde (en fait, en une semaine rien n’a été fait et devant notre insistance, le responsable des visas nous colle le fameux timbre sur nos passeports en… quelques minutes) et il va falloir prendre la direction du Sud, vers le Cambodge. Le temps passe très vite, la saison des pluies a commencé ici et si nous voulons avoir une chance, même infime, d’apercevoir l’Everest au Népal puis de gravir la plus haute route du Monde au Nord de l’Inde, il va nous falloir accélérer un peu le rythme. Nous n’avons pourtant pas vraiment l’impression de chômer…