La pluie m’accompagne pour quitter la Turquie. A croire que nous sommes devenus inséparables ! Formalités rapides, passage du pont qui enjambe la rivière marquant la frontière entre Turquie et Grèce sur lequel, depuis des décennies, des soldats armés des deux pays se regardent vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Cette fois, c’est administrativement que je rentre en Europe. Pas même un panneau pour immortaliser l’instant. Face à moi, devant la moto, trois voies de bitume neuf surmontées d’un grand panneau où Igoumenitsa est inscrit en lettres blanches sur fond vert. L’autre côté de la Grèce, c’est tout droit. Cette autoroute était en construction lors de notre dernière visite ici. Il est maintenant facile de traverser le pays en quelques heures. Dommage, ils ont oublié de construire les aires de services, ce qui oblige à quitter l’autoroute pour faire le plein de carburant ou aller manger. Ils ont oublié autre chose, mais cette fois on s’en réjouit : les péages. Il faut toutefois vite en profiter, car ils s’en sont rendus compte.

IMG_2090_007_Meteores.jpgJ’ai bien roulé hier, et le port sur la mer Adriatique n’est pas même à 200 km. Il fait soleil et doux. La petite ville de Kalambaka avec son fabuleux site des Météores n’est qu’à 70 bornes. Bonne occasion pour y retourner. Bonne occasion aussi de se faire plaisir à conduire la moto. Une route large, remplie de virages, avec par moment des trous, des bosses, du gravillon, des glissières métalliques que les ronces envahissent, des arbres en fleur qui la bordent, des montagnes blanches à l’horizon, une vraie route, quoi ! Les flancs des pneus vont enfin travailler un peu. Et puis la GS marche tellement bien… Les mécaniciens istanbuliotes ont fait fort !

Avant la pluie, le soleil. Il faut se presser pour apprécier ce paysage constellé de pitons rocheux, dont certains sont surmontés de monastères. Il y en a eu jusqu’à 26. Il n’en reste plus que 6, qui bien qu’occupés par des moines ou moniales peuvent se visiter. À l’exception de celui des moniales, désolé !

L’autoroute traverse des chaines de petites montagnes qui, en plus d’êtres couvertes de neige, retiennent de gros nuages noirs. Il pleut un peu de tous les côtés. Heureusement, les tunnels sont nombreux et en plus de protéger des chutes d’eau, nous font passer d’une vallée à l’autre avec à chaque fois l’espoir de voir apparaitre le soleil à la sortie.

IMG_1527_008_Italie.Fini.jpgC’est la mer qui fini par surgir au bout du long ruban de bitume, lequel plonge directement dans le port qui longe toute la ville. Dix minutes suffisent à se procurer un billet pour prendre place, ce soir, à bord du ferry rapide qui relie Igoumenitsa à Ancône, en Italie, le temps d’une nuit de sommeil. Mais pour dormir, il n’aurait pas fallu partager la cabine avec Paolo, le chauffeur italien qui ronfle plus que son Mercedes Actros auquel on aurait ôté le silencieux d’échappement…

Sisteron : 1000 km. Le compte à rebours est bel et bien enclenché. Immuable. Le temps d’une grosse journée de route, d’une dernière pluie, d’un peu de neige et de vent glacial, et le rêve s’achève ce lundi matin à 0h45.

Après un peu plus de vingt mois, 128 000 km de routes les plus diverses autour de notre planète, l’aventure de notre vie est en train de s’achever pour être rangée au rayon des plus beaux rêves réalisés.

Il y a des tas de choses que nous avions prévu de faire, d’aller voir et que nous n’avons ni faites ni vues.

Il y a des tas de choses que nous n’avions pas prévu de faire, d’aller voir, et que nous avons faites ou vues.

Nous avions rendez-vous avec des gens « aux quatre coins » de la planète sans savoir ni où ni quand. Nous avons fait des rencontres extraordinaires.

Le voyage est ainsi, avec ses imprévus, ses contraintes, ses bons et ses mauvais moments. Souvent, ce n’est pas nous qui décidons, mais le voyage qui décide pour nous. Mais, n’est-ce pas cela encore que l’aventure ?

Bon, au fait, quand est-ce que nous repartons ? J’irai bien faire un tour de moto, moi. Un tour… du monde ?