Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 15 septembre 2008

En passant par la 66


IMG_0564_Holbrook.jpgNous revoilà sur cette fameuse Route 66. Venant du Nord, nous traversons Painted Desert, dont les couleurs rouges et mauves surgissent au gré de l’érosion. Il ne manque qu’un rayon de soleil pour les sublimer : décidément, il n’est jamais là quand il faut celui-là ! Quelques kilomètres plus loin, nous nous retrouvons au beau milieu d’une forêt. Vous allez dire : « Ils ont pris la foudre, les Arnaud, pour s’imaginer passer du désert à la forêt en quelques minutes. » Sauf que cette forêt-là, elle date de 250 millions d’années. Et ses arbres pétrifiés, étalés sur le sol sableux des environs de Holbrook, ont mieux résisté que cette pauvre Route 66… Dans ce site protégé par un Parc National, il est interdit de ramasser le moindre caillou, a forciori s’il s’agit de bois fossilisé. Incroyable ; certains « végétaux » semblent avoir été coupés à la tronçonneuse tant leurs tranches sont parfaitement régulières. Ces dernières révèlent par ailleurs des couleurs insoupçonnées.

IMG_0683_Motel.jpgMais bon, quand on se balade sur la Route 66, tout ceci ne passe pas pour un centre d’intérêt majeur. La petite ville d’Holbrook est là pour nous le rappeler, avec ces vieux motels dont l’un d’eux a des chambres en forme de tipis… en béton. Le propriétaire a même garé devant chacun d’eux une voiture des années 1950/1960. Et ce n’est qu’un exemple, puisque chaque commerce ou presque affiche son soutien à cette bonne vieille Route 66. Son logo est repris sous toutes les formes, à tous les coins de rues et sur une majorité de devantures. Il faut bien cela pour retenir les voyageurs qui viennent du monde entier pour parcourir ce qu’il reste de la route mythique. Car par ailleurs, l’Interstate 40 a carrément coupé la ville en deux.

Souvent aux USA, les campings sont installés au bord des grands axes qui traversent ce pays-continent. Cela laisse au campeur tout le loisir d’apprécier cette colonne infinie de camions qui roulent sans arrêt, nuit et jour, sept jours sur sept. Quand on y pense, c’est vraiment impressionnant ! D’autant que le camping en question est souvent longé de l’autre côté par la voie ferrée. Si vu de France le « Santa-Fé » peut paraître exotique, il l’est beaucoup moins quand on a entendu ses klaxons toute la nuit. Il faut dire que tout ce qui n’est pas transporté par la route l’est sur des trains. Des convois de quatre locomotives tirant cent cinquante wagons, il y en a un toutes les dix minutes environ. De quoi bien dormir, vous l’aurez compris.

IMG_0954_On_Route_66.jpgJustement, nous ne sommes pas ici pour ça ! De gros efforts ont été faits pour signaler au mieux chaque petit bout de la 66 ayant survécu à la construction de l’autoroute. Une calandre de vieille américaine des « Sixties », des logos gravés dans le béton et une plaque qui rappelle que la « Mère des routes » passait ici il y a encore quelques décennies : il faut bien cela pour maintenir le souvenir. Car le long de la moderne Interstate 40, il ne reste rien de « La Route ». A tel point que de temps en temps, nous nous retrouvons sur une traverse au revêtement complètement défoncé, voire dans des culs de sacs.

Passage au fameux cratère de météorite à proximité de Flagstaff, puis halte à Williams d’où part un train à vapeur qui relie la ville au Grand Canyon. En cherchant un peu dans ces villes, nous trouvons vite les fameux « Dinners », restaurants qui ont gardé le look sixties (et même parfois le personnel) mais où malheureusement les prix ont tendance à flamber.

IMG_0819_Seligman.jpgS’il ne doit y avoir qu’une étape à faire sur la 66, c’est à Seligman (Arizona) qu’il faut aller. Car c’est d’ici que tout a pu continuer. Les frères Delgadillo, commerçants bien décidés à ne pas baisser le rideau suite à la construction de l’autoroute, ont créé l’association qui a fait classer la Route 66 monument historique. Bien leur en a pris. Le commerce a repris de plus belle et maintenant, Seligman est devenue une étape incontournable des tours-operators,IMG_0768_Angel_Delgadillo.jpg une sorte de capitale de la 66. Même si Juan est décédé en 2004, son frangin Angel, barbier à la retraite fort de ses plus de 80 ans, ne manquera pas de venir vous saluer si d’aventure vous stoppez devant sa boutique, devenue un véritable mémorial.

Et le voyage continue. Non pas par l’I 40 des gens pressés, mais bien par la 66. Direction Kingman par le vieux bitume. C’est là que l’on croise quelques motards accros à cette route et qui n’en manqueraient pour rien au monde le moindre kilomètre. Nous commençons à entrevoir le bout de l’Arizona et la Californie pointe ses palmiers à l’horizon. Alors que nous venons de traverser une zone assez désertique couverte d’arbres de Joshua et autres yuccas, au détour d’un virage en descente, nous tombons littéralement dans un village digne d’un décor de western. S’agit-il d’un remake de « Retour vers le Futur » où nous aurions rendez vous avec Doc’ ? Eh bien non ; nous voilà simplement à Oatman, bourg qui semble être resté tel qu’à l’époque de la ruée vers l’or. Si les mines sont fermées depuis bien longtemps, ici les ânes se baladent en toute liberté dans la rue principale. Ce qui est rigolo dans l’histoire, c’est qu’ils sont nourris par les touristes qui achètent les carottes aux commerçants locaux. Qui a dit que le filon était tari ?

IMG_0978_Amboy.jpgDernière étape vers l’océan Pacifique et Santa-Monica Beach, terme de la route. Juste un petit désert à traverser, celui de Mojave. Là aussi, nous nous y prenons assez tôt le matin car la chaleur nous guette... Si l’I 40 file droit vers Los-Angeles, la 66, elle, fait quelques détours afin de desservir deux ou trois villages isolés. Elle nous permet donc de marquer une pause dans un lieu insolite : Amboy, ancienne étape importante de la 66. Il reste ici un motel fermé mais entretenu par deux passionnés, et une station-service faisant également office de bar-restaurant. Si tout y a été conservé en l’état, seule la climatisation nous invite à rester à l’intérieur. Car pour obtenir une boisson fraîche, il faut s’adresser à un distributeur au-dehors ! Dommage de ne pas avoir maintenu une activité dans ces lieux qui ont vu passer tant de monde. Et en plus, qui donc ne s’y arrêterait pas ?

Après avoir transpiré un peu sur ce bout de route perdue et la traversée du Nord de Los-Angeles, qui n’en finit pas, nous voilà à nouveau face au Pacifique à Santa-Monica, où une brume légère maintient la fraîcheur. De Hollywood et compagnie, nous ne verrons rien. Trop de distance à couvrir dans des rues engorgées par un trafic trop intense. Il nous semble que le jeu n’en vaut pas la chandelle. De plus, nous sommes attendus un peu au sud de la ville chez un couple que nous avions rencontré à Prague en 1995. Les revoir après ces quelques années a pour nous plus d’importance que d’aller prendre une photo au pied d’une colline ou à côté d’enseignes prestigieuses pour certains.

IMG_0161_Arizona.jpgNous profitons de l’hospitalité de nos amis canadiens momentanément expatriés aux USA pour préparer la suite de notre voyage et surtout le passage au Mexique. Car à partir de Mexico jusqu’à Santiago du Chili, il nous sera certainement impossible de trouver des pneus et des pièces pour la moto. Il faut donc essayer de prévenir cette situation au mieux. C’est là que l’on se rend compte qu’Internet a complètement changé les habitudes de voyage.

Et nous voilà ce soir à San-Diego, à une dizaine de kilomètres de la frontière, à une dizaine de kilomètres d’un autre monde. L’aventure va enfin pouvoir commencer.

mardi 9 septembre 2008

+ 52°C à l’ombre


Deux jours de repos, c’est peu et c’est beaucoup. Peu à cause des dizaines de choses à faire (laver la moto, y faire un peu d’entretien, écrire une newsletter, trier des photos, exporter un peu de cuisine provençale…), et beaucoup car l’envie d’aller de l’avant reste plus forte que la fatigue. Là, en l’occurrence, c’est le Yosemite National Park qui nous attend. Comme des milliers d’autres touristes, d’ailleurs, ce qui nous oblige à chercher un camping à l’extérieur du parc, ceux de l’intérieur étant tous complets.

IMG_0154_Falaise_900_m_Yosemite.jpgLe Yosemite est situé en plein cœur de la Sierra Nevada. Laquelle s’est élevée grâce à la rencontre de deux plaques tectoniques, qui l’ont constellée de dômes de granite plus ou moins grands. Et nous allons vite comprendre pourquoi tant de monde s’y presse. Cascades, rivières, forêts, dômes, falaises (comme El Capitan, une paroi abrupte de 900 m de haut) et faune importante se concentrent dans une vallée pour composer un paysage unique. Il n’y a qu’un truc à connaître pour l’apprécier à sa juste valeur: faire abstraction des autres. Il suffit de s’éloigner un peu du centre névralgique en empruntant, par exemple, une route qui mène au sommet d’une montagne voisine. De quoi découvrir tout cela avec un peu plus de hauteur. Mais encore une fois, cette surpopulation et les prix pratiqués nous font fuir assez rapidement.

Alors que nous sortons d’un parking pour quitter les lieux, tout à coup un ours bondit devant la moto. Sorti d’on ne sait où, affolé par tant de monde et de véhicules, il traverse l’endroit en courant pour s’arrêter net sur le trottoir et s’y mettre debout. En fait, il s’agit d’une femelle suivie de son petit. Rassurée en le voyant, elle repart, avec cette fois une horde de touristes à ses trousses. Pourtant, nulle envie de photographier cette pauvre bête. Au nom de sa soit-disant sécurité, les hommes lui imposent de vivre avec une grosse étiquette pendue à l’oreille et un collier énorme. Le tout en plastique d’un beau jaune fluo, qui paraît aussi confortable qu’une camisole de force. A se demander si les animaux des zoos ne sont finalement pas mieux lotis...

Une route traverse le parc d’Est en Ouest. En quittant cette vallée, nous pensions pouvoir avancer à une moyenne plus normale. Rouler ici à moto est un vrai régal (en ayant toutefois toujours à l’esprit qu’un animal peu traverser à tout moment), mais quand on aime prendre des photos c’est le genre d’endroit qui devient vite un calvaire. De lacs en points de vue et en forêts de séquoias, les arrêts se succèdent à une cadence élevée. Dans les parcs, les plus belles choses ne sont décidément pas où il y a le plus de monde. Du coup, nous arrivons assez tard au bord du lac Mono. Nous pensions être plus au sud pour traverser la Vallée de la Mort le lendemain. Ce sera finalement très bien comme cela. Dans le voyage, il y a les choses prévues et les imprévues. Et cette fois, les imprévues sont la ville fantôme de Bodie et les rives du lac Mono.

IMG_0254_Piste_vers_Boddie.jpgLa première se situe à une cinquantaine de kilomètres au nord du lac, et est née de la découverte d’or. Il fallait avoir une sacrée dose de courage, en 1859, pour s’aventurer dans cette région aride avec seulement quelques mules et le minimum vital pour survivre à des températures extrêmes, aussi bien l’été que l’hiver. A cette époque, pas de route, pas de bar ni de boissons fraîches tous les cinquante kilomètres, et pas de chasse-neige non plus pour dégager les chemins l’hiver. Les prospecteurs ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Et une fois le filon trouvé, il fallait résister à la vague d’orpailleurs avides qui déferlaient sur la région à la vitesse d’une diligence de la Wells Fargo. En l’occurrence, Waterman S. Body, qui a découvert la première pépite de Bodie, est mort dans la misère totale. Il n’avait pas prévu cette arrivée massive et du coup, n’avait pas clôturé les lieux de sa découverte. Il lui aurait suffi de cela pour en revendiquer la propriété… Comme bien d’autres, la ville a été désertée une fois le filon tarit. Un enfant qui jouait avec le feu a précipité cet exode en la faisant brûler à 90 %. Il en reste un joli village au milieu des collines et au pied des mines. Le tout protégé par un parc d’Etat qui se visite comme un château de la Loire chez nous. Sorte de patrimoine historique datant d’une centaine d’années à peine.

Le retour sur les berges du lac Mono réserve quelques surprises. Ce dernier est cerné d’une multitude de petits cratères et ses rives sont hérissées de dentelles de tuf qui donnent à l’endroit un air de décor pour film de science-fiction. Il est facile de s’imaginer sur une autre planète. L’eau du lac est salée. Une espèce endémique de mouche vit ici et longe ses rives en longues nappes noires. Ce sont les mouches alcalines qui se reproduisent ici par trillions. Les oiseaux migrateurs ont bien conscience qu’il y a là un vrai garde-manger et font escale ici par millions chaque année, pour se restaurer pendant leur voyage. Mais l’heure tourne et il nous faut rouler un peu si nous voulons être à Las Vegas demain.

IMG_0298_Vallee_de_la_mort.jpgOn nous a prévenus : 52°C à l’ombre. Mais l’ombre, vous pouvez toujours la chercher, il n’y en a pas dans la Vallée de la Mort. Pour la première fois du voyage, nous mettons le réveil à 5h du mat’. Sur la moto, environ douze litres d’eau, quelques victuailles et le plein fait. La descente vers le fond de la vallée est assez vertigineuse. Nous plongeons d’environ 1 300 m d’altitude à 24 mètres au-dessous du niveau de la mer. Juste le temps d’admirer les belles dunes qui tapissent une partie du fond de la vallée, au moment où le soleil apparaît en créant des ombres aux courbes majestueuses, et nous quittons cet endroit qui va vite devenir un enfer à motards. A 10h nous sommes à Beatty, coté Est de la vallée et dans le Nevada.

Il ne reste que 200 km de route rectiligne et bordée de « forêts » d’arbres de Joshua pour arriver à Las Vegas. Là, il est temps de se réfugier dans un de ces grands restaurants surmontés d’une magnifique arche d’or. La classe ! A la température agréable que procure la climatisation, en sirotant une boisson fraîche et gazeuse, un « steak » dans deux tranches de « pain » (le nec plus ultra de la cuisine américaine), on se dit que finalement, elle n’était pas si terrible cette Vallée de la Mort. C’est finalement en cherchant à se loger à Las Vegas que nous allons avoir un gros coup de chaud. Les temps d’arrêt interminables aux feux tricolores ajoutés à notre équipement nous déshydratent très vite. Nous avons juste le temps de nous réfugier dans une station-service et d’y avaler une boisson énergétique. On ne se rend pas compte, et quand le malaise arrive, tout va très vite. Une demi-heure à la fraîcheur de la clim’ et tout va mieux. Cette fois, nous avons eu très chaud !

IMG_0324_decors_a_touristes.jpgLas Vegas. Ville en constante évolution. Un chantier permanent. Les casinos vivent et meurent très vite. La concurrence délirante oblige à toujours plus. Décors et spectacles rivalisent d’imagination pour attirer joueurs et touristes. Mais c’est la nuit venue, quand tout s’illumine, que l’on peut percevoir l’ampleur de ce délire de lumière. Il suffit de traverser le « strip » pour passer de New-York à Paris, d’embarquer dans une gondole pour se balader sur un canal de Venise en entendant chanter « ô Sole mio ! ». Fremont Bd, l’ancien cœur de la ville, est recouvert d’une voûte sur laquelle, à intervalles réguliers, défile un spectacle de lumière dans une ambiance de fête à ne pas manquer. Des cascades d’eau, des pelouses d’un vert irréprochable qui ferait mourir d’envie n’importe quel responsable d’espace vert, tout cela fait vite oublier que nous sommes au milieu d’un désert et que les vastes lotissements qui ont poussé autour de la ville contribuent à accélérer l’asséchement de ce qui reste du Colorado à quelques kilomètres d’ici. Le nombre considérable de SDF, de Mexicains qui occupent des sous-emplois ou la prostitution constituent l’envers d’un décor qui n’est pas lumineux pour tout le monde.

IMG_0354_ombre_indienne.jpgEn route vers d’autres horizons. Il nous faut traverser un petit bout de l’Arizona pour rejoindre le sud de l’Utah, où nous voulons encore visiter quelques parcs nationaux. La nature, quand elle s’est occupée de ces deux Etats, a dû se mélanger un peu les pinceaux et renverser les pots de ses plus belles couleurs. D’un coup de colère accompagné d’un grand coup de pied donné au sol, sont nés des canyons, des arches, des rochers aux formes et aux couleurs invraisemblables. Un vrai délire largement digne de celui de Las Vegas, mais naturel cette fois. Et le voyage continu. Après avoir traversé ce petit bout d’Arizona, où pour notre plus grand plaisir la route emprunte le fond d’un canyon, nous voilà à Zion National Parc. De nouveau un canyon comme on en trouve qu’ici. Mais un monde !!! Heureusement, un système de navette permet de visiter le lieu sans son véhicule. Et encore une fois, c’est en dehors de ces falaises au rouge vif et de cette marée humaine que se révèlent les plus beaux trésors. La surpopulation peut, de temps à autres, révéler d’agréables rencontres. Tel Ara qui sillonne les USA au guidon de son side-car en compagnie de son chien Spirit. Lui aussi va vite fuir le site ; son rapport à la nature ne correspondant pas du tout à ce qui nous est proposé dans les parcs nationaux.

En traversant quelques sites sortis d’une bande dessinée de science-fiction, la route nous mène à Bryce Canyon, dernière étape de notre balade en Utah. Que dire de ces forêts de colonnes ocres surplombées de cette falaise qui culmine à plus de 2700 m d’altitude ? Tout simplement rien, c’est indescriptible…

Nous revoilà en Arizona, au bord du lac Powel cette fois. A Page, plus exactement, qui ne devait être qu’une étape pour la nuit. Horseshoe et Antelope canyon vont nous y retenir un peu plus longtemps. Horseshoe est encore un méandre que décrit le Colorado au milieu d’un paysage minéral. C’est du haut des falaises que le site prend toute sa dimension. On se sent tout petit face à ce spectacle. En bas, l’eau aux reflets verts coule paisiblement. Au sommet de la falaise, nous sommes comme des fourmis grillées dans une poêle à frire. Visite matinale préférable. Antelope canyon. Parc géré par les indiens Navajos (nous sommes au cœur de leur territoire). Un canyon très étroit (deux personnes ne peuvent se croiser à certains endroits) et très profond taillé dans du sable fossilisé aux couches multicolores regroupant toutes les variantes des ocres (encore !).

IMG_0370_chambre_avec_vue.jpgLe moteur de la moto ronronne doucement en franchissant les longues lignes droites rectilignes qui nous mènent à Monument Valley où nous avons rendez vous avec une mémorable tempête de sable. Alors que nous avons planté la tente dans ce lieu légendaire, face aux mesas qui ont vu passer John Ford, John Wayne ou Charles Bronson, nous y passons une nuit presque blanche à nous battre contre le vent et le sable qui semblent vouloir nous déloger au plus tôt de cette terre sacrée. Qu’à cela ne tienne, roulons encore un peu vers l’Est, et il n’y a qu’à se laisser guider par la route pour découvrir les plus beaux points de vue du Canyon de Chelly. Après y avoir vu pics rocheux et vieux villages indiens s’élever sur un fond de canyon tapissé d’herbe verte, nous nous laissons glisser à nouveau vers la fameuse Route 66 afin de nous laisser transporter doucement vers Los Angeles et la côte Pacifique.

IMG_0378_Monument_Valley.jpgCe sera notre dernière étape vers le Mexique. Le voyage va changer de rythme très prochainement.




mercredi 20 août 2008

Nous avons eu chaud !


Elle est là, devant nous. Ou plutôt c’est nous qui sommes devant elle, cette douanière noire derrière son comptoir, qui nous regarde d’un air autoritaire. Une autorité proportionnelle à son volume, c’est dire le pouvoir qu’elle a ! Elle nous le fait bien sentir en repoussant d’un air négligeant mais autoritaire nos deux passeports, en vociférant dans un américain pur chewing-gum que nos cartes vertes sont expirées depuis la veille et que nous aurions dû les remettre aux autorités. Qu’il est hors de question que nous rentrions à nouveau aux USA, et que de toutes façons nous ne comprenons rien à ce quelle nous dit mais que nous avons très bien compris que ça va mal pour nous…

Nous savions bien qu’il fallait s’en débarrasser, de cette foutue carte verte. Mais les Américains, à vouloir trop bien faire, ont une faille dans leur système. Et pas des moindres : s’ils veulent savoir qui sort du pays et quand, il leur faudrait peut-être installer des postes de douane à toutes les frontières !?! En attendant, nous voilà bien embêtés. Il ne nous reste plus qu’à faire appel à une autre douanière, canadienne celle-là, parlant très bien français et susceptible de nous aider à prouver notre bonne foi. Et ça marche ! Après quelques minutes, une photo d’identité et deux empruntes digitales de plus, nous voilà en possession de nouvelles cartes vertes valables trois mois. Elles sont juste antidatées de la veille. Quand on disait qu’elle avait beaucoup de pouvoir ! Pour vous dire combien elle était grosse ! Mais finalement, on lui aurait bien fait la bise tellement nous étions soulagés.

Bon, nous avons eu chaud, mais nous voilà en train d’embarquer sur un vieux rafiot probablement centenaire. Ne lui manque que les rames, même s’il se révèlera finalement capable de rallier la côte des USA après avoir slalomé entre une multitude de petites îles. Nous pensions en avoir fini avec les formalités : erreur. Sur le port, nouveau contrôle douanier. Il est décidément plus facile de passer les frontières par voie terrestre. Un grand balèze en uniforme et à la tête de Brutus s’approche de nous.IMG_9008_pratique.jpg Passeport. OK. Ouvrez ce coffre. Puis celui-là, puis cette sacoche… Et voilà notre beau chargement en vrac sur le bitume alors qu’il commence à pleuvoir. Tiens, nous l’avions oubliée, la pluie !? Elle nous avait laissé 24 h de répit… Bon, nous revoilà donc sur le sol US avec pour seules limites — mais non des moindres — la validité de l’assurance de la moto et un budget faisant en ce moment triste mine. Ce qui ne va pas s’arranger dans l’immédiat puisque avec ce qu’il tombe une nuit au motel s’impose.

IMG_8963_Seattle.jpgSeattle. La priorité en arrivant ici est de trouver un camping (pas facile), et le moins cher possible (encore moins évident). La solution, dans ce cas, c’est encore de camper dans un parc d’Etat. Solution qui hélas nous fait découvrir ou redécouvrir la misère de plus en plus grande qui s’étend aux USA. Le rêve américain n’est pas pour tout le monde. Beaucoup de gens n’ont d’autre solution que de (sur)vivre soit dans des tentes, soit dans de vieux motor-homes délabrés. Pas gai tout ça…

Notre deuxième urgence consiste à trouver quelqu’un qui veuille bien nous changer les pneus de la moto et la réviser, car les routes de l’Alaska ont éprouvé le matériel. Et là, nous rencontrons en la concession BMW de Tacoma des gens super compréhensifs et efficaces. « Les pneus, nous vous les changeons tout de suite » nous dit le chef d’atelier. « Il est 15 h et la journée finit à 17 h. Pour la révision en revanche, si vous le pouvez, soyez là demain matin à 9 h. » IMG_8883_revision.jpgLe lendemain, un quart d’heure avant l’heure prévue, un mécano réceptionne la moto. Pendant l’attente, voilà que l’on vient nous servir un petit-déjeuner fait de donuts et autres spécialités locales. Mise à disposition d’un ordinateur avec internet et cerise sur le gâteau, après retour de la moto, une invitation à partager des grillades avec le staff à midi ! Après ça, les visites chez notre concessionnaire français vont nous sembler lugubres…

Nous voilà donc avec une GS prête à parcourir 10 000 km de plus. Après une petite visite de la ville par beau temps (ô miracle !), nous mettons le cap sur San Francisco via les Etats de Washingon, de l’Orégon, et une bonne partie du nord de la Californie. En deux mots, ce n’est encore pas la porte à côté. La highway nous emmène encore une fois au cœur des montagnes et nous permet de découvrir deux volcans « actifs » : le mont Rainier (4 392 m), qui couvert de neige et de glaciers paraît flotter au-dessus des forêts, et le Mont Ste Helens, qui culmine actuellement à 2 549 m. Actuellement, car cette altitude évolue au gré des éruptions, la dernière étant survenue le 1er octobre 2004. Il se confirme que voyager peut être dangereux. Ici nous risquons d’être engloutis par un volcan, tandis que sur la côte ce sont les panneaux indiquant les risques de tsunamis qui nous interpellent. Des deux côtés sont mis en place des itinéraires d’évacuation, alors que nous allons tout droit vers la faille de San Andréas…

IMG_9160_Hello.jpgEntrée dans l’Oregon par Portland. Passage sur le fleuve Columbia, et d’un coup la chaleur. Comme si la « frontière » y était pour quelque chose… Nous nous disons : « Cette fois ça y est, nous allons cuire. » Eh bien non. Après environ 200 km, nous franchissons les collines qui bordent la côte Pacifique… et plongeons dans une brume épaisse venue de l’océan. Du coup, de la côte de l’Oregon, nous ne verrons pas grand-chose. De temps à autre, un souffle de vent la dégage un peu, juste pour laisser apparaître un rivage déchiqueté, avec des pics de roche qui émergent de l’eau et des forêts de pins (d’Oregon bien sûr) qui viennent prendre un bain de pieds (ou de troncs) sur la plage. Lesquelles plages sont elles-mêmes bordées de milliers de troncs d’arbres morts, à ne pas confondre avec les troupeaux de phoques qui attendent désespérément le soleil. Spectacle magnifique que longe au plus près une route somptueuse, mais la météo ne se prête guère aux photos. Dans un sens, heureusement, sinon nous nous arrêterions tous les 500 m.

IMG_9377_redwood.jpgPour notre première halte en Californie, nous plantons la tente au cœur du Redwood National Parc. Les séquoias qui vivent ici sont des rescapés de la ruée vers l’or. À cette époque, les besoins en bois étaient tels que si quelques écologistes n’avaient pas réagi à temps, il ne resterait rien de ces arbres dont certains atteignent plus de cent mètres de haut et dont le tronc peut mesurer 6 m de diamètre. Rouler sur une piste au travers d’une telle forêt laisse des souvenirs impérissables.

IMG_9505_Golden_Gate.jpgC’est d’ailleurs la Redwood highway qui va nous mener jusqu’à San Francisco. Une route qui s’éloigne de la côte pendant quelques centaines de kilomètres et qui du coup nous fait replonger dans la chaleur. Cette météo nous paraît inévitable s’agissant de la Californie au mois d’août. Pourtant, n’allez pas croire ce que vous raconte la télévision à grand renfort d’images de plages et de soleil : ce ne sont que des sornettes. Nous avons failli ne pas voir le fameux Golden Gate Bridge, symbole de San Francisco, tellement le brouillard y est intense ! Il a fallu attendre de le surplomber pour se rendre compte que nous y étions bien. Et même si en milieu de journée les célèbres rues pentues sont arrosées d’un peu de soleil, nous ne quitterons pas nos vestes pour visiter la ville. IMG_9540_Lombard_street.jpgA propos de rues en pente, il y en a une, Lombard street, au centre ville, dont la déclivité atteint 26 %. Quelqu’un a eu l’idée géniale d’y aménager des lacets afin de réduire cette pente. Quelques bacs à fleurs lui donnent un air de fête, et voilà que Lombard street vole la vedette aux célèbres « câble-cars » chargés de touristes.

Le temps de trouver la maison bleue accrochée à la colline, nous quittons la ville et son brouillard froid pour aller faire une pause de deux jours chez des motards vivant plus au Sud, au fin fond d’une forêt de séquoias. Juste le temps de tout remettre en ordre, de redonner un peu de couleur à la moto, de prendre une douche et de se préparer à affronter la chaleur. Nous avons en effet décidé de retourner vers l’Est pour visiter quelques parcs au sud de l’Utah et en Arizona. Et pour aller là-bas, il faut traverser la Vallée de la Mort… Si ce n’est pas la bonne saison pour venir sur la côte californienne, ce n’est certainement pas la bonne saison non plus pour aller faire un tour là-bas, qui plus est à moto.

lundi 7 juillet 2008

On y est enfin arrivé...


IMG_5267.jpgOn a fini par y arriver, au Yellowstone ! Le plus ancien et le plus grand parc des Etats-Unis occupe à peu près la surface de la Corse et est en grande partie situé sur un ancien cratère de volcan, ce qui fait toute son originalité. Sources d’eau bouillante, boue en ébullition, geysers aux éruptions plus ou moins prévisibles, rivière qui tire son nom de la terre jaune quelle traverse en y creusant un canyon entrecoupé de cascades, lac digne d’une petite mer intérieure, il y a déjà là de quoi en prendre plein les yeux. Mais comme si ce n’était pas suffisant, tout au long des quatre journées que nous avons passé à arpenter les lieux en tout sens, nous y avons rencontré des bisons, des loups, des biches et cerfs, des oies, des écureuils, des aigles et même des ours ! IMG_5728.jpg

Seule ombre au tableau, le monde. Eh oui, nous ne sommes pas seuls dans ce paradis. Aux USA, les vacances scolaires ont débuté mi-juin et le parc est la destination favorite des Américains et autres touristes étrangers. Malgré le grand nombre de campings, la plupart sont pleins dés la fin de matinée et il nous a fallu en changer trois fois en quatre nuits. Autre inconvénient, mais tout à fait justifié, la vitesse est limitée et strictement contrôlée. Ce qui n’empêche pourtant pas qu’une centaine de gros animaux meurent chaque année suite à une collision avec un véhicule. Pour s’être trouvés à plusieurs reprises pratiquement nez à nez avec un bison, on comprend pourquoi !

IMG_5336.jpgLe parc est très facile à visiter grâce à des cartes distribuées à l’entrée et des routes principales qui, en gros, forment un 8 à l’intérieur . Comme dans chaque parc aux USA, tout est très bien aménagé pour que chacun puisse accéder au plus prés des plus beaux sites. Des kilomètres et des kilomètres de trottoirs en bois ont ainsi été construits. Interdiction de marcher à côté car le sol, à certains endroits, ne dépasse pas quelques centimètres d’épaisseur. Le seul poids d’un enfant pourrait le faire céder, et ce serait alors la trempette dans l’eau bouillante avec les conséquences dramatiques que l’on imagine.

IMG_5169.jpgLa grande attraction locale, c’est « Old Faithful » (Le vieux fidèle). Un geyser qui trône pratiquement au centre du parc et ainsi nommé en raison de la régularité de ses éruptions. Toutes les 90 minutes environ, les centaines de personnes rassemblées autour du site peuvent à coup sûr assister à cet évènement qui reste malgré tout exceptionnel. Après quelques crachotements, une gerbe de plusieurs mètres d’eau bouillante s’élève vers le ciel accompagnée de son voile de vapeur.

Même s’il est difficile de concilier tourisme de masse et protection de la IMG_5449.jpg nature, ici les animaux sont rois. Il n’est pas rare d’arriver le soir au camping et de le trouver envahit par un troupeau de biches. Ou au réveil, le matin, de découvrir à quelques mètres de sa tente des bisons en train de brouter. Ces bêtes en apparence paisibles restent toutefois sauvages et peuvent charger si elles se sentent menacées. Autant s’en tenir à distance.

IMG_5792.jpgVous l’avez compris, cet endroit est magnifique mais pas franchement propice aux prises d’angle et autres plaisirs motocyclistes. Pour finir de nous dissuader d’aller trop vite, un orage de grêle, en fin d’après-midi, nous a rattrapé malgré nos détours et haltes pour tenter de l’éviter. Pas le temps d’enfiler les combinaisons de pluie, nous sommes déjà mouillés. Mais à environ 2300 mètres d’altitude, la grêle a recouvert la route et ne fond pas. Il nous faut rouler dans les ornières des rares voitures qui nous précèdent pour rejoindre le camping… où il n’est pas tombé une goutte d’eau.

IMG_5517.jpgNous ne pouvons pas quitter ce parc sans vous parler des embouteillages causés par l’apparition d’un animal. Un ours qui mange des fleurs de pissenlit de l’autre côté d’un ruisseau peut provoquer un attroupement d’une centaine de personnes. Ces deux autres qui jouent pendant une demi-heure et qui se poursuivent jusque haut dans les arbres provoquent l’arrivée des rangers, qui essayent de faire circuler les voitures alors que leurs conducteurs ne demandent qu’à s’arrêter pour profiter du spectacle.

C’est avec des images plein la tête (et plein le disque dur), que nous quittons le Wyoming pour continuer à nous rapprocher de Calgary, notre prochaine destination. La moto chargée, nous roulons à nouveau vers le Nord-ouest au milieu de grands plateaux d’altitudes bordés de sommets enneigés. Sur notre route, encore une étape inattendue au milieu de pas grand-chose : Deerlodge. Petite ville évitée maintenant par la grande « interstate » alors que la « highway » d’une époque maintenant révolue la traversait et la faisait vivre. Future cité fantôme ? C’est bien possible au vu des nombreuses habitations laissées à l’abandon. Mais il y a ici autre chose qui rendait l’agglomération prospère : la prison d’Etat du Montana. Fermée en 1979, cette dernière se visite. Autant vous le dire tout de suite : c’est lugubre ! Heureusement, le billet donne accès à un autre musée bien plus attrayant, dédié aux voitures. Des centaines de véhicules, tous à l’état neuf, retracent l’histoire automobile des USA, du début du siècle passé à la fin des sixties. De quoi se remonter le moral après la visite précédente.

La fin de cette première partie de notre voyage aux USA touche à sa fin. Le Canada approche et il ne nous reste plus qu’à franchir un col à 2 025 m d’altitude au milieu du Glacier National Parc pour arriver à la frontière. Voilà pour la théorie. La météo, elle, en a décidé autrement. En ce début de mois de juillet, après une bonne chute de neige, une avalanche a bloqué la route, le Logan Pass, pour une durée indéterminée. Demi-tour et contournement du parc par le Sud impératif.

mardi 24 juin 2008

Aurait-on perdu le Nord ?


Houlà, le temps passe très vite ! Les journées s’enchaînent à un rythme infernal, en nous apportant heureusement leur lot quotidien de découvertes et de rencontres. Nous vous écrivons depuis un petit village perdu au fin fond de l’Utah, à environ 1400 m d’altitude : Snowville. Un nom qui en dit long sur la rudesse des hivers locaux. Mais que faisons-nous ici, nous qui devions aller à Denver pour remonter ensuite vers le parc du Yellowstone, dans le Wyoming ? Aurions-nous perdu le Nord ? Eh bien non, du moins pas encore. En se laissant entraîner par des réflexions du genre « en redescendant 150 km plus au sud, on pourrait voir ceci, puis cela », on se retrouve complètement à l’ouest des Rocheuses. Mais quel choix judicieux ! Les paysages incroyables succèdent aux sites fantastiques, le tout relié par des routes phénoménales. Sans doute parmi les plus prestigieuses au monde.

IMG_3941.jpgVous souvenez-vous de l’exploit d’Ari Vatanen qui avait gagné, en 1988 au volant d’un prototype Peugeot à 4 roues directionnelles, une célèbre course de côte dans le Colorado ? Avez-vous encore en mémoire ses interminables dérives ? Cette montée c’est Pikes Peak, qui vous fait passer de 2 500 à 4 300 m d’altitude en une vingtaine de kilomètres. Incroyable et inimaginable en Europe quand on sait qu’à 500 m près, on se retrouverait alors au sommet du Mont-Blanc !

Ici, non seulement c’est possible, mais en plus c’est accessible à tout le monde. Il suffit de s’acquitter d’un petit droit de passage pour se retrouver sur les traces de ces fondus de vitesse. Laquelle vitesse est toutefois limitée tout le long, et surveillée par les rangers et leurs radars (Eh oui, ici aussi…). Mais même au rythme paisible auquel nous progressons, quel pied ! Chaque virage débouchant sur un paysage encore plus fantastique que le précédent, on voudrait s’arrêter tous les 100 m. Et quand le bitume laisse la place à cette magnifique piste en terre, large et lisse, on ne peut s’empêcher de mettre un peu du gaz en espérant ne pas être attendu par le fonctionnaire de service à la sortie du virage. L’absence totale de protection est finalement plus dissuasive encore, car une sortie de route ne pardonnerait pas.

IMG_3910.jpgÉvidemment, parvenus tout là-haut, inutile d’espérer être seuls. En plus de tous les véhicules, un train à crémaillère déverse son flot de touristes. Et pour se faire prendre en photo devant l’inévitable panneau du sommet, il faudrait presque s’inscrire sur liste d’attente. Pour patienter, on ne sait où donner de la tête entre le panorama sur les premières grandes plaines du Middle-West d’un côté, et la majestueuse chaîne des montagnes Rocheuses encore enneigées et barrant tout l’horizon de l’autre. Mais à cette altitude, le manque d’oxygène se fait déjà sentir et le mal des montagnes guette les imprudents qui voudraient trop vite aller d'un point de vue à l'autre. Mal de tête persistant, essoufflement, c’est en tout cas une bonne expérience pour la suite de notre voyage, qui devrait nous mener dès cet automne dans la cordillère des Andes.

IMG_4015.jpgEn attendant, voilà que pour traverser les Rockys Moutains, nous passons d’une vallée à l’autre en franchissant des cols dont l’altitude dépasse souvent les 3 200 m. Chaque passage paraît être le dernier, mais à chaque fois, au loin, de nouvelles montagnes barrent l’horizon. Nous parcourons ainsi de vastes prairies avant d’attaquer de nouvelles ascensions, où nous découvrons d’anciennes mines d’argent ou autres. Dans la petite ville de Silverton, les trains à vapeur, la diligence et les rues qu’on a même oublié de bitumer nous remettent dans l’ambiance des « westerns spaghettis » de Sergio Léone. Puis vient le grand parc national de Mesa Verde, dédié aux indiens Anasazi, et enfin Moab.

IMG_4722.jpgÀ l’approche de cette ville, la nature vous met au parfum. Ici, pas de demi-mesure. C’est du grandiose et rien d’autre ! Vous savez, les dessins animés de Bip-Bip, le road-runner poursuivit par Vil coyote qui veut en faire son casse-croûte ? Eh bien les décors dans lesquels ils évoluent, c’est ça ! Entre le parc national des Arches (qui compte plusieurs centaines de ces arches naturelles et autres rochers en équilibre ou bizarrement sculptés), Dead Horse point (une falaise qui surplombe de plusieurs centaines IMG_4844.jpg de mètres un méandre du Colorado) ou encore le parc national de Canyonland (qui s’étire sur plusieurs centaines de kilomètres avec ses crevasses creusées par la Green river et le Colorado), on ne sait plus où donner de la tête ! Sans parler de cet immense réseau de pistes, qui permet de parcourir librement les lieux pourvu qu’on dispose d’un engin adapté, comme un 4x4 ou … une GS par exemple. La nôtre nous mènera tout au fond de Canyonland, au plus prés du fleuve, non sans nous avoir occasionné quelques chaleurs.

Pour en revenir à notre itinéraire initial, nous faisons une escale d’une journée à Salt Lake City, non sans avoir auparavant été victimes de notre première crevaison. Par 40°C et à un endroit sans ombre, tant qu’à faire…

IMG_4959.jpgDans la capitale de l’Utah, se trouve un bâtiment absolument incroyable : le « Conference center », sorte d’amphithéâtre pharaonique capable de contenir 21000 personnes. Indescriptible !!! En 2002, il avait été mis à disposition des organisateurs des jeux olympiques d’hiver. Visite du musée, et nouvelle surprise. Vous savez sans doute que depuis des décennies, les Mormons répertorient tous les actes civils de la planète. Une base de données formidable pour les généalogistes, mais que n’importe qui peut utiliser. La preuve : entrés par curiosité dans cette bibliothèque, nous y avons été accueillis et dirigés en fonction des recherches éventuelles que nous souhaiterions faire. Et nous voilà avec à notre disposition, des milliers de microfilms et microfiches, le matériel pour les consulter, des ordinateurs, une bibliothèque… Il ne nous manquait qu’une chose, les résultats des recherches que nous avions déjà effectuées en France afin de pouvoir les compléter. Un prétexte tout trouvé pour un futur voyage.

IMG_5029.jpgMais Salt Lake City, pour les mordus de sports mécaniques, rime aussi et surtout avec records de vitesse sur terre. D’où un nouveau détour de… 500 km jusqu’au lac salé de Bonneville. Chaque mois d’août, un « speedway » accueille tout ce que la planète peut contenir de véhicules improbables (pourvu qu’ils soient dotés de roues) et de personnages assez fêlés pour les pousser à fond, sur une croûte blanche mais pas forcément lisse. Le tout par une chaleur digne d’un four branché thermostat plein pot. Nous nous contenterons quant à nous de quelques photos de ce lieu légendaire et d’un run de 300 m… dont la moto reviendra crépie de sel.

IMG_5064.jpgHistoire de ne pas revenir par la même route, nous faisons une incursion dans le Nevada (passant pour quelques heures encore dans un autre fuseau horaire) avant de se retrouver ce soir au milieu de rien, à Snowville, une lampe frontale sur la tête pour vous écrire… Il y a tellement de choses à voir, à faire, que nous essayons d’en profiter au maximum. Le soir, après avoir planté la tente, mangé, s’être un peu lavé (quand c’est possible), il nous faut en priorité trier les photos et vidéos du jour, les graver quand nécessaire, et écrire notre « journal » de la journée. Bref le temps nous manque cruellement, et c’est souvent tard le soir que nous rédigeons enfin ces newsletters, pour vous faire partager nos émotions et un peu de notre voyage. Mais vous ne savez pas le pire, dans tout ça ? En Amérique, il est souvent difficile de trouver une connexion Internet avec un peu de débit !

vendredi 13 juin 2008

Go west


IMG_3260.jpgAvant même notre départ de France, rendez-vous avait été pris à Titusville pour le samedi 31 mai à 15 h 02 précise. Une navette spaciale, c’est ponctuel ! Depuis notre précédent passage au Kennedy Space Center, toutes les routes ont été fermées et c’est du bord de l’Indian river, à 15 km environ et au milieu d’une foule étonnamment dense, que nous assisterons au lancement. Nous attendons patiemment l’heure H en discutant avec nos voisins, postes radios, jumelles, appareils photos et caméscopes en batterie. Le nuage dégagé par la mise à feu des moteurs, nous prévient du tir. Pas un bruit ! Nous nous attendions à un gros « Boum », il n’en est rien. Du moins, pas à cette distance. La minuscule navette (grosse comme un petit autobus, mais heureusement, dotée de réservoirs additionnels qui doivent tripler son volume au décollage) s’aperçoit à peine au-dessus de l’énorme flamme qui file vitesse vertigineuse vers l’espace. Le tout doit durer au maximum 20 secondes… Commence alors pour nous une autre aventure : direction l’Ouest. Pour l’heure toutes les routes sont bloquées et le temps de parcourir 30 km, les astronautes auront pu faire trois fois le tour de la planète !

IMG_3326.jpgArrivée en Louisiane le lendemain, après avoir franchi un fuseau horaire qui porte notre écart avec la France à 7 h. Nous sommes surtout venus dans cet État pour visiter Arnaudville, petite ville fondée au début du 19e siècle par Jacques Arnaud. Un homonyme qui avait quitté Jausiers et sa vallée de l’Ubaye, dans les Alpes, pour aller faire fortune au Nouveau monde. Nous y serons chaleureusement reçus par une personne très active au sein du comité de jumelage entre les deux communes.

IMG_3451.jpgDe la moto, nous n’en parlons guère car elle fonctionne très bien. Les limitations de vitesses locales ne permettent de toute façon aucun excès. Toutefois, nous passons chez le concessionnaire BMW de Bâton Rouge pour une révision, avant de continuer notre visite de la Louisiane par la Nouvelle-Orléans. L’état des routes s’est nettement dégradé par rapport aux États précédents, et leurs abords ressemblent trop souvent à une décharge. Il semble que beaucoup de choses aient changé depuis nos précédents voyages ici. La pauvreté est devenue sensible. Beaucoup de monde vit dans des conditions précaires dans des campings, ce qui y instaure une certaine insécurité. L’ouragan « Katrina » a fait des ravages dans cette région et une bonne partie de la population n’a pu s’en remettre. Malgré tout, notre visite de la ville restera un bon souvenir avec les clichés que nous attendions du Carré Français (construit par les Espagnols, cherchez l’erreur), les « streamboats » sur le Mississipi, et une soirée musique cajun. En revanche, les moustiques et la chaleur nous usent. La température tourne facilement à 40° et notre tente n’est pas climatisée.

IMG_3786.jpgAfin de rejoindre les Rocky Moutains où nous espérons trouver un climat plus vivable, nous prenons au plus vite la route du nord-ouest. Route incroyable nommée Interstate 10 (entre Bâton Rouge et Lafayette), entièrement construite sur pilotis au-dessus de marécages inextricables. Une vraie prouesse technique accomplie sur environ 50 km dans les années 1960. Désormais, nous allons effectuer quelques étapes de 600 bornes par jour, en faisant quand même une escale à Dallas. IMG_3630.jpg Incontournable, ne serait ce que pour le musée « 6th floor » consacré à l’attentat mortel de Kennedy. Mais nous aspirons à d’autres paysages et attendons avec impatience les grands espaces de l’Ouest, qui ne tardent pas à apparaître : des centaines de kilomètres-carrés de prairie plus ou moins aride, parsemée de puits de pétrole et de troupeaux de vaches. Un avant-goût de Farwest ? Ca y ressemble, surtout quand un groupe de country-music accueille en musique les clients d’une station-service.

IMG_3676.jpgNous voilà déjà à Amarillo, au nord du Texas, traversée par la célèbre route 66. Les voyageurs peuvent faire escale au Big Texan où, s’ils arrivent à avaler un steak de plus de 2 kg en moins d’une heure, il leur sera offert. A être ici, un détour au Cadillac Ranch s’impose. Vous avez forcément déjà vu cette sculpture moderne, dédiée à la civilisation automobile américaine et composée de voitures plantées dans la terre. Et Pikes Peak, ça vous parle aussi ? Bientôt nous serons à 1 400 m d’altitude, non loin de Colorado Spring, au pied de cette montagne célèbre pour sa course de côte auto-moto annuelle. Si la météo est clémente, nous pourrons peut-être atteindre les 4 300 m du sommet… IMG_3745.jpg

samedi 31 mai 2008

On a roulé sur l'eau


Nous voilà enfin en Floride, sous le soleil… et les orages, qui déversent des déluges d’eau à chaque fin d’après-midi. Si la chaleur est la bienvenue, l’humidité ambiante appelle les moustiques. Et quand ils voient deux grassouillets comme nous, les moustiques, hé bien ils se jettent dessus !

De la route touristique qui longe au plus prés la côte, il est malheureusement rare d’apercevoir l’océan tant les constructions se suivent. Ils ont une drôle de conception des routes touristiques, les Ricains !? Heureusement, de temps en temps, de petits espaces ont été sauvegardés. Nous roulons alors au beau milieu d’un maquis odorant, où les chèvrefeuilles et les magnolias sont en fleurs. IMG_1798.jpg Des accès à la plage permettent d’accéder, à pied, au milieu des dunes, face à l’océan où se devinent baleines et dauphins. Hélas, ces bons moments ne durent guère car souvent les agglomérations se touchent. On nous avait vanté la beauté d’Amélia Island mais comme le reste, ça a du être beau avant que tout ne soit colonisé…

Le long de la chaussée, les chantiers d’élagage sont assez fréquents. Rien d’extraordinaire, a priori, si ce n’est que ces travaux sont effectués par des prisonniers, que nous les reconnaissons à leur uniforme gris avec une raie blanche. Qui a dit jaune rayé de noir ? On n’est visiblement plus au temps des Daltons.

Ste-Augustine sera une étape agréable. Petite ville sympa avec des bâtiments à l’architecture espagnole, camping dans un parc d’état — visité toute la nuit par des ratons laveurs — et plage immense, tout cela tranche un peu avec le reste de la côte. Depuis le début du voyage, nous ne sommes guère dépaysés et il nous presse désormais de retrouver les grands espaces de l’Ouest.

IMG_2074.jpgAprès un passage à Daytona, (Quelle tristesse cette Main Street ! Vivant au rythme effréné de la Bike week début mars, elle a 90% de ses commerces fermés le reste de l’année et transformés en entrepôts. L’ambiance du Froggys Saloon n’est pas mieux, avec ces quelques bikers croupis…),IMG_2112.jpg nous faisons une halte à Cap Canaveral pour une passionnante visite du Kennedy Space Center. La navette qui va partir à la fin du mois est déjà sur son pas de tir, ses réservoirs additionnels arrimés à elle. Un espace est réservé aux missions Apollo, et une fusée Saturne exposée dans un immense hall. De retour au « visitor center », présentation de films en reliefs et surtout possibilité de faire un tour dans le simulateur, censé recréer les sensations d’un décollage. Nous nous attendions à plus violent : on part quand ils veulent ! En attendant, notre voyage a changé et devient plus intéressant, comme le confirmeront les jours suivants.

IMG_2845.jpgEscale bien venue chez d’autres motards voyageurs, qui habitent la périphérie de Miami. Le temps de laisser tomber un orage comme jamais nous n’en avions vu, et de laisser passer un long week-end férié où la majorité des campings sont complets. Nous en profitons pour faire une première incursion dans les Everglades, vaste zone marécageuse qui couvre une grande partie du sud de la Floride. Une région d’autant plus inhospitalière qu’elle est infestée d’alligators ! Sur une petite route parallèle à la voie principale, nous faisons un premier arrêt au bord d’un canal. Je m’avance et aperçois aussitôt une paire de narines dépassant de l’eau. Puis une seconde un peu plus loin. Chris arrive et me dit : « Tu as vu, à tes pieds ? » La bestiole est juste là, à un mètre, et me regarde en se disant certainement : « Je le boufferais bien, celui-là. »

IMG_2245.jpgUne pause dans un petit troquet nous donne l’occasion de rencontrer des personnages couverts de tatouages, dignes d’un film. Les Harley sont garées devant, et la serveuse cavale dans un décor de têtes d’alligators séchées et de divers objets en rapport avec ces sauriens. Il semblerait que nous soyons enfin à la rencontre de l’Amérique. La vraie. Plus loin, alors que nous nous renseignons sur le prix d’une balade en « airboat » dans les marécages (vous savez, ces bateaux à fond plats avec un moteur V8 qui entraîne une hélice d’avion recyclée), un vieil indien vient discuter avec nous, fier de ces quelques mots de français. En émettant un son avec sa bouche, il fait venir à lui un couple d’alligators puis s’assoit face à l’immensité du paysage, le regard perdu à l’horizon. En fait d’exploit, à notre arrivée, une femme jetait des restes de nourriture dans l’eau. D’où la présence de ces deux-là, qui vivent ici pour ça. Mais c’est si beau, avec le soleil qui descend sur cette étendue infinie, que nous on veut bien y croire.

IMG_2546.jpgNous quittons la région de Miami pour nous rendre dans les Keys, une longue file d’îlots qui s’étire sur environ 160 km au sud-ouest de la Floride, à cheval sur l’océan Atlantique et le golfe du Mexique. Pour rallier Key West, la dernière de ces îles, il y a la US1, qui vit ici ses derniers kilomètres (ou plutôt ces dernières miles) après avoir traversé les USA du nord au sud. Un vrai bouquet final à grand renfort de ponts majestueux qui enjambent les chenaux et autres bras de mer ! Imaginez-vous « cruisant » à 45 miles à l’heure au guidon de votre moto, la musique que vous aimez dans les oreilles, sous un ciel d’un bleu absolu, et « survolant » les flots d’un bleu turquoise digne des plus belles cartes postales… Pour sûr, ce jour-là, nous avons roulé sur l’eau.

IMG_2575.jpgLa ville de Key West ouvre un nouveau chapitre de notre voyage. Comme la US1, nous venons de traverser le pays. En faisant demi-tour au fond de la rue bordée de jolies maisons en bois, nous commençons notre remontée vers l’Alaska. En route vers d’autres paysages, d’autres rencontres ! Une dernière étape dans le parc des Everglades s’impose toutefois. Le temps de se faire une dernière fois bouffer par les moustiques et de se laisser enfin tenter par cette fameuse balade en « airboat », avec un clone des « Zizitop » aux commandes.

vendredi 16 mai 2008

Vers le sud de l’Est


IMG_0793.jpgCoup de bol : le soleil a été de la partie durant les trois journées consacrées à la visite de Manhattan. Trois jours où nous n’avons pas arrêté de courir, ou plutôt de marcher. Également inespéré, ce camping déniché juste en face de la ville, sur l’autre rive de l’Hudson river. Il suffit de prendre un bateau qui fait la navette, et nous voilà en plein cœur de cette trépidante mégalopole, juste à l’entrée de Wall Street. La rue est à quelques pas de l’emplacement où se trouvait le World Trade Center avant les tragiques évènements du 11 septembre. À la place des deux tours jumelles, un grand trou entouré d’une palissade où des engins en tout genre préparent les fondations d’un nouveau gratte-ciel, qui verra le jour dans quelques années. En face, une petite chapelle fait office de mémorial. De nombreux objets et photos y sont exposés. C’est très émouvant.

IMG_1141.jpgDe tous les grands classiques de la ville, comme Battery park, Little Italie, China Town, le pont de Brooklyn, Central Park, le haut de l’Empire State Building (d’où l’on a une vue en 360° sur la ville et ses environs), le plus délirant reste encore Time Square. Une débauche de publicités lumineuses qui donnent à New York des allures de Las Vegas. Pour digérer le tout, une croisière de vingt minutes à bord d’un ferry reliant Staten Island, nous permet de traverser la baie de New York. Une mégapole épuisante que nous quittons finalement volontiers pour se mettre un peu au vert au cœur de la Pennsylvanie.

IMG_1366.jpgAttendus par un membre du club BMW de Washington, nous y avons reçu un incroyable accueil doublé d’une série d’invitations aux prochaines étapes. En revanche, la pluie s’est depuis remise à tomber de plus belle. En compagnie d’un couple du coin, nous faisons le trajet vers Washington. Au passage, une (trop) courte étape à Lancaster où nous apercevons les fameux Amichs, qui refusent le progrès et qui, entre autre, se déplacent dans des « buggys » tirés par des chevaux.IMG_1333.jpg

À propos de progrès, le motard européen découvre ici quelque chose de très agréable : pouvoir suivre les voitures sans s’empoisonner les poumons, les moteurs diesels étant quasi-absents et réservés aux seuls gros camions. Cool.



IMG_1403.jpgLa visite de Washington va malheureusement être écourtée à cause de la pluie, qui ne nous lâche décidément pas. Survol des principaux monuments et rapide mise à l’abri, afin de décider du programme à venir. Nous devions descendre vers le Sud en passant par les Appalaches. Ce sera l’Intersate 95 gaz ouverts en grands jusqu’au retour du soleil. Marre de la pluie et du froid !

Le soleil nous attend en Caroline du sud, où aussitôt tout est plus beau. Nous prenons enfin le temps de vivre et d’apprécier notre condition de nomades dans un camping au cœur d’un parc d’Etat, au bord d’un bras de mer avec de magnifiques pelouses pour planter la tente. Écureuils et oiseaux nous tiennent compagnie alors que nous regardons passer deux dauphins rejoignant l’océan. IMG_1525.jpgAutre spectacle digne d’intérêt : nos voisins. Entre celle-ci qui prend sa voiture pour aller aux toilettes — tout de même situées à 50 mètres — et celui-là qui pour aller vider le bac du WC chimique de son motor-home, l’attelle derrière sa voiture, on est gâtés ! Sans parler du gardien, retraité, qui vit à l’entrée du camping dans un antique bus désormais incapable de quitter cet endroit par ces propres moyens. Un sacré personnage qui arpente les lieux à longueur de journée afin que tout soit toujours en ordre. Et qu’il nous faut déjà repartir alors que l’autre soir, aux infos, ce n’était qu’une succession d’images d’inondations, de feux de forêt et de tornades dévastatrices !

Un peu au nord doit se dérouler une « bike-week », rassemblement de Harley venues de tous les Etats… mais pas toujours par leurs propres moyens, si l’on en juge par le nombre de remorques et autres camions chargés de motos. Les motards ont jusqu’à présent été très rares, et ceux-ci ne s’intéressent qu’aux gens qui roulent sur des V-twins américains. Vous avez dit sectaires ?

Avant de quitter la Caroline du Sud, nous faisons étape à Charleston. Agréable petite ville construite au bord d’un bras de mer qui s’enfonce à l’intérieur des terres, et où nous accédons par un pont haubané qui nous rappelle vaguement le pont de Volonne (ou celui de Millau, pour ceux qui connaissent). Après avoir flâné le long de rues bordées de maisons d’époque coloniale, nous revoilà sur l’I.95, filant vers le Sud et la chaleur. Au point qu’il nous faut enlever les doublures de nos vêtements après être passé de l’hiver à l’été sans transition. Reste à trouver une place pour lesdites doublures, venues s’ajouter à un chargement déjà conséquent. Qu’importe puisque la moto assure, le matériel est efficace, et nous savons bien qu’en cette première partie du voyage, nous mangeons notre pain blanc…

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