Hors de question d’entrer dans un nouveau pays en fin de journée et d’y rouler de nuit ! Face aux défaillances électriques équatoriennes, il ne nous reste plus qu’à retourner à Ipialès, trouver une chambre d’hôtel et nous occuper en attendant le lendemain. Occupation vite trouvée en réalité...

Nous stationnons les motos au centre-ville pour chercher un de ces cyber-cafés à partir desquels nous vous donnons régulièrement de nos nouvelles. A peine arrivés, deux autres bécanes immatriculées en Equateur se garent à nos côtés. Deux joyeux lurons en descendent et aussitôt leurs casques enlevés, nous saluent comme de vieux amis que nous n’aurions pas vu depuis très longtemps. Tous deux portent le même prénom, Javier. L’un travaille dans le pétrole en Amazonie, l’autre — et nous comprendrons vite compris pourquoi — est animateur de radio. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, un attroupement s’est formé autour de nous. Et les questions fusent de toutes parts : « D’où venez vous? Combien coûtent vos motos ? Quelle cylindrée, combien de temps pour votre voyage, où allez vous après la Colombie ? ». Il y en a même qui nous demandent des autographes ! C’est d’abord déroutant, mais finalement aussi sympathique que rigolo.

Bientôt les Javier nous proposent une petite balade dans la région, et nous nous retrouvons ainsi au pied d’une église qui est un peu le Lourdes Colombien. L’heure tourne, les estomacs commencent à gémir : il est temps de penser à trouver un peu de carburant. Un des motards de passage connait un restaurant où de la viande grille en permanence sur un gros barbecue. Il suffit d’aller y gouter, et nous ne serons pas déçus. Au moment de régler l’addition, notre animateur du jour s’exclame : « Ici vous êtes nos invités ! C’est moi qui paye ! » Et de rajouter : « J’espère que vous me recevrez comme je vous ai reçu quand je viendrais vous voir dans votre pays. » Genre, placement à long terme… Mais Javier et Javier, nous vous attendons !

IMG_1456_equateur.jpgC’est après une bonne rincée (n’oublions pas qu’il pleut un peu par ici…) que nous retournons voir ce qui se passe à la frontière. Rien ne bouge. Il n’y a décidément plus qu’à trouver un hôtel et attendre patiemment demain.

Notre patience sera récompensée par un passage éclair des deux frontières. Et quelques heures plus tard nous nous retrouverons à 0°00.000 de latitude, en plein sur l’équateur ! Séance photo prolongée. Nous obtenons même l’autorisation de garer les motos au pied du monument pour immortaliser ce qui, pour nous, est un évènement : on ne franchit tout de même pas cette ligne symbolique tous les jours. Mais comme souvent les bons moments se payent, et c’est encore sous un bon orage que nous arrivons à Quito, capitale de l’Equateur. Une ville énorme construite au fond d’une longue vallée à 2 800 m d’altitude, et dont les quartiers remontent sur les collines bordant cette dernière. Pas facile de trouver un hôtel précis dans ces kilomètres de constructions…

La visite sera toutefois assez brève. Prix de l’hébergement et météo humide (pour ne pas dire plus) nous poussent à aller voir ailleurs. Et ailleurs, ce n’est rien moins que de l’autre côté de la Cordillère des Andes. Autant dire que ce n’est pas les Alpes ! Le col que nous franchissons pour basculer du côté Est des montagnes culmine à 4 077 m. Pour se remettre de cette dure épreuve (ce n’est pas un métier facile…), nous faisons escale à Papallacta. Un petit village réputé pour ses sources d’eau chaude (toute la cordillère est jalonnée de volcans plus ou moins actifs), dans lesquelles nous finissons la journée dans les vapeurs sulfureuses et — je vous le donne en mille ! — sous un ciel nuageux. Demain, la descente vers le bassin amazonien sera terrible. En quelques heures, nous passerons de 3 800 à 290 m d’altitude. Les oreilles de Chris mettront une semaine à s’en remettre.

IMG_2557_sur_la_piste.jpgÀ partir de la ville pétrolière Lago Agrio, nous partons effectuer un petit séjour dans la jungle. Les motos ont droit à cinq jours de trêve. De notre côté, il nous faut trois heures de minibus pour rejoindre la pirogue qui nous attend sur le Rio Aguarico, puis encore trois heures de navigation pour rejoindre le premier camp construit dans la forêt, en surplomb de la rivière. Deuxième jour de navigation pour arriver dans un petit village Quechua. Nous nous sommes enfoncés d’environ 200 km dans la jungle, où le farniente n’est pas au programme. Poncho et bottes en caoutchouc composent l’équipement quasi indispensable pour aller marcher de jour comme de nuit, ou bien pagayer dans d’improbables ruisseaux encombrés d’arbres couchés en travers et sensés mener à un lac. Il n’y aura guère que la partie de pêche aux piranhas qui nous apportera un peu de repos. Car le soir, à l’heure d’aller se coucher après avoir escaladé la tour qui surplombe la canopée, c’est en fait le moment de partir en pirogue taquiner les caïmans.

Cette promenade de santé nous aura au moins appris que la jungle n’est pas truffée de serpents abominables (nous n’en avons pas vu un en cinq jours : il y en a plus à Sisteron), que les animaux y sont plutôt rares et que contrairement à nos craintes, ce sont plus des puces qui se trouvaient dans nos couchages que venait le danger, plutôt que de n’importe quelle autre bestiole. A l’aller comme au retour, nous sommes passés sous le volcan Reventador dont les gaz s’échappaient depuis quelques semaines, en signal d’une éruption qui s’est finalement déclenché peu après notre dernier passage. En matière de catastrophes naturelles, nous nous sommes contentés de quelques glissements de terrains provoqués par les dernières pluies.

IMG_2413_Quechua.jpgLa visite suivante sera beaucoup plus relax. Beau enchainements de virages sur une route qui nous emmène encore à 4 012 m d’altitude, avant de se terminer au bord de la lagune de Quilatoa. Il s’agit en fait d’un cratère dont le fond forme un lac aux eaux turquoise… quand le soleil veut bien se montrer. Depuis quelques temps, nous croisons des femmes revêtues de leurs habits traditionnels très colorés et coiffées de petits chapeaux. Quelques lamas font également leur apparition. C’est sûr, nous sommes bien dans les Andes !

Hélas notre séjour en Equateur n’a déjà que trop duré, et il nous faut rouler vers le Sud au plus vite. Facile à dire tant cette route Panaméricaine prend décidément toutes les formes. Ou plutôt ; subit toutes les déformations. L’axe qui nous conduit vers le Pérou n’est ainsi qu’une succession de cols surplombants des précipices vertigineux. Et son revêtement, quand il n’est pas criblé de trous, peut être carrément absent pendant des dizaines de kilomètres. Passage auprès du volcan (encore un !) Chimborazo, dont la particularité, en plus d’être recouvert de neige sous cette latitude, est d’avoir le sommet le plus éloigné du centre de la terre (plus que l’Everest). Cette « anomalie » s’explique par un renflement de la planète au niveau de l’équateur.IMG_2478_bivouac_dans_maquis.jpg

Nous avons la chance de pouvoir faire deux bivouacs dans ces paysages magnifiques, avant de quitter ce pays extraordinaire pour nous rendre chez les incas, au Pérou. Pour cela, il n’y a qu’à enjamber une rivière. Et derrière, c’est de nouveau l’inconnu.