Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 15 mars 2010

Déserts et surpopulation


IMG_0114_006_mer_de_sable.jpgPlus nous roulons vers le nord de l’Égypte et plus le froid se fait sentir. Il souffle un vent de face qui doit venir de Sibérie pour nous obliger à ressortir d’abord les gants d’hiver, puis les doublures des vestes. Au rayon des désagréments routiers, voilà qu’après avoir franchit le Nil en direction d’Asyut, il nous faut maintenant et en permanence rouler à l’arrière de véhicules de police. Ces derniers se relayent à chaque ville. Certains roulent très doucement, d’autres comme des fous en nous faisant prendre des risques considérables. Et pour ce qui est de passer inaperçu, c’est loupé : sirènes et gyrophares ne font qu’attirer plus d’attention sur nous. S’ils font cela pour nous protéger, il faudrait certainement revoir la méthode !

En fin d’après-midi, à notre arrivée à Asyut, on nous mène sans nous demander notre avis devant un hôtel. Nous, nous avons prévu d’aller dormir dans le désert. Cela ne plait pas vraiment aux policiers, mais comme la route qui mène dans le désert de l’Ouest égyptien n’est pas soumise à cette règle nous imposant d’être accompagnés, ils sont bien obligés de nous laisser filer. Tout comme la commission de l’hôtelier qui leur passe sous le nez…

Même si l’endroit n’est pas des plus exotiques, ce soir nous dormons au calme au milieu de nul part. Pas de klaxon, pas de muezzin, pas de télévision qui diffuse le énième match de football dans le hall de l’hôtel, avec sa débauche de décibels.

IMG_0295_009_camping.jpgLa boucle qui nous fait traverser cette partie désertique de l’Egypte, même si elle occasionne un détour de plus de 1 000 km, va nous permettre de découvrir un autre pays, complètement différent de celui qui longe le Nil. Des gens agréables avec qui discuter un moment est un réel plaisir, des commerçants qui sont… commerçants. IMG_0245_008_desert_Blanc.jpgEt puis, une nuit dans le Désert Blanc valait bien un tel détour. Une dépression nous a fait descendre au niveau de la mer. Le sol, qui est devenu blanc, se constelle de formations rocheuses qui peuvent prendre l’aspect de gros champignons. Heureusement que les appareils photo numériques ont envoyé au rebut les pellicules : dans de tels endroits, ça préserve le budget.

Encore une fois, la route nous réserve une surprise en nous faisant traverser une véritable mer de sable. Pas des dunes comme nous avons l’habitude de voir ; ce serait plutôt cette fois une mer d’huile. Une étendue minérale plate et immense sur laquelle la chaussée semble juste posée. Malheureusement, les paysages extraordinaires ne sont pas de mise à l’approche du Caire. Des tas de gravats bordent la route sur des dizaines de kilomètres. Peut-être est-ce pour cacher les vastes terrains vagues couverts de détritus et autres sacs en plastiques que le vent agite ? L’entrée dans cette mégalopole est effrayante. On nous a parlé d’environ vingt millions d’habitants dans la ville elle-même, et autant dans la banlieue proche. Et il y a de nouvelles constructions sur des kilomètres et des kilomètres. Où cela va-t-il s’arrêter ?

IMG_9993_005_facade_de_magasin.jpgL’accès au seul « camping » de la ville nous fait contourner les pyramides de très près. Comme d’habitude, notre priorité, avant d’aller balader, est l’obtention des visas pour les prochains pays que nous allons traverser : Jordanie et Syrie. Ce seront les derniers… Nous savons que normalement, l’ambassade de Syrie au Caire ne délivre des visas qu’aux ressortissants égyptiens. Il nous faut expliquer notre cas particulier et attendre une petite heure l’accord du consul avant de pouvoir remplir nos dossiers de demande. Cependant, nous récupérons nos passeports dés le lendemain. Rapide. Une autre bonne nouvelle arrive de l’ambassade de Jordanie : nous pourrons obtenir nos visas gratuitement à bord du bateau qui va nous mener à Aqaba.

Du coup, c’est l’esprit libre que nous franchissons la porte d’entrée de l’Egyptian Museum. Ce gros et vieux bâtiment à la façade rouge recèle un véritable trésor. Une très grande partie des découvertes qui se sont succédées depuis des décennies se retrouvent « entassées » ici. Et honnêtement, cette fois, il y a bien trop à voir ! Il faudrait arpenter les allées pendant au moins un mois pour arriver à mémoriser l’essentiel. Et finalement, tout comme le contenu, le musée lui-même peut être l’attraction de cette visite. L’ambiance qui règne à l’intérieur nous fait replonger au début du siècle dernier. Ouvert en 1902, sa grande coupole, son étage percé de trouées qui permettent une vision des expositions du niveau inférieur, ses verrières sous toit qui laissent passer les rayons de lumière venant éclairer des objets et autres statues poussiéreuses, mais surtout ses vitrines en bois, fermées par des cadenas et plombées, qui elles-mêmes semblent être devenues des monuments historiques, tout contribue à ce qu’on s’attende à voir Indiana Jones bondir hors d’un bureau pour traverser une salle au pas de course. Pour peu que vous arriviez à faire abstraction de la foule qui vous entoure et du bruit conséquent.

IMG_0483_010_monumental.jpgLe plateau de Gizeh n’est qu’à quelques kilomètres du camping. Pour nous y rendre, nous prenons la moto, laissée au repos ces derniers jours au profit des taxis. Pas de chance, le parking à l’intérieur du site est interdit aux deux-roues. Pourquoi ? Nous ne le saurons jamais. Mais laisser la GS une grande partie de la journée dans la rue et sans surveillance, non ! Nous profitons donc de ce contretemps pour rouler vers des sites situés à une trentaine de kilomètres au Sud de la ville. Saqqarah et Dahshur. Manque de chance, un vent violent souffle sur le désert en soulevant un nuage de sable qui rend les visites éprouvantes. Il n’y a guère que le moment où nous nous enfonçons au cœur de la Pyramide Rouge qui nous procurera une petite pause.

C’est une marée humaine qui se bouscule à l’entrée du site, juste en face du Sphinx. Nous allons très vite comprendre ce qui arrive. Nous sommes vendredi, l’équivalent de notre dimanche. Et aujourd’hui, en plus, c’est le premier jour des vacances de février… L’accès au plateau de Gizeh, pour les Égyptiens, est gratuit ! Quelle belle occasion de venir pique-niquer au pied des pyramides… Les enfants qui escaladent les monuments sous le regard impassible des gardiens ont là un magnifique terrain de jeu. Nous nous trouvons encore une fois au milieu d’une foule énorme, harcelés par les vendeurs en tout genre, à marcher dans les détritus et la poussière soulevée par les chevaux, dromadaires et autres véhicules. Qu’un tel patrimoine puisse être géré ainsi, c’est proprement hallucinant ! C’est la foire, le souk, le bazar. Allez, laissons-nous aller : c’est le foutoir complet ! N’importe quoi ! Sans parler de la ville, qui semble vouloir engloutir et digérer les pyramides. Les immeubles les plus proches ne sont pas à 300 m de la célèbre pyramide de Gizeh. Patrimoine mondial de l’humanité qu’ils disent. Encore une fois, comment, alors que les pays du monde entier contribuent aux recherches et à la préservation de ces sites, peut-on laisser faire de telles choses ? Ces monuments ne sont- ils pas exceptionnels ? N’y a-t’il donc pas ici la dernière rescapée des 7 merveilles du monde ?

Ah ! Que l’Egypte serait belle et agréable sans ces petits désagréments… Nous pensions que notre voyage se « finirait » au pied de ces monuments en une sorte d’apothéose. C’est manqué… (Non pas que nous voulions nous arrêter ici, mais après l’Egypte, ce ne sera plus pareil. Nous avions effectué un voyage jusqu’au Sud de la Jordanie en 2002 et du coup, nous connaissons… C’est là que va vraiment commencer la route du retour).

IMG_0679_011_Ste_Catherine.jpgNous abandonnons le Caire sans aucun regret. Il y a un dernier site que nous voulons visiter avant de quitter l’Egypte : le monastère Sainte-Catherine, dans le Sinaï, au pied du mont du même nom. Pour y arriver, nous franchissons le canal de Suez… par un tunnel. Impossible de voir quoi que ce soit. Là où la route longe le canal, de grandes buttes de terre, hérissées de guérites où sont postés des militaires armés, nous en cachent la vue. Il est bien loin le canal de Panama avec les visites des écluses. Autre lieu, autre ambiance… Voilà la Mer rouge où tout est … gris. Toujours un vent de sable qui ternit le paysage. Et puis, honnêtement, la côte occidentale du Sinaï n’est pas franchement belle. Tout a été tourné et retourné. Des lignes haute-tension bordent la route et le rivage. D’immenses complexes touristiques inachevés bétonnent ce qui pourrait être beau. Sur l’eau, ce n’est pas mieux. Après les nombreux bateaux en rade dans l’attente du passage du canal, ce sont les plateformes pétrolières qui prennent le relais. C’est avec joie que nous bifurquons vers le cœur du désert. La route va se glisser entre des montagnes de roche rouge marbrée de différentes teintes. Hormis quelques oasis, c’est dans un désert minéral que nous plongeons pour arriver au monastère à la tombée de la nuit, après une multitude de contrôles de police où les mêmes questions reviennent toujours. Un havre de paix et de calme après la folie du Caire. Nous allons nous reposer un peu ici avant de nous diriger vers la cote orientale de la péninsule, pour y embarquer sur un bateau qui doit nous conduire à Aqaba en Jordanie. De l’autre coté de ce petit bout de mer Rouge.

La moto, qui a finalement effectué une traversée de l’Afrique presque sans problème est elle aussi au repos pour la journée. C’est à pied que s’effectue l’ascension du mont Sinaï. Une fois arrivé, après 2 h de marche facile, le panorama qui s’ouvre à 360° est exceptionnel.

IMG_0832_012_on_embarque.jpgQuelques dizaines de kilomètres à travers le désert du Sinaï et nous voilà à Nuweiba. En arrivant ici, nous finissons notre traversée du continent africain et comme nous le disions plus haut, c’est un peu la fin du voyage… Un dernier bain au milieu du corail et des poissons multicolores, et c’est en Asie à nouveau que notre route va se poursuivre après une traversée à bord du Shehrazade. Après seulement une heure de formalités pour sortir du pays.

dimanche 7 mars 2010

Aswan 17


IMG_0126_007_route_engloutie.jpgNotre petite équipe a embarqué sur le rafiot qui sillonne hebdomadairement le lac Nasser, entre Soudan et Egypte. Nous avons laissé nos véhicules sur le sol soudanais, sans aucune garantie qu’ils soient surveillés sérieusement, qu’ils soient embarqués dans de bonnes conditions et dans les temps sur une barge. Ca fait beaucoup, d’où une inquiétude légitime pour tous…

Nous sommes accompagnés de Marina et John, des Sud-africains voyageant en 4x4 entre Johannesburg et le Portugal, ainsi que d’Alexis, motard russe de Saint-Pétersbourg qui achève un voyage autour de l’Afrique. Le reste des passagers est constitué de Soudanais ou d’Égyptiens. La cohésion de notre groupe, pourtant improvisé, va aider à supporter les très mauvaises conditions de cette traversée. Au programme : crasse et mépris des membres de l’équipage vis-à-vis des passagers.

Après 17 h de navigation entre Wadi Halfa et le port d’Assouan en compagnie de nombreux cancrelats, il nous faut attendre 5 h supplémentaires avant de pouvoir débarquer de cette poubelle flottante… Soudain les passagers se ruent vers le contrôle de sortie en se bousculant comme des bêtes. Nous allons vite comprendre pourquoi : mieux valait être en début de file, car il va nous falloir attendre encore une heure sous le soleil avant d’être contrôlés et pouvoir enfin accéder officiellement en Egypte. Laborieux, l’accueil !

Un chauffeur de taxi nous attend. Il doit nous conduire à nos hôtels avant de nous aider, samedi si tout va bien, à effectuer les formalités pour récupérer les véhicules. Comme au Soudan, nous avons besoin d’assistance pour régler les formalités. Car tout est en langue arabe, aussi bien les panneaux censés signaler les administrations que les différents formulaires à remplir. De plus, la ville est distante du port d’une bonne quinzaine de kilomètres et les mêmes formalités imposent de se déplacer à plusieurs reprises entre les deux. Pratique.

Nous avons donc un jour d’attente à combler avant l’arrivée théorique de la barge. Nous sommes bien passé hier soir devant le fameux temple d’Abu Simbel, mais au moment où son illumination s’éteignait. Décision est prise de mettre à profit cette journée en louant, ensemble, un minibus pour se rendre au temple par la route. Nous n’avons presque pas dormi la nuit dernière, et il va falloir se lever à 2h30 la nuit prochaine. En effet, les autocars et autres minibus transportant des touristes étrangers sur cet itinéraire sont tenus de rouler en convoi à des horaires très précis… et décourageants. Car cette histoire ne laisse aux passagers que deux petites heures sur le site : c’est à prendre ou à laisser. Repasser deux fois le tropique du Cancer (après l’avoir franchit lors de notre mémorable « croisière » sur le lac), avaler 560 km et visiter le temple au pas de course, telle sera notre journée.

IMG_9384_001__Abu_Simbel.jpgC’est le genre de moment que nous attendions depuis très longtemps, Abu Simbel est grandiose, mais nous n’avons pas même le temps d’apprécier quoique ce soit, englués au milieu d’une marée humaine qui comme nous n’a que quelques dizaines de minutes pour apprécier la beauté des décorations intérieures de ce temple multimillénaire, qui de plus a été déplacé au début des années 1960 lors de la mise en eau du lac Nasser. Visite hautement frustrante, d’autant que nous ne pouvons nous empêcher de penser aux véhicules. Où sont-ils, est-ce que tout se passe bien ? Une barge passe sur le lac, face au temple. Nous faisons une photo, juste pour se rappeler à quoi ressemblent ces fameuses barges. Ce n’est qu’un peu plus tard, en triant les images, que nous nous rendons compte que par le plus grand des hasards, nous avons photographié celle qui transportait justement notre moto.

Une longue journée commence. Les formalités vont se succéder à un rythme africain, tout comme les allers-retours entre le port et la ville. Eprouvant. Heureusement, en fin de matinée, nous faisons une pause pour… aller débarquer les véhicules. Pas de casse, tout est en ordre : on respire ! Mais si pour nous tout se passe bien, il n’en va pas de même pour Alexis, notre collègue russe. Son carnet de passage en douane ne convient pas à l’inspecteur des douanes, et sa moto ne pourra pas quitter le port. Il va être obligé de se rendre en train au Caire pour obtenir un tampon auprès de l’Automobile club égyptien. Soit 2000 km et trois jours de perdus alors que tout est en règle…

Aswan 17. Non, ce n’est pas le nom d’un nouveau pharaon dont on viendrait tout juste de retrouver la trace, mais la nouvelle immatriculation que notre moto devra porter le temps de notre séjour dans le pays. En ce samedi soir, cette dernière est enfin garée devant l’hôtel. Nous allons pouvoir découvrir l’Egypte plus sereinement. Lavage, nettoyage du filtre à air, plus quelques bricoles pour que le voyage s’effectue dans les meilleures conditions mécaniques. Vient le moment d’effectuer le plein de carburant, et cette fois c’est une excellente surprise : pouvez-vous imaginer le prix du litre à même pas 30 centimes d’euros ? Bon, l’indice d’octane peut descendre à 80 seulement (mais le prix diminue encore en conséquence)… Ici, le maximum que nous ayons trouvé est du 92. Pas bon pour les sièges de soupapes de la BM…

IMG_9986_004_impressionnant.jpgCap au nord et plus précisément sur Louxor. La route suit pratiquement le Nil que l’on aperçoit de temps à autre quand les jardins hérissés de palmiers dattiers ne trouvent plus leur place le long du fleuve. Les contrôles de police se succèdent à un rythme étonnant. Ancienne capitale du temps de la splendeur de l’Egypte, la ville et ses environs concentrent une quantité de temples et tombes des plus réputés, dont Karnak, Louxor, Hatshepsout, Queens et Kings valleys. De quoi rester quelques jours sur place sans avoir le temps de s’ennuyer. Et de plus, qu’est-ce que c’est beau ! En revanche, nous découvrons dans le même temps une particularité surprenante pour l’une des premières destinations touristiques au monde : le harcèlement constant des commerçants et autres vendeurs. En permanence, des « felouque ?, taxi ?, calèche ?… ». IMG_9933_003_Louxor.jpgMieux vaut le prendre à la rigolade si l’on veut rester zen. Même les gardiens des temples et musées essayent constamment de nous soutirer quelques livres égyptiennes supplémentaires. Et pourtant, au prix où sont les visites, on serait en droit de contempler les monuments avec plus de quiétude. Même les agents de la police touristique s’y mettent en nous proposant, moyennant un bakchich, de faire des photos à l’intérieur du musée… où les photos sont interdites. On ne parlera même pas des commerçants, qui à chacun de nos passages nous poussent pratiquement à l’intérieur de leurs boutiques.

IMG_9460_002_couleurs_d__Egypte.jpgIl faut faire attention à tout. Vérifier toutes les notes et la monnaie à chaque fois, ne pas avoir peur de ressortir d’un restaurant qui ne tient pas les promesses écrites sur son menu (ce sont en général les produits les plus économiques qui manquent) ou d’un hôtel qui annonce parking fermé et wifi lors de la réservation… et qui n’offre en réalité rien de cela. Même le prix d’un kilo de banane peut être multiplié par 10 si l’on n’y prend garde. Usant.