L’avion dans lequel nous avons pris place se pose en douceur sur le tarmac de l’aéroport de Bogota. Il nous a permis de franchir cette zone marécageuse entre le Panama et la Colombie où toute construction de route est impossible. Nous entrons dans ce nouveau pays en 10 mn à peine. Il ne reste plus qu’à prendre un taxi pour nous rendre chez le transporteur, où notre moto nous attend. Les formalités d’importation de celle-ci vont prendre beaucoup plus de temps, et ce n’est qu’en fin d’après-midi que nous quittons Bogota pour nous mettre sur la route de l’Equateur. Mais nous ne partirons réellement que demain matin au plus tôt, car n’ayant pas prévu de passer en Colombie nous n’avons pas préparé d’itinéraire. Nous n’avons même pas une carte routière !

IMG_3738_Panamericaine_Colombie.jpgIci, nous nous séparons de nos précédents compagnons de voyage. Eux vont aller plus au Nord, à Medellin, et c’est désormais Peter qui les remplace au pied levé. Pour s’extraire de la ville, nous empruntons des rues et avenues où les trous sont bouchés avec des remblais de construction. Nous roulons sur des morceaux de briques et autres matériaux coupants. Il nous faut aussi éviter de grandes marres de boue et slalomer entre les véhicules dont on voit bien que les chauffeurs n’ont pas dû prendre beaucoup de leçons de conduite… Tout cela ne nous rassure guère sur notre avenir immédiat: si les routes sont dans le même état, il va nous falloir énormément de temps pour traverser le Sud du pays. Heureusement, en s’éloignant de l’agglomération, le réseau devient meilleur. De plus, les paysages prennent une dimension inattendue, pour ne pas dire grandiose ! Le soleil qui descend doucement à l’horizon en illuminant d’une lumière rouge le canyon que la route surplombe, ajoute lui aussi sa touche au décor.

Les premiers contacts avec les Colombiens vont également nous apporter leur lot de surprises. Quelle gentillesse ! Le pays n’étant pas envahi de touristes, réputation sulfureuse oblige, le rapport avec les habitants n’est pas faussé. Et cela va se vérifier tout au long de notre trop court séjour ici. Car autant le dire tout de suite, nous regrettons beaucoup de ne rien avoir préparé et de ne pouvoir rester plus longtemps. Il y a tellement de choses à voir dans cet immense pays ! Mais il en est ainsi. Encore un bon prétexte pour revenir plus tard...

IMG_2432_troupeau.jpgNous prenons la route de bon matin, à 6h30. Tout commence bien. Bon revêtement et très peu de circulation. Très vite nous attaquons l’ascension d’un col. Et là, nous retrouvons les camions. Par dizaines, les uns derrière les autres, dans des nuages d’une fumée noire qui nous brule les poumons. La voie est très sinueuse et étroite. Cela n’empêche pas les poids-lourds de se dépasser alors que la visibilité est nulle. Etonnant qu’il n’y ait pas plus d’accidents !? Nous nous frayons un chemin au milieu de ces fous du volant, afin de franchir ce col bordé de champs d’un vert éclatant, accrochés aux parois abruptes des montagnes. La descente sera tout autant aventureuse. Loin de toutes préoccupations sécuritaires, les chauffeurs dévalent la pente pourtant vertigineuse à des vitesses incroyables.

La grande vallée dans laquelle nous arrivons va nous procurer un peu de répis. Nous circulons au milieu des plantations de café et bananiers. Comme c’est souvent le cas depuis le Mexique, à chaque endroit où la circulation est ralentie (ralentisseur, feux tricolores, contrôle de police ou militaire…) des vendeurs attendent les automobilistes pour essayer de leur vendre diverses marchandises. L’occasion de goûter, en ce début d’après-midi, des tranches d’ananas qui proviennent directement du champ voisin. Alors que nous sommes en pleine dégustation, une moto se gare derrière les nôtres. C’est Bruce, un Californien qui aussitôt va se joindre à nous pour partager ces bons moments.

Comme nous l’avons dit plus haut, les gens sont ici d’une gentillesse incroyable. Cela se vérifie encore un peu plus tard, quand nous arrivons à Cali, trop tôt à notre goût pour s’arrêter. Nous envisageons alors de continuer une centaine de kilomètres vers Popayan. Un couple arrive sur sa 125 et vient discuter avec nous. Nous parlons un peu du voyage et ils nous informent que d’importantes manifestations ont lieu en ce moment à Popayan, avec de gros déploiements de forces de police. Nous décidons donc de rester ici. Cali est une ville immense, mais les deux jeunes sur leur petite moto ne vont pas hésiter à traverser une bonne partie de l’agglomération pour nous conduire à l’auberge qui nous intéresse.

Au petit matin, quand nous parvenons enfin à nous dégager des bouchons qui bloquent la ville et ses alentours, nous sommes arrêtés en pleine campagne par la police. La manifestation d’hier se déplace vers le Nord. Ce sont les « natifs » (Amérindiens) qui manifestent en nombre. En fait, ils sont des milliers à marcher sur la route pendant des jours et des jours. Certains en bottes en caoutchouc, d’autres en tongs. Beaucoup ont revêtu leurs costumes traditionnels.

IMG_2472_epuisante_Panamericaine.jpgLa route, sinueuse plus qu’à souhait, s’étire au milieu de paysages grandioses pratiquement jusqu’à la frontière avec l’Equateur. Nous n’en sommes d’ailleurs plus très loin. Encore un « petit » col à franchir, après avoir pris le petit-déjeuner avec les laveurs de camions qui travaillent tout au long de l’axe, et nous arrivons à Ipialès. N’ayant rien de spécial à faire dans cette petite ville frontalière, autant se rendre tout de suite à la douane pour effectuer les formalités. Nous pourrions être à Quito dès ce soir. Nous nous apprêtons à sortir officiellement de la Colombie quand nous apprenons que le poste frontière côté Equateur est fermé jusqu’à ce soir pour cause de… panne d’électricité. Pfff...