Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 12 janvier 2009

Soucis de transit


IMG_6038_tropique_du_Capricorne.jpgAprès notre excursion bolivienne, la suite du voyage s’annonce beaucoup plus calme. Hormis quelques tronçons de la Panaméricaine qui mériteraient bien quelques pelles de goudron, nous longeons tranquillement la côte Pacifique pour continuer vers le Sud. Passage du tropique du Capricorne, étape agréable à Antofagasta où se déroulent des festivités, passage à proximité du VLT (le plus grand télescope du monde, partiellement financé par la France), et quelques bivouacs à proximité de l’océan où nous faisons une cure de calme et de sommeil. Les pistes au Chili étant bien meilleures qu’en Bolivie, nous en empruntons de temps en temps qui longent la mer, et nous permettent de découvrir quelques petits villages de pécheurs complètement perdus. Mais déjà arrive le passage obligé à Valparaiso. IMG_6171_bivouac_sur_le_Pacifique.jpgObligé, car en plus de visiter la ville (ce n’est pas le plus désagréable), nous allons ici commencer à chercher une compagnie maritime qui veuille bien transporter notre moto en Australie le mois prochain. Et ce n’est pas gagné… Après une demi-journée de recherche, il semble qu’aucun bateau n’aille dans cette direction, faute de commerce assez important entre les deux pays. Tous vont vers l’Asie. Cela commence mal…

Dans ce cas-là, il n’y a qu’une chose à faire : s’installer à une terrasse et déguster une bonne glace ! Cela ne résout pas le problème, mais au moins nous pensons à autre chose… Et à ce sujet, il y avait une chose que nous avions complètement oubliée : les fêtes de fin d’année. Ici aussi, comme en Europe, tout le monde s’active. Les magasins ouverts le dimanche, les décorations, les arbres en plastiques avec la neige en bombe, et les gens qui parcourent les rues chargés de paquets. Il est plaisant de regarder toute cette agitation en dégustant un kilo de cerises fraîches achetées 40 centimes d’euro. Tout en se rappelant qu’à Sisteron, actuellement, il y a 50 cm de neige ! Ici, l’été arrive dans quelques jours.

IMG_4998_bientot_Noel__.jpgMalgré tout, Valparaiso ne nous laissera pas un souvenir impérissable tant la ville semble abandonnée à son sort. Maisons non entretenues depuis longtemps, rue sales et complètement défoncées, graffitis partout et « zonards » qui envahissent les lieux en fin d’après-midi. Cette cité mythique du Chili est loin de tenir ses promesses aux touristes de passage. Même les fameux ascenseurs qui permettent d’escalader plus facilement la multitude de collines sur lesquelles est bâtie l’agglomération sont l’image de cette dernière : complètement délabrés.

C’est avec cette triste impression que nous nous dirigeons vers la capitale du pays, Santiago. La description qui nous en a été faite ne nous incite pas à nous presser. Nous avons en mémoire les villes de Lima, la Paz ou encore Quito, encastrées entre les montagnes pour les deux dernières, toutes polluées et surpeuplées. Mais à notre arrivée, surprise : située à environ 560 m d’altitude, une cité assez plate et construite en damier avec de larges avenues où l’on respire. Une capitale moderne où il fait bon se balader tranquillement dans le centre réservé aux piétons. Par 27°C et sous le soleil, que demander de mieux ?

Juste un détail : depuis maintenant 8 mois, se balader tranquillement ne fait plus parti de notre programme. Il nous faut remplacer les pneus de la moto, effectuer une mise au point moteur et réparer deux ou trois bricoles d’une part ; d’un autre coté, il nous faut absolument trouver la meilleure des solutions possibles pour nous rendre en Australie le mois prochain. Notre visite de Santiago, pendant trois jours, va donc consister à se rendre d’une agence de transport à l’autre, d’une agence de voyage à un bureau de compagnie aérienne… Passionnant. C’est finalement à la zone de fret de l’aéroport qu’on nous propose le tarif et les conditions les plus intéressantes pour expédier la moto. Du coup, nous quittons la capitale soulagés d’avoir d’ores et déjà trouvé cette première porte de sortie, sachant très bien qu’il va tout falloir recommencer dans quelques semaines à Buenos Aire. Il paraît en effet que les prix sont plus bas de l’autre côté de la frontière…

IMG_5154_Puerto_Montt.jpgNous avions deux solutions pour rejoindre Puerto Montt, où débute la Carretera Austral : soit passer par l’Argentine et ses paysages sauvages, soit emprunter directement l’autoroute sur plus de 1 000 km. C’est cette deuxième solution que nous avons choisie. Et à peine à la porte de la Patagonie, nous en profitons déjà au maximum. Il faut voir ce qu’il tombe ici ! En plus avec le vent, la pluie semble presque venir à l’horizontale…

D’ici nous souhaitions aller visiter l’île de Chiloé, mais il va nous falloir attendre un peu que le temps soit plus clément. Si ça doit se calmer un jour… De plus, nous apprenons qu’il y a très peu de bateaux entre l’île et la Carretera Austral, très peu de bateaux aussi au départ de Puerto Montt. Et le tout proposé à des tarifs à vous donner envie de créer une compagnie maritime ! Quoi qu’il en soit, maintenant, il semble que nous nous acheminions vers un détour assez long par l’Argentine pour revenir au Chili plus au Sud.

lundi 5 janvier 2009

Un peu d'Atacama pour le désert ?


Un beau ruban de goudron bien lisse avec un magnifique marquage au sol bien blanc. Des autocars qui ne fument pas, une signalisation routière digne de ce nom et des automobilistes qui la respectent. Même pas un coup de klaxon avant que le feu ne passe au vert ! Et puis, il y a également des boucheries avec des banques réfrigérées… La première ville du Chili où nous faisons escale ressemble à une agglomération européenne. Après trois mois passés en Amérique Centrale et du Sud, c’est comme si nous débarquions d’une autre planète. Le prix de la chambre d’hôtel de ce soir, lui aussi, va nous rappeler que nous avons à nouveau changé de monde. Ici le confort se paye au prix fort.

IMG_5781_desert_d__Atacama.jpgAvant d’arriver à Calama, notre ville étape, il nous a cependant fallu parcourir des kilomètres de piste pas vraiment faciles. Heureusement, comme bien souvent, la beauté des paysages était proportionnelle à la difficulté. C’est dire si nous nous sentions privilégiés de découvrir des sites comme les salars d’Ascotan ou de Carcote, où vivent des milliers de flamants roses et courent des vigognes au pied d’un volcan fumant. Tout en admirant ces paysages d’un autre monde et en luttant pour faire avancer la moto sans tomber, nous entrions alors dans le célèbre désert d’Atacama. Encore plus sec que le Sahara — bien que si proche du plus grand océan de la planète. Encore plus minéral aussi. C’est incroyable, mais ici les couleurs sont perpétuellement en fête. Le gris banal peut côtoyer le rose le plus éclatant, en passant par toutes les nuances de rouge. Inutile de dire que même si nous en avions plein les bras, nous en prenions aussi plein les yeux !

IMG_5858_laguna_Mercanti.jpgLe lendemain, la petite centaine de kilomètres de goudron qui nous permet de rallier San Pedro d’Atacama, n’est qu’une formalité réglée en une heure. Nous avions aussi perdu l’habitude de nous déplacer aussi rapidement. Le village de San Pedro, construit en pisé, est bâti au milieu d’une oasis de verdure qui semble faire une tache verte au milieu du désert. Activité reine : le tourisme, sans lequel personne n’aurait de quoi vivre dans ce coin perdu. Mais comme il y a beaucoup de choses à voir ici, les touristes affluent et les prix s’en ressentent. La ville la plus chère du Chili, dit-on… Heureusement, nous retrouvons la possibilité de planter la tente dans un camping, qui constitue un excellent point de base pour rayonner dans les alentours. Les journées qui suivent vont donc être consacrées à la découverte de différents sites tels la vallée de la Lune ou les lagunes de Mercanti, coincées à plus de 4 000 m d’altitude entre les volcans. Mais le « gros morceau » de notre séjour ici, ce sont les Lagunas Verde et Colorada. Et celles-ci se trouvent côté bolivien. Trop fatiguée, Chris préfère faire une pause d’une journée pendant que je pars seul vers ces destinations très prisées des agences de tourisme.

Il faut ressortir officiellement du Chili, refaire les formalités d’entrée en Bolivie et vice-versa au retour. La balade commence par une belle route goudronnée qui, en 50 km, nous fait passer de 2 400 m à plus de 4 000. Une belle piste conduit ensuite au poste frontière bolivien, et c’est après celui-ci que les choses sérieuses commencent. Ou plutôt recommencent, la Bolivie n’ayant pas changée en quelques jours… Sorte de piqûre de rappel pour ceux qui auraient trop vite oublié la difficulté des pistes locales. Passé l’entrée du parc national, revoilà le sable, la tôle ondulée et les 4x4 des tours opérateurs qui roulent comme s’ils effectuaient une spéciale du « Dakar ». Projections de pierres et poussière comprises. D’ici, il y a tout juste 122 km pour rejoindre la Laguna Colorada. Pas grand-chose en temps normal, sauf qu’ici rien n’est normal et le moindre déplacement se transforme en galère. 122 km, cela peut carrément prendre beaucoup de temps et d’énergie. A tel point que j’ai emmené avec moi mon sac de couchage, au cas où, et des victuailles pour tenir jusqu’au lendemain… En fait, il faut vraiment venir ici avec un gros 4x4 capable de survoler la tôle ondulée et les passages de sable trop mou. C’est la seule façon d’apprécier vraiment le fantastique paysage qui entoure cet enfer qu’est la piste.IMG_5816_tous_les_jours_de_la_tole.jpg Les volcans laissent bientôt la place à d’immenses surfaces planes couvertes de gravier rose. Un peu plus loin, un nouveau salar apparaît, avec ses flamants roses qui se tiennent prés d’une source d’eau chaude qui s’écoule d’un bassin où il ferait bon prendre un bain… si seulement j’avais plus de temps. Un col à 4918 m, qui pulvérise notre ancien record, et la voilà qui apparaît enfin, cette fameuse Laguna Colorada ! Il a juste fallu 5h30 pour y arriver.

« Colorada », voilà un bien grand mot qui aujourd’hui n’est pas d’actualité. Loin de ce que j’ai pu voir sur certaines images, il semble que la télé couleur soit en panne… En début d’après-midi le ciel s’est chargé de gros nuages noirs et maintenant tout est gris. Pourtant, des milliers de flamants fouillent paisiblement au fond de la lagune à la recherche de nourriture, et il est vrai qu’à quelques mètres de la berge, l’eau est rouge. Mais c’est beaucoup d’efforts pour un bien maigre spectacle… Pas de chance, d’autant qu’il me faut maintenant faire demi-tour et repasser le poste-frontière chilien avant qu’il ne ferme pour la nuit. Car pour éviter de faire 20 km supplémentaires à l’aller, j’ai choisi de ne pas passer à la douane bolivienne (qui ne se trouve pas sur la piste principale, cela aurait été trop simple) et je suis donc sur une moto « clandestine ». Il ne fait donc pas bon s’attarder dans les parages, et mieux vaut qu’il n’arrive rien si je ne veux pas moisir en prison pendant quelques temps… En fin d’après-midi, à l’approche de la frontière, détour par la Laguna Verde dont l’eau, comme son nom l’indique, est verte. Magnifique au pied du volcan Licancabur. A nouveau les formalités de passage de la frontière et me revoilà au Chili. Cette fois, c’en est terminé de la Bolivie.