Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

mercredi 6 août 2008

De retour du pays des ours


Si on vous dit que nous manquons de temps pour vous écrire, ça va certainement vous faire rire, mais c’est vrai. Nous avons beaucoup roulé ces derniers jours pour rejoindre la frontière des USA, et nous n’arrivons pas à trouver un endroit où nous poser un peu. Comme si quelque chose nous poussait à toujours aller de l’avant…

IMG_7861_Alaska.jpgFairbanks est déjà derrière nous. Tout défile très vite. Notre prochaine étape est la ville d’Anchorage, à plus de 600 km. C’est grand l’Alaska. Immense, même ! Quelque chose comme trois fois la France (Alaska signifie « continent » en langage Inuit), le tout recouvert de montagnes. La route nous fait passer au pied du Mont Mac Kinley, sommet le plus haut d’Amérique du Nord avec ses quelque 6 193 m d’altitude. Malgré cela, nous n’en verrons pas la couleur car les nuages sont de plus en plus bas et de plus en plus noirs. Les montagnes enneigées disparaissent de notre vue et en milieu d’après-midi, ces gros nuages noirs finissent par nous arroser d’une pluie abondante qui ne va pas nous lâcher jusqu’à notre arrivée à Anchorage.

Les grandes villes nous posent toujours un problème. Il faut prendre le temps de trouver ses repères et de choisir le meilleur hébergement. Pour nous, la question ne se pose guère : c’est camping, ou camping. Reste à trouver le moins cher et le mieux situé. Dur-dur quand en fin de journée, après 600 km de route de montagne, il pleut et personne n’est capable de vous donner la moindre indication pour vous y retrouver…

Comme pour Fairbanks, la ville ne correspond pas vraiment à ce que nous attendions. En fait de port cerné de montagnes abruptes, nous voilà dans une ville plate de plus de 15 km de long. Certes il y a bien un port qui ravitaille une grande partie de l’Alaska, mais cet Etat est tellement peu peuplé que le terminal est en conséquence. De plus, de nombreux petits ports sont mieux situés que celui d’Anchorage, posé au bord d’un fjord très large et peu profond. A tel point qu’à marée basse, cet océan Pacifique que nous étions si pressés de rejoindre ressemble à une grande étendue de vase. Les montagnes, quant à elles, sont bien là, surplombant la ville. Mais il faudra attendre deux jours pour les entrevoir, le temps que les nuages s’estompent un peu.

IMG_7831_panne_batterie.jpgN’allez surtout pas croire que l’Alaska n’est que grisaille et tristesse. Il suffit d’un souffle de vent et d’un peu de soleil pour que les montagnes, couvertes de neige et de glaciers, jaillissent des fjords aux eaux profondes et bleues. Les forêts retrouvent alors un vert éclatant et nous n’avons plus qu’une envie : aller voir tout ça de plus près. Le surlendemain de notre arrivée, nous avons prévu de faire une croisière vers un de ces nombreux glaciers qui viennent mourir dans l’océan en s’y disloquant. Le port d’embarquement se situe à une centaine de kilomètres d’ici. Il faut donc se lever un peu tôt pour être sûr de ne pas louper le bateau. Depuis plus de trois mois maintenant, nous avons oublié ce qu’est un réveil… Néanmoins prêts dans les temps, casques sur la tête, nous nous installons sur la moto. Contact… Rien ! La batterie a choisi de prendre sa retraite aujourd’hui. Et voilà comment une balade en bateau se transforme en balade en taxi pour aller acheter une nouvelle batterie à une dizaine de kilomètres du camping. Ennuyeux, mais nous avons tout de même beaucoup de chance d’être en ville. Quelques jours plus tôt dans les montagnes, la même avarie nous aurait contraints à plusieurs jours d’immobilisation.

IMG_8042_loutres_de_mer.jpgLe lendemain matin, après avoir franchi un tunnel qui sert aussi bien pour les trains que pour les voitures, nous voilà enfin sur le bateau. La météo n’est pas vraiment exceptionnelle, mais pour la région, moins de nuage peut rimer avec beau temps. On ne va pas vous faire un film de la balade, mais en vrac, nous voilà face à une falaise où nichent des milliers d’oiseaux, un peu plus loin c’est un gros ours noir qui est surpris en train de braconner dans un élevage de saumons, puis des groupes de loutres de mer qui se reposent en faisant la planche avec leur petit sur le ventre…

Le bateau se faufile entre les îles boisées qui forment un véritable labyrinthe, pour arriver après quelques heures au pied de « Surprise Glacier » (c’est son nom). Une grande langue de glace blanche avec des reflets bleus qui descend entre les montagnes pour se jeter dans l’océan,IMG_8129_Surprise_glacier.jpg et qui forme à cet endroit une véritable falaise. La mer est ici recouverte d’icebergs sur lesquels se réfugient les phoques. Nous restons une bonne demi-heure à attendre qu’un morceau du glacier se détache pour venir se fracasser dans l’eau. Malgré les craquements et détonations, le spectacle attendu n’aura pas lieu. Retour au port en rencontrant quelques baleines qui promènent dans le secteur.

Il est temps pour nous de quitter l’Alaska en ayant bien conscience que nous n’avons rien vu de cet immense Etat. Quelques centaines de kilomètres plus loin, après avoir serpenté entre un nombre incalculable de montagnes, nous voilà à nouveau à la frontière du Canada. Cette fois, le temps de mettre un coup de tampon sur nos passeports, nous voilà admis dans le pays. Une chose nous préoccupe de plus en plus. Il n’y avait encore pas de poste de douane US à la sortie de l’Alaska. Et nous avons toujours cette carte verte collée à notre passeport, qui va expirer dans quelques jours et dont personne ne veut. Nous craignons des problèmes dans pour rentrer à nouveau aux USA. Ne pouvant rien y faire, nous verrons bien…

IMG_8323_route_37_sud.jpgNous roulons à nouveau sur l’Alaska highway, dans le Yukon. Contrairement à la Colombie Britannique, il est ici interdit d’exploiter le bois. Seules les forêts ayant brûlé peuvent êtres coupées, et ce sont les scieries qui se déplacent. Autre aspect intéressant de cet Etat, il contiendrait une population d’ours deux fois supérieure à celle des hommes. Nous franchissons les 300 premiers kilomètres de cette route, qui sont une succession de dos d’ânes, de travaux ou de morceaux de piste. Heureusement, les 300 derniers pour rejoindre Whitehorse sont plus relax sur un revêtement neuf.

Nous enchaînons en ce moment les journées de roulage avec en moyenne 600 km par jour. Avec 4 000 km entre Anchorage et Vancouver, il ne faut pas dormir. A Watson Lake, nous mettons cap au Sud par un tronçon de 800 bornes pratiquement sans rien. Tout au plus 5 ou 6 villages dont au moins la moitié se résume à moins d’une dizaine de maisons. L’axe, étroit et souvent en mauvais état quand il ne se limite pas à une simple piste, est très peu fréquenté. Contrairement aux autres, ses abords ne sont pas débroussaillés, ce qui ne permet pas de voir arriver les animaux qui traversent. Et ils sont nombreux ! Des orignaux (orignal au pluriel ?), des « mountain goats », mais surtout des ours. A croire que ces derniers aiment regarder passer les véhicules. Nous en trouverons même un assis sagement au bord du goudron. Arrêtés à 2 ou 3 m de lui, il nous regarde un moment puis s’en va dans les hautes herbes.IMG_8826_ours.jpg La plupart de ses congénères traversent tranquillement sans se soucier le moins du monde des voitures ou camions qui pourraient les percuter. Leur idée fixe ? Aller de l’autre coté de la route, où fleurs et framboises sont certainement meilleures. Il y en a deux qui ont dû avoir le temps d’admirer les forêts et qui ont du voir plus d’animaux que nous, c’est un couple de cyclistes français. Ils ont vingt mois pour rallier l’Alaska à la Terre de Feu. Quel courage !

Notre arrivée à Kitwanga va sonner comme un retour à la civilisation. A tel point que même le paysage redevient banal. Etape à Prince George, ville sans aucun intérêt avant d’arriver à Vancouver, où nous pensions faire une pose de quelques jours. Autant vous le dire, la visite a été brève. Le seul camping à proximité est situé sous une des principales routes d’accès. En plus, le prix de l’emplacement est prohibitif. Nous fuyons donc vers la mer et prenons le bateau pour l’île de Vancouver. Le destin nous met sur le chemin d’un motard habitant une petite île voisine. Ce dernier nous invitant à passer la nuit chez lui, nous découvrons à l’occasion l’île de Gabriola. Un petit paradis de calme et de douceur. Qu’est ce que ce serait sans la pluie ?

IMG_8158_glacon_apero.jpgEt nous revoilà sur la route pour aller sur la côte Ouest de l’île de Vancouver. Les montagnes sont toujours au programme, et le spectacle continu. Surtout quand nous traversons « Cathedral Grove » (la forêt cathédrale), forêt aux arbres géants dont certains ont dans les 800 ans. Ces sapins Douglas étaient déjà là quand Christophe Colomb a débarqué ! Lacs, rivières et cascades se succèdent au milieu des bois. Seul manque le soleil, et notre arrivée sur la cote Ouest de l’île n’arrangera rien. C’est simple, pour voir l’océan, il faut payer. Dans ce parc national, l’accès au rivage se monnaye. Pour dormir, c’est pas mieux: jusqu’à 46 $ pour un « emplacement » à côté des sanitaires et sur un terrain récemment défriché au bulldozer ! Comme dans beaucoup d’endroits sous ces latitudes, la saison est courte. Il faut gagner en 3 ou 4 mois de quoi déplacer son gros motor-home vers le Mexique et y vivre le reste de l’année… Du coup, comme la ville du même nom, l’île de Vancouver ne nous retiendra pas longtemps.

Un bateau doit nous mener directement aux USA, au nord de l’Etat de Washington. A l’embarquement, nous passons la douane canadienne sans aucun problème. Mais surprise, le bureau des douanes des USA est de ce côté. Il faut y passer avant d’embarquer sur le rafiot d’une autre époque, amarré à quelques mètres de nous. Comment cela va-t-il se passer avec notre carte verte expirée depuis la veille ? Pourrons-nous continuer notre voyage comme prévu en traversant l’Ouest des USA pour rallier le Mexique ?

jeudi 17 juillet 2008

Histoires de highways


Dix jours déjà que nous avons quitté Calgary. Dix jours, donc, pour arriver à Fairbanks en Alaska. Notre cadence n’a pas été celle de forcenés de la route, certes, mais vu les paysages traversés pendant ces 4 000 km d’asphalte et de terre, il n’a quand même pas fallu dormir au guidon.

Alaska_highway.jpgLes noms des routes locales sont évocateurs : Alaska highway, Klondike highway, Top of the World highway … Ajoutez à cela le Yukon et ses histoires de ruée vers l’or, et voilà de quoi faire fantasmer le moindre motard avide de découvertes et de détours insolites. Seulement entre notre imaginaire et la réalité, il y a parfois un monde. Et pour nous, c’est souvent un monde météorologique qui nuit à nos aspirations. Cela aurait pu être bien pire : ne nous plaignons pas. Mais la traversée des parcs nationaux de Banff et Jasper aurait mérité quelques rayons de soleil. Jasper.jpgTous deux se succèdent seulement séparés par un col à environ 2 100 m, où se trouve le joyau de la route des glaciers : Colombia Icefield. Une mer de glace que l’on peut approcher en 10 mn de marche… sous la pluie, dans le vent et le froid. Pas de chance. Dans cette grande vallée, la route est encadrée de montagnes dont la plupart supportent des glaciers, qui parfois semblent suspendus aux parois rocheuses. Ruisseaux et rivières naissent ici et dévalent le relief dans de magnifiques cascades. Mais vu le temps, inutile de s’attarder : en route pour l’Alaska !

Banff.jpgA partir d’Hinton, nous sommes dans le bain. Ce sera forêts, lacs et rivières dans les montagnes pendant ces milliers de kilomètres. Mais ici plus question de parc : les bois sont exploités et les gisements de gaz naturel succèdent au puits de pétrole. Ce sont les activités économiques principales de la région. Au fur et à mesure que nous montons en latitude, notre équipement évolue. Les gants d’hiver remplacent ceux d’été, le tour de cou réapparaît, les polaires ressurgissent des coffres, et Chris remet les doublures de sa veste et de son pantalon. Le problème, c’est qu’il peut faire très froid un jour et très chaud le lendemain.

Grande Cache, Grande Prairie (avec des noms pareils, on se doute un peu de la provenance des gens qui ont fondé ces villes…) se succèdent avant d’arriver à Dawson Creek. Cette ville est le point de départ de cette fameuse Alaska highway, route de 2 288 km construite en 8 mois par l’armée américaine en 1942. En ces temps de guerre, les Américains craignaient une invasion par l’Alaska. Il fallait envoyer des troupes rapidement et facilement dans cet Etat lointain.

Prevention.jpgNous allons suivre cette route jusqu’à Whitehorse avant de bifurquer sur la Klondike highway pour rejoindre Dawson City. Mais avant cela, ce sont Fort St John, Fort Nelson et Watson Lake que nous traversons. Tout au long de ces axes, les rencontres se succèdent. Avec la faune tout d’abord : nous ne comptons plus les ours, biches et cerfs, bisons, mouflons, écureuils (ben oui, pourquoi pas les écureuils ?) et en montant encore, les caribous. Avec d’autres motards ensuite : la « balade » en Alaska, c’est pour les Américains et Canadiens l’équivalent d’un voyage au Cap Nord pour les Européens. De fait, on y croise beaucoup de motos de toutes sortes, et en particulier des Kawasaki 650 KLE. Certains tentent l’aventure sur des Harley surchargées, et nous sympathiserons avec quelques bikers qui suivent la même route que nous. Rennes.jpgMais il n’y a pas que les motos. Et quand on sait que les Américains adorent le camping mais ne le conçoivent pas sans le confort de la maison, c’est un nombre impressionnant de motor-homes et autres caravanes qui forment presque des convois ressemblants à ceux des colons du siècle passé. Alors que nous étions installés à la table d’un petit resto comme on en trouve tout au long de ces axes, arrive un gars en scooter. Un 400 Yamaha. Le gars entre dans le resto et prend la place des bikers qui étaient installés quelques minutes auparavant face à nous. Le gars en question est québécois et aime bien parler. Quelle chance pour lui de trouver deux Français en manque de conversation pour cause d’anglais déficient ! Et il parle ! Parti de la région de Montréal pour aller jusqu’en Alaska avec son scooter, il a maintenant entrepris la route du retour en se disant bien qu’une fois arrivé, ce sera pour repartir encore ! Duiguidou nous laisse et nous reprenons notre route vers le Nord, où une autre étape insolite nous attend : Watson Lake.

Watson_Lake.jpgCette toute petite ville (mais ici, la moindre maison est un repaire important dans cette immensité) nous réserve une surprise. A l’entrée de l’agglomération, un jardin. Pas de pelouse ou de fleur, mais une forêt… de poteaux. Et sur ces 45 000 poteaux (on les a compté à notre place…), des plaques et panneaux d’agglomérations du monde entier ! Du monde entier ? Non ! Sisteron résiste. On a bien cherché, et notre ville d’origine n’y est pas. Tant pis…

Whitehorse. Etape agréable d’une vraie ville avec tous les services que l’on peut en attendre. Et nous ce qu’on demande, c’est des prix plus bas que ceux pratiqués depuis notre entrée au Canada, et qui grimpent proportionnellement à la latitude. De vrais supermarchés donc, avec des prix honnêtes. La concurrence , ça fait du bien à notre budget.

Dawson_City.jpgNous quittons ici l’Alaska Highway (mais nous emprunterons la portion manquante au retour, pour ne rien en perdre) afin de suivre plutôt la route des chercheurs d’or. Ces hommes qui débarquaient à San Francisco et partaient avec pratiquement rien vers ces contrées lointaines et froides, dans l’espoir d’en revenir riches. Les moins démunis d’entre eux prenaient le bateau à Whitehorse pour se rendre à Dawson City en suivant les longues méandres de la Yukon river. Pour les autres, c’était « la route ». Pas celle d’aujourd’hui, avec tout le confort, mais l’Aventure avec un grand A. Et nous voilà donc, après quelques kilomètres de forêt, à Dawson City, où tout est fait pour conserver le cachet de la cité tel qu’il était il y a une centaine d’année, à l’époque du grand rush. Un grand rush que nous pensions définitivement appartenir au passé, alors qu’à notre grande surprise il n’en est rien ! Que ce soit avec des moyens gigantesques ou avec une simple battée, beaucoup y croient encore car il se trouve toujours beaucoup d’or dans la région ! Du coup, c’est souvent un paysage d’apocalypse qui s’offre à nos yeux. Tout a été retourné dans tous les sens, et des montagnes entières ont été déplacées. Des vestiges de matériel, d’engins abandonnés dans tous les coins, des dragues énormes... En baladant à quelques kilomètres de Dawson, nous nous rendons au bord du ruisseau Bonanza où tout a commencé en 1896. C’est ici qu’un chercheur a trouvé de l’or pour la première fois et a déclenché, bien malgré lui, cette ruée. Que trouvons-nous au bord du ruisseau ? Un père avec ses deux garçons, agenouillés et battées en main, à la recherche de la moindre paillette brillante. Et croyez-le ou pas, mais l’aîné a trouvé un caillou minuscule et tout doré juste devant nous… Mais n’allez surtout pas croire que c’est si simple. Il y a en ville un paquet de chercheurs qui cherchent toujours sans rien trouver, et leurs conditions de vie ne sont vraiment pas enviables…

13 juillet : c’est mon anniversaire ! 29 ans (euh non, 49…). Pour l’occasion, Chris m’offre une soirée au Diamond Tooth Gerties, un cabaret-saloon-casino avec ses spectacles de french can-can qui contribuent à perpétuer le mythe.

Alaska.jpgIl nous faut prendre le bac pour traverser la Yukon river et continuer la route en direction de l’Alaska. Plus vraiment une route, d’ailleurs, puisque la piste annoncée commence ici. Il pleut au départ, mais cela cesse très vite. Nous n’aurons donc ni poussière ni boue. Nombre de véhicules continuent également dans la même direction. Nous ne serons pas seuls en cas de pépin. Mais la voie est finalement très roulante et sans problème. Il faut dire que les « Amerlocs » ont toujours tendance à en rajouter… Hormis les nuages qui s’accrochent trop souvent aux sommets, le paysage est vraiment fabuleux. La piste serpente sur les crêtes des montagnes à environ 1 100 m d’altitude. De temps en temps nous avons droit à des panoramas de forêts et de montagnes à perte de vue. Punaise, que c’est grand !!!!

Arrivee_en_Alaska.jpgLe poste frontière Canada – USA, en pleine montagne, est franchi en 2 mn chrono. Welcome en Alaska comme le stipule le panneau face à nous ! Nous voilà de retour aux US pour quelques jours. Quelques kilomètres plus loin, Boundary, un petit point sur les cartes où nous ne pensions pas trouver grand-chose. A notre grand étonnement, voilà Boundary Lodge : station-service, hôtel, resto, magasin de souvenirs… Des hauts parleurs installés à l’extérieur diffusent de la musique country dans les montagnes. Un décor à faire pleurer n’importe quel cinéaste, et à l’intérieur, Antony, le proprio, nous sert des hot-dogs comme on en trouve même pas à New-York. Il faut avoir une sacrée dose de courage pour venir s’installer ici. Mais de fait, tout le monde s’y arrête.

La piste nous ramène sur l’Alaska highway que nous allons suivre jusqu’à sa fin à Delta Junction. Il ne reste plus que 200 km pour ralier Fairbanks, non sans être passé auparavant à North Pole et à la maison du père Noël… Pour nous qui croyions dur comme fer qu’il habitait à Rovaniémi en Finlande, voilà un sacré dilemme ! Quant à Fairbanks, ce n’est vraiment pas terrible. Loin de ce que l’on peut attendre d’une telle destination, en tout cas. Une ville plate, au format américain, sans grand charme. Nous sommes à 64°52’, ce qui devrait être le point le plus haut en latitude que nous atteindrons lors de notre tour du monde. 10h de décalage horaire avec la France, et seulement 7 300 km nous séparent de Sisteron. C’est la magie du GPS, qui choisit le chemin le plus court et voudrait nous faire passer par le pôle Nord et le Nord de l’Europe. Nous qui pensions n’avoir jamais été aussi loin de la maison, nous nous en sommes en fait rapprochés !

Nous allons faire une petite pose ici, le temps de vous écrire, de s’occuper de la moto et un peu de nous. D’ailleurs cet après-midi, ce sera coiffeur à North Pole. On nous avait prédit de la piste infernale, des conditions très rudes, une nature pas forcément agréable, eh bien, après ce « petit » bout de route, le plus désagréable que nous ayons eu à subir, loin des rencontres avec les ours plutôt sympas, ce sont les moustiques, qui nous pourrissent plus encore la vie que le mauvais temps. Demain en prenant la route vers Anchorage, nous débuterons notre grande « descente » vers Ushuaïa, à quelques 30 000 km d’ici…

jeudi 10 juillet 2008

Yahoo !!!


Une heure à la douane canadienne avec un interrogatoire assez serré. Quand enfin nous obtenons notre permission de séjour, il nous faut reprendre la route sous un ciel plombé qui semble toucher les prairies infinies et sans relief. De quoi déprimer un peu plus quelqu’un qui vient de visiter l’ancienne prison du Montana… Étape forcée à Fort Macleod, alors que le plafond semble prêt à nous tomber sur la tête et que Calgary n’est plus qu’à 200 km. Nous voulons y arriver avant le début du Stampede car on nous a prévenu : les places d’hébergement sont rares à cette occasion. Dans le camping, qui ne prend pas de réservation, les premiers arrivés sont les premiers servis. Nous nous y installons avec 2 jours d’avance, juste à la périphérie de l’agglomération et à côté des installations olympiques. Calgary n’est d’ailleurs pas une ville à la montagne, comme l’organisation des jeux d’hiver en 1988 aurait pu le laisser croire. Juste une petite colline à l’Ouest et 1000 m d’altitude moyenne, le climat beaucoup plus rigoureux sous cette latitude faisant le reste — et surtout l’enneigement.

Parade_diligence.jpgBon, alors, nous sommes venu ici exprès pour lui. Mais c’est quoi, au juste, ce fameux Stampede ? Rien moins que le plus grand rodéo de la planète ! Un méga-show qui rassemble tout ce qui fait le mythe du cow-boy… et de l’Indien par la même occasion. Des bâtiments dans un parc permanent, une organisation incroyable, des gens venus des quatre coins de la planète, une ville qui pendant dix jours vit au rythme de cet évènement, et un seul cri de ralliement : Yahoo !!! Parade_Trappeur.jpg
Comment vous décrire tout ça ? Commençons par le début : vendredi 4 juillet, jour de l’ouverture, parade dans les rues du centre ville dès 9 h du matin. Ils sont fous ! Nous n’avons plus vraiment l’habitude de nous lever tôt depuis quelque temps… Aussi quand vers 8 h nous arrivons au milieu des gratte-ciels, les rues sont déjà bondées. Difficile de trouver une place, même debout : c’est vous dire. Un million de spectateurs d’après les infos du même jour à la télé… Si nous, nous ne savons pas encore ce qui va se produire exactement, eux le savent car l’ambiance est à la hauteur de l’attente et du spectacle. Pendant deux heures, sans interruption, nous avons droit à un défilé de fanfares, de vieilles voitures, de diligences, de chariots tirés par des attelages de chevaux extraordinaires, de machines à vapeur, de vieux tracteurs, de tribus d’indiens en habits de cérémonie, de cavaliers déguisés en trappeurs… Les associations, les entreprises, chacun participe. Quel engouement ! Nous commençons notre Stampede en en prenant plein les yeux, et ce n’est qu’un début.

Nous avons pu acheter des billets pour le show du soir, dont nous ignorions tout, hormis les courses de chariots en ouverture qui nous intéressaient. À 7h45 précises, nous voilà assis à notre place numérotée dans « Grand Stand », au milieu de milliers d’autres fans. Cérémonie d’ouverture majestueuse : une vedette canadienne vient chanter l’hymne national alors qu’un hélicoptère survole le parc avec un immense drapeau à feuille d’érable. Puis tout s’enchaîne très vite : présentations des personnalités, des diverses miss, des grands chefs indiens, et les courses commencent.

Course_chariots.jpgAlors là, autant être honnêtes, malgré notre bonne volonté, on n’a pas tout compris. Ce qu’il en ressort toutefois, c’est qu’elles sont sacrément impressionnantes et spectaculaires, ces « chuckwagon races » ! Quatre chariots attelés à quatre chevaux chacun, et deux passagers dont le rôle nous restera obscur. Il semble que pendant la course, le « pilote » soit seul. Le départ se fait, pour nous, dans la plus grande confusion (il se passe à ce moment-là quelque chose à l’arrière des chariots). S’ensuit un seul tour de piste qui fait environ quatre cent mètres (quart de mile), avec des coéquipiers qui accompagnent leur chariot à cheval. Nous avons pu aller nous placer à la sortie du virage avant l’arrivée. Vous vous rappelez, dans les westerns, les indiens qui attaquent le convoi de chariots d’immigrants ? Et bien là, c’est pareil. Malgré le « silence » (on est pas habitués à l’absence de moteur), la puissance et la vitesse qui se dégagent de ces quatre chariots qui se tirent une bourre mémorable, roues dans roues à quelques mètres de l’arrivée, eh bien on peu vous dire que c’est chaud. Très chaud ! Le vainqueur est désigné au terme de plusieurs courses éliminatoires.

Parade_Indiens.jpgMais la soirée ne fait que commencer. La grande scène, immense, au fond du parc, qu’on se demandait bien à quoi elle pouvait servir… Eh bien la voilà qui se déplace, tirée par un énorme tracteur qui l’installe face à « Grand Stand ». Pas une scène de rigolo, hein ? Un truc largement digne du plus grand show de Johnny au Stade de France ! Et c’est parti pour trois heures ininterrompues. De l’inattendu, de l’inimaginable, de l’irréel en permanence. Spectacles musicaux, comiques, traditionnels, machines sorties d’une imagination fertile et on ne sait d’où sur la scène, jeux de lumières et de flammes, arrosés par des pilotes de free-style à moto qui font des figures au dessus des spectacles, avant les feux d’artifice de clôture, magnifiques et qui n’en finissent jamais… De quoi nous laisser sans voix… Nous venons de comprendre pourquoi nous avions acheté nos billets. Tous ces enfants incroyablement motivés pour répéter des jours et des jours leur spectacle avec un résultat digne des meilleurs professionnels, ces indiens qui dansent à un rythme incroyable dans leurs costumes chatoyants, ce violoniste québéquois qui met le feu à la foule avec des rythmes endiablés… Bon, on vous l’a déjà dit, c’est indescriptible. D’ailleurs, même notre mémoire semble avoir « beugué ». Le disque dur s’est enrayé : trop de choses à voir en trop peu de temps. Si vous voulez essayer de comprendre ce qui nous est arrivé, venez voir par vous-même l’an prochain : ils remettent ça à partir du 3 juillet.

Rodeo.jpgEt le rodéo dans tout çà ? Eh bien c’est pour le lendemain après midi. Et dire que nous pensions, encore une fois, faire une escale pour nous poser (et nous reposer) un peu… Le sol s’enflamme au milieu des cavalières et forme le logo du Stampede, cérémonie d’ouverture, puis le rodéo commence. On ne va pas vous détailler tout cela, la télévision le fait mieux que nous. Mais là encore, quel spectacle ! Et au moins, les règles sont simples à comprendre. Pour les principales épreuves à dos de cheval ou de taureau, il faut tenir dessus au moins 8 secondes. Après, c’est la manière de s’y cramponner qui fait la différence.

Voilà pour l’essentiel : on vous passe la grande fête foraine, le salon de l’agriculture, les concours en tout genre et autres spectacles à foison… Et la moto dans tout ça ? Si l’on n’en parle guère, c’est que pour le moment il n’y a pas grand-chose à en dire. Hormis, peut-être, que les pneus sont généralement usés au milieu et que nous sommes en train de faire un génocide chez les moustiques, qui s’écrasent trop volontiers sur cette belle machine semble-t-il plus attrayante que le bétail dans la prairie… Nous lui offrons une vidange avant d’attaquer la longue route vers l’Alaska. Normalement, c’est maintenant que vont commencer les choses sérieuses. Le goudron va bientôt laisser la place à la piste pour des centaines de kilomètres au milieu d’une nature encore sauvage et, paraît-il, assez inhospitalière…

samedi 26 avril 2008

Canada pas dry (sec) du tout


À notre atterrissage à Montréal, le temps perdu à la douane et à récupérer nos bagages nous laisse sortir de l’aéroport bien trop tard un samedi après-midi pour espérer récupérer notre moto avant lundi. Si toutefois elle est là… Des internautes, Serge et Claudette, nous accueillent et nous prennent en charge afin de faciliter notre arrivée au Québec. Le dimanche se passe tranquillement en digérant doucement le décalage horaire.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA         Lundi matin à la première heure, coup de téléphone chez le transitaire : « Oui, elle est disponible quand vous le voulez. » Grand ouf de soulagement. Nous trouvons facilement l’entrepôt et les formalités sont brèves — si ce n’est le douanier qui nous demande le nombre de slips, de chaussettes et autres effets personnels que nous avons avec nous… On nous présente enfin un conteneur à bagages avec notre GS à l’intérieur. Tout bêtement. C’est à se demander pourquoi il est si complexe d’expédier une moto par avion, alors que la solution de son transport est si simple ?

La belle est très vite extraite de sa boîte et poussée sur le parking. Il ne reste qu’à rebrancher sa batterie et trouver une station-service, car le niveau du réservoir est au plus bas. Ca y est, on roule ! Le voyage peut enfin commencer ! Sauf que… C’est bien de l’huile qui suinte là, au niveau du couple conique !? Ben voyons ! Lors de nos derniers voyages, nous avons à chaque fois été victimes de pannes diverses : aucune raison que ça change. Sauf que ce coup-ci c’est dès le départ et que le concessionnaire BMW local, à l’efficacité légendaire, nous change en moins d’une heure le joint de sortie de boîte récalcitrant. Voilà, nous sommes théoriquement tranquilles pour les 100 000 km restants…

IMG_0266.jpgOubliées les températures et de la couche de neige qui régnaient encore ici il y a quelques jours, nous passons la journée de mardi à visiter Montréal sous une chaleur vraiment inattendue. À tel point que le St-Laurent sort un peu de son lit tant la fonte des neiges a été rapide. Le lendemain, nous prenons congé de nos hôtes et filons vers Québec par le chemin des écoliers. Hélas, plus nous allons vers l’Est, plus le ciel devient gris. A chaque halte, il y a toujours quelqu’un, intrigué par notre plaque minéralogique, pour nous interroger sur notre provenance. Après un passage dans un village indien et un arrêt près d’une baie où font escale des IMG_0517.jpg milliers d’oies blanches et autres outardes, nous faisons halte dans un petit bar sympa où les gens parlent facilement. Ca se complique au moment de trouver où dormir le soir venu. Le seul camping ouvert est encore recouvert d’une épaisse couche de neige et le froid empêche l’arrivée d’eau potable. Nous faisons le tour des motels aux prix proportionnels à la taille du continent avant de revenir au camping. Le gérant, très sympa, nous propose d’installer notre tente à l’abri d’un entrepôt. Il était temps : la pluie a fini par nous rattraper.

IMG_0433.jpgLe retour du soleil nous permet de visiter la magnifique ville de Québec dans les meilleures conditions. Avec à l’esprit les paroles d’une chanson de Joe Dassin, qui en vantait les vieux quartiers. La cité, qui fête ses 400 ans cette année, est décorée pour l’occasion. S’ensuivent un petit passage sur l’île d’Orléans (où se récolte la sève d’érable pour faire la « tire », le sirop ou le sucre) puis une visite à la chute de Montmorency (plus haute que celles du Niagara) avant de poursuivre notre route vers le Nord-est.

Le paysage change vite avec l’apparition de collines bordant un fleuve de plus en plus large et sauvage, d’un bleu océan. D’énormes panneaux préviennent de la possible traversée d’orignaux. Exactement l’idée que l’on s’en faisait : IMG_0553.jpgde grandes forêts enneigées, des lacs gelés, quelques vues splendides d’où nous voyons de temps en temps passer des cargos remontant vers Québec ou Montréal, comme écrasés par leurs cargaisons. Nous franchissons l’embouchure de la Saguenay grâce à un bac (« traversier » en québécois) pour arriver à Tadoussac, en avance d’une quinzaine de jours pour voir les baleines. Mais sait-on jamais ?