000_moto_bidons.jpgNous nous souviendrons longtemps de notre arrivée à Phnom Penh. En plus d’être encombrée, la petite route étroite et défoncée qui longe le Tonlé Sap, avant que celui-ci ne se jette dans le Mékong, laisse à penser que nous nous sommes trompés de direction au dernier croisement. Ce n’est quand même pas là, la route principale d’accès à la capitale ? Eh bien oui. La carte routière nous le confirmera plus tard : pour le moment, la pluie nous empêche de la consulter. La nuit est tombée depuis un bon moment déjà et la circulation est aussi dense que dangereuse. Il nous revient à l’esprit, à ce moment, notre voyage en Inde en 2004, où sur les routes nous avons eu l’impression de lutter en permanence pour rester en vie. Ici aussi la règle est simple : on klaxonne pour prévenir que l’on double, surtout sans lever le pied de l’accélérateur (genre ; si tu freines t’es un lâche), et après c’est le plus gros qui gagne. A ce jeu-là nous n’avons guère d’atouts en main, surtout avec la fatigue accumulée après 600 km de roulage depuis ce matin. Il ne reste plus qu’à affronter la circulation d’une ville d’au moins 2,5 millions habitants pour trouver de quoi garer la moto et, accessoirement, une chambre pour la nuit.

007_Bangkok_by_night.jpgNotre programme dans cette ville était assez simple et « léger ». Après une visite à l’ambassade de France afin de connaître la procédure de renouvellement de nos passeports, qui sont presque pleins, nous devions nous contenter de la visite du palais royal, au centre-ville, et des monuments qui l’entourent. C’était sans compter la rencontre avec un chauffeur de tuktuk qui, par facilité pour ses clients, se fait appeler Peter. C’est lui qui va nous faire plonger dans l’histoire récente de son pays. Il faut dire qu’il a vécu cette période alors qu’il avait dix ans. Ses parents et trois autres membres de sa famille ont été assassinés par Pol Pot, et lui a subi tortures et travail obligatoire. Il va nous guider au cours des visites du mémorial du génocide (construit à l’endroit même où des charniers ont été découverts) et de cette école qui avait été transformée en prison. Cellules, chaînes, instruments de torture, photos, commentaires… Tout est fait pour remettre le visiteur dans l’ambiance qui régnait ici il y a — seulement — une trentaine d’année. La visite du palais royal, vous vous en doutez, sera beaucoup plus agréable… Ici aussi de nombreuses traductions en français nous rappellent que l’Indochine, c’était bien ici, et il n’y a pas si longtemps non plus. Une autre histoire.

Quelques centaines de kilomètres plus loin, c’est une douche froide qui nous attend à l’entrée du célèbre site Khmer d’Angkor. Le site est éparpillé sur des hectares et sillonné par des routes ouvertes à la circulation. Normal, des gens vivent ici. Mais voilà, nous n’avons pas le droit de conduire sur ces routes si nous ne sommes pas en possession d’un permis de conduire cambodgien. C’est une loi, officiellement décrétée car les étrangers sont considérés comme responsables d’un grand nombre d’accidents (!!!???). Quand on est confronté aux conducteurs locaux, il y a matière à se poser des questions. Mais à 15 dollars la journée payée à un chauffeur de tuktuk pour se faire conduire dans Angkor, nous avons vite un élément de réponse.

005_Angkor.jpgTout cela n’enlève rien à la beauté des lieux. De temples presque en parfait état, à d’autres dont les pierres sont enserrées dans les puissantes racines d’arbres multi-centenaires, il faudrait encore au moins une semaine pour découvrir seulement l’essentiel. Notre pilote du jour nous conduit d’un site à l’autre. Pendant que nous crapahutons au milieu des vieilles pierres sous une chaleur accablante, lui passe à l’arrière de son tuktuk et dort en nous attendant. Car pour ce qui est de crapahuter, nous avons notre dose. Des marches de géant, la pluie bien sûr, et toujours le temps qui passe trop vite.

La ville de Siem Reap, au Sud du site sert de point de base pour la visite. Ce doit être la ville la plus riche du Cambodge. Mais il suffit de faire quelques petits kilomètres encore pour voir le vrai visage de la vie locale. Sur les berges du lac, les gens vivent dans de modestes cabanes plantées dans la boue. Le contraste est saisissant.

La route qui conduit à la frontière thaïlandaise est un ruban de goudron tout neuf et large parcouru en une paire de petites heures, alors que l’on nous avait prédit une galère d’une demi-journée. A l’horizon, encore un cycliste « fou ». Rencontre avec Edouard, le Québéquois qui traverse l’Asie du Sud-Est sur son vélo. Malgré la difficulté, ce dernier est d’une incroyable bonne humeur. On se reverra, c’est sûr !

Si ce n’était que nous nous trouvions à la frontière au moment de la sieste des douaniers, les formalités sont encore rapidement expédiées. Nous voilà de retour en Thaïlande, mais avec encore un bon bout de chemin qui nous attend pour arriver chez Bertrand, qui va nous recevoir pendant quelques jours à proximité de Rayong.

006_Devant_l__usine_Shark.jpgBertrand. Encore un aventurier, celui-là. Spécialiste du textile, il n’a pas hésité à s’expatrier pour exercer un métier qui le passionne. Et quand, par exemple, il revient passer ses vacances en France, il ne trouve rien de mieux, pour retourner à son poste à l’usine des casques Shark implantée en Thaïlande, que de rejoindre Delhi, en Inde, à moto et en moins de cinq semaines (il est impossible de relier l’Inde à la Thaïlande par la route à cause du Myanmar d’un côté et de la Chine de l’autre)… Il serait tellement simple de prendre l’avion.

Passionnante visite de l’usine, préparation de notre départ vers le Népal, et retour à Bangkok au milieu d’immeubles au design futuriste, d’un dédale de centres commerciaux reliés les uns aux autres par le métro aérien, et où tout va très vite.

La moto est équipée d’un pneu arrière neuf en même temps qu’elle subit une bonne révision, avant de se retrouver dans une caisse prête à prendre le chemin de l’Himalaya. Nous trouvons des billets d’avion pour Kathmandou, faisons quelques achats de matériel, nos passeports reçoivent le visa pour le Népal…. Toujours pas le temps de s’ennuyer !

Avant de nous envoler, une dernière rencontre nous attend ici. Marie et Brian, encore des Québéquois, qui font aussi un tour du monde à moto. Eux tournent dans l’autre sens et nous nous croisons ici. Une soirée ne sera pas de trop pour faire connaissance et échanger un tas d’informations, qui faciliteront l’avenir proche des uns et des autres. Il ne nous reste que le temps de quelques visites avant d’embarquer à nouveau pour un autre monde. Au vu des photos et vidéos entrevues sur l’ordinateur de Marie et Brian, il y a de grandes chances que notre voyage reprenne un goût d’aventure sous peu de temps.

Nous ne manquerons pas de vous faire parvenir quelques images du haut de la plus haute route du Monde, si toutefois, le yéti nous laisse accéder jusque là-haut, au cœur de l’Himalaya…