002_elephant_et_moto.jpgDevant nous, une immensité verte et plate. Nous arrivons à la frontière qui sépare la Namibie du Botswana. La route amorce une légère descente qui nous permet d’avoir une vision panoramique sur le paysage qui nous attend, les formalités administratives passées. Comme nous le disions, une étendue couverte de végétation s’étire bien au-delà de l’horizon. De grosses flaques d’eau bordent la chaussée, preuve que la pluie nous a devancés. On ne s’en plaindra pas car grâce à elle, il règne ici une fraîcheur qui remplace avantageusement la chaleur étouffante que nous subissions jusqu’alors.

Nous en avions un peu assez de ces clôtures qui longent les routes namibiennes sur des milliers de kilomètres, en nous donnant l’impression de circuler dans un étroit couloir d’où il semble impossible de s’échapper. Un comble au milieu de tant d’espace ! On en viendrait presque à les regretter maintenant qu’elles ont disparues. Il faut dire que le nombre d’animaux qui vit le long de la route nous oblige à rouler très lentement sous peine de collision. Les premiers villages traversés ne peuvent rien nous offrir : à peine de gros hameaux pourtant indiqués sur la carte. Pas de doute, le désert continu. Ce désert du Kalahari que nous imaginions tout autrement, comme une vaste étendue sableuse couverte d’arbres d’à peine quelques mètres de hauteur. Les grandes dunes rouges doivent être ailleurs.

Ghanzi, la petite ville où nous faisons escale est grouillante de vie. Sonos qui diffusent publicités ou musiques, va et viens incessants, couleurs, voilà qui nous rapproche un peu plus de l’Afrique que nous connaissions. La circulation aussi devient un peu plus aléatoire. Il faut être plus vigilant encore, car les brusques changements de direction ou les véhicules qui s’engagent sur la chaussée alors que nous ne sommes qu’à quelques mètres d’eux deviennent « monnaie courante ». A chaque arrêt, la moto est cernée par des groupes d’enfants en haillons qui s’en tiennent à quelques mètres en la regardant avec envie.

IMG_9947_001_Okawango.jpgDepuis le dernier croisement, nous longeons le Sud du delta de l’Okavango. L’Okavango, fleuve qui ne se jette dans aucun océan, dans aucune mer, mais vient mourir dans les sables du désert. Une grande partie est déclarée parc national. La faune y est abondante en période sèche comme pendant la saison des pluies, où l’eau recouvre pratiquement tout. De la route, impossible de voir quoi que ce soit. L’accès au parc étant bien entendu impossible à moto, nous nous demandons bien comment nous pouvons avoir un aperçu de cette merveille naturelle sans y passer des semaines et sans y engloutir notre budget. La ville de Maun constitue la principale porte d’entrée dans le delta. Nous choisissons donc logiquement de nous y installer. Malgré tout ce que l’on nous avait dit, tout n’est pas si cher. Surtout en venant de Namibie ! A tel point, que renseignements pris, nous optons pour un survol du delta à bord d’un petit avion de tourisme. Une heure. C’est bien peu par rapport à l’immensité du site, mais cela se révèlera être la meilleure solution pour en avoir un aperçu. La balade en pirogue ne nous garantissait pas de voir des animaux et le « safari » en voiture était beaucoup plus cher et pénible. Il faut faire énormément de kilomètres sur les pistes sans aucune certitude quant aux rencontres avec la faune.

A 150 mètres d’altitude nous avons la chance d’admirer les méandres que forment les innombrables canaux du fleuve bordés de verdure et de grands cocotiers. Sans parler des nombreux hippopotames qui prennent leur bain ou broutent l’herbe verte du rivage, les troupeaux d’éléphants, gnous, buffles, gazelles, girafes dont le soleil descendant en étire l’ombre qui devient disproportionnée. De grandes étendues d’eau se reflètent comme des miroirs… Les roues de l’avion, en touchant la piste du petit aéroport de Maun nous sortent déjà de ce rêve.

Nous roulons vers l’Est dans un paysage toujours aussi plat. Les arbres paraissent un peu plus hauts, de temps en temps de grandes étendues d’herbe dégagent l’horizon, puis quelques baobabs font leur apparition (afin de se rendre compte qu’eux aussi font des fleurs). Enfin, les animaux domestiques laissent la place aux … éléphants ! Nous nous en doutions bien, vu les bouses qui jalonnaient la route depuis quelques temps. Mais là, devant, nous en avons la confirmation. Deux spécimens se tiennent à l’ombre d’un arbre à quelques mètres de la chaussée. Arrêt photo obligatoire. La tentation de s’approcher est grande. L’un d’eux nous a repérés. Un petit monticule à vingt centimètres devant nos pieds permettrait de faire de meilleures photos si nous étions dessus. Nous sentons bien que si nous franchissons cet espace, aussi infime soit-il, la distance de « sécurité » pour le pachyderme sera alors devenue trop faible. Et c’est bien ce qui se produit. L’animal, les oreilles en éventail pour paraître encore plus gros (il n’avait pas besoin de cela) se met à charger en poussant un barrissement énorme. Le temps d’appuyer deux fois sur le déclencheur et sauve qui peut ! Sa course n’aura duré que quelques mètres, juste le temps de nous expliquer que c’est lui qui décide, avant qu’il ne s’en aille paisiblement rejoindre l’autre éléphant resté impassible.

Au plus nous roulons vers Nata, notre destination, au plus les nuages se font menaçants. Et comme souvent au moment de trouver à se loger, nous sommes sous des trombes d’eau. La tente plantée sous un baobab, il ne nous reste plus qu’à observer cette vaste étendue herbeuse qui s’étale vers l’ouest, en rêvant que des mammouths pourraient y apparaître sous le soleil couchant.

On nous l’avait dit que sur cette route nous verrions des animaux. C’était peu dire... A tel point que nous pourrions appeler ce tronçon de route qui relie Nata au poste frontière de la Zambie « la route aux éléphants ». Les rencontres vont se succéder à un rythme que jamais nous n’aurions osé imaginer. Heureusement que la région n’est que très peu habitée, car la proximité des uns et des autres pourrait générer certains conflits.

En voilà un, juste à droite, qui prend un bain de poussière. Arrêt au bord de la route histoire de « lui tirer le portrait ». Le spectacle dure cinq bonnes minutes avant qu’il se rende compte de notre présence. Chris est descendue de selle et se trouve un peu en retrait. Doucement, il avance un peu vers nous. Eh, ça ferait une belle photo avec la moto au premier plan. Le simple fait de descendre moi aussi de la moto rompt l’équilibre. Il n’y a plus deux objets inconnus, mais trois maintenant que je ne suis plus sur la GS. Pour le bestiau, c’en est trop. Son regard et ses oreilles signalent qu’il va charge dans quelques secondes. Même pas : tout de suite ! Encore un grand barrissement alors qu’il bondit de quelques mètres. Nous aussi nous bondissons… sur la moto, pour reprendre un peu de distance. Il fait encore quelques pas vers nous en secouant la tête et en criant, mais cette fois encore nous sommes plus rapides. Bon, promis, on va arrêter d’énerver les éléphants avant que cela ne dégénère ! Les nombreuses autres rencontres seront plus … distantes.