Le Mexique est déjà très loin derrière nous. Et notamment Cancun, ses cocotiers et son sable blanc bordé de piscines luxueuses, que nous avons quitté voilà un peu plus de 2 semaines en compagnie de deux autres couples de motards qui font également route vers l’Amérique centrale. L’un prévoit d’aller jusqu’à Ushuaïa, l’autre va simplement faire un tour d’une quinzaine de jours au Guatemala. Très vite, la frontière du Bélize est devant nos roues. Formalités rapides, puis nous traversons ce pays d’une traite sans y faire escale. Un peu frustrant car les gens ont l’air accueillant et il doit certainement y avoir des choses intéressantes à y faire, mais le temps presse : nous n’avons plus que trois petits mois pour arriver en Terre de Feu, et tout un continent à traverser. Sans parler du problème que pose le passage de Panama vers nous ne savons encore quelle destination en Amérique du Sud…

IMG_0843_glissement_de_terrain.jpgDu Belize, donc, nous ne verrons pas grand-chose d’autre que ses maisons de bois aux couleurs chatoyantes et ses grandes étendues vertes. En quelques heures, nous revoilà à la frontière ouest du pays. Les formalités ne seront pas plus longues pour en ressortir après une bonne pluie. Laquelle ne nous arrange pas vraiment puisque l’arrivée au Guatemala se fait par une piste de terre qui, détrempée, devient très glissante. 24 km où il faut éviter trous et ornières omniprésents… De lourds nuages noirs obscurcissent le ciel. Le GPS pointe notre destination juste à l’endroit où le soleil essaie de percer, comme pour nous guider. Mais rien n’y fait, et ce sont encore des trombes d’eau qui nous tombent sur le casque. Le retour sur la route goudronnée, bien que partiellement détruite, va nous soulager. Tout autour de nous, les champs sont recouverts d’une profonde couche d’eau. Le jour ne va pas tarder à tomber. Rouler de nuit ici est vraiment trop dangereux avec les piétons et autres véhicules sans éclairage. De plus, l’assurance n’étant pas obligatoire, nous n’avons pas pu assurer les motos… Il est donc prudent de s’arrêter au plus tôt. Un hôtel au bord du lac Peten Itza, à une trentaine de kilomètres du site de Tikal, est le bienvenu. Equipages et motos sont couverts de boue. La douche, même froide, ne sera pas de trop ce soir. L’ambiance revient au beau fixe quand nous nous retrouvons autour de la table afin de déguster quelques spécialités locales.

IMG_2971_Tikal.jpg30 km d’une belle route bordée de panneaux annonçant la proximité d’animaux exotiques, nous conduisent jusqu’au site de Tikal. Classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, les vestiges mayas sont éparpillés dans la jungle qui a pratiquement repris ses droits depuis quelques siècles. Seuls les principaux monuments ont été dégagés de cet enfer vert inextricable. Il est du coup assez difficile de se faire une idée précise de ce que pouvait être cette ville il y a quelque mille cinq cent ans. Seuls les grands temples surplombants des pyramides émergent de la végétation et servent de repères. Nous nous baladons sous les arbres, dans lesquels quelques singes passent d’une branche à l’autre afin de se gaver des meilleures feuilles. Même ces dindons sauvages dont nous avons vu quelques spécimens sur la route en venant, arrivent à rejoindre les faîtes pour s’y nourrir. Ce genre de visite nous a habitués depuis quelques temps à monter et descendre des quantités impressionnantes de marches. Paraît que c’est bon pour le cœur ! En prime, chaleur et humidité nous font transpirer des litres d’eau. Ici, des escaliers en bois ont été aménagés pour que les visiteurs n’usent pas les pierres des édifices. Le problème, c’est que quand on voit les escaliers en question, confectionnés avec des chevrons et érigés à des hauteurs vertigineuses, il faut faire sacrément confiance au concepteur avant de s’y engager. Mais une fois en haut de la pyramide, assis sur une marche au pied du temple, quel spectacle ! La forêt à perte de vue, juste trouée par deux ou trois temples dépassant de la canopée.

IMG_2922_animaux_exotiques.jpgLe bout du monde n’étant pas encore à portée de nos roues, il nous faut reprendre la route. Traversée d’un animal inconnu (pour nous) au museau très long, puis, un peu plus loin, d’une araignée. Bof, des araignées il y en a à la maison : pas de quoi en faire un plat. Sauf que celle-là, elle est tellement grosse que Chris l’a vue alors que nous roulions à un bon rythme. Arrêt photo qui nous permet d’admirer la bête, dont une partie du corps est recouverte de poils rouges. Dire qu’il y en a qui mangent ce type de bestiole… Quelle indiscipline ! Passer autant de temps devant un arachnide alors que nous devrions être au moins à cent kilomètres d’ici. A Florès plus précisément : un petit village construit sur une île d’un lac et relié à la terre ferme par un pont. C’est ici que nous rejoignons un autre motard désirant se joindre à nous. Mike, un Américain du Minnesota qui se rend à… Ushuaia. Va y avoir du monde là-bas !

Depuis que Ricardo a mis ses mains sur notre moto, celle-ci marche presque bien. C’est toutefois celle de Pascal qui a pris le relais et qui souffre de coupures d’allumage… Mais ne boudons pas notre plaisir : les montagnes qui se profilent à l’horizon sont un peu la colonne vertébrale de l’Amérique centrale et quand la route décide d’y plonger, c’est un vrai festival de virages sur un revêtement parfait. De plus, ce n’est pas la circulation qui nous gêne. Dans un des pays les plus pauvres de la planète, qui a en outre du mal à se redresser des dernières crises politiques qui l’ont secoué il n’y a pas si longtemps, les véhicules restent rares. Les choses vont cependant sérieusement se gâter à l’approche de la capitale, Guatemala City. Le trafic redevient intense et le revêtement de la chaussée se dégrade proportionnellement à cette intensité. Nous contournons la ville par le Nord, bien contents de ne pas s’y attarder pour le moment, pour nous diriger vers l’ancienne capitale : Antigua. Les pluies diluviennes des derniers jours ont occasionné des coulées de boue sur les routes et il n’est pas aisé de rejoindre cette petite ville, étendue au pied d’un majestueux volcan qui peine à se débarrasser de son bonnet de nuages. La citée est parsemée de vestiges de monuments, reliés les uns aux autres par des rues où s’alignent de vieilles maisons coloniales aux façades de couleurs chatoyantes. Se balader ici est vraiment relaxant. Même si le temps nous est compté, nous allons en profiter un peu.

IMG_3289_couleurs_du_Guatemala.jpgDenise et Andrew, qui roulaient avec nous depuis Cancun, nous quittent ici et remontent vers le Mexique. Pour nous, passage obligé par la case mécano à Guatemala City. Mais pour une fois, ce n’est pas notre BMW qui pose problème. Après une grosse demi-journée d’attente, nous filons vers le Honduras. Frontière franchie, nous faisons une escale humide à Copan, dernier site Maya vers le Sud. Visite obligatoire, même sous des trombes d’eau ! Des jeunes ont d’ailleurs la bonne idée de louer des ponchos à l’entrée du site. De quoi se retrouver déguisés aux couleurs des perroquets qui attendent patiemment la fin de l’averse, perchés sur des clôtures ou dans les arbres, une goutte d’eau pendant au bout du bec. Mais la fin de la pluie n’est pas encore pour aujourd’hui. Comment planifier un voyage avec ses visites, alors que la météo ne fait preuve d’aucune clémence ? La décision est vite prise : si rien ne change d’ici demain, nous foncerons vers le sud pour nous rapprocher au maximum du Nicaragua.

La météo est restée fidèle à elle-même, mais au moins nous avons progressé. Et nous voilà à Danli après avoir traversé la capitale du pays, Tegucigalpa. Une ville à l’origine d’un étonnant record : un quart d’heure montre en main sans rencontrer le moindre feu tricolore ! Nous en connaissons qui seraient enchantés de pouvoir se rendre à leur boulot dans les mêmes conditions… Danli ne sera qu’une étape « pratique » dans notre voyage, mais nous en garderons un souvenir inoubliable grâce au pompiste qui nous a fait le plein de carburant en tenant d’une main le pistolet de la pompe, et de l’autre un pistolet aussi, mais mitrailleur celui-là. Pas intérêt à partir sans payer ! Nous sommes à quelques kilomètres de la frontière du Nicaragua, où nous nous rendons assez tôt le lendemain après avoir remonté une file de camions en attente, garés des deux cotés de la chaussée. C’est bizarre cette impression que les paysages sont plus beaux à proximité des frontières !? Il faut dire que dans l’ensemble, nous sommes relativement déçus par ceux que nous offre l’Amérique centrale. Certes la météo ne fait rien pour les mettre en valeur, mais nous nous attendions à plus d’exubérance végétale sous les tropiques. Heureusement, avec leurs façades colorées et leurs monuments, les vieilles villes coloniales où nous faisons étapes sont agréables. Pour peu qu’il y ait deux ou trois volcans à proximité, tout devient alors plus sympathique. Ou le deviendrait, plutôt, si le soleil daignait se montrer un peu pour illuminer tout ça. Ce fut le cas de Granada, au bord du lac Nicaragua et au pied du volcan Mombacho. Peut-être nous faudra-t-il revenir à une autre saison ?

IMG_3041.jpgC’est bien beau, de rouler autant, mais les pneus de la moto montés il y a déjà bien longtemps, à Tacoma, commencent à fatiguer. Il serait bien qu’ils tiennent jusqu’à San José au Costa Rica. Il y a de l’espoir, puisque nous venons de rejoindre la célèbre route « Panaméricaine » (un bien joli nom pour une route étroite, bosselée et avec quelques trous) qui nous conduit vers la frontière Sud-est en longeant le lac Nicaragua où s’élèvent, majestueux, deux volcans posés sur l’île Ometepe. Il commence à être tard et nous nous sommes fixés comme règle, par sécurité, de ne pas circuler de nuit. Une précaution difficile à respecter. La sortie du Nicaragua se fait en quelques minutes, les formalités les plus longues étant toujours pour la moto. Nous allons encore le vérifier pour entrer au Costa Rica. Si nous obtenons notre tampon en quelques minutes, il faut d’abord décontaminer la moto avant de pouvoir continuer les formalités. Encore faut-il que le douanier en charge de nous délivrer la dose réglementaire de paperasserie ait fini de manger, or il a tout son temps. Ca ne le dérange pas, lui, que nous roulions de nuit… Et quand nous récupérons enfin ces foutus papiers, c’est pour aller en obtenir un autre un peu plus loin. Et le fonctionnaire qui doit nous le délivrer, il en a visiblement plein les doigts de taper toujours la même chose… Bref, une bonne heure sera nécessaire pour clôturer l’ensemble du parcours du parfait passeur de frontières. Un dernier contrôle avant que la barrière ne se lève, des fois que, et nous voilà enfin sur la route de Liberia… bloqués par les camions. Lesquels s’engagent sur la seule voie libre de la chaussée et se retrouvent face à face sans pouvoir reculer. Séance de tout-terrain pour s’en sortir. Plus que 77 km pour arriver sous un feu d’artifice d’éclairs et dans la crainte que le ciel ne nous tombe encore une fois sur la tête. Nous y échapperons cette fois, mais ce sera pour mieux déguster le lendemain.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA         Pause photos sur les hauteurs qui surplombent le lac Arenal. Le contraste est saisissant entre le Nicaragua, que nous venons de quitter, et le Costa Rica, que nous avons maintenant devant les yeux. Nous avons encore une fois changé de monde. La misère et la saleté ont laissé la place à de belles pelouses bordant des maisons cossues, et d’un coup les paysages ont comme explosés : finit la morosité des pays précédents. Un peu plus bas, les singes font les pitres dans les arbres en poussant des cris effrayants. En face, sur l’autre rive du lac, il tombe des clous comme diraient nos amis Québécois. Et notre route, vous l’avez deviné, passe justement par là pour rejoindre Fortuna. Depuis le Sud de la Baja California, nous n’avons eu qu’une seule journée sans pluie. Inutile de vous dire que nous avons pris de bonnes douches, mais ce qui nous attend cette fois est vraiment au-dessus du lot. Par moments, nous ne voyons même pas le lac que la route longe pourtant au plus prés ! Nous avons l’impression que les deux océans se rejoignent sur nos têtes. Et pourquoi est-ce ce moment précis que choisit un caillou pointu pour se planter dans notre pneu arrière fatigué ? Nous voilà allongés sur la chaussée détrempée pour mettre une mèche et un peu d’air, qui vont nous permettre de rejoindre notre étape après avoir évité nombre de pierres et glissements de terrains. Il n’y a plus qu’à franchir l’équivalent de quelques rivières ayant choisi de traverser la route pour arriver enfin, complètement trempés, dans une ville privée d’électricité…

Alors qu’hier nous avons été incapables de situer le volcan Arénal, que nous supposions tout prés d’ici, nous réalisons après le déluge que nous avons dormi juste au son pied. Ce géant se dresse en haut de la rue, énorme avec ses deux cônes d’où s’échappent des colonnes de fumée rejoignant… les nuages. Car il ne faut pas croire que c’est fini ! Nous pensions rester une journée complète ici pour se balader un peu, mais encore une fois le voyage décide autrement. Afin de palier à une petite carence mécanique de notre chère (très chère !!!) monture, il nous faut être à la capitale dès cet après-midi sous peine de ne plus avoir de mécano, qui va s’absenter deux mois. Chargement rapide, un peu d’air dans le pneu arrière et en route. 140 km, ce n’est rien. Sauf quand il s’agit d’une route de montagne encombrée de camions, et qui grimpe à plus de 1800 m d’altitude. Et que croyez vous que l’on trouve lors du franchissement d’un tel col, coincé entre Atlantique et Pacifique ? Un « peu » de pluie pardi ! Il ne manquait qu’un énorme accident à proximité de San José pour en couper l’accès. Nous arrivons malgré tout juste à temps pour rencontrer le mécanicien en question et trouver un hébergement.

IMG_0886_des_bananes_partout.jpgEncore une fois cette capitale va s’imposer comme une étape logistique bien plus que touristique. Remplacement des pneus, changement des chaussures qui au bout de six mois ont déjà décidé d’en rester là, tentative de réparation d’un appareil photo qui n’a pas supporté autant d’humidité, récupération d’un colis et envoi vers la France de quelques affaires : pas le temps de traîner. Nous sommes à quelques jours de changer de continent. Arrivée à Panama, la Panaméricaine s’arrête à cause du Darien, une région trop marécageuse pour espérer y construire une route. Un service de car-ferries devait être mis en place entre le Panama et Carthagène, en Colombie, pour palier ce manque de bitume, mais rien n’a été fait. C’est donc le système D qui prévaut ici : impossible de prévoir à l’avance une traversée ou un vol, il faut voir sur place. Avion ou bateau ? Colombie ou Equateur ? Nous n’en savons rien. Laissons le voyage décider. Pour l’instant, nous venons d’apprendre que la Panaméricaine est fermée pour au moins une semaine suite à un glissement de terrain dû à la pluie et qui a emporté la route. Le passage par la côte Pacifique est également bloqué à cause d’inondations. Reste une dernière chance de rejoindre Panama via la côte Caraïbe, mais le passage de la frontière se fait sur un petit pont vétuste et la route est ensuite très improbable. Serions-nous coincés au Costa Rica ?