Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 27 avril 2009

Un petit bout de brousse ?


IMG_4543_termitiere.jpgKatherine. La Stuart Highway. Nous voilà sur l’axe principal et légendaire qui coupe l’Australie par son milieu, du Nord au Sud. Un panneau annonce Darwin à un peu plus de 300 km. Autant dire un saut de puce à l’échelle de cet immense pays. Nous sommes pratiquement au bout de notre route australienne. Après une petite visite de la région, on se dit que l’on pourrait bien aller se tailler un bout de brousse IMG_4541_entree_parc.jpg(vous vous rappelez de « Crocodile Dundee » ?) dans le parc du Kakadu tout proche. À nouveau un petit détour de quelques centaines de kilomètres, mais encore une fois c’est le moment où jamais. La moto a finalement tenu le coup jusqu’ici, et ne doit pas en être à quelques kilomètres de plus. C’est ainsi que nous nous engageons sur la route qui conduit au parc. Du parc, immense lui aussi (de la taille de la Belgique), nous ne verrons finalement pas grand-chose. Décidément, sans 4x4, point de salut…

IMG_4553_wetland.jpgDu haut d’un belvédère, nous pouvons seulement constater que nous sommes au beau milieu d’une forêt gigantesque bordée de falaises et de zones marécageuses. Nous franchissons d’ailleurs de nombreux ponts où il est interdit de s’arrêter à cause de la présence possible et fort probable de crocodiles (ces trois dernières semaines, deux personnes ont péri, dévorées par les sauriens locaux). Nous faisons quelques randonnées pédestres malgré la chaleur épouvantable et l’humidité étouffante. Le moindre point de vue se mérite ! Nous finissons heureusement par être récompensés de nos efforts de la journée au pied d’une grande falaise de roche rouge, où nous pouvons admirer les plus belles peintures rupestres aborigènes que l’on puisse voir dans le pays.

IMG_4615_peinture_aborigene.jpgLa route dessine comme une flèche à l’intérieur du parc. A la pointe de cette flèche, un village. Ici, la seule source de revenu provient du tourisme. Pour nous, à moto, c’est un des rares endroits où nous pouvons espérer nous approvisionner. Mais voilà, tout est tellement cher ici, que le commerçant australien n’a pas besoin de travailler beaucoup. « Au diable les touristes ; qu’ils se débrouillent ! Aujourd’hui c’est le vendredi de Pâques, nous, on ferme. » Encore une fois, nous sommes confrontés à cet état d’esprit propre à l’Australie. Cool, cool, cool. « No worries, et dém... comme vous pouvez ! » Inutile de dire que pour nous ce n’est pas cool du tout. En plus, c’est ce moment que choisit une durite d’alimentation d’essence pour éclater. Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond dans l’injection ! Alain commence à être impatient d’arriver à Darwin pour pouvoir un peu mettre les mains dans tout cela sans la crainte de rester en panne au milieu du bush.

IMG_4856_courant_d__air.jpgPendant les préparatifs de notre voyage, nous avons choisi de nous équiper dans l’optique d’avoir le moins froid possible dans les régions où il fait … froid. Bravo ! Tout notre équipement, nous le subissons dans les régions chaudes du globe. Le matériel de camping en fait bien sûr partie. Le soir, au moment de rentrer dans la tente, nous avons l’impression de nous glisser dans un four dont le thermostat serait réglé sur 300° ! La chaleur remonte du sol brûlant et il n’y a pas un souffle d’air. Hors de question de dormir la tente ouverte : des nuées de moustiques n’attendent que çà pour se ruer sur le gueuleton que nous représentons pour eux. L’air est chaud et devient vite irrespirable. Nous nous retrouvons dans la même situation que quelques mois auparavant, sur la Baja California. Nous nous liquéfions ! Le lendemain, au moment de reprendre la route, nous ne sommes pas au mieux de notre forme.

Tout en roulant au milieu de ces zones marécageuses et envahies de crocodiles, nous commençons à échafauder des plans pour remédier à ces problèmes. Il n’y a pas de solution miracle, mais une tente moustiquaire, légère, risque de bientôt venir s’ajouter à notre chargement. C’est que l’équateur est encore haut, et nous ne sommes pas prêts de sortir de la région tropicale en nous dirigeant vers le Sud-Est asiatique. Entre-temps, il faudra bien arriver à dormir un peu…

En attendant d’en arriver là, nous avons la chance d’avoir des amis qui vivent ici, prés de Darwin, et chez qui nous pouvons faire étape quelques jours. Cela tombe on ne peut mieux pour se refaire une santé et préparer la suite de notre voyage. Nous allons grandement apprécier les gros ventilateurs suspendus aux plafonds, qui nous dispensent un air frais et agréable.

Les journées se passent à chercher un transporteur pour la moto, trouver des billets d’avion pour nous, réviser la GS après l’avoir lavée, réparer tout ce qui en a besoin, laver tout le matériel et enfin acheter quelques bricoles sensées nous faciliter la vie plus tard. Sans oublier un rendez-vous chez BMW qui, nous l’espérons, va résoudre ce problème d’injection. Pas le temps de s’ennuyer… De plus, avec cette chaleur (mais surtout cette humidité), chaque tâche devient une corvée. Le simple fait de démonter une pièce sur la moto fait s’écouler quelques litres de transpiration. Il faudrait presque boire en permanence…

IMG_1290_croco.jpgN’allez quand même pas nous plaindre : nous nous accordons de temps à autre quelques pauses. Balade en bateau sur l’Adelaïde River pour y voir de très prés les fameux crocodiles « salties », par exemple. Si la balade tourne un peu à la représentation de cirque (distribution de viande au bout d’une perche pour faire sauter les animaux hors de l’eau), elle permet néanmoins de vraiment voir ces animaux de prés. Pas facile en temps normal de les approcher, bien qu’ils soient omniprésents. Interdiction de se balader le long des rivières pour aller taquiner un peu le sac à main sur pattes : comme nous le disions un peu plus haut, plusieurs personnes perdent la vie chaque année, dévorées par les crocodiles. Et il y en a vraiment partout, sachant que les sacs à main sur pattes en question peuvent atteindre 10 m de long… N’espérez pas vous en tirer en tombant sur un vieux saurien édenté ; ses dents repoussent perpétuellement. Vraiment aucune chance de s’en tirer avec ces bestioles, dont certaines s’aventurent même dans le port de Darwin !

IMG_4709_crocodile_dundee_2009.jpgEn parlant de Darwin, la ville du fin fond de l’Australie recèle un superbe musée. Art aborigène, faune et flore de l’Australie, section maritime… et fin de la visite consacrée au cyclone Tracy qui ravagea la ville en 1974. Impressionnant ! Tout a été littéralement rasé !

Quelques rencontres sympas, et il va être temps de quitter cette île immense pour continuer notre voyage. Un nouveau continent se présente à nous : l’Asie. Il n’est bien sûr pas question d’en parcourir tous les pays, mais au moins de traverser le Sud-Est avant de prendre la direction de l’Ouest et de l’Europe. Déjà…

Finalement, c’est par la Malaisie que nous allons plonger dans ce nouveau monde et que nous allons faire nos premiers tours de roue sur ce continent. Juste le temps de finir de se préparer, d’effectuer un petit transfert aérien, et nous vous retrouvons au cœur de cette terre de légendes.

lundi 20 avril 2009

Welcome to Paradise !


IMG_3183_Pinnacles.jpgPinnacles Desert. La petite route qui y mène traverse un maquis odorant. Tout à coup, un énorme kangourou bondit devant la roue avant de la moto ! Freinage d’urgence : on a évité le pire. Nous qui pensions que ces marsupiaux ne sortaient qu’à la nuit tombée, nous voilà fixés ! Leur montre est certainement déréglée…

Nous disions, Pinnacles Desert. Le sable ocre est hérissé de roches qui s’élèvent jusqu’à 5 m de hauteur, comme une forêt pétrifiée. Et c’est bien de cela dont il s’agit. Une forêt recouverte par l’eau, des limons qui se déposent, l’eau qui se retire, l’érosion qui dégage les troncs fossilisés et, après quelques années, nous voilà au beau milieu d’un site qui pourrait paraître surnaturel sans les explications trouvées au « visitor center ». Pas de chance pour les photos, de gros nuages cachent le soleil. Le site est séparé de l’océan par de grandes dunes d’un sable blanc éclatant. Une piste décrit une boucle au milieu de ce paysage insolite. Nous hésitons un peu à nous y engager avec une moto aussi lourde. Le sable est damé et le tour ne fait que 4 km. Aucun problème, finalement, et nous ne pas regretterons pas la balade !

IMG_1008_aborigene.jpgLe pays est grand. Immense même. Un continent ! Les distances pour joindre les différents sites sont énormes. Nous sommes souvent seuls sur les routes interminables qui traversent le bush. Des motos ? C’est presque à oublier que cela existe tellement elles sont rares. Et quand nous croisons quelqu’un qui se balade sur ce genre de machine, il s’agit souvent d’un vrai phénomène. Steve par exemple. Lui, il est parti de la région de Brisbane sur un petit cyclomoteur Honda harnaché de sacoches plus grandes que le véhicule qui les porte. Il a pratiquement bouclé les deux tiers du tour de l’Australie et ne compte pas s’arrêter là. L’Indonésie fait partie de ses projets à venir.

Un rond-point d’où émerge un bouquet de palmiers et juste derrière, les eaux turquoise de l’Océan Indien. Ils auraient pu remplacer le panneau « Denham » par « Welcome to Paradise » tellement nous avons cette impression en entrant dans le village. Et pourtant, notre route ne va pas s’arrêter là. Encore une trentaine de kilomètres pour traverser la péninsule et nous voilà arrivés à Monkey Mia. Un endroit comme on en voit sur les cartes postales. Une pelouse verte séparée de la plage par une bande de palmiers et d’où nous avons accès à cet Océan indien qui nous invite à plonger dans ses eaux claires et chaudes. Nous n’allons pas manquer cette occasion.IMG_0790_dauphin_Monkey_Mia.jpg Mais si nous sommes ici, c’est avant tout pour rencontrer les copains des dauphins que nous n’avons pas vu à Bunbury. Et ici, eux, leur pendule fonctionne ! Tous les matins, à 7h30, tout un groupe vient faire un tour sur la plage pour le plus grand plaisir des gens qui ont fait des milliers de kilomètres pour venir les voir. On ne dira pas que quelques poissons sont distribués histoire d’entretenir ce rendez-vous avec l’Homme au fil des années, mais le fait est que ces animaux complètement libres ne manquent jamais d’être à l’heure. Extraordinaire !

IMG_0817_emeux_voleurs.jpgAu camping, juste un peu plus loin, il y en a d’autres qui ont bien compris qu’il y a quelque chose de bon à côtoyer les humains. Un groupe d’émeus, pas farouches du tout, fait ainsi le tour des tentes en quête de quelques bouts de pain ou autre nourriture. Et quand rien ne vient assez vite, ils profitent de leur imposante stature pour bousculer les campeurs prenant leur petit-déjeuner, et s’emparent de ce qui leur tombe sous le bec en faisant éclater de rire les voisins des touristes agressés.

Depuis que nous sommes sur la côte Ouest, nous rencontrons beaucoup de jeunes Français détenteurs d’un visa « working holidays » pour une année. Pas de chance pour eux, cette année de crise a mis un frein à l’embauche saisonnière dans les exploitations agricoles.

IMG_4282_road_trains.jpgNous continuons à rouler vers le Nord. Nouveau passage du tropique du Capricorne. Dans l’autre sens cette fois. Nous nous dirigeons vers l’équateur. De grandes termitières apparaissent sur les étendues herbeuses et desséchées. Il fait chaud. De plus en plus chaud. A tel point que, par moment, il semble que les poignées chauffantes soient branchées en position maxi tellement le soleil frappe fort. Heureusement, nous arrivons à nouveau à proximité d’une plage perdue sur cette côte qui semble sans fin. La plage est protégée par une barrière de corail que fréquentent requins-baleines et raies mantas. Malheureusement, les prix pratiqués par les tours-operators ne nous permettent pas d’en profiter (un bateau est nécessaire pour approcher le récif). En revanche, la moto s’enrichit à cette occasion de nouveaux accessoires tels masque et tuba, afin de profiter du corail à portée de quelques brasses. Là aussi, il parait incroyable que des poissons gros comme ça viennent nous manger dans la main. Et pourtant… Bon, c’est sûr, il est interdit de donner du pain aux poissons qui mangent… des poissons. Mais ils aiment tellement cela !

IMG_4472_au_clair_de_la_lune.jpgToujours plus loin. Cap au Nord-Est. Il y a encore plusieurs milliers de kilomètres pour rejoindre Darwin. La moto ne fonctionne pas mieux. Lors d’une halte dans une station-service, nous rencontrons, très brièvement — et pour cause —, Terry. Lui, il essaie de faire le tour de l’Australie à moto en deux semaines seulement, pour récolter des fonds au profit des pompiers qui ont lutté contre les violents incendies dans le Victoria. Vraiment incroyables, ces rares motards que nous croisons…

Une pause de deux jours à Broome est bien venue pour prendre un peu le temps de vivre et oublier les problèmes de la moto. Tente plantée au bord d’une plage, eau à température tropicale, il n’y a plus qu’à se laisser vivre. C’est tellement rare ! Avant notre départ, nous pensions pouvoir nous arrêter une semaine de temps à autre dans de tels endroits. Nous nous sommes vite rendu compte de l’impossibilité de mettre en pratique de tels projets. Non seulement rester sur place coûte très cher, mais en plus le temps passe bien trop vite et nous en manquons tellement ! Qui donc a dit que c’est long, deux ans de congé sans solde ?

IMG_4245_floodway.jpgLes Kimberley sont devant nous. Nous entrons à l’intérieur des terres. Les bouquins feuilletés à maintes reprises nous promettaient des paysages somptueux dans cette immense région. Mais voilà, c’est vraiment immense ! Et les sites en question sont parsemés de-ci de-là, avec des centaines de kilomètres entre chacun. De plus, un véhicule à quatre roues motrices est souvent indispensable pour y accéder. Nous étions persuadés que nous pourrions visiter le parc national des Bungle Bungles. Hélas, la piste bien trop longue et trop mauvaise pour y parvenir et le manque d’autonomie en eau nous ont invités à la prudence et nous avons rebroussé chemin. Nous ne nous attendions pas à de tels problèmes d’accessibilité aux parcs. Après ceux d’Amérique du Nord où tout est fait pour qu’un maximum de visiteurs puissent profiter des plus beaux sites de la planète, nous avons l’impression qu’ici, au contraire, ces joyaux sont réservés à une minorité. Il est dommage de parcourir des milliers de kilomètres pour ne pouvoir profiter de rien… Les solutions sont pourtant simples : avoir un 4x4 ou en louer un, acheter un survol des lieux en avion ou en hélicoptère, ou se payer une croisière sur le lac ou dans les gorges quand il est question de sites aquatiques.

Comme vous le voyez, tout n’est pas simple et comme on le voudrait. La BM continue à mal fonctionner et nous continuons à avaler des milliers de kilomètres de routes presque rectilignes sous une chaleur accablante. Désormais, notre seul but est d’arriver à Darwin… à moto. Or ce n’est pas gagné ! Comme on peut le dire sous d’autres cieux : Inch’Alla.

lundi 13 avril 2009

Joker !


IMG_2695_notre_joker.jpgPour ce coup-ci, nous avons utilisé notre joker. Souvenez-vous : peu de temps après notre arrivée en Australie, nous avions fait étape chez un couple de motards à Yamba. Jean-Marie, qui connaît bien les flat-twins teutons, nous avait alors conseillé de souscrire une assistance proposée par BMW Australie et valable sur tout le territoire. En plus de cela, prévenant, il nous avait prêté une carte SIM locale à installer dans notre téléphone portable. Et voilà comment on se retrouve dans un camion avec la moto en remorque, prêts à parcourir les 800 km qui nous séparent de Perth où se trouve le concessionnaire le plus proche !

Bon, ce coup-ci nous avons vraiment eu beaucoup de chance. Même le téléphone a fonctionné, chose assez rare ici. En effet, dans ce pays bien trop vaste pour y implanter un vrai réseau de téléphonie mobile, qui compterait à peine 20 millions de clients potentiels sur un territoire 14 fois plus grand que la France, tout le monde se sert plutôt de la radio…

Nous voilà donc arrivés, et de manière imprévue, dans la métropole la plus isolée du monde. Deuxième coup de chance, ils ont une pompe à essence en stock. En une heure de travail, la moto est prête à repartir. En revanche, la note est drôlement salée. Elle est en quoi cette pompe m’sieur BMW ?

Prête à repartir, la moto ? Pas si sûr… Au moment de quitter l’atelier, elle ratatouille joyeusement. En reposant le réservoir, le mécano a dû déplacer un câble d’accélérateur. Ré-intervention rapide et nous roulons enfin. Nous allons pouvoir visiter la ville l’esprit serein. Une forêt de gratte-ciels, et il s’en construit encore beaucoup. Bien entendu, dans un pays à peine vieux de plus de deux cents ans, il ne fallait pas s’attendre à trouver de vieilles pierres…

Métropole ou pas, nous avons vraiment du mal à nous habituer au rythme des « Aussies ». Le soir vers 17-18 heures, tout est fermé et les rues sont désertes. Si nous vous disons que même les réceptions de certains hôtels ou campings ferment tout aussi tôt, vous n’allez peut être pas nous croire… Et pourtant, nous le vivons pratiquement tous les jours et c’est vraiment irritant à la longue.

IMG_2948_wave_rock.jpgBon, il n’est de toute façon pas question de nous éterniser en ville : il y a tellement à voir ailleurs ! Un détour pour aller à Bunbury, où il est possible de voir des dauphins de très prés. Qu’ils disaient dans le guide… Car nous, si nous en avons vu deux là-bas, ils étaient au moins à 300 m de la plage… Le problème, c’est que dans ce pays, le moindre détour se solde en centaines de kilomètres. Il ne nous reste plus qu’à aller voir cette fameuse vague de roche, ou plus exactement cette roche en forme de vague. Elle, au moins, on est sûr de la trouver à notre arrivée ; elle n’aura pas bougée. Encore un détour de 400 km ! Mais elle est bien là, bien arrimée à son bloc de roche rouge. 5 m de haut pour une centaine de long. Enfin une vague où nous pouvons surfer sans savoir faire du surf, et même sans planche ! Champion !

IMG_3073_Golden_pipeline.jpgEt nous roulons encore. Nous roulons à travers des champs immenses encore et encore. Nous voyons des moissonneuses batteuses aux coupes impressionnantes de largeur. Nous revenons sur la Great Estern Highway. La route est longée par un pipe-line construit en 1906 pour alimenter en eau la région de Kalgoorlie, et surtout ses mines aurifères. Un pipe-line de 80 cm de diamètreIMG_3047_pub.jpg sur 600 km de long. Pharaonique ! A y être, dans la série des choses incroyables, citons ce record qui a été battu ici il y a quelques années : le road train le plus long du monde… 610 m de long, 45 remorques pour 603 tonnes, et qui a parcouru un peu plus de 8 km. Et pourquoi y a-t-il une vielle camionnette sur le toit de ce pub que l’on croirait sorti d’une bande dessinée ? C’est le soleil qui tape fort ici ou le fait de vivre la tête en bas qui leur donne de telles idées ?

IMG_3022_bivouac_Hyden.jpgEn attendant, il nous reste environ 4 500 bornes pour arriver à Darwin. Nous voulons y parvenir au moins 15 jours avant la fin de notre visa, de manière à pouvoir organiser tranquillement notre transfert vers l’Asie. Et voilà la moto qui recommence à ratatouiller de plus belle. Ils ont fait du bon travail à Perth ! De plus, c’est le début du week-end. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre encore. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts, trouver une panoplie complète de grigris pour espérer que la GS tienne jusqu’au bout de la route australienne…

IMG_3091_roadhouse.jpgEt nous qui attendions avec impatience ces grands espaces, c’est avec l’angoisse que nous les abordons. De plus, il commence à faire chaud. Très chaud ! Les équipements de sécurité pour rouler à moto n’aident pas à supporter de telles températures. Mais il en faut quand même un peu plus pour nous décourager.

lundi 6 avril 2009

No worries...


IMG_2456_Nullarbor.jpgLa traversée de la plaine de Nullarbor s’annonçait éprouvante à cause de la chaleur qui y règne habituellement. Or, voilà qu’au moment de partir ce matin, il pleut ! Il ne pleut jamais ici. Soit-disant… Alors que brusquement les arbres disparaissent, un panneau nous indique que nous entrons dans la fameuse plaine totalement dénudée. Il fait bon, le soleil a fini par reprendre le dessus sur les nuages. Il semble que la moto roule toute seule. Tout va bien. La région redoutée est finalement traversée sans encombre et sans trop s’en rendre compte. Petit à petit les arbres réapparaissent. Nous roulons entre deux bandes d’eucalyptus aux troncs couleur cuivre. Les nuages qui se détachent sur le ciel bleu donnent encore plus de profondeur au paysage. La route rectiligne semble monter au ciel, là-bas où ses deux accotements semblent se rejoindre. Dans la foulée, nous passons à proximité d’une « réserve aborigène » : accès interdit, photos interdites…

IMG_2619_tout_droit.jpgAu sujet de route rectiligne, voilà encore un panneau (comme nous, les Australiens aiment bien les panneaux) qui indique que nous entrons sur la ligne droite la plus longue d’Australie : un peu plus de 146 bornes sans l’amorce de la moindre courbe ! Un vrai cauchemar pour tous les conducteurs, et en particulier les motards. Alors que nous sommes sur le point d’en venir à bout, surgit de l’horizon un homme. Un homme qui marche en poussant une sorte de « poussette de compétition ». Le temps de réaliser, freinage, demi-tour, photos et discussion avec cet habitant d’Adelaïde qui tente de relier Perth à Sydney en marchant, pour récolter des fonds afin d’aider les enfants souffrant de cancers. Sacré bonhomme avec qui nous aurions aimé passer plus de temps !

IMG_0188_road_train.jpgLe contraste est saisissant entre la frêle « poussette » et les road-trains que nous croisons et qui roulent à 90 km/h avec deux ou trois remorques. L’ensemble pouvant atteindre 50 m de longueur, peser 115 tonnes et avoir 62 roues (sans compter celles de secours, bien entendu). Courant d’air garanti !

La plupart des petits villages que nous traversons sont apparus au moment de la ruée vers l’or. Après l’Amérique, l’histoire s’est répétée en Australie. A la seule différence qu’ici, elle continue encore ! Les bivouacs au milieu de nulle part (comme on le dit sans doute plus justement ici qu’ailleurs) se succèdent. Quelle joie de s’endormir sous une voûte étoilée comme on ne peut en voir que dans l’hémisphère Sud ! Le dernier en date se situe à proximité du lac Cowan. Lac salé et asséché, bordé d’une forêt d’eucalyptus sur une terre rouge. Un endroit idéal pour planter la tente en toute tranquillité. Du coup, c’est en pleine forme que nous reprenons la route le lendemain au petit matin. Nous allons essayer, aujourd’hui, de rejoindre la ville de Perth à quelque 800 km. Il fait beau, il n’y a pas grand monde sur la route, tout devrait bien aller. Devrait… Car après seulement 14 km, le moteur s’arrête d’un seul coup. Impossible de redémarrer. Nous poussons la moto à l’ombre et commençons les vérifications de base. Il y a de l’allumage, et c’est l’essence qui semble ne pas arriver jusque dans les culasses. La panne classique des BMW, c’est la durite entre la pompe à essence et le filtre qui se débranche. Et bien entendu, la pompe en question est dans le réservoir. Réservoir que nous avons rempli de 41 litres de carburant hier soir, juste avant de nous arrêter…

IMG_2564_a_quoi_ca_sert.jpgNous nous mettons à récupérer les bouteilles vides qui jonchent le bord de la route afin de vidanger. Les Australiens n’étant pas des exemples en matière d’écologie, nous n’avons aucun problème à trouver des récipients. Une fois le précieux liquide évacué, on peut enfin ouvrir la trappe de la pompe. La durite est correctement branchée… Il faut chercher ailleurs. Et c’est en remontant le réservoir que vient le déclic. Il semble bien qu’en mettant le contact, on n’entendait plus tourner la pompe à essence… Vérification immédiate : effectivement, elle ne fonctionne plus. Fusible ok, relais qui semble fonctionner, elle a dû lâcher…

Que faire ? Nous tentons sans succès d’arrêter une voiture (qui a dit que les Australiens sont solidaires ?) afin de se faire emmener au village le plus proche pour y trouver un véhicule et revenir chercher la moto. Il commence à faire chaud, nous n’avons pas grand-chose à manger et notre réserve d’eau diminue bien trop vite. Il n’y a plus qu’à espérer que nous allons trouver rapidement une solution afin de ne pas sécher ici… Bon, il suffit de se dire « No worries » (Pas de problème), qui semble être la devise australienne quoi qu’il advienne.

mardi 31 mars 2009

Vers l’infini et au-delà


Le soleil illumine de ses premiers rayons les gratte-ciels du centre-ville de Melbourne, qui émergent de la brume matinale. Le Spirit of Tasmania approche doucement du quai, avec une horde de motos prête à s’échapper de ses cales. Nous aussi sur le départ, nous allons aujourd’hui avoir l’impression d’être les pilotes d’une course d’endurance. Tout juste débarqués, nous filons chez le concessionnaire BMW local où un mécanicien s’empare aussitôt de la moto, et nous la rend quelques dizaines de minutes plus tard avec des pneus neufs. Le temps de revenir chez Didier, notre pâtissier français du bout du monde, et nous nous emparons à notre tour des outils. Il nous faut moins d’une heure pour déposer les deux amortisseurs, que nous avons prévu de faire reconditionner ici, tant que cela est possible. Après plus de 70 000 km d’utilisation intensive, mieux vaut jouer la sécurité avant de s’engager dans quelques semaines en Asie… Nous avons la chance de trouver sur notre chemin des gens compréhensifs. Vingt-quatre heures plus tard, nos Öhlins sont à nouveau à leur place et la GS en parfait état pour poursuivre le voyage.

750 km, Adelaïde nous voilà ! Pas pour longtemps toutefois. Une brève visite accompagnée de Steve, un motard du cru. Il ne fait pas chaud mais Steve affirme que deux semaines auparavant, la température est montée jusqu’à 45° C. Des oiseaux tombaient des arbres. Morts.

IMG_2420_route_vers_le_ciel.jpgEt nous roulons. Port Augusta. Nous voici enfin à la porte de « l’out-back », du bush… Pour nous, la porte de l’Australie. La vraie. L’authentique. Celle des étendues infinies, celle des aborigènes, celle des routes interminables seulement ponctuées par des « road-houses » où les ravitaillements sont impératifs, celle des « road-trains » et, il ne faut pas les oublier, celle de ces mouches qui vous collent à la peau à la moindre occasion. À ce sujet, les aborigènes considéraient que les mouches faisaient partie d’un cycle naturel et trouvaient normal que ces dernières essayent de s’incruster dans la bouche, les yeux, le nez ou les oreilles. Sorte de manière naturelle de faire sa toilette, les insectes venant nettoyer ces parties du corps. Et en prime, c’est écologique quand on manque d’eau…

Nous pensions souffrir de la chaleur en abordant cette partie de notre voyage, voilà qu’il nous faut ressortir nos polaires. L’été touche à sa fin. Dans quelques jours, l’automne sera là et il va nous falloir penser à changer de latitude, tels les oiseaux migrateurs.

Laissant à notre droite la mythique Stuart Highway, avec son panneau qui annonce Alice Springs à 1 221 km, nous nous engageons sur la Eyre Highway qui file plein Ouest. Perth, notre prochaine destination, n’est qu’à environ 2 500 km. Ne traînons pas ! Nous longeons le Nord de la péninsule d’Eyre couverte de champs de plusieurs dizaines d’hectares chacun, où sont cultivées des céréales. Les silos à grain géants jalonnent le parcours. Bien souvent, d’ailleurs, un point sur la carte correspond plus à un de ces silos qu’à un village. Un repère, simplement. Ici aussi, à chaque entrée d’agglomération, un panneau indique le degré de restriction d’eau dans la commune. Cette pénurie peut-elle expliquer le prix exorbitant d’une bouteille d’eau minérale : jusqu’à 4 ou 5 dollars pour 1,5 litre, soit environ 2 ou 3,50 euros !? On comprend alors que les Australiens soient de grands consommateurs de bière !!!

IMG_2379_Penong.jpgKimba marque le milieu du parcours entre l’Est et l’Ouest du pays. Un grand panneau signale cette particularité géographique. Un peu plus loin, une forêt d’éoliennes égaye le paysage en tournant dans tous les sens et en grinçant joyeusement. Il est déjà temps de s’arrêter pour la nuit. Un petit camping est installé en bordure d’un village. La réception est située dans un vieil hôpital reconverti en musée, où vit le gérant qui est justement l’un des derniers-nés ici.

Ambiance d’un dimanche soir au fond du bush. Les haut-parleurs diffusent de la musique « à fond les watts » dans la cour du restaurant. Une bonne partie des gens qui vivent aux alentours se retrouvent ici une fois par semaine. C’est un peu la fête. Il faut dire que la vie ne doit pas être facile dans ces contrées, où les distances sont énormes. A tel point que nombre d’enfants suivent leur scolarité par l’intermédiaire d’un poste radio. IMG_2662_lac_cowan.jpgL’instituteur n’étant pas physiquement en présence de ses élèves, tout passe au travers d’un micro et d’un haut-parleur. Il en est de même pour les docteurs. Souvent les fermes sont isolées au milieu de nulle part, voire dans un de ces hameaux trop petits pour avoir un docteur en permanence. Ses derniers se déplacent donc en avion au gré des besoins, d’où leur surnom de « Flying-Doctors ». Fréquemment, d’ailleurs, la route sur laquelle nous roulons est aménagée en piste d’atterrissage. Drôle de pays.

L'âge de pierre


IMG_0716.jpgEn arrivant dans un pays anglo-saxon comme l'Australie, nous ne nous attendions pas à rencontrer de tels problèmes avec l'Internet. Force est portant de constater qu'ici, le débit est inversement proportionnel au tarif des connections : c'est cher, et ça marche tellement mal qu'on ne parvient même pas à transférer notre habituelle newsletter accompagnée de quelques photos !

Nous voilà contraints, en fin d'après-midi, après une bonne journée de roulage, de trouver refuge dans le fast-food d'une célèbre chaîne américaine pour tenter de relever nos mails et vous donner un peu de nos nouvelles. En espérant ne pas s'en faire déloger trop vite, vu qu'il n'y a guère qu'ici que l'accès au web est non seulement gratuit mais plutôt meilleur qu'ailleurs. Meilleur, mais probablement comparable à ce que ça pouvait être en France il y a 10 ans... au bas mot !

lundi 23 mars 2009

Diable de Tasmanie !


Une voix dans le haut-parleur nous tire de notre sommeil. Le bateau va accoster d’ici 45 mn à Devonport, en Tasmanie. Juste le temps de se préparer, mais surtout d’aller voir sur le pont à quoi ressemble notre destination prochaine. Désillusion… La lumière du jour naissant n’arrive pas à percer l’épaisse couche de nuages noirs, qui s’agrippe à la côte et empêche de contempler les paysages que l’on nous a vantés. Les Cradle mountains restent désespérément invisibles.

Pourtant, avant l’achat des billets, nous avons surveillé autant de fois que possible la météo locale. Soleil radieux depuis des jours. Nous partions donc confiants, sûrs de faire une belle balade sur cette île méconnue. Désormais, nous envisageons sérieusement de nous faire payer par les habitants des régions touchées par la sécheresse, afin que nous leur apportions la pluie ! Car encore une fois, après une longue période de chaleur (l’herbe jaune en témoigne), notre arrivée coïncide avec celle du mauvais temps. Et pas que la pluie ! Si des diables vivent bien ici, leur enfer à une autre couleur que celle que nous imaginions. Le vent promis est bien au rendez-vous, mais accompagné du froid. Nous sommes passés de 40 à 6° C !

IMG_1822_paysage_de_Tasmanie.jpgSûr, pourtant, que l’île doit être belle ! Des centaines de kilomètres de côtes, des forêts de gros eucalyptus aux troncs blancs, des cascades, des prairies qui recouvrent les collines, des rivières, des lacs et bien d’autres choses encore… que nous ne faisons qu’entrevoir à l’occasion d’une petite accalmie. Les lourds nuages restent accrochés à la cime des arbres et déversent des tonnes d’eau sur notre chemin. Impossible de visiter quoi que ce soit. Nous hésitons à rebrousser chemin aussitôt et à réembarquer dans le prochain bateau, mais le prix élevé de ce dernier nous convint de rester quand même quelques jours ici. Des fois que le temps change subitement…

Paradoxalement, alors qu’environ 20 % de la surface de l’île est protégée, les exploitations minières ou forestières et les canalisations d’eau forcées défigurent souvent le paysage. Nous roulons d’un village à l’autre. Les escales sont rythmées par la recherche de stations-service équipées d’un compresseur. Depuis quelques jours, le pneu arrière perd régulièrement de l’air et nous n’arrivons pas à trouver l’origine de la fuite. Rouler avec un petit kilo de pression sur des routes tortueuses, au revêtement pas forcément régulier et dans des conditions météorologiques déplorables, cela rajoute du piment…

De nombreux cadavres de petits kangourous gisent tout au long de la chaussée et nous rappellent à la vigilance. Au sujet de la faune, il est une bestiole que nous ne nous attendions pas à trouver ici : la sangsue. Horreur ! Les serpents, les araignées, les lézards, passe encore. Mais ces bestioles qui s’accrochent à votre peau pour vous pomper le sang avec tout leur corps noir qui frétille, là, cela devient insupportable. Et justement, alors qu’entre deux averses nous essayons de planter la tente dans un coin de camping pas trop inondé, en voilà une qui s’accroche sur l’ongle du pouce d'Alain, d’où nous avons toutes les peines à l’en déloger.

IMG_1607__Hobart.jpgA rouler sans ne rien voir, nous voilà déjà à Hobart, au Sud de la Tasmanie. Impossible de camper ce soir. Il pleut encore et toujours. Ce matin nous avons plié la tente sous des trombes d’eau et du coup, le matériel est trempé. Le prix des chambres étant ici ridiculement élevé, la seule solution qui s’offre à nous est la location d’une caravane dans un camping. Intérieur glacial alors que nous sommes trempés et déjà presque congelés.

Il a encore plu toute la nuit et cela continue. Triste de passer à côté d’une telle occasion de découvrir un endroit aussi lointain à cause de la météo. Notre décision est pourtant aussi vite prise que radicale : retour vers le Nord et bateau pour un retour sur le continent australien, où nous avons tellement de kilomètres à parcourir et de choses à voir. Comme toujours le temps nous manque, et il ne faut pas le gaspiller ici avec le seul espoir que la météo change… Au diable la Tasmanie !

IMG_1924_route_Tasmane.jpgForts de cette décision, nous rallions la côte Est de l’île. Et petit à petit le ciel s’éclaircit pour devenir bleu, voire même bleu foncé. Certes c’est au prix d’un vent un peu fort, mais nous allons enfin pouvoir nous égoutter. Nous faisons halte dans un magnifique petit village bâtit au fond d’une petite baie bordée de rochers roses : Bicheno. Les affaires sèchent rapidement et nous n’avons plus qu’à faire griller quelques saucisses avant d’aller dormir.

IMG_1944_commune_amie_des_motards.jpgNous avons rendez-vous ce matin avec le maire du village. Pensez un peu : un Français, maire d’un enfroit aussi joli en Tasmanie, nous n’allions pas manquer cette rencontre. En plus, Bertrand, car c’est de lui qu’il s’agit, fait un peu de moto… Quand on dit un peu, même son véhicule de fonction est un deux-roues. Un gros scooter de 600 cc avec lequel il effectue environ 25 000 km par an sur les routes tortueuses de l’île. En fait de simple visite, Bertrand nous invite chez lui pour quelques jours. Imaginez une jolie petite maison au milieu d’une forêt d’eucalyptus et qui surplombe la mer ; nous n’allons pas refuser !... Et puis, Bertrand, avec sa stature colossale, ses 120 kg et ses moustaches aux mêmes proportions, est un personnage incroyable dont la vie semble digne d’un roman tellement elle est riche d’aventures en tout genre ! Ce dernier a vite fait de nous donner les meilleurs conseils pour visiter la région, ce dont nous ne nous privons pas. En commençant par le petit musée de la moto du village. Eh oui, avec un tel maire, le village est déclaré « MOTORCYCLE FRIENDLY ».

IMG_1794_sauvages_les_kangourous.jpgAvec un peu de matériel, nous avons trouvé les deux trous qui laissaient fuir l’air du pneu arrière. Le temps d’y mettre deux mèches et de le regonfler, nous roulons. C’est pourtant à pied que nous effectuons nos plus belles randonnées. Nous accédons ainsi à des points de vue sur des baies et plages idylliques. Nous rencontrons également des kangourous qui viennent carrément se frotter à nous, IMG_1864_paysage_de_Tasmanie.jpgdes fois que nous ayons quelques victuailles à leur donner, ou des animaux inconnus comme ces échidnés… De pistes en petites routes, nous traversons des forêts où vivent les plus vieux eucalyptus de la planète, hauts de 91 m et de 16 à 17 m de circonférence. Là coulent également de magnifiques cascades sous d’énormes fougères arborescentes, qui nous procurent une ombre et une fraîcheur bienvenues.

IMG_1997_l__event_a_Bicheno.jpgUne dernière petite balade sur les rochers de Bicheno pour voir « l’évent » (l’eau des vagues de l’océan s’engouffre dans une faille rocheuse et monte à la verticale par une « cheminée », offrant alors un spectacle similaire à celui d’un geyser) ainsi que quelques pingouins fairys, et il est déjà temps de rouler vers le Nord de l’île. Nous quittons déjà cet endroit paradisiaque, que tous les motards australiens sillonnent régulièrement — ils trouvent ici les virages qui leur manquent sur le continent. Après une petite visite de Launceston, les routes tortueuses nous ramènent à Devonport où le Spirit of Tasmania nous attend, amarré dans l’estuaire d’une rivière.

Nous n’avons pas rencontré les fameux diables de Tasmanie, de plus en plus rares, mais nous avons découvert, alors que c’était assez mal parti, une île extraordinaire de contrastes et de beauté. Traversée vers Melbourne le temps d’une nuit, escale technique d’une paire de jours, et nous partons vers l’Ouest. Au menu, Adelaïde, Port Augusta et Perth, soit environ 3 500 km, mais aussi le redoutable désert de la plaine de Nullarbor. C’est avec l’Australie authentique que nous avons désormais rendez-vous.

dimanche 15 mars 2009

Pingouins et Superbike


IMG_0693_Great_Ocean_Road.jpgUne journée à Melbourne est bien suffisante pour nous et la Grande Route de l’Océan, à proximité, nous tend les bras. Ou plutôt son goudron. Construite au début du siècle dernier par des soldats rescapés de la Grande guerre, elle relie Geelong à Port Campbell, tantôt en surplombant l’océan, tantôt en plongeant au cœur de la « rain forest » de l’Otway National Park. Un vrai paradis pour les motards ! Les haltes y sont toutes plus exotiques les unes que les autres. Cacatoès blancs à la crête jaune qui semblent constamment se disputer à grands cris la moindre branche où se poser, oiseaux multicolores qui paraissent s’être échappés d’un livre de contes pour enfants, kookaburra qui adorent se faire photographier, et — clou de la visite — la présence de koalas.

IMG_0744_koala.jpgEspèce protégée, ces animaux sont très difficiles à voir. En général, nous n’apercevons d’ailleurs que la signalisation routière qui nous prévient de leur éventuelle présence. Ici, pas de panneau. En revanche les koalas, eux, sont bien là ! Et en nombre, en prime ! Une fois que nous avons compris comment les trouver, il suffit de lever les yeux ou d’écarter quelques feuilles pour voir ces « peluches » coincées entre des branches pour y dormir. Ce qui est étonnant ici, c’est que tous ces animaux, aussi sauvages soient-ils, viennent vous manger dans la main ou se laissent approcher de très près. Notre escapade va ensuite nous conduire jusqu’aux « Douze apôtres », des pitons rocheux qui émergent de la mer le long d’une impressionnante falaise, avant de devoir rebrousser chemin pour nous rendre à Phillip Island. Pingouins « fairy » et Grand Prix nous y attendent.

Un bateau nous évite de faire tout le tour de la baie de Melbourne. C’est une chance car le thermomètre affiche maintenant plus de 40° C, et rouler dans les embouteillages d’une grande ville avec nos équipements relève plus d’une corvée que d’un quelconque plaisir. Nous élisons domicile à Cowes, la « grande » ville de l’île. En cette période de course de moto sur le circuit voisin, elle prend un peu des airs de Cuges-les-Pins à l’époque des grandes courses sur le circuit Paul Ricard. Une sorte de mini Daytona avec ses vendeurs d’accessoires motos dans des boutiques éphémères. Une chose est frappante ici, à l’autre bout du monde, c’est le nombre de motos européennes. Il est étonnant de voir toutes ces Ducati, Triumph, Aprilia, KTM, Moto Guzzi, Benelli, Laverda et autres BMW, sans oublier les prestigieuses MV Agusta (un véritable répertoire des marques actuelles !), dont on dirait quelles sont exclusivement fabriquées pour l’Australie tellement il y en a.

IMG_9753_oiseau.jpgEn attendant dimanche pour une immersion complète dans le monde de la moto, il est temps de rendre visite à la colonie de pingouins qui vivent à la pointe de l’île. Pour y aller, il faut être vigilant. De nombreux petits kangourous, très vifs et au pelage foncé, sautent dans tous les sens dans l’herbe haute et … sur la route. Les trottoirs construits le long de la falaise nous permettent de traverser la zone de terriers des pingouins sans déranger leurs habitants… quand ils y sont. Car cette fois, personne. Les derniers-nés étant en âge de nager et de se nourrir seuls, tous sont à la pêche. Ils ne rentreront qu’à la tombée de la nuit, quand le site sera fermé au public. Pour les voir, il faut aller un peu plus loin, attendre la nuit et payer avec interdiction de photographier ou de filmer. Bof…

IMG_9931_Phillip_Island.jpgDimanche matin, nous voilà sur le fameux circuit de Phillip Island, qui surplombe l’océan. Site sublime qui permet de faire des photos magnifiques quand il est sous le soleil. Mais comme nous sommes ici, ce début de matinée nous apporte un peu de pluie. Il en est ainsi. S’il ne nous pousse pas des nageoires avant la fin du voyage, nous aurons de la chance ! C’est au fil des courses très disputées de cette première manche du championnat du monde Superbike que la météo se met au beau, pour nous laisser quitter l’île sous un soleil radieux.

Une étape de plus à Melbourne, le temps de se préparer pour notre départ vers la Tasmanie. Comme un immeuble qui se détache de la ville, le Spirit of Tasmania, à bord duquel nous avons embarqué, vient de larguer ses amarres pour s’engager dans le chenal balisé par des bouées lumineuses qui donnent un air surréaliste à la grande baie. Le navire semble glisser sur l’eau en silence. Avec la nuit, les tours de la ville se sont illuminées et brillent de mille feux avant de disparaître à l’horizon. Dans le garage, notre moto est sanglée avec des dizaines d’autres. On se croirait presque sur le ferry qui conduit les motards sur l’île de Man à l’occasion du Tourist Trophy. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre notre cabine pour y passer la nuit pendant que le bateau traverse le détroit de Bass. Détroit ou deux océans (Pacifique et Indien) se rejoignent et s’affrontent. En plus, comme si cela ne suffisait pas, la météo a annoncé pour demain des vents violents pouvant atteindre 150 km/h. Mais d’ici là, nous serons certainement en train de rouler sur la terre ferme. À travers des paysages que les Européens n’ont découvert qu’il y a deux petites centaines d’années.

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